La course au large, domaine traditionnellement dominé par des nations maritimes établies, voit émerger de nouvelles figures issues de territoires inattendus, portant avec elles l'espoir et l'ambition de tout un peuple. Parmi ces personnalités audacieuses, les skippers chinois se distinguent par leur persévérance et leur capacité à repousser les limites, inscrivant ainsi leur nom dans l'histoire de la voile mondiale. Ces marins, à l'image de Jingkun Xu ou de la figure emblématique de Guo Chuan, incarnent une nouvelle ère pour la voile en Chine, combinant une résilience personnelle à une quête inébranlable des horizons lointains. Leurs parcours, jalonnés d'exploits sportifs, de défis personnels et de confrontations avec les forces brutes de l'océan, offrent un témoignage poignant de la détermination humaine face à l'immensité marine.
Jingkun Xu : La Persévérance en Mer, Dernière Ligne Droite avant le Vendée Globe
Le skipper chinois Jingkun Xu a récemment franchi une étape cruciale dans sa préparation au Vendée Globe, la course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, réputée comme la plus difficile au monde. En bouclant sa troisième course en solitaire sur le circuit IMOCA, le skipper handisport surnommé « Jackie » a une nouvelle fois démontré sa persévérance et sa détermination indomptable. À 21h42 ce jeudi 13 juin, Jingkun Xu a terminé la transatlantique New York Vendée - Les Sables d’Olonne, dernière course qualificative avant le grand départ. Il s'est classé 26e, après un temps de course de 15 jours, 1 heure et 42 minutes, 2 secondes. L'écart avec le premier concurrent était de 4 jours, 21 heures, 57 minutes et 32 secondes. Durant cette épreuve, il a parcouru une distance de 3 485,30 milles à une vitesse moyenne de 8,76 nœuds sur l'orthodromie, illustrant l'intensité et la régularité de son effort.
Cette transatlantique s'est avérée être un entraînement exigeant, notamment en raison de conditions météorologiques complexes. Le skipper a partagé son expérience des défis rencontrés en mer. Pour lui, « le plus impressionnant lors de cette New York Vendée - Les Sables d’Olonne a été la traversée de l’anticyclone. Une immense zone sans vent, apparemment inaccessible. Cela a rendu difficile le choix de route ». Il a décrit cette période comme étant « coincés dans une bulle pendant deux jours, presque immobiles », un événement qui a « considérablement ralenti notre retour à la maison ». Cependant, il a également trouvé une beauté rare dans cette immobilité forcée, décrivant « le fait de se retrouver seul avec l'océan dans la molle, sur une mer calme, [comme] une expérience rare ». La météo complexe et instable, particulièrement au début de la course, ne permettait pas de déterminer des itinéraires précis basés uniquement sur les prévisions. Dans ces circonstances, l'expérience des marins a pris une importance capitale, car les informations reçues quotidiennement pouvaient différer de celles de la veille. Face à ces imprévus, Jingkun Xu adopte une philosophie pragmatique : « J'ai une mentalité positive, j’accepte ce qui vient, tant qu'il n'y a pas de risque d’abîmer le matériel. J’essaye toujours d’optimiser le fonctionnement du bateau dans les limites contrôlables. » Il a passé une grande partie de son temps concentré sur la navigation, se fiant souvent à son « feeling », ce qui a constitué un entraînement précieux.
Préparation et Philosophie pour le Défi Ultime du Vendée Globe
La perspective du Vendée Globe est omniprésente dans les pensées de Jingkun Xu. Il est conscient de l'ampleur des préparatifs nécessaires : « Nous avons beaucoup de préparatifs à faire d’ici au départ du Vendée Globe. Notre temps est limité. » La participation à deux transatlantiques consécutives a représenté un test rigoureux pour son équipe, comportant un risque de casse de matériel. Néanmoins, il souligne l'importance de chaque expérience : « il n'y a jamais de chemin parcouru en vain. Chaque étape a un sens. » Ces traversées ont été essentielles pour identifier des problèmes, accumuler de l'expérience et affiner la stratégie pour le tour du monde. À travers ces épreuves, son respect pour la compétition n'a cessé de grandir : « Plus j’ai d'expériences en compétition, plus j'ai de respect et d’admiration pour le Vendée Globe. C'est la course la plus difficile au monde. Chaque marin qui réussit une telle course mérite le respect. » Il se dit honoré d'avoir l'opportunité de prendre part à un tel parcours, tout en étant lucide sur sa difficulté intrinsèque. Une circumnavigation en solitaire, affirme-t-il, « ne tolère aucune fausseté et aucune lâcheté. Seuls les cœurs les plus courageux et les mieux préparés, avec en plus un peu de chance, sont capables de le terminer. »
Jingkun Xu se distingue également par son approche très personnelle de la préparation de son bateau. Contrairement à de nombreuses autres équipes, il prépare son embarcation lui-même, ce qui lui confère un avantage unique : « L’avantage est que cela me permet de bien le comprendre et de m'imprégner davantage de lui. » Actuellement, son bateau est en bon état, mais de nombreux ajustements sont encore prévus cet été. Son objectif est clair : « J'espère pouvoir terminer mon premier Vendée Globe avec succès. » Son engagement dans cette course est déjà historique, car il est le premier skipper chinois à y participer. Cette participation symbolise à elle seule l'internationalisation de la course au large, démontrant sa capacité à éveiller la curiosité et à inspirer de nouveaux publics, bien au-delà des cercles traditionnels de passionnés.
