Le banc de nage, élément fondamental de toute embarcation destinée à la propulsion par avirons, constitue bien plus qu'une simple assise. Sa conception et son positionnement sont cruciaux pour l'efficacité, le confort et la sécurité du rameur. Il est l'interface principale entre l'énergie déployée par l'individu et la transmission de cette force à travers les avirons pour faire avancer le bateau. Contrairement aux sièges coulissants que l'on retrouve dans l'aviron de compétition, réservés aux sportifs sur plan d'eau calme, le banc de nage dans le contexte des bateaux traditionnels ou de voile-aviron est généralement fixe, exigeant une configuration précise pour maximiser la performance et minimiser la fatigue. Comprendre ce qu'est un banc de nage et savoir comment choisir ou ajuster son système de nage est donc essentiel pour tout passionné de navigation à la rame.
Qu'est-ce qu'un Banc de Nage de Bateau et Pourquoi est-il Crucial ?
Un banc de nage est la plateforme fixe ou ajustable sur laquelle le rameur s'assied pour actionner les avirons. Il est le point d'ancrage du rameur, permettant un transfert optimal de la puissance des jambes et du tronc vers les bras et les avirons. Le banc de nage, en synergie avec les dames de nage et les cale-pieds, forme le triangle ergonomique indispensable à une nage efficace. La position de nage est cruciale, car elle détermine directement l'efficacité de chaque coup d'aviron. Si le banc de nage est mal positionné, les rameurs peuvent souffrir de diverses gênes, telles que les pouces qui se coincent, les cuisses trop hautes au retour, ou encore les mains trop hautes à l'aller, autant d'éléments qui rendent l'expérience fatigante et peu productive. Sans un banc de nage correctement configuré, un aviron peut se barrer, rendant la manœuvre difficile et potentiellement dangereuse, surtout en conditions de mer agitée ou lors d'accostages périlleux. Il est donc impératif de considérer le banc de nage non pas comme un simple siège, mais comme une pièce maîtresse de l'ingénierie de la propulsion manuelle.
L'ajustement du banc de nage est une opération délicate qui doit tenir compte de la morphologie du rameur. Des témoignages d'expériences pratiques soulignent que le banc de nage a parfois été décalé de plus de 30 cm et les dames de nage de plus de 40 cm, en raison de la morphologie du client, et les cale-pieds avaient également bougé pour trouver la configuration optimale. Ceci illustre la nécessité d'une personnalisation poussée pour garantir une expérience de rame confortable et performante. La question de savoir comment positionner les dames de nage par rapport au banc de nage est récurrente, s'interrogeant sur un positionnement au même niveau que le banc ou plutôt dans une position spécifique qui maximise l'angle d'attaque et la portée de l'aviron. Pour tester ces configurations, une solution pratique consiste à utiliser des serre-joints et deux bouts de bois pour expérimenter différentes hauteurs et distances avant une fixation définitive. Il est aussi conseillé d'aller s'entraîner sur l'étang du coin, histoire de sentir la résistance de la flotte, car l'impression n'est pas du tout la même en situation réelle.
Les Composants Essentiels du Système de Nage : Avirons et Dames de Nage
Le banc de nage n'opère pas seul ; il est le point de départ d'un système complexe incluant les avirons et les dames de nage. Le choix et l'harmonisation de ces trois éléments sont déterminants pour la qualité de la rame.
Les Dames de Nage : Supports et Points de Pivot
Les dames de nage sont les supports qui maintiennent les avirons en place et servent de point de pivot durant la manœuvre de rame. Leur variété est grande et chaque type présente des avantages et des inconvénients spécifiques. On distingue notamment les dames de nage rondes, carrées ou excentrées. Le choix peut être personnel ou financier, allant d'un tolet simple avec bout à une plaque de type curragh, ou encore à deux tolets.
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Les manches ronds avec dames de nages rondes, par exemple, offrent plus de latitude dans les gestes, permettant aux avirons de bouger dans tous les sens, ce qui peut être un avantage pour certains rameurs. Cependant, l'appui de l'aviron est parfois relativement incertain sur le tolet, surtout si l'estrope est glissante. Cette incertitude peut être évitée sur le modèle "curraghs" où les avirons sont enfilés sur une plaquette qui donne aussi l'angle d'attaque et assure une meilleure retenue. Certains systèmes, comme les avirons à œil, sont peu amovibles mais agréables si bien réglés, l'angle d'attaque étant constant grâce à une plaque d'appui astucieusement angulée. Un avantage significatif de ces systèmes bien réglés est qu'on peut les lâcher sans préavis, ce qui est rassurant en cas d'imprévu. Il est à noter que certains navigateurs ont expérimenté des difficultés à nager avec deux tolets, l'aviron ayant tendance à "tosser" sur les tolets, ce qui entrave la fluidité du mouvement. Les inconvénients de certains systèmes de dames de nage incluent une moindre mobilité lorsque l'on ne rame pas, car les avirons ne se replient pas le long du bateau, ce qui peut être problématique lors d'un accostage ou face à un obstacle imprévu. Pour les petites manœuvres simples, une bonne godille peut s'avérer suffisante. Elle est efficace et pas fatigante, et certains affirment même qu'elle permet de repousser les attaques de requins. La tenue des avirons dans les dames de nage, suivie d'une liaison solide des pelles sur le plat-bord, est jugée commode et peut tranquilliser les "papys" soucieux de la sécurité de leur équipement.
