L’Ultim : La conquête de la haute performance technologique et humaine

Le monde de la course au large vit une ère de transformations radicales, symbolisée par les géants des mers que sont les trimarans de la classe Ultim. Véritables Formule 1 des océans, ces navires de 32 mètres de long et 23 mètres de large repoussent les limites de l’ingénierie nautique. Entre technologie de pointe proche de l'aéronautique, vie à bord spartiate et "vol" sur l’eau, ces machines représentent un défi physique et mental sans précédent pour les skippers qui les dirigent en solitaire.

L’architecture du défi : technologie et environnement extrême

Naviguer sur un tel monstre de 32 mètres de long par 23 de large, l’équivalent de quatre terrains de tennis, nécessite une approche rigoureuse de la gestion des systèmes. À bord, l’électronique est omniprésente. Comme l’explique Willy Muller, ingénieur mécatronique, le rôle des équipes techniques est crucial : « Mon boulot, c'est que l'informatique et l'énergie fonctionnent, car Anthony Marchand va naviguer en solitaire. Il faut assurer la propre production d'énergie du bateau car on n’a pas de rallonge jusqu’à la terre ! »

Cette autonomie énergétique est couplée à une connectivité de pointe grâce à Starlink, permettant d'être connecté en haut débit partout dans le monde. L’ergonomie sonore a également été repensée pour réduire la charge cognitive du marin : « On a supprimé les bips stressants. Les alarmes sonnent désormais avec une voix qui énonce le nom du problème pour que le skipper soit parfaitement à l’aise ».

L’environnement à bord est paradoxal. Contrairement aux idées reçues, le confort du skipper ne passe pas par le silence. « Le bateau est toujours très bruyant à cause des chocs, des craquements et des vibrations des haubans », souligne Sandrine Bertho, responsable logistique. « Quand il n'y a plus de bruit, c'est que le bateau est arrêté, ce qui est très stressant pour un navigateur ». La gestion du sommeil est l’autre pilier de la survie en course : le skipper doit pratiquer des micro-sommeils d’une minute, 1 minute 30 ou 5 minutes, sans jamais attendre de « tomber » de fatigue, sous peine de perdre toute lucidité pour analyser les situations.

La structuration d’une équipe de haut niveau

Le Team Actual, filiale « course au large » du groupe, illustre comment une écurie peut se structurer pour transformer une aventure sportive en une réussite pérenne. L’évolution récente de la direction du team, avec la nomination d’Anthony Marchand comme skipper, marque un tournant. Samuel Tual, Président d’Actual group, explique cette stratégie : « Cette décision tripartite entre Samuel Tual, Président d’Actual group, Yves Le Blevec et Anthony Marchand est une première en course au large. Ces évolutions et cette création de poste ont été mûrement réfléchies et sont parfaitement en phase avec les valeurs et les métiers du Groupe Actual : déceler des talents et créer le cadre pour qu’ils s’y épanouissent ».

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Cette transition permet à Yves Le Blevec de se concentrer sur son nouveau rôle de directeur du team : « Je vois ce nouveau statut comme une promotion : je passe de skipper à directeur et j’ai plein d’idées de développement pour le Team Actual ! ». Pour Anthony Marchand, la confiance accordée est une source de motivation intense : « C’est une grosse responsabilité, mais cette pression liée au statut de skipper est une dimension qui me manquait ».

L’évolution technique : de l’ex-Gitana 17 à l’Actual Ultim 4

Le passage à la nouvelle machine, l’Actual Ultim 4, illustre la quête permanente de performance. Construit à Vannes chez Multiplast, ce trimaran conçu initialement par Guillaume Verdier et le Gitana Team a été remis à l’eau à Lorient après une période de chantier. La transition a été marquée par une collaboration étroite entre les équipes techniques, garantissant que le bateau reste intact sur le plan structurel tout en adoptant les couleurs du groupe Actual.

Ce trimaran n’est pas une plateforme de transition, mais un outil destiné à viser les premières places. Pour Anthony Marchand, le défi est clair : « Le bateau est exigeant, rapide, et nécessite une période d’adaptation ». La montée en compétence de l’équipe est soutenue par la constitution d’un bureau d’études interne, visant à optimiser l’utilisation d’un bateau aux systèmes complexes. La concurrence, notamment avec des navires comme Banque Populaire XI, impose une veille technologique constante, où la capacité à maintenir un vol stable dans des vents faibles devient le facteur clé de performance.

La diversité des projets : l’audace du tour du monde à l’envers

Le paysage de la classe Ultim se distingue aussi par la variété des défis. Le projet de Guirec Soudée avec le trimaran Ultim MACSF, ancien Géronimo de Kersauson, illustre une approche différente : « Le projet porté par Guirec Soudée consiste à parcourir en solitaire le tour du monde dans le sens inverse du Vendée Globe, soit contre les vents et courants dominants ». Ce périple de près de 40 000 milles nautiques, passant par les caps emblématiques dans des conditions particulièrement exigeantes, met en avant des bateaux aux solutions techniques éprouvées.

L’Ultim MACSF, équipé de foils simples moins exposés à la casse, devient un atout stratégique pour affronter les mers du Sud à contre-courant. Comme le souligne Stéphane Dessirier, directeur général du groupe MACSF : « Très peu de marins ont osé s’embarquer en solitaire, sur un si grand bateau pour un tel parcours autour du monde. C’est un défi humain et sportif marqué par la recherche de la performance ».

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