La Route du Rhum – Destination Guadeloupe : Quand le Sponsoring Fait la Course des Géants des Mers

La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, plus qu’une simple compétition transatlantique en solitaire, incarne un véritable carrefour d'aventures humaines et technologiques, où la présence et l'engagement des sponsors sont intrinsèquement liés à la concrétisation des rêves des marins. Depuis sa création en 1978, la course est devenue une épreuve mythique, la « transat de la liberté », selon les mots de son concepteur Michel Etevenon, se distinguant par sa capacité unique à rassembler sur une même ligne de départ et un même parcours des monocoques et des multicoques, des petits coursiers océaniques et les géants des mers. Cette particularité, alliée à son rythme quadriennal, en fait une compétition de référence et un enjeu majeur pour tous les acteurs de la voile de haut niveau.

Une Affluence Record et une Épreuve Toujours Plus Courtisée

L'édition 2022 de La Route du Rhum - Destination Guadeloupe a marqué les esprits en établissant un nouveau record de participation, avec un total de 138 marins prêts à s'élancer de Saint-Malo. Cette affluence historique témoigne de l'attrait grandissant de cette transatlantique légendaire. Initialement, OC Sport Pen Duick, l'organisateur de l’événement, avait annoncé en juillet 2021 l'ouverture des inscriptions à 120 marins. Cependant, face à une demande massive, notamment du côté de la Classe Imoca et des catégories Rhum Multi et Mono, les équipes ont dû faire preuve d'ingéniosité. Ayant reçu 149 dossiers de candidature, l'organisateur a cherché à concilier le désir des marins de participer avec les impératifs de contraintes logistiques et de sécurité. Une réflexion approfondie a permis d'attribuer des "wild cards", offrant à 18 marins supplémentaires la chance de rejoindre les rangs d'une épreuve qui, en 44 années d'existence, n'avait jamais été aussi courtisée. Le dimanche 6 novembre, ces 138 marins ont ainsi pris le départ de la plus célèbre des courses transatlantiques en solitaire, un moment qui restera gravé dans l'histoire de la voile.

Les Classes de Bateaux : Des Catégories Diversifiées pour Tous les Projets

La Route du Rhum - Destination Guadeloupe réunit une flotte diverse, répartie en six classes distinctes, selon la typologie et la taille des bateaux : les Ultim, les Imoca, les Ocean Fifty, les Class40, les Rhum Mono et les Rhum Multi. Cette diversité permet d'offrir un terrain de jeu équitable et stimulant pour différents types de projets et de marins.

Les IMOCA constituent une force majeure de la course. Initialement confrontée à la plus longue liste d'attente, cette classe a logiquement vu ses rangs grossir de manière significative grâce aux wild cards. OC Sport Pen Duick a attribué 10 invitations à la Classe Imoca, permettant ainsi à des noms prestigieux tels que Yannick Bestaven, Damien Seguin, Rodolphe Sepho ou encore Alan Roura de faire officiellement partie des inscrits. De 27 concurrents, la flotte des monocoques de 60 pieds est passée à 37, renforçant considérablement sa représentation, juste derrière les 55 Class40, qui restent les plus nombreux dans leur catégorie. Les Imoca, ces monocoques de 18 mètres, participent également au célèbre Vendée Globe, ce qui en fait une catégorie phare de la course au large, attirant l'attention des skippers vedettes.

La catégorie des Rhum Multi a également accueilli de nouveaux concurrents grâce à l'attribution de 4 wild cards, bénéficiant à des marins emblématiques de l'histoire de la course. Philippe Poupon a ainsi effectué son retour sur La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, 36 ans après sa victoire sur la deuxième édition. Il s'est aligné à la barre du célèbre "Pierre 1er" de Florence Arthaud, un bateau qui a marqué l'histoire de la course au-delà de sa victoire en 1990. Roland Jourdain, vainqueur du Rhum à deux reprises (en Imoca en 2006 et 2010), a également retrouvé la ferveur malouine à bord d'un catamaran en fibre de lin, démontrant l'évolution technologique des supports. Marc Guillemot, deuxième de l'édition 2002 (en trimaran Orma), a lui aussi repris une "rasade de Rhum" à la barre d'un catamaran qu'il a lui-même construit, soulignant l'ingéniosité et l'implication personnelle des participants. Enfin, la famille malouine Escoffier, intimement liée à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, a écrit une nouvelle page de son histoire grâce à la participation de Loïc, qui a décroché la dernière wild card en Rhum Multi.

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Du côté des Rhum Mono, 2 nouveaux concurrents, Julien Reemers et Jean-Sébastien Biard, ont fait leur entrée, portant à 14 le nombre d'inscrits dans cette catégorie "open" où s'affrontent des bateaux de toutes tailles.