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Un Parcours de Vie Exceptionnel : Des Montagnes Chinoises aux Océans du Monde
L'histoire de Jingkun Xu, surnommé « Jackie », est celle d'une vocation marine née loin de la mer. Natif des montagnes de la province du Shandong, à l’Est de la Chine, il n’a vu la mer pour la première fois qu'à l’âge de 12 ans. Son chemin vers la voile a été marqué par une résilience extraordinaire. Né en 1989 à Qingdao, il perd son avant-bras gauche à l'âge de 12 ans dans un accident, une épreuve qu'il a transformée en moteur de sa détermination. À 16 ans, il intègre l’équipe nationale chinoise de voile, un tournant décisif. Le mot "voilier" est véritablement apparu dans sa vie lorsque l'équipe nationale de voile s'est formée pour préparer les Jeux Olympiques de 2008, et qu'il a été contacté pour la rejoindre. Il a fait ses gammes en voile olympique avant de participer à des compétitions aux Jeux paralympiques.
C'est après sa blessure à la main qu'il s'est résolument tourné vers la voile, une discipline qui, selon lui, l'a sauvé. Il compare son expérience à la course à pied : « Après la blessure à ma main gauche, la course à pied m’a sauvé. Dans d'autres domaines, il me manque une main par rapport aux autres, mais sur la piste d’athlétisme, nous sommes tous égaux, nous avons tous deux jambes. » Pour Jingkun Xu, « la navigation, et en particulier la navigation au large, est le meilleur mentor de ma vie. Chaque voyage est une leçon de vie, et la mer m'enseigne toujours beaucoup de choses, me donne matière à réflexion, ainsi que le courage et la persévérance pour affronter le destin. »
Son engagement dans la course au large l'a amené à disputer la Mini Transat, qu'il a terminée avec succès à bord d'un petit bateau de 6,5 mètres, en solitaire et sans communication, faisant de lui le premier concurrent amputé d'un bras à accomplir cette prouesse. Son désir d'exploration ne s'est pas arrêté là. En juin 2017, il s'est lancé dans un tour du monde avec sa compagne Sofia à bord du Qingdao Dream. Ce périple de trois ans les a menés de la Turquie à travers la mer Méditerranée, l’océan Atlantique, la mer des Caraïbes, le canal de Panama, l’océan Pacifique, l’océan Indien, pour revenir à l’océan Atlantique, totalisant plus de 40 000 milles nautiques. Ces trois années lui ont permis de découvrir des paysages d'une beauté indescriptible, mais l'ont également confronté aux réalités de la pollution des océans et aux conditions difficiles subies par les créatures marines. En tant que marin, il se considère comme « les premiers témoins du destin de l'océan » et estime que « l'océan est un patrimoine commun à toute l'humanité ». Il souhaite ardemment utiliser son expérience pour « sensibiliser et s'engager activement dans la protection des océans ».
