Le Voilier Dériveur Lesté de 40 Pieds : Une Synthèse entre Compromis et Aptitude à la Grande Croisière

Le choix d'un voilier, qu'il soit destiné à la croisière ou à la régate, implique une décision fondamentale concernant le type d’appendice qui équipera le bateau. Cette sélection se situe principalement entre un quillard et un dériveur, sans oublier des configurations hybrides telles que le biquille ou d'autres systèmes de lest. Le type de lest et d’appendice aura un impact direct sur les capacités du voilier, définissant ce qu'il est possible ou non de réaliser en navigation. En effet, un voilier quillard à grand tirant d’eau de deux mètres n'offrira pas les mêmes possibilités qu'un dériveur intégral capable de naviguer, même au moteur, dans des eaux d'à peine cinquante centimètres de profondeur. Tandis que l'échouage sera possible avec un biquille ou un voilier à lest mobile, la configuration choisie influencera également le comportement du bateau en mer.

La raideur à la toile, c'est-à-dire sa capacité à résister à la gîte sous l'action du vent, est directement liée à l'importance du lest et à sa position : plus le lest d’un bateau est important et plus il est bas, plus il sera raide à la toile. Cette caractéristique est cruciale, car elle implique non seulement un confort accru en mer, mais aussi une meilleure vitesse du bateau, en permettant de porter plus de toile plus longtemps. C’est la raison pour laquelle un quillard profond, souvent désigné comme une version GTE (Grand Tirant d'Eau), sera intrinsèquement plus performant que sa version à Petit Tirant d’Eau (PTE). Choisir son voilier requiert ainsi d'envisager toutes les situations potentielles, qu'elles concernent la navigation en pleine mer, les manœuvres de port ou le mouillage. Le processus de sélection d'un bateau est toujours une affaire de compromis, où il faut jongler entre la vitesse, le confort et le côté "passe-partout", tout en tenant compte des contraintes liées au mouillage envisagé ou à la place de port disponible. Pour une longue croisière, l'accessibilité à des mouillages peu profonds est souvent une exigence primordiale, faisant des dériveurs une option privilégiée.

Les Fondamentaux des Appendices de Voiliers

La diversité des appendices répond à une multitude de besoins et de philosophies de navigation. Chaque configuration offre des avantages spécifiques, mais aussi des limitations, forçant le navigateur à une réflexion approfondie sur son programme de navigation.

Le Quillard : Référence de Performance et de Stabilité

Le quillard est par excellence le type d’appendice qui offre les meilleures performances en navigation, caractérisé par une quille fixe et généralement profonde. Son principal intérêt réside dans sa stabilité de route et son excellente capacité à remonter au vent, des qualités inestimables pour des parcours ambitieux ou la régate. Les systèmes de lest mobile, à l'inverse, exigent une vérification mécanique supplémentaire, alors qu'avec un quillard, cette complexité est absente. Il existe plusieurs types de quillards, se distinguant par la conception de leur quille. Outre les quilles droites en fonte classique, que l'on retrouve sur la grande majorité des voiliers de plaisance, certaines quilles sont lestées avec un bulbe, lequel peut présenter différentes formes pour optimiser l'hydrodynamisme et la position du centre de gravité. Un quillard profond, avec son lest bas, est le garant d'une raideur à la toile maximale, permettant des performances remarquables en mer formée et un confort supérieur pour l'équipage.

Le Dériveur Intégral : L'Accès Inégalé aux Eaux Peu Profondes

Le dériveur intégral représente une approche radicalement différente de la conception des appendices, axée sur l'accès aux zones à faible tirant d'eau. Dans le concept du dériveur intégral, la quille est purement et simplement supprimée. Une dérive mobile est logée au centre du bateau, et le lest est réparti sur le fond de coque, dont le poids est augmenté pour assurer une stabilité adéquate. Cette configuration offre des tirants d’eau extrêmement réduits, même avec la dérive haute. À l’échouage, le bateau se pose directement sur son fond de coque, qui est spécifiquement renforcé à cet effet. Le dériveur intégral est un choix excellent pour un petit voilier transportable, mais aussi pour les bateaux de voyage par excellence, dont la coque plate lestée dans les fonds et l'absence de quille permettent de s'approcher au plus près des terres, de remonter les canaux, les rivières et les rias, et même de beacher aisément. Il suffit simplement de remonter la dérive pour que le bateau se pose sur sa coque. L'un des meilleurs exemples de cette philosophie est le Feeling 32 DI des chantiers Kirié, avec un tirant d’eau variant de 0,85 m à 1,85 m. En navigation, cependant, ses performances, notamment au près, sont généralement moins bonnes par rapport à un quillard (fixe ou relevable), car le lest, étant situé plus haut, confère moins de raideur à la toile. Si ce type de bateau était particulièrement répandu dans les années 70 et 80, certains constructeurs en ont fait leur credo, notamment pour les bateaux de voyage souvent construits en aluminium pour s'échouer sans dommage.

