Le monde de la course au large est un univers où la passion, le dépassement de soi et la connexion profonde avec la nature sont érigés en valeurs cardinales. Au-delà de la simple performance sportive, certains marins transforment leurs exploits en véritables odyssées humaines, où l'aventure se conjugue avec l'engagement, la résilience et une compréhension intime des défis, qu'ils soient personnels ou collectifs. Ces navigateurs d'exception tissent des récits complexes, un véritable "plexus" d'informations et d'expériences, qui résonnent bien au-delà des horizons marins. À travers les parcours de Thibaut Vauchel-Camus et de Guirec Soudée, se dessinent deux approches distinctes de l'océan, l'une ancrée dans la solidarité et l'autre dans la quête d'exploration pure, mais toutes deux profondément inspirantes et révélatrices de l'esprit humain face à l'immensité.
Thibaut Vauchel-Camus : La Passion Maritime au Service de la Sclérose en Plaques
Thibaut Vauchel-Camus incarne la figure du passionné qui a eu le culot d’aller au bout de sa passion, et la générosité de la conjuguer à une belle cause. Il fait partie de ces personnes qui marquent par leur engagement et leur vision. Pour Thibaut, l'attrait pour la mer est viscéral. Il explique que « ce qui me passionne, c’est une activité liée à un environnement incroyable, la mer, avec ses ambiances, ses lumières, tout ce que la nature renvoie en termes de plaisir et d’exigence ». Cette immersion dans le milieu marin n'est pas seulement une source de joie, elle est aussi un moteur de développement personnel. « Dans la course, nous sommes dans la performance, la remise en question, le dépassement de soi », ajoute-t-il, soulignant la dimension introspective et exigeante de la navigation de compétition.
Face au Paradoxe de la Sclérose en Plaques (SEP)
C'est souvent que tout est né du hasard ou d’une synchronicité, au choix, qui a orienté sa passion vers un but altruiste. Thibaut a été confronté à une réalité surprenante et alarmante concernant la sclérose en plaques (SEP). Il s’exclame : « Nous avons constaté un paradoxe sur la SEP : elle est très répandue, personne ne peut dire qu’il ne sera jamais concerné par la maladie, et pourtant elle est très mal connue ! ». Cette prise de conscience fut un déclencheur majeur. À travers l’expérience d'une jeune femme, il a pu mesurer l’enchaînement des poussées, l’impact dévastateur sur la vie sociale, conjugale, familiale et professionnelle, ainsi que le retentissement profond sur le moral des personnes atteintes. Ce constat, loin d'être égocentrique, a propulsé Thibaut dans une démarche de solidarité qui dure depuis douze ans, durant lesquels il met tous ses efforts et sa notoriété au service des patients.
C'est alors que le skipper se demande comment aider à rendre la SEP curable, conscient que l'argent est le nerf de la guerre et surtout de la recherche. Cette quête l'a mené à se rapprocher de Bernard Gentric, une figure très investie dans La Fondation ARSEP (association pour la Recherche sur la Sclérose en plaques), reconnue comme un leader dans ce domaine crucial.
Solidaires En Peloton : Une Initiative Fédératrice et Engagée
Bernard Gentric a initié "Solidaires En Peloton", une structure dont la mission est double : d'abord, éveiller l’intérêt des patients envers l’activité physique et sportive, dont les bienfaits sur la SEP ne sont plus à démontrer ; et ensuite, sensibiliser le grand public à la SEP à travers des défis et des exploits sportifs. Thibaut Vauchel-Camus détaille la stratégie de l'association : « Nous nous appuyons sur de grands événements pour intéresser les médias et jouer le rôle d’une caisse de résonance médiatique, notamment par la mise en place d'un stand dédié à la cause dans les villages de courses ». Cette approche permet d'amplifier le message et de toucher un public vaste et diversifié.