Le positionnement des dames de nage par rapport au banc est une science en soi. La "bonne" distance pour le portage de l'aviron correspond souvent à la distance entre la dame de nage et le banc. Cette distance est correctement réglée lorsque le coude est collé à l'arrière du banc, l'avant-bras et la main tendue avec la première phalange (les autres étant repliées) atteignent l'endroit où la dame de nage devrait être. Pour les curraghs, sans doute les meilleures embarcations d'aviron de mer, l'axe des avirons se situe à une quarantaine de centimètres du banc et à une hauteur assez faible, entre 15 et 18 cm. Des standards établis par des marines comme la Navy ou la Royale indiquent des hauteurs au-dessus des bancs de 20 à 30 cm, précisant même une fourchette de 18 à 30 cm pour les embarcations de service selon Dervin. Ces spécifications montrent qu'il n'y a pas une solution unique, mais plutôt des adaptations en fonction du type d'embarcation et de l'usage.
Les Avirons : Puissance et Matériaux
Le choix des avirons est tout aussi fondamental que celui du banc de nage et des dames de nage. Les avirons sont les leviers qui traduisent la force du rameur en mouvement. Plusieurs formules d'avirons ont été utilisées au fil du temps. Parmi celles-ci, les avirons irlandais sont souvent cités pour leurs qualités spécifiques : très longs, avec une pelle à peine plus large que le fût de section carrée. Ces caractéristiques leur confèrent peu de fardage face au vent, éliminant ainsi le besoin de trévirer, ce qui est toujours fatigant à la longue et peut provoquer de brusques coups de frein ou jouer de mauvais tours dans des mers très courtes. De plus, ils facilitent la remise de l'embarcation sur des rails au portant, le bout de la pelle étant très éloigné de l'axe du bateau. Pour des mers moins agitées, une pelle plus large peut être préférée, bien qu'elle puisse nécessiter de trévirer face à un vent fort.
Le matériau des avirons est un facteur déterminant pour leur performance et leur durabilité. Historiquement, le frêne était souvent cité dans les plans d'avirons anciens. Cependant, sur les embarcations modernes et souvent légères, ce bois est de moins en moins préconisé. Il est tout avantage de l'abandonner au profit de résineux relativement denses et bien droits de fil, tels que le pin d'Oregon ou le mélèze d'origine nordique, voire le pin de Touraine ou le pin noir d'Autriche. Ces bois offrent un gain de poids significatif, parfois jusqu'à 30% par rapport au frêne, tout en permettant d'obtenir la souplesse et l'équilibre adéquat après rabotage. L'analogie avec les hélices est pertinente : la force motrice du rameur étant relativement faible (environ 250-300 Watts), l'efficacité de l'aviron est cruciale, rendant le choix du matériau et de la conception d'autant plus important.
Choisir son Banc de Nage et son Embarcation : Une Démarche Personnalisée
Le processus de sélection d'un banc de nage et, par extension, d'une embarcation adaptée à la rame, est une démarche qui doit être profondément personnalisée. Elle dépend de plusieurs facteurs interdépendants, allant de l'utilisation prévue au budget, en passant par les préférences en matière de construction et les considérations ergonomiques.
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Définir l'Utilisation Principale et les Attentes
La première question à se poser est : quelle est l'utilisation principale que tu comptes faire de ton bateau ? Cette interrogation est fondamentale, car les bateaux sont disponibles dans de nombreuses tailles et configurations, et chacun est conçu pour une utilisation particulière. Il ne faut pas s'attendre à ce qu'un petit runabout soit capable de traverser l'Atlantique, tout comme un gros yacht à moteur ne serait pas adapté pour tirer des skieurs nautiques. Pour une activité de rame, les programmes peuvent varier considérablement.