Lire aussi: Tout savoir sur les voiles de voilier

Le Dériveur Lesté : L'Harmonie du Compromis

Le dériveur lesté se positionne comme un compromis réfléchi entre le quillard classique et le dériveur intégral. Il est, en essence, une évolution d'une version quillard. Ce type de voilier permet de bénéficier d’un plan antidérive mobile, similaire à celui d'un dériveur intégral, tout en conservant un lest plus significatif et positionné relativement bas, bien que pas aussi bas qu'un quillard pur. Le dériveur lesté est un hybride qui tente de concilier les avantages des deux mondes : la capacité d'accéder à des mouillages peu profonds grâce à sa dérive relevable et une certaine raideur à la toile grâce à son lest permanent. Toutefois, certains débattent de son réel intérêt en navigation, estimant que, à leur goût, il n'a pas toujours prouvé son efficacité. Il est vrai que le lest, étant situé dans le saumon et donc un peu plus haut que sur un quillard, peut ne pas favoriser une raideur à la toile comparable. Néanmoins, il reste une option très pertinente pour des croisières dont les exigences incluent l'accès à des mouillages magnifiques et reculés, particulièrement présents en Bretagne et dans le Morbihan. Le Sun Odyssey 389 DL est un exemple de ce type de voilier, conçu pour être un baroudeur tout terrain, combinant la capacité d'accéder aux zones de faible profondeur avec des qualités marines appréciables.

Innovations et Alternatives dans la Conception des Appendices

Au-delà des catégories principales, l'ingénierie navale a développé diverses solutions pour affiner le compromis entre performance et polyvalence, ou pour répondre à des besoins très spécifiques.

La Quille Relevable : Performance et Flexibilité

Un voilier à quille relevable est une solution de plus en plus adoptée par certains chantiers soucieux de répondre à une demande de faible tirant d’eau sans sacrifier la performance. C’est, effectivement, une très bonne alternative au quillard traditionnel. Ces voiliers, comme le POGO 36 ou les nouveaux Djangos de chez Marée haute, et les modèles du chantier Structure avec ses Pogos, peuvent accéder à des mouillages peu profonds grâce à la fonction relevable de la quille sans compromettre leur efficacité en mer. En mettant la quille en position basse, cela confère au voilier une grande raideur à la toile. Ajouté à cela une stabilité de forme radicale, on obtient un parfait cocktail de performance. Cependant, l’inconvénient majeur de ce type de lest se manifeste surtout en cas de talonnage. Alors qu'une dérive classique va remonter seule en cas d'impact, la quille relevable risque de casser, ou du moins d'endommager son mécanisme, souvent constitué d’un système à vis sans fin ou de vérins dans le cas d’une quille pivotante ou sabre. Pour s’échouer, ces voiliers nécessitent l’ajout de béquilles pour garantir leur stabilité.

La Quille Sabre : Une Variante pour l'Optimisation du Centre de Gravité

La quille sabre est une solution alternative, parfois utilisée sur certains voiliers en remplacement de la quille relevable. Son principal avantage réside dans la possibilité de conserver un bulbe, ce qui contribue à abaisser efficacement le centre de gravité du bateau, améliorant ainsi sa stabilité et sa raideur. L'inconvénient, sur les voiliers de taille modeste, est qu'elle peut couper le carré en deux une fois relevée, empiétant sur l'espace intérieur habitable. C’est par exemple le cas sur le First 27.7, où la nécessité de remonter cette quille pour réduire le tirant d'eau a un impact direct sur l'agencement intérieur.

Le Biquille et les Multi-Quilles : Stabilité à l'Échouage

Le biquille s’est particulièrement répandu en Bretagne, en Manche et en Grande-Bretagne, surtout dans les années 80. Ce type de configuration permettait de s’échouer à plat, avec un tirant d’eau assez faible et sans avoir recours à un mécanisme de quille complexe. Cependant, il faut reconnaître que les performances d’un biquille étaient souvent très limitées, en particulier leur capacité à remonter au vent, qui était très faible. Les Anglais, à la recherche de solutions innovantes, sont allés encore plus loin dans les années 70 en proposant des voiliers à trois quilles. Dans cette configuration, la quille centrale était accompagnée d’une quille de chaque côté, afin d’améliorer la tenue à l’échouage et la stabilité en mer. Pour les biquilles version aileron comme le Django 9.80, le programme de navigation est aujourd'hui plus axé sur la polyvalence, offrant un équilibre entre l'accessibilité des mouillages et des performances honorables.

Lire aussi: Innovations dans les voiles

La Quille à Ailettes : Réduction de Tirant d'Eau et Performances

Les premiers voiliers équipés d’une quille à ailette sont apparus dans les années 80, avec un objectif clair : réduire au maximum le tirant d’eau des voiliers. Pour ce faire, le profil de la quille était modifié par l'ajout de deux ailettes de chaque côté. L'idée était également d'améliorer les performances du bateau grâce à ce nouveau profil, surtout lors de la gîte. En croisière, ce choix est particulièrement pertinent. Un voilier avec une quille à ailettes sera plus performant qu'un dériveur lesté ou un dériveur intégral, tout en proposant un tirant d’eau réduit, non seulement au mouillage mais aussi en navigation. Des chantiers français de renom comme Bénéteau ou Jeanneau proposent encore quelques modèles équipés de cette quille, à l'instar de l’Oceanis 320.

La Quille Pendulaire : L'Apogée de la Performance en Course

La quille pendulaire n’est pas le type de lest que l'on trouve le plus souvent sur les bateaux de plaisance. Ce type d'appendice est avant tout destiné aux bateaux de course, où l'optimisation des performances est la priorité absolue. Le principe fondamental est d’optimiser le couple de redressement et l’assiette du bateau en déplaçant la quille du côté opposé à la gîte, permettant ainsi de maximiser la puissance de la voile et de réduire la traînée dans des conditions de vent soutenu. Sa complexité et son coût en font une solution réservée à l'élite de la voile sportive.

Lire aussi: Tout savoir sur les types de voiles

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *