Le dériveur représente un type de bateau idéal pour accéder à des mouillages peu profonds, offrant aux plaisanciers une liberté d'exploration inégalée. Dans le vaste univers des voiliers, les dériveurs lestés se distinguent comme des embarcations hybrides, constituant une évolution d’une version quillard. Cette catégorie de voiliers, riche en histoire et en innovation, permet de concilier les impératifs de performance en mer et la capacité à naviguer dans des eaux où d'autres navires, dotés de tirants d'eau plus importants, ne pourraient s'aventurer. L'ingéniosité de leur conception réside dans leur capacité à adapter leur tirant d'eau, ouvrant ainsi les portes des estuaires, des rias et des anses discrètes, si prisées des navigateurs en quête d'authenticité et de tranquillité.
La problématique du tirant d'eau restreint est bien connue des marins. Un quillard, par exemple, avec un tirant d'eau de 1,90 mètre, limite considérablement les possibilités de mouillage, comme en témoigne l'expérience de nombreux plaisanciers dont les destinations de week-end, même dans des lieux aussi magnifiques que l'archipel des Glénan, peuvent être restreintes. L'envie d'aller partout et, surtout, loin des autres, est une aspiration profonde qui trouve sa réponse dans les différents types de dériveurs. Ces voiliers, par leur conception, s'affranchissent des contraintes de profondeur et offrent la possibilité de venir s’échouer sur une plage de sable blanc ou de profiter de petits ports bretons, même à marée basse, créant des souvenirs impérissables et des expériences de navigation uniques.
Le Dériveur Lesté (DL) : Une Évolution Historique et Technologique
Le concept de dériveur lesté est un voilier à lest mobile dont l'histoire remonte à de nombreuses années. Loin d'être une innovation récente, on retrouve des plans de célèbres architectes comme Cornu et Herbulot, qui ont conçu des voiliers en bois à dérive lestée, marquant ainsi les premières étapes de cette typologie de bateau. Philippe Harlé lui-même, figure emblématique de l'architecture navale, a proposé de très nombreux voiliers avec une version dite DL, contribuant à populariser et à perfectionner cette approche. Des chantiers navals majeurs, à l'instar de Jeanneau, ont très tôt opté pour cette solution, et ont gardé cette habitude, encore aujourd’hui, ce qui témoigne de la pertinence et de la pérennité du concept.
Initialement, les dériveurs lestés étaient équipés d’un lest, communément appelé saumon. De ce saumon, sortait une dérive, ou plutôt, une plaque de tôle, servant de dérive, dont la fonction principale était d'augmenter la surface anti-dérive et d'abaisser le centre de gravité du bateau en navigation. Cette configuration originelle a considérablement évolué au fil du temps. Aujourd’hui, les dériveurs lestés ont "pas mal évolué pour proposer des saumons profilés avec des ailerons sur les côtés", une amélioration significative qui optimise l'hydrodynamisme et la performance sous voiles. Ces évolutions témoignent d'une recherche constante d'équilibre entre l'efficacité nautique et la polyvalence d'usage, permettant à ces voiliers de rester compétitifs et adaptés aux exigences des navigateurs modernes.
Le fonctionnement du dériveur lesté repose sur une quille dont la fonction est relevable. Cette caractéristique est cruciale car elle permet à ces voiliers d'accéder à des mouillages peu profonds sans sacrifier leur efficacité en mer. En position basse, la quille confère au voilier une grande raideur à la toile, un atout majeur pour la performance en navigation. Cette raideur, combinée à une stabilité de forme radicale, constitue un parfait cocktail de performance, permettant au bateau de bien tenir sa toile et d'offrir un excellent rendement au près. En cas de talonnage, un scénario redouté par tout marin, le dériveur lesté présente un avantage sécurisant : "en navigation, si vous talonnez, et que vous perdez votre dérive, vous pouvez continuer de faire route", car le lest principal est dans le saumon ou la quille fixe. Cependant, malgré ces avancées, des inconvénients persistent, comme le fait qu'il "arrive souvent que la dérive se coince dans le saumon", un problème mécanique qui peut nécessiter une intervention.