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Au-delà de la sensibilisation, Solidaires En Peloton œuvre activement pour la collecte de fonds. Thibaut explique : « Nous travaillons avec notre réseau de partenaires pour faire des dons à la recherche ». Les résultats sont éloquents et témoignent de l'efficacité de cette synergie : « notre projet a généré plus de 120 000 euros en 10 ans - sans compter les dons non mesurables des gens en dehors du réseau ». L'initiative dans son ensemble a connu un succès retentissant : Solidaires En Pelotons, c’est plus d’1 million d’euros collectés en 10 ans, un apport considérable pour la recherche contre la sclérose en plaques.
L'Océan, un Outil de Transformation et de Confiance en Soi pour les Patients
Avec le temps, les objectifs de Solidaires En Peloton se sont enrichis, allant au-delà de la seule collecte de fonds. Thibaut se félicite : « nous avons proposé une expérience en mer à de nombreux patients ». Cette opportunité unique a créé des moments d'une intensité émotionnelle rare. Thibaut se souvient avec émotion : « Nous avons eu des comings out sur le bateau, avec des patients qui n’avaient jamais parlé de leur SEP à leur entourage et qui, à travers leur expérience sur le bateau, ont réussi à le faire ». Ces révélations symbolisent une libération et une reprise de pouvoir sur la maladie.
Cette expérience en mer est bien plus qu'une simple balade ; elle est un puissant catalyseur de résilience et de confiance en soi. « Cette expérience en mer remet les patients dans la démarche d’être capables de faire des choses : je me suis mis comme défi de venir, d’organiser un trajet, de monter sur le bateau, de le barrer et j’ai réussi ! », s’exclame Thibaut Vauchel-Camus. Les personnes sont remises dans le processus d’être capables de relever des défis, de se fixer des objectifs et de les atteindre, ce qui est fondamental pour reconstruire une vie affectée par la maladie. À la fin de chaque sortie, le sentiment d'accomplissement est palpable : « Tout le monde est heureux à la fin, car c’est une expérience incroyable, à engranger dans le capital des bons moments de vie ». Solidaires en Peloton a donc pour vocation de faire rêver et de rebooster la confiance en soi des patients atteints de Sclérose en Plaques, et l'organisation y arrive avec succès.
Le Sport comme Vecteur de Positivité et d'Inspiration Mutuelle
Les bienfaits de l’activité physique et sportive chez les patients vivant avec une SEP ne sont plus à démontrer scientifiquement, mais Thibaut et son équipe les rendent tangibles. « Nous parlons de sport avec les patients quand ils viennent sur le bateau et s’ils acceptent d’en parler », estime Thibaut, adoptant une approche respectueuse et non intrusive. Il met en avant les multiples vertus de l'activité physique : « Le sport est ludique, c’est à la fois un outil incroyable de défi et un outil social important ». L'offre combinée de Solidaires en Pelotons et l'expérience sur le bateau fournit tout cela, créant une dynamique très positive qui motive les patients à maintenir ou se lancer dans une activité physique ou sportive. Ce message, loin de se baser sur la peur ou sur le côté larmoyant de la maladie, privilégie une approche optimiste et constructive pour les patients.
L'engagement auprès des patients est également une source d'enrichissement personnel pour le skipper. Thibaut évalue que « les côtoyer remet la notion de difficultés à sa place ». Comparant ses propres défis, qu'il a choisis, aux épreuves non désirées des patients, il constate : « Moi, mes difficultés, je les ai choisies et j’accueille des personnes qui n’ont pas choisi celles auxquelles elles sont confrontées ». Cette confrontation à la réalité des autres lui permet de recalibrer sa propre perspective : « Cela remet l’échelle de défi à la bonne place et l’église au milieu du village ». Il reconnaît avec humilité que les patients qu'il rencontre sont très inspirants, car ils font face à des difficultés immenses parfois et cela le fait vraiment réfléchir. Naviguer « utile » est, pour lui, une chance de pouvoir exprimer l’admiration qu'il porte aux malades dans leur combat de tous les jours. C'est une tâche qu'il aborde avec la détermination d'être à la hauteur de cette immense responsabilité. Pour ceux qui souhaitent suivre son parcours et soutenir la cause, Thibaut Vauchel-Camus est présent sur tous les réseaux sociaux, et ses prochaines courses peuvent être suivies sur le site Defi voile Solidaires en peloton.