Certains recherchent une embarcation pour des raids et des balades, à l'image d'un canot breton de moins de 4m, gréé en sloup au tiers bômé, où l'on peut installer facilement un matelas gonflable pour deux personnes et/ou une tente dôme. L'aviron et la godille sont alors un régal, offrant une polyvalence pour l'exploration côtière ou lacustre. Ce type de bateau, bien que plus lourd qu'un 420 et donc moins performant à la voile, bénéficie des avancées modernes : les nouveaux "traditionnels" sont construits plus légers, avec une jolie dérive qui autorise un très bon cap. D'autres privilégient la navigation en solitaire ou avec un équipier, comme avec un 420, tout en ayant la capacité d'embarquer des passagers (par exemple, 4 passagers ou 400 kg de charge utile) sur une autre embarcation polyvalente.
Si l'on est fixé sur la voile au tiers, qui est déconcertante de facilité et de rapidité de mise en œuvre, il est judicieux de se tourner plutôt vers les voile-avirons "traditionnels" : misainiers et autres petits côtres correspondront exactement à ce programme. Pour ceux qui s'intéressent à la construction amateur, des plans précis sont parfois disponibles gratuitement sur le net, comme c'est le cas pour le "Ella Skiff" dont "Onawind Blue" de Ben Crawshaw est un exemple. La taille de l'embarcation est également à considérer, avec des discussions autour de bateaux de 4,50 M ou 5 M, chacun ayant des implications sur la stabilité, la capacité et la maniabilité.
Le Budget et la Question de la Construction Amateur
Le budget que l'on souhaite mettre dans ce projet est un facteur déterminant dans le choix d'un bateau. Cependant, au-delà de l'achat d'une coque industrielle, la construction amateur offre une voie alternative avec des avantages et des inconvénients spécifiques. Certains parlent de "s'emmerder" à construire, reconnaissant qu'il faut y passer du temps et de l'énergie, ce qui retarde d'autant le moment de la navigation. Malgré cela, la construction amateur est particulièrement développée dans un programme voile-aviron, plus que pour un programme voile légère/sportive.
Les avantages sont multiples : à la fin du chantier, on a la satisfaction d'avoir réalisé quelque chose, d'avoir un bateau unique et non pas une coque industrielle interchangeable. De plus, on connaît mieux son bateau, ce qui rend les réparations diverses moins intimidantes. Des ressources comme les vidéos de The invisible workshop sur un trip Espagne - Baléares en voile-aviron peuvent inspirer et guider les constructeurs amateurs. La manipulation de la résine, bien que redoutée pour ses effluves de polyester, est une réalité, que ce soit pour la construction d'un bateau neuf ou pour les réparations sur un ancien bateau en polyester ; on sera sûrement amené à en manipuler. Pour les bateaux en bois, même époxyés, un minimum de précaution permet de bien conserver les bateaux lorsqu'ils sont stockés dehors.
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L'Ergonomie et l'Ajustement Crucial de la Position de Nage
L'ergonomie de la position de nage est le pilier d'une rame efficace et agréable. La position de nage est cruciale, et plusieurs éléments doivent être ajustés avec soin : le cale-pied est indispensable pour un bon point d'appui, la hauteur du banc par rapport au liston, et la bonne distance entre la dame de nage et le banc. Cette "bonne" distance peut être définie de manière très pratique : le coude collé à l'arrière du banc, l'avant-bras et la main tendue avec la première phalange (les autres étant repliées) doivent arriver à l'emplacement idéal de la dame de nage. Cela garantit une portée optimale et un transfert de force efficace.
Des réglages inadéquats peuvent entraîner une tendance à glisser vers l'intérieur, une difficulté à contrôler l'angle d'attaque de l'aviron, des problèmes rencontrés par les débutants, et même des douleurs comme les pouces qui se coincent ou les cuisses trop hautes au retour. Pour éviter ces désagréments, l'ajustement précis des cale-pieds est également nécessaire. Les normes peuvent varier ; la Navy parle de 10 pouces (environ 25 cm) et la Royale de 25 cm pour la hauteur des dames de nage au-dessus des bancs, tandis que Dervin précise 20 à 30 cm pour les yachts et 18 à 30 cm pour les embarcations de service. Les curraghs, réputées pour leurs qualités de rame, ont l'axe des avirons à une quarantaine de centimètres du banc et à une hauteur assez faible, entre 15 et 18 cm. Il est clair que tous les bateaux du monde n'ont pas les mêmes avirons et les mêmes configurations, car on arrive souvent à des résultats bien différents de ceux définis par la théorie. Pour les bateaux modernes et souvent légers, même les avirons construits en respectant un échantillonnage préconisé pour du frêne peuvent nécessiter un rabotage pour trouver la souplesse et l'équilibre adéquat, aboutissant à un gain de poids d'environ 30%. Ces ajustements sont d'autant plus importants que le rappel assis sur le plat-bord/liston peut être impossible s'il est déjà occupé par quelques objets potentiellement contondants, rendant le banc de nage l'unique point d'appui viable.