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En ce qui concerne l'échouage, le dériveur lesté présente des particularités. Lorsque vous échouez, la coque n’est généralement pas en contact direct avec le fond, le saumon ou la quille fixe supportant le poids principal. Cependant, pour s’échouer en toute sécurité et garantir leur stabilité à plat, ces voiliers nécessitent l’ajout de béquilles. Cette contrainte logistique est un élément à prendre en compte lors de la planification des escales dans des zones à marnage important. Des modèles comme le Sun Odyssey 389 DL incarnent parfaitement cette typologie de voilier, offrant une combinaison de performance et d'accès aux mouillages qui répond aux attentes des croisiéristes exigeants, notamment ceux qui souhaitent explorer des régions comme la Bretagne et le Morbihan, réputées pour leurs mouillages reculés et leurs paysages marins exceptionnels.
Le Dériveur Intégral (DI) : La Simplicité de l'Échouage à Plat
Le dériveur intégral représente une approche différente de la navigation en eaux peu profondes, il me semble que ce concept est apparu après le dériveur lesté, marquant une évolution dans la pensée des architectes navals. En effet, je pense que les architectes ont fait évoluer le concept de dérive mobile en se penchant sur l'intégration du lest directement dans la structure de la coque. C'est dans le concept de dériveur intégral que l'on supprime la quille telle qu'on la connaît sur les quillards ou les dériveurs lestés. Au lieu de cela, une dérive mobile prend place au centre du bateau, et le lest est réparti sur le fond de coque. Le poids total du bateau est également augmenté pour garder une bonne stabilité, bien que d'une nature différente de celle des quillards.
Cette formule de conception offre des tirants d’eau très réduits, même dérive haute, ce qui constitue son avantage le plus distinctif. L'accessibilité est au cœur de la philosophie du dériveur intégral. À l’échouage, le bateau se pose sur son fond de coque renforcé à cet effet, permettant un échouage à plat et en toute simplicité, sans nécessiter de béquilles externes. Il suffit simplement de remonter la dérive pour que le bateau se pose sur sa coque. Cette capacité à venir beacher directement sur la plage est un atout considérable pour les navigateurs souhaitant explorer des zones inaccessibles aux autres types de voiliers. Des chantiers comme Gib Sea et Kirié, par exemple, ont commencé par proposer des dériveurs lestés avant de développer toute une gamme de voiliers en version dériveur intégral, démontrant la progression et l'adoption de ce concept. Le Feeling 32 DI des chantiers Kirié, avec un tirant d’eau de 0.85/1.85 m, en est un excellent exemple, illustrant la polyvalence et la profondeur d'exploration offertes par ce type de bateau.
Le dériveur intégral est souvent considéré comme le bateau de voyage par excellence. Sa coque plate, lestée dans les fonds, et son absence de quille fixe lui permettent de s'approcher au plus près des terres, de remonter les canaux, les rivières et les rias, et même de beacher en toute autonomie. Si ce type de bateau était plutôt répandu dans les années 70/80, certains constructeurs en ont fait leur credo, continuant à développer des modèles adaptés à la navigation en exploration. Les bateaux de voyage de ce type sont souvent construits en aluminium, un matériau robuste et résistant aux chocs, particulièrement adapté pour s'échouer sans appréhension.
Cependant, la conception du dériveur intégral n'est pas sans compromis. Le dériveur intégral sera généralement plus "gitard", c'est-à-dire qu'il aura tendance à gîter davantage sous l'effet du vent que ses homologues lestés ou quillards. Cela demandera donc aux navigateurs de réduire la toile plus rapidement face aux conditions météorologiques changeantes. Cette caractéristique est la conséquence directe de la répartition du lest et de l'absence de quille profonde, affectant la raideur à la toile du voilier. Malgré cela, pour des plaisanciers dont les exigences de croisière incluent les accès aux plus beaux mouillages même reculés, comme ceux que l'on trouve en abondance en Bretagne et dans le Morbihan en particulier, un "baroudeur tout terrain comme le Feeling 32 DI" représente un choix optimal.
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