Le trimaran est un voilier composé de trois coques distinctes : une coque centrale, généralement plus grande, et deux flotteurs latéraux connectés par des bras de liaison. Cette architecture particulière offre une stabilité transversale naturelle, permettant au navire de s'affranchir de la nécessité d'une quille lestée profonde. Si l'origine du trimaran remonte à des époques ancestrales, avec des ancêtres comme le lanong, le karakoa ou le kora-kora, ces navires sont devenus, dans le monde moderne, des symboles de performance, de rapidité et de technicité.
L'héritage historique des multicoques
Les premiers bateaux à balancier double ont été développés par les Austronésiens et sont encore largement utilisés aujourd'hui par les pêcheurs traditionnels de l'Asie du Sud-Est. Ils se sont développés à partir des bateaux à balancier simple plus anciens comme moyen de faire face au problème de l'instabilité de ces derniers lors des virements de bord sous le vent. Parmi ces navires de guerre à balancier double qui ont été largement utilisés en Asie du Sud-Est depuis l'Antiquité jusqu'au début de la période moderne, on retrouve le lanong, un navire de guerre originaire des Philippines utilisé dans les marines des sultanats de Maguindanao et de Sulu du XVIIIe à la fin du XIXe siècle. D'autres exemples incluent le karakoa, le kora-kora, le knabat bogolu, ainsi que les navires représentés sur les bas-reliefs de Borobudur.
La renaissance du trimaran moderne
Le développement amateur du trimaran à voile moderne a commencé en 1945 avec les efforts de Victor Tchetchet, un émigré ukrainien aux États-Unis, qui a construit deux trimarans en contreplaqué marin mesurant environ 24 pieds (7,3 mètres) de long. On lui attribue également la création du terme « trimaran ». Dans les années 1950 et 1960, Arthur Piver a conçu et construit des trimarans en kit en contreplaqué qui ont été adoptés par d'autres constructeurs amateurs mais qui étaient lourds et peu respectueux de la mer selon les normes modernes, bien que certains d'entre eux aient réalisé des traversées océaniques. Les catamarans et trimarans de plaisance ont gagné en popularité dans les années 1960 et 1970.
Principes de conception et architecture navale
La stabilité d'un trimaran est assurée par la largeur du bateau. Les flotteurs sont reliés à la coque centrale par des bras de liaison qui peuvent être de simples tubes, des poutres de forme évolutive, ou des caissons plus importants, parfois habitables. Le plan anti-dérive est généralement constitué d'une dérive relevable centrale ou de dérives situées sur les flotteurs. Comparé au catamaran, le trimaran est souvent considéré comme un peu plus sûr face au risque de chavirage : lorsque le vent forcit, le flotteur sous le vent s'enfonce, ce qui freine la progression du navire. Il faut ainsi surtoiler ce type de voilier pour arriver à décoller la coque centrale.
Cependant, la formule trimaran est moins répandue que celle du catamaran pour la croisière, car elle est plus complexe et donc plus coûteuse à construire. Il existe néanmoins des navires trimarans à coque centrale fine et petits flotteurs, souvent peu motorisés, tels que le 21 m Ilan Voyager ou le 35 m Cable and Wireless Adventurer de Nigel Irens. Les plus grands modèles existants incluent les grands car ferries Austal de 127 m et 102 m, destinés au transport de passagers et de véhicules à des vitesses dépassant 35 nœuds.
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L'innovation au service de la performance : le cas du "Flaneur"
La quête de vitesse pousse de nombreux navigateurs à personnaliser leurs embarcations. Le trimaran "Flaneur", un F82R de 27,5 pieds, illustre parfaitement cette approche. Son propriétaire, André Bätz, ingénieur et fin connaisseur de la mécanique des fluides, a transformé le safran, la dérive et les coques latérales. Il a intégré deux grands foils dans les flotteurs, construits en fibre de carbone. À partir d'une vitesse de 10 nœuds, l'effet est nettement positif, permettant une augmentation de la vitesse de deux à quatre nœuds. Sur un cap de mi-vent et par environ 4 Beaufort, il est possible d'atteindre 20 nœuds. La proue de la coque sous le vent sort presque entièrement de l'eau, ce qui réduit considérablement le risque de prise et améliore la sécurité.
Le "Flaneur" utilise également un mât rotatif construit sur mesure, réglé à l'aide d'une corde de trim pour optimiser l'angle de la grand-voile. L'utilisation de matériaux composites, tels que la mousse PVC Divinycell haute densité, permet d'atteindre une légèreté structurelle remarquable, offrant un excellent ratio poids/volume. Cette recherche de performance se retrouve également dans le choix des étraves, souvent en forme de "wave piercer", permettant aux coques de traverser les vagues sans perte de vitesse.
L'expérience de croisière : confort, modularité et sécurité
L'acquisition d'un bateau est un projet qui mérite une mure réflexion. Le trimaran est un multicoque qui assure une meilleure stabilité et un confort de navigation en mer. Pour les passagers sujets au mal de mer en monocoque, la navigation sur un trimaran de croisière est souvent plus agréable. Les chantiers modernes, comme Quorning Boats avec le Dragonfly 40, mettent l'accent sur l'habitabilité et la facilité de manœuvre, même en équipage réduit.
Le Dragonfly 40, par exemple, propose un système de repliage appelé "Swing Wing", qui permet de réduire la largeur du bateau au port pour faciliter l'accès aux emplacements standards. À l'intérieur, on trouve souvent des volumes généreux, avec des hauteurs sous barrots importantes, des cuisines équipées et des cabines propriétaires spacieuses. Des modèles comme le Neel 43, le Rapido 40 ou le Hanstaiger X1 illustrent la diversité de l'offre actuelle, allant du bateau de raid léger et rapide au trimaran de luxe lumineux et doté d'un grand flybridge.
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