L'évolution du surf en Californie : des racines aux nouvelles perspectives
Le surf se développe sur les côtes californiennes à partir des années 1920 pendant la période des « hommes de fer et planches en bois ». Le surf connaît aujourd’hui une nouvelle vague de popularité avec quelque 3,8 millions de pratiquants. À l’heure actuelle, des surfeuses de shortboard comme celles de longboard voyagent en solo à travers le monde, surfent des grosses vagues, créent des modes de vie alternatifs et défient la vision traditionnelle de ce sport si longtemps orienté vers les hommes. L’icône contre-culturelle du surf semble être encore fortement genrée et, en ce sens, pas si contre-culturelle que ça. Et ce n’est pas un phénomène nouveau. Dans les années 1960, à l’apogée de la révolution contre-culturelle aux États-Unis, la liberté du surf était représentée comme quasi exclusivement masculine.
Pourtant, selon les récits traditionnels hawaiens, depuis ses débuts vers le XIIᵉ siècle, le surf était pratiqué autant par les femmes que les hommes. Avant l’arrivée des missionnaires occidentaux, les femmes étaient étroitement associées à l’histoire du surf hawaïen. Mais ces derniers, animés d’un zèle socioreligieux marqué par des normes strictes de séparation des sexes et une vision productiviste de la société, ont œuvré à l’éradication de l’activité. Le sport renaît au début du XXe siècle à Hawaii et en Californie, sous l’effet d’une curiosité presque ethnologique et d’une prise de conscience de son potentiel touristique.
Le défi des archives : la réalité des pionnières
L’historien Scott Laderman explique que cela est dû non seulement au sexisme dominant mais aussi au fait que les surfeuses étaient rares car, avant la Deuxième Guerre mondiale, les planches étaient très lourdes et difficiles à manier. Pourtant, confronté aux archives historiques et à une analyse approfondie, l’argument selon lequel les femmes ne pratiquaient pas, ou peu, le surf avant la fin des années 1950 ne tient pas la route. Le manque de maniabilité des planches de surf de l’époque est insatisfaisant pour expliquer la quasi-invisibilité des surfeuses de la période.
Les planches étaient effectivement en bois et non en mousse, comme le montre la collection du musée Surfing Heritage and Culture Center de San Clemente. Mais leur poids variait énormément, allant de planches en balsa verni d’environ 10 kg à des mastodontes en séquoia pesant jusqu’à 45 kg (un longboard moderne en mousse et résine pèse entre 4 kg et 7 kg). Les surfeuses étaient vraisemblablement minoritaires sur la côte californienne, mais certaines femmes se consacraient malgré tout à ce sport et menaient une vie alternative. À ce jour, il est difficile de dire combien. Dans toute la Californie d’avant-guerre, il y avait probablement moins de 200 surfeurs et nous pourrions actuellement identifier une trentaine de surfeuses.
À San Diego, dès 1925, Fay Baird Fraser, une jeune femme de 16 ans apprenait à surfer en tandem avec le sauveteur Charles Wright. Elle a ensuite continué à surfer seule dans la région, équipée de sa planche longue de 8 pieds (2,42 m). Plus au nord, à Newport Beach, durant l’entre-deux-guerres, Duke Kahanamoku, hawaïen, champion olympique de natation et surfeur expert fut une figure clé de l’introduction du surf en Californie. Il y avait même quelques compétitions de surf avec une division féminine à la fin des années 1930. Mary Anne Hawkins, de Costa Mesa, a remporté ces championnats féminins de surf de la côte Pacifique en 1938, en 1939 et en 1940, à l’apogée de l’ère des planches en bois. Nous pourrions également mentionner les californiennes Vicki Flaxman ou Aggie Bane, parmi tant d’autres qui surfaient avant les années 50.
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La construction d’un imaginaire culturel
Selon Joe Quigg, fabriquant respecté de planches et figure iconique du surf, les femmes ont joué un rôle de premier plan dans la scène surf de Malibu dans les années 1940/50. Or, cette scène est devenue l’incarnation de la culture surf californienne, contribuant elle-même à façonner la contre-culture américaine des années 1950 et 1960. À un moment où les récits traditionnels sont souvent remis en question, la construction de l’imaginaire du surf ne fait pas exception. Il est difficile d’imaginer que nous acceptions collectivement que dans les années 30, des garçons de 10 ans puissent traîner de lourdes planches jusqu’aux vagues pour apprendre, mais que les femmes, même adultes et nageuses accomplies passionnées de sports nautiques, ne le pouvaient pas. Elles le pouvaient, et elles le faisaient.
