À l'ère du numérique, la question de l'anonymat en ligne est devenue centrale. Vous l’avez sans doute remarqué, depuis quelques temps, il est impossible d’aller sur un site internet sans voir s’afficher une petite bannière vous demandant d’accepter des cookies (et hélas, non ce n’est pas un cadeau !). Lorsque nous naviguons sur Internet, nous laissons des traces de nos activités en ligne, telles que des clics, des visites de sites Web, des téléchargements et des connexions, qui peuvent être combinées pour établir notre profil détaillé. Dans ce guide, nous aborderons l’anonymat de navigation, son importance, ainsi que certains outils et certaines habitudes permettant de protéger votre identité et vos données personnelles. Nous examinerons également de plus près la question de la protection de la vie privée et la configuration quotidienne qui protège sans limiter vos actions.
Comprendre le rôle des cookies et des traceurs
Les cookies sont un petit fichier placé sur votre terminal de navigation (ordinateur, tablette, téléphone) qui vont collecter des informations sur les actions que vous effectuez sur internet. Il peut être considéré comme un avantage car il permet de garder un historique de votre navigation sur un site visité (par exemple, conserver votre panier d’achat même quand vous avez quitté le site, garder vos logins pour éviter de vous reconnecter, etc.). Il peut s’avérer toutefois intrusif si l’on a envie de garder une vie privée et ne pas donner la possibilité aux trackers de publicité de nous suivre à la trace. Ça explique notamment pourquoi vous retrouvez des publicités ciblées pour un site que vous auriez visité sur un autre site ou dont vous auriez parlé de vive voix quelques minutes auparavant.
Un cookie ne peut être lu et utilisé que par le site qui l’a déposé. Il est donc impossible de l’utiliser à des fins malveillantes (comme dérober des données sur votre disque dur ou installer un virus sur votre machine). Les cookies étant gérés par votre navigateur Internet, c’est en paramétrant ce dernier que vous pouvez accepter ou refuser les cookies. Selon la loi, le site qui dépose ces cookies sur votre disque dur doit les supprimer au bout d’un an (13 mois exactement) ; dans la réalité, la plupart restent sur votre disque dur jusqu’à ce que vous les supprimiez. On les appelle les cookies permanents.
Il existe également les cookies tiers ; ces derniers ne sont pas déposés sur votre ordinateur par le site que vous visitez, mais par des tiers : des sites partenaires de celui qui vous intéresse. Ils collectent davantage d’informations : votre cheminement sur Internet (les sites, pages et sous-pages visités, et le temps passé sur chacune) les intéresse particulièrement, mais aussi vos données personnelles, comme l’origine, le sexe ou l’âge. Ces cookies ne permettent pas d’améliorer votre navigation et ne sont pas nécessaires pour profiter pleinement d’Internet. Par conséquent, si vous souhaitez protéger votre vie privée et limiter les traces de votre navigation sur Internet, il est recommandé de les refuser par défaut.
La navigation privée : limites et usages
Demandez à n’importe quelle personne comment protéger votre vie privée en ligne, et elle vous parlera probablement de la navigation privée. Tous les principaux navigateurs l’intègrent, bien que leurs noms diffèrent : il s’agit de la navigation privée dans Chrome, du mode InPrivate dans Edge, de l’onglet Navigation privée dans Firefox et de la navigation privée dans Safari. En mode privé, votre navigateur n’enregistre pas votre historique de navigation, ne garde pas en mémoire les informations que vous saisissez dans les formulaires Web, et ne stocke pas dans son cache les graphiques et le code des sites Internet que vous visitez. Les cookies, ces minuscules fichiers texte, dans lesquels les sites Internet enregistrent vos paramètres et vos préférences, ne sont conservés que le temps que la fenêtre privée reste ouverte et sont supprimés lorsque vous la fermez.
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Cependant, vos actions demeurent visibles de l’extérieur. La navigation privée peut protéger votre stockage local, mais elle ne masque pas votre adresse IP. Pour avoir une idée de la quantité d’informations qui peuvent être collectées au sujet des internautes utilisant la navigation privée, il suffit de se pencher sur le procès Brown c. Google, qui s’est soldé par la défaite du géant d’Internet. L’entreprise a été condamnée à détruire des « milliards de données » relatives à l’activité des internautes qui naviguaient en mode de navigation privée. L’adresse IP, les empreintes digitales et les cookies créés en session sont autant de vecteurs qui permettent de vous identifier malgré l'utilisation de ce mode.