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Guirec Soudée : L'Aventurier des Pôles et Maître de la Résilience
L'univers des navigateurs solitaires est peuplé de figures singulières, mais Guirec Soudée se distingue par une audace et une originalité rares, marquées par une soif d'aventure qui semble sans limite. Il est connu pour être le plus jeune navigateur à avoir jamais franchi le périlleux passage du Nord-Ouest en solitaire. Cet exploit est d'autant plus mémorable qu'il l'a accompli non pas seul, mais avec Monique, sa poule rousse. Guirec Soudée, qui était alors âgé de 27 ans, et son gallinacé de compagnie, formaient un duo improbable qui a défrayé la chronique alors qu'il parcourait le monde sur un voilier de neuf mètres, "Yvinec", un nom qui rend hommage à son île familiale.
Une Soif d'Aventure Précoce et Inébranlable
Dès son plus jeune âge, Guirec Soudée, originaire de la région de Paimpol dans les Côtes-d'Armor, s'est révélé être un enfant de la mer, mais aussi un "cancre fini et aventurier un peu cinglé", qui n'a jamais su tenir en place. Cette personnalité hors normes l'a poussé très tôt à l'exploration. À 18 ans, après avoir traversé la moitié du globe pour travailler sur des crevettiers australiens, il a réussi à récolter suffisamment d'argent pour s'acheter son propre navire. Il a ensuite entrepris de le retaper lui-même pour réaliser son rêve de faire le tour du monde en solitaire. Le jeune homme a largué les amarres en 2013, marquant le début d'une aventure qui allait durer près de cinq ans.
Monique, la Compagne Improbable des Mers
L'histoire de Guirec Soudée prend une tournure encore plus singulière lors de sa première halte à Tenerife, aux Canaries, où on lui offre Monique. Cette poule devint très vite, une fois aux Antilles, « Momo », et une compagne de voyage indispensable. Contre toute attente, Momo n'a pas arrêté de pondre à bord, un phénomène qui étonnait Guirec lui-même. Sa présence fut providentielle dans les moments les plus difficiles de leur périple. Après un an passé au soleil pour préparer la partie la plus dangereuse du voyage, ils mirent le cap vers la baie de Disko, au Groenland, une étape cruciale et périlleuse.
Les Épreuves Glacées du Groenland et du Passage du Nord-Ouest
C'est là-bas, dans les glaces du Groenland, que l'aventure a pris une tournure encore plus extrême. Guirec relate que tout était plus compliqué que prévu. Les ressources se sont faites rares, et la survie est devenue une préoccupation quotidienne. « En 130 jours, je n'ai pêché que deux oursins et un poisson. Et j'avais plus de graines pour Monique, que du riz pour moi… » confie-t-il, soulignant la précarité de leur situation. C'est à ce moment que Momo a véritablement sauvé la mise de Guirec en pondant 106 œufs, un record incroyable malgré les conditions extrêmes, prouvant l'adaptabilité et la résilience de cet animal inattendu. Cette expérience a constitué un hivernage de 130 jours en autarcie complète, pris dans les glaces du Groenland, un défi de survie d'une ampleur rare.
Mais sa pire épreuve fut d'une autre nature, bien plus personnelle. « J'ai appris la mort de mon père, dont j'étais très proche, pendant cette période. Et impossible de rentrer vite… » raconte Guirec, évoquant la douleur de la perte dans l'isolement le plus total. Il est parvenu, malgré tout, à surmonter ces moments douloureux et à « continuer à avancer ». La suite du voyage n'a pas été de tout repos, notamment le fameux passage du Nord-Ouest, où il n'a pas pu dormir pendant des jours entiers, une traversée réputée pour sa difficulté et ses dangers. De l'Alaska à la Colombie-Britannique, l'aventurier a même failli finir en prison, une anecdote qu'il raconte avec humour : « Une poule et une carabine sur un bateau, ça ne passe pas partout ».