Son parcours est le fruit d'un travail acharné de 18 ans pour se préparer aux exigences du Vendée Globe. Son livre, « Rêveur humble », a rencontré un grand succès populaire, et il s'en inspire pour sa philosophie de vie : « Mon parcours de vie est la preuve de cette phrase », citant Paulo Coelho. Il espère, à travers son histoire, que « les jeunes n'auront plus peur d'avoir de grands rêves, car tant que tu cours de toutes tes forces vers ton rêve, tu rencontreras sur ton chemin beaucoup d'amour et de croyance. » Son courage, explique-t-il, provient de deux sources : d’une part, la préparation méticuleuse de 18 ans pour acquérir les compétences nécessaires à un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance ; d’autre part, la confiance et l'aide reçues de nombreuses personnes sur ce chemin. Depuis trois ans, il a disputé quatre transatlantiques, et lorsqu'il a débuté son projet Vendée Globe en 2020, il se sentait déjà prêt d’une certaine manière. Les quatre courses et les deux traversées de l'Atlantique effectuées ces trois dernières années lui ont permis de mieux connaître son bateau et de renforcer sa confiance, une certitude qui, il en est convaincu, « le temps nous confirmera ». Il a passé la majeure partie de ces trois dernières années avec son bateau, considérant qu'ils sont devenus « les partenaires les plus proches ».
L'Héritage et la Tragédie : Guo Chuan et le Trimaran de Légende
Avant Jingkun Xu, une autre figure chinoise emblématique a marqué la course au large par ses exploits et, malheureusement, par une tragédie. Il s'agit de Guo Chuan, pionnier de la voile océanique en Chine, dont le destin est étroitement lié à celui d'un trimaran de légende. Guo Chuan était connu pour avoir été le premier Chinois à boucler un tour du monde en solitaire, une performance réalisée en Class 40, un monocoque de 40 pieds, sur le parcours Qingdao/Qingdao en 137 jours, 20 heures, 1 minute et 57 secondes. Ses autres réalisations incluent la participation à la Volvo Ocean Race (tour du monde en équipage avec escales) en 2008-2009 et la Mini Transat en 2011, des performances inédites pour un navigateur de son pays.
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C'est à Francis Joyon, figure mythique de la course au large, que Guo Chuan a acheté un trimaran d'exception, l'IDEC SPORT, pour ses propres défis. Le trimaran IDEC SPORT est un bateau légendaire qui a permis à Francis Joyon de battre parmi les plus beaux records en solo. Parmi eux, le record du tour du monde en 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes, ainsi que le record de l'Atlantique Nord en 5 jours, 2 heures, 56 minutes et 10 secondes, deux temps de référence qui restent valides à ce jour. Ce "redoutable chasseur de records" a également brillé en course, notamment en décrochant la 2e place de la mythique Route du Rhum en 2010. Mis à l’eau à Lorient le 19 juin 2007, ce grand trimaran rouge a dégagé d'emblée une impression de force, de simplicité et d’efficacité. Pendant plus de sept ans, Joyon a continuellement optimisé ses performances, sans pour autant altérer son esprit fondateur.
La vente de l'IDEC SPORT à Guo Chuan a marqué un tournant. Francis Joyon a cédé la barre de son bateau avec une émotion compréhensible, confiant le trimaran à Guo Chuan, alors âgé de 50 ans. Joyon a exprimé sa confiance : « Je suis certain que le trimaran est entre de bonnes mains avec Guo Chuan à qui je souhaite bon vent pour ses nouveaux défis. » Patrice Lafargue, Président du Groupe IDEC, a également salué cette transition, se disant « très fier des exploits hors-normes réalisés par Francis » et heureux que « le trimaran IDEC SPORT continue à prendre la mer avec un nouveau skipper. »
Cependant, le parcours de Guo Chuan a pris une tournure tragique. Le navigateur chinois, parti à bord de ce même trimaran rebaptisé Qingdao China pour tenter de battre le record de la traversée du Pacifique à la voile, a disparu en mer. Le 25 octobre 2016, vers 15 heures (heure de Beijing), son équipe à terre a perdu le contact avec le skipper, constatant une décélération du trimaran. Un avion de recherche a survolé le bateau à la dérive au large d'Hawaï le jour même, sans apercevoir le skipper sur le pont. Le 27 octobre, deux navires de la garde côtière des États-Unis sont parvenus à rejoindre le trimaran après plus de 10 heures de navigation. L'équipage de l'USS Mankin Island a fouillé le Qingdao China, mais sans trouver aucune trace du navigateur. Les recherches se sont poursuivies en mer, permettant aux sauveteurs de récupérer une voile déchirée dans l'eau. Les opérations de recherche ont finalement été suspendues. Cette tragédie a mis en lumière les risques inhérents à la navigation en solitaire sur des multicoques de haute performance, soulignant la fragilité de la vie humaine face à l'immensité et à la puissance de l'océan.
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