Tout comme aujourd’hui, les femmes se lançaient dans les vagues, loin du rôle traditionnellement attribué à la petite amie qui attend avec patience sur la plage ou à la femme au foyer qui prépare soigneusement un pique-nique pour que son homme passe la journée à surfer. Face au sexisme de l’époque, elles ne représentaient qu’un faible pourcentage de la population des surfeurs. Cette histoire mémorielle est aujourd'hui documentée par des témoins visuels comme le photographe de surf seignossais Thierry Organoff. Son travail propose un voyage dans le temps à la Maison de l’oralité et du patrimoine (MOP) de Capbreton. Il a voulu montrer pourquoi la région est devenue l’épicentre du surf européen alors que tout avait commencé en Angleterre et que les Britanniques trustaient tous les podiums dans les années 1970.
Mémoire photographique et figures emblématiques
À travers 30 clichés choisis soigneusement, on mesure le chemin parcouru, notamment par cette photo qui fait office d’affiche où des juges perchés sur des chaises en plastique notent les pionniers du surf professionnel, bien loin des super structures de compétition et des retransmissions en direct que nous connaissons aujourd’hui. Les jeunes frimousses des champions d’hier s’exposent : Sébastien Saint-Jean, Jean-Louis Poupinel, Jean Sarthou ou encore les pionniers de l’industrie du surf comme François Payot ou Frédéric Basse, sans oublier Pierre Agnès. « Il a fallu faire un tri parmi mes 80 000 diapos et 150 000 photos numériques », concède le Seignossais, Thierry Organoff, témoin visuel et mémoriel de ces belles années du surf landais.
Cette culture visuelle du surf a été portée par des figures majeures comme John Severson. Natif de San Clemente, surfeur de cette Californie du sud encore sauvage des années 1950, il en exprima les vagues, la plage et le mode de vie d’abord par la peinture. Puis il fut cinéaste de surf à l’image de Bud Browne et de Bruce Browne, et en 1960, face au succès de son livret photos, The Surfer, qu’il vendait en projetant ses films, il créa Surfer magazine. En 1970, il réalisa un film majeur, Pacific Vibrations, témoignant de l’évolution du shortboard et invitant à une prise de conscience écologique urgente, Severson ayant assisté à l’urbanisation de la Californie et à la construction de la centrale nucléaire à côté de San Onofre.
L’innovation technologique au service de l’art
Le lien entre l'image et la culture surf trouve un écho dans une autre révolution visuelle : le Polaroid. Cet appareil photo iconique a ouvert les portes de la photographie à des millions de personnes dans les années 1940. À une époque où les innovations dans le milieu de la photographie n’étaient menées que par des hommes, Polaroid se démarquait déjà. Durant son passage au sein de la société, une jeune étudiante en histoire de l’art du nom de Meroë Marston Morse compta parmi ses plus grands visionnaires. Elle est même devenue directrice de la division spéciale de recherches photographiques, et dix-huit brevets portent son nom.
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Meroë Marston Morse a rejoint Polaroid en 1945, juste après avoir obtenu son diplôme du Smith College, où elle y avait étudié l’histoire de l’art auprès de Clarence Kennedy. Aux yeux d’Edwin Land, le fondateur, elle est devenue « une âme sœur, une collègue de travail, une protectrice ». Elle n’a pas eu besoin qu’on lui explique la méthode Polaroid : émettre une hypothèse, tester, modifier et recommencer, un train séquentiel à grande vitesse où plusieurs hypothèses et expériences sont proposées chaque heure. Quelques courts mois après son arrivée, Meroë Marston Morse était en charge de la division des pellicules noir et blanc, où elle a mené son équipe à travers les services tout au long de la journée alors que la société faisait une transition et passait des photos sépias monochromes à des pellicules noir et blanc.
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