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Des Récits d'Exploits et de Survie Partagés
Au total, son tour du monde a couvert près de cinq ans de voyage et 45 000 milles nautiques parcourus, soit environ 83 000 kilomètres. De cette odyssée sont nées des images à couper le souffle, des rencontres inoubliables mais aussi de sacrées galères, désormais racontées de long en large dans deux ouvrages : « Le Monde selon Guirec et Monique », un récit d'environ 300 pages (Ed. Flammarion, 19,90 euros), et « La Fabuleuse Histoire de Guirec et Monique », un carnet de bord d'environ 200 pages (Ed. Arthaud). Un film est également en préparation, offrant une nouvelle perspective sur ses aventures avant un nouveau départ. Le Breton n'est pas mécontent d'être revenu de son périple et de remettre pied à terre, même s'il n'a pas vraiment eu le temps de souffler. Son bateau, « Yvinec », est d'ailleurs parti en carénage et restera exposé chez Dauphin Nautic pour deux mois, symbolisant une pause avant de nouvelles horizons.
Le Défi Ultime : Le Vendée Globe
Après avoir fait le tour du monde à la voile en solitaire par les deux pôles, avec sa poule Monique, et avoir été le plus jeune marin à franchir à la voile le mythique passage du Nord-Ouest à 21 ans, Guirec Soudée, avec plus de 670 jours seul en mer à son actif, se lance désormais dans l'une des courses les plus mythiques : le Vendée Globe. Cette fois-ci, l'aventurier partira sans sa célèbre poule Monique. « Le Vendée n’arrêtait pas de me trotter dans la tête. Il fallait que je me lance, je ne voulais pas avoir de regrets », exprime-t-il, illustrant cette force intérieure qui le pousse toujours à se dépasser. Le simple fait que Guirec Soudée soit au départ du Vendée Globe est un événement en soi. Il a déjà prouvé son endurance et sa capacité à affronter des conditions extrêmes, ayant même failli laisser sa peau lors d'une traversée de l'Atlantique à la rame. Fort de sa jovialité inébranlable et d’un moral à toute épreuve, il lui fallait s’intéresser au Vendée Globe. Après tout, le tour du monde à la voile il connaît ; donc autant le faire rapidement, à bord des monocoques océaniques les plus performants de la planète.
Pour ce défi de taille, Guirec s’entoure de grands marins expérimentés, dont Roland Jourdain, Sébastien Audigane et Corentin Douguet. Ces derniers l’aident peu à peu à prendre les manettes de son bateau à dérives.
L'IMOCA Yvinec : Un Bateau au Palmarès Glorieux
Le bateau de Guirec Soudée pour le Vendée Globe est un plan Farr de 2007, un monocoque océanique dont le lancement remonte à 2007, et qui a déjà un long sillage derrière lui, témoignant de sa robustesse et de ses performances passées. Construit par l'Offshore Challenges Sailing Team à Cowes, au Royaume-Uni, ce navire porte les caractéristiques suivantes : une longueur de 18,28 mètres, une largeur de 5,85 mètres, un tirant d’eau de 4,50 mètres et un tirant d’air de 29 mètres. Son déplacement est de 8,4 tonnes, et il est équipé de quatre ballasts au total : deux centraux de 900 litres chacun et deux arrière de 600 litres chacun. Ses voiles sont fournies par Incidences Sails.
Cet IMOCA a connu plusieurs noms de course au cours de son histoire prestigieuse : Estrella Damm, BT, Veolia, Hugo Boss, Neutrogena, Adopte un skipper.net, Spirit of Yukoh IV et Omia - Water Family. Son port d'attache est Concarneau. Il a un palmarès impressionnant, dont une des grandes lignes est d’avoir gagné la Route du Rhum 2010 sous le nom de Veolia Environnement, aux mains de Roland Jourdain justement. Plus récemment, il a terminé 2e de la Barcelona World Race en 2014, 2e de la New York Barcelone en 2014, 9e du Vendée Globe en 2020, 6e de la Vendée Arctique en 2022 et 17e de The Transat CIC en 2024.
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