Le mode de navigation privée est utile si vous cherchez un cadeau d’anniversaire pour un membre de la famille, car les mots clés n’apparaîtront pas dans l’historique. Toutefois, le mode privé ne sera d’aucune utilité si vous vous connectez à votre compte dans la boutique en ligne. Il est en revanche recommandé pour se connecter à votre compte sur l’ordinateur d’autrui ou sur un ordinateur public. C’est un début, mais cela ne vous garantit pas une sécurité totale.
Outils avancés : VPN, Tor et serveurs Proxy
Pour mettre en place un dispositif efficace de navigation anonyme, la meilleure approche consiste à utiliser plusieurs couches de méthodes, car aucun produit n’offre à lui seul un anonymat complet.
Le VPN (réseau privé virtuel) est un logiciel qui crée un tunnel chiffré entre votre appareil et un serveur afin de masquer votre localisation et de réduire le suivi basé sur l’adresse IP. Par conséquent, votre FAI ne voit que le trafic chiffré entrant dans le VPN, mais pas les sites individuels que vous visitez. En outre, les sites Web ne verront que l’adresse IP du serveur VPN, et non celle de votre domicile. Il faut cependant veiller à choisir un fournisseur qui se soumet régulièrement à des audits de sécurité indépendants et qui met en œuvre une politique d’absence de journaux.
Les serveurs proxy se présentent comme un intermédiaire entre le web et vous. Ils prennent le rôle de votre identité en substituant votre adresse IP pour une autre. Ils diffèrent des VPN car ils se contentent souvent de chiffrer les demandes Web émanant de votre navigateur, là où le VPN chiffre tout le trafic. Soyez vigilant lorsque vous utilisez les serveurs proxy gratuits car ils sont davantage sujets à des problèmes de performances et de sécurité, et certains peuvent consigner votre adresse IP originale.
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Enfin, l’alternative qui vous garantira un anonymat total est le réseau Tor (The Onion Router). Le navigateur Tor vise à assurer l’anonymat de la navigation en acheminant le trafic via des relais d’entrée, intermédiaires et de sortie, afin d’empêcher les sites Web de remonter jusqu’à vous. C’est un réseau informatique complexe qui rend toute navigation très difficile à tracer. Pour l’utiliser, il faut télécharger le logiciel du même nom. Pour les tâches sensibles, les paramètres par défaut du navigateur Tor suffisent généralement. Évitez d’installer des extensions qui affaiblissent l’anonymat et abstenez-vous de vous connecter à des comptes nominatifs pendant les sessions Tor.
Protection de la vie privée et Big Data
En vérité, les courtiers en données travaillent en arrière-plan pour compiler votre historique de navigation et de recherche, vos clics et votre utilisation des applications afin d’établir votre profil détaillé. Littéralement, le terme de « Big Data » désigne un ensemble très volumineux de données qu’aucun outil classique de gestion ne peut vraiment travailler. L’analyse des données est capable d’extraire des informations très précises sur les individus en croisant des données anonymes. Actuellement, la tendance est à la convergence des différentes données disponibles.
L’anonymat et la vie privée sont très souvent associés, et pour cause. Le premier est un moyen de préserver la seconde. La vie privée est la raison pour laquelle on peut recourir à des techniques d’anonymisation. Malgré toutes les traces laissées par l’internaute, l’anonymat protège tout de même assez bien sa vie privée. Ainsi, cela permet de protéger les victimes de harcèlement, les lanceurs d’alerte, les employés d’entreprises ou les fonctionnaires soumis à un droit de réserve. L’anonymat est donc réellement un outil indispensable permettant à la démocratie de se réaliser pleinement.
Cependant, des mesures législatives, comme en France la loi sur la sécurité quotidienne, obligent les fournisseurs d’accès à internet à conserver les identifiants de connexion de leurs abonnés. À partir de la loi de 2004 et de la loi pour la confiance en l’économie numérique, la conservation des identifiants de connexion concerne également les hébergeurs. L’article L34-1 du CPCE a été modifié à l’issue de la loi n° 2021-998 du 30 juillet 2021 relative à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement. Cette réforme est venue renforcer l’anonymat sur internet dans la mesure où elle exclut la possibilité d’identification aux besoins de la procédure civile.
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