Enfin, les deux derniers sésames des wild cards ont été attribués aux trimarans de la Classe Ultim 32/23, permettant l'entrée en lice de Romain Pilliard et Arthur Le Vaillant. Ils étaient donc 8 géants des mers à Saint-Malo, une première et un véritable tour de force pour une édition qui méritait tous les superlatifs. Amarrés dans les bassins de la cité corsaire, ces machines spectaculaires ont captivé les regards admiratifs du public. Le dimanche 6 novembre, l'envol de ces formidables multicoques a donné le "LA" d'une édition historique, illustrée par une formidable photo de famille de 138 marins. Les skippers vedettes de la course au large, comme Armel Le Cléac’h, Charles Caudrelier, Thomas Coville, François Gabart, Francis Joyon, Yves Le Blévec, Jérémie Beyou, Charlie Dalin, Thomas Ruyant, Yannick Bestaven, Louis Burton et Violette Dorange, se retrouvent principalement dans les classes Ultim et Imoca.

La classe Vintage, introduite en 2010 pour la 8e édition, offre une opportunité aux monocoques et aux multicoques ne rentrant pas dans les autres catégories, mais d'une longueur d'au moins 12 mètres. Forte de son succès, cette catégorie s'est divisée en deux classes distinctes depuis 2018 : les Vintage Multi et les Vintage Mono. Ces classes sont particulièrement prisées par les amateurs éclairés, désireux de s'engager dans l'aventure océanique, et elles permettent également à d'anciens skippers professionnels de participer sans avoir à réunir les budgets considérables des classes de pointe.

Le Sponsoring : Pilier Indispensable et Défi Constant pour les Navigateurs

La participation à une course telle que La Route du Rhum - Destination Guadeloupe représente une "addition d'aventures individuelles" qui, pour certaines, se préparent sur plusieurs années. Cependant, la concrétisation de ces projets dépend en grande partie de la capacité des marins à sécuriser un financement adéquat. Le sponsoring se révèle ainsi un pilier indispensable de la course au large, mais également un défi constant.

Maxime Sorel, skipper de Cancale, illustre parfaitement cette réalité. Alors qu'il souhaite participer à la prochaine Route du Rhum en IMOCA, qui s'élancera de Saint-Malo le 1er novembre, il n'a toujours pas trouvé de sponsor. Cette situation met en lumière l'urgence de trouver un financement. Comme il le reconnaît sur ICI Armorique, "Ça avance, mais c'est sûr que c'est pas simple, cela fait maintenant un an qu'on est dans cette situation, donc il faut réussir à occuper les équipes, continuer de financer le bateau qu'on a. Donc c'est vrai qu'il y a urgence." Il explique que, sans financement, l'entreprise ne pourra pas tenir financièrement d'ici six mois.

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Maxime Sorel a dû adapter son projet initialement plus ambitieux, qui visait le Vendée Globe 2028 sur trois ans. En raison du contexte économique actuel, où "les entreprises ont du mal à se projeter sur 3 ans", il propose désormais un projet pour la Route du Rhum avec des budgets moindres. Malgré cela, il lui faut encore trouver 600 000 euros pour être au départ de la course. L'urgence est telle que, si cette somme n'est pas trouvée d'ici la fin de l'été, il envisage de devoir renoncer à la course, vendre son bateau et malheureusement se séparer de ses salariés.

Cette difficulté à trouver des sponsors n'est pas isolée à la voile, comme le souligne Maxime Sorel : "On le voit dans différents sports, dans le vélo, dans le foot, dans le hand, globalement le sponsoring sportif est compliqué, les entreprises, même si elles ont un peu d'argent, préfèrent le garder parce que l'horizon est tellement peu clair qu'elles ne savent pas où elles vont." Cependant, il perçoit une légère amélioration : "Maintenant j'ai l'impression tout de même que ça repart un tout petit peu."

Le coût de la course au large, surtout avec les IMOCA conçus pour des tours du monde en solitaire, est notoirement élevé. "Ce sont des bateaux qui sont très coûteux," confirme Maxime Sorel. Néanmoins, il précise que son équipe a toujours maintenu des budgets "plutôt raisonnables par rapport à la concurrence du moins, on avait les plus petits budgets des bateaux capables d'aller chercher des top 5 ou 10."

Au-delà de la simple visibilité du nom d'un sponsor sur une voile, Maxime Sorel cherche à impliquer ses partenaires dans un projet plus profond. Il aspire à ce que ses futurs sponsors soient des "acteurs" plutôt que de simples "spectateurs" et à "porter un message fort autour du sport santé." Engagé dans de nombreuses activités physiques (Everest, UTMB, Pierra Manta), il souhaite "embarquer [ses] futurs sponsors à faire eux aussi de l'activité physique, dans le sens où c'est dangereux de ne pas en faire et il y a certaines maladies qu'on peut ralentir, voire faire en sorte qu'elles n'arrivent pas grâce à l'activité physique." Cette approche témoigne d'une évolution dans la recherche de partenariats, où la valeur ajoutée va au-delà du simple retour sur investissement publicitaire.

