La Transat Jacques Vabre : Une odyssée humaine et technologique à travers l’Atlantique

La Transat Jacques Vabre, surnommée la « Route