L’Odyssée des multicoques : du Trimaran SVR-Lazartigue au rêve de Richard Brautigue

L’univers des multicoques, qu’il s’agisse de machines de course à la pointe de la technologie ou d’unités classiques aux lignes intemporelles, dessine une trajectoire fascinante où se rencontrent l’ingénierie navale de haute volée et une forme de poésie maritime. Si le nom « Sucre de pastèque » peut évoquer, pour les lecteurs de Richard Brautigan, une satire onirique et une Amérique réinventée, il résonne également dans le milieu nautique comme un imaginaire de liberté et de design. Entre la puissance industrielle et sportive du Trimaran SVR-Lazartigue et l'élégance artisanale des plans Dick Newick, le monde des trimarans se révèle être un champ d’exploration sans fin.

Le Trimaran SVR-Lazartigue : une machine de compétition à la conquête des océans

Le Trimaran SVR-Lazartigue n’est pas simplement un navire ; c’est le fruit d’un travail d’équipe acharné pendant 40 mois. Ce trimaran offre des lignes épurées et un design futuriste qui marquent une nouvelle ère dans la navigation hauturière. Au cœur de ce projet, Tom Laperche, 28 ans, est désormais le skipper du Trimaran SVR-Lazartigue. Membre de l’aventure depuis ses débuts, il a participé aux grandes étapes du projet, des tentatives du Trophée Jules Verne à la Transat Jacques Vabre (2e en 2023), jusqu’au départ de l’Arkéa Ultim Challenge. Aujourd’hui à la tête d’un collectif renouvelé, il entame un nouveau cycle sportif ambitieux en vue de la Route du Rhum 2026.

Le succès de ce projet repose sur une symbiose entre jeunesse et expérience. Franck Cammas, co-skipper et directeur de la performance du Trimaran SVR-Lazartigue, apporte son expérience unique au service du collectif emmené par Tom Laperche. Marin aux multiples victoires (Route du Rhum, Trophée Jules Verne, Transat Jacques Vabre…), il accompagne le projet autant en mer que dans son développement technique, en poussant les réflexions du bureau d’études. Cette collaboration a porté ses fruits de manière spectaculaire : le Trimaran SVR-Lazartigue a signé l’une des plus belles pages de son histoire en remportant la Transat Café l’OR 2025, entre Le Havre et Fort-de-France. Après 10 jours, 13 heures et 3 minutes d’une course exigeante marquée par deux dépressions musclées, un Pot-au-Noir délicat et une édition disputée sans routage, le duo Tom Laperche - Franck Cammas a coupé la ligne en tête, menant la flotte Ultim presque sans interruption depuis le départ.

Cette victoire est symbolique à plus d’un titre : la première grande transat gagnée par le Trimaran SVR-Lazartigue, la confirmation du talent et du leadership de Tom Laperche, et un cinquième triomphe historique pour Franck Cammas, désormais recordman absolu de l’épreuve.

L’héritage de Dick Newick : l’art de la glisse

Si le SVR-Lazartigue représente le sommet technologique actuel, les marins tombent souvent amoureux des mêmes multicoques, et parmi les plus prisés, les plans Dick Newick s’imposent aisément au box-office des coups de cœur. Lignes gracieuses, toucher de barre exceptionnel, charme du bois, les arguments des unités signées par l’architecte américain ne manquent pas. Richard Newick (1926-2013), plus connu sous le prénom Dick, est l’un des architectes de multicoques les plus talentueux de la fin du siècle dernier. Son approche était fondamentalement liée à l’essence même du mouvement : Dick naviguait à la pagaie sur les fleuves européens dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale - il a acquis une parfaite connaissance du kayak, et donc de la glisse. Son autre inspiration majeure fut le patrimoine maritime polynésien. Dick a métabolisé et fixé pour l’éternité l’ADN d’un objet nautique lumineux : le trimaran Newick.

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Il faut comprendre que l’attitude de constructeurs comme Walter Greene et Damian McLaughlin, considérés par Newick comme ses meilleurs interprètes, bouscule quelque peu l’image perçue en Europe d’une Amérique agitée, mondialisée, sur-urbaine, industrielle, traversée de violence et engagée dans la fuite en avant. Leur approche créative, tout comme leur philosophie, est celle d’artisans-artistes exerçant leur art dans des ateliers à échelle humaine, entre forêts et mer - Massachusetts et Maine. Ce travail minutieux a été facilité par une avancée technique majeure : le mode de construction West (Wood Epoxy saturated System) mis au point par Meade et Jan Gougeon est une invention géniale qui permet de réaliser des multicoques raides, légers et durables.

Le Rusty Pelican : l’incarnation de la philosophie Newick

Parmi les héritiers de ce génie architectural, le Rusty Pelican occupe une place particulière, illustrant parfaitement l’évolution des designs de Newick. Pour la Transat 1972, Tom Follet, skipper qui avait miraculeusement terminé 3e de l’édition précédente de 1968 avec son prao Cheers - un véritable enfant terrible -, fait dessiner par Dick Newick un trimaran magnifique, confortable et robuste. Il arrivera 5e de l’épreuve, en 27 jours. Le trimaran, gréé en ketch, sera racheté par Mike McMullen pour une malheureuse Ostar 1976 : sa femme Lizzie s’électrocutera sur le chantier de préparation et le skipper disparaîtra dans l’Atlantique Nord.

Dick fera renaître l’âme de ce dessin visionnaire dans différentes interprétations : le Three Cheers MK3 (Fleury Michon 4, Bonifacio, Lejaby Rasurel) et MK4 modified : nous voilà rendus à Rusty Pelican. Avec une taille de 46 pieds, ce trimaran peut s’exonérer du volume des ailes tout en restant accueillant et confortable. Les doubles bras autorisent une puissance supplémentaire pour une utilisation plus « racing » que les fameuses ailes des Native et Creative. Le rigoureux respect du devis des masses par le constructeur McLaughlin a permis à Rusty d’exprimer tout son potentiel réel tout en offrant un vrai confort à la mer, soit une belle cabine arrière double ou quatre singles comme aujourd’hui, un cockpit généreux, un vrai carré, des couchettes latérales et une cabine avant dotée d’un cabinet de toilette-douche-WC. Il est aujourd’hui un témoin privilégié, souvent observé au mouillage à l’île de Houat, en Bretagne sud.

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