D'autres navigateurs font également face à la complexité de l'équation sponsoring. Le navigateur breton Jean Le Cam, par exemple, a pour projet de se lancer sur la Route du Rhum 2026 en rénovant un voilier de presque quarante ans, un Swan 59, ce qui représente un modèle économique différent. À l'inverse, Louis Burton, le skipper malouin, se lance en Ultim avec un nouveau sponsor, démontrant qu'il est possible de trouver des soutiens financiers pour des projets ambitieux, même si cela implique d'adapter son bateau et son équipe au port de Saint-Malo.

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Les Vainqueurs et Leurs Soutiens Historiques : Un "Classement" Indirect par les Bateaux

L'histoire de la Route du Rhum est jalonnée de victoires mémorables, et chaque vainqueur est indissociablement lié au nom de son bateau, qui porte souvent celui de son sponsor principal. Ce sont ces noms qui, au fil des éditions, forment un classement implicite des entreprises et organisations ayant soutenu les exploits les plus marquants de la course.

Le record de la traversée entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre est détenu depuis 2022 par Charles Caudrelier, sur le Maxi Edmond de Rothschild, qui a accompli l'exploit en 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes. Ce record illustre la performance des maxi-trimarans volants et l'engagement de sponsors majeurs comme Edmond de Rothschild dans la recherche de l'excellence et de l'innovation.

Retour sur les vainqueurs, dont les noms de bateaux racontent l'histoire des sponsors :

  • 2022 : Charles Caudrelier (Maxi Edmond de Rothschild) en 6 jours 19 heures 47 minutes
  • 2018 : Francis Joyon (Idec) en 7 jours 14 heures 21 minutes
  • 2014 : Loïck Peyron (Banque Populaire) en 7 jours 15 heures 8 minutes
  • 2010 : Franck Cammas (Groupama 3) en 9 jours 3 heures 14 minutes
  • 2006 : Lionel Lemonchois (Gitana 11) en 7 jours 17 heures 19 minutes
  • 2002 : Michel Desjoyeaux (Géant) en 13 jours 7 heures 53 minutes
  • 1998 : Laurent Bourgnon (Primagaz) en 12 jours 8 heures 41 minutes
  • 1994 : Laurent Bourgnon (Primagaz) en 14 jours 6 heures 28 minutes
  • 1990 : Florence Arthaud (Pierre Ier) en 14 jours 10 heures 8 minutes
  • 1986 : Philippe Poupon (Fleury Michon) en 14 jours 15 heures 57 minutes
  • 1982 : Marc Pajot (Elf Aquitaine) en 18 jours 1 heure 38 minutes
  • 1978 : Mike Birch (Olympus) en 23 jours 6 heures 59 minutes

Ces noms, de "Maxi Edmond de Rothschild" à "Olympus", en passant par "Banque Populaire", "Groupama 3", "Primagaz" ou "Elf Aquitaine", ne sont pas de simples appellations, mais des marques qui ont choisi d'associer leur image à l'aventure maritime, à l'innovation technologique et à la performance sportive. Ils témoignent de la longévité de certains partenariats et de l'attrait constant de la course pour les entreprises en quête de visibilité et de valeurs fortes.

L'édition 2018 a été particulièrement emblématique de l'impact des sponsors et de l'intensité de la compétition. La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, pour son 40e anniversaire, s’est offerte une arrivée d’anthologie, digne de la première édition en 1978. Alors que François Gabart (Macif) semblait destiné à la victoire, la perte d’un foil et d’un safran sur son maxi-multicoque l’a lourdement handicapé. Francis Joyon (Idec) est revenu sur lui en quelques heures, créant un mano a mano incroyable lors du tour de Basse-Terre, où la stratégie et la résilience étaient primordiales. Malgré des péripéties (Joyon a même ramassé des filets de pêche), Francis Joyon s'est imposé pour la première fois à 62 ans, illustrant la ténacité de l'homme et l'efficacité de son équipe et de son sponsor. Cette édition a également été marquée par des incidents majeurs, avec l'abandon de Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) et le chavirage d'Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) dans la classe Ultime, ainsi qu'une longue escale technique pour Thomas Coville (Sodebo). La traversée du Golfe de Gascogne a été un véritable enfer pour le reste de la flotte, avec un quart des 123 skippers engagés contraints de se réfugier dans les ports, soulignant la rudesse de la course et la nécessité de bateaux et d'équipements fiables, souvent financés par des sponsors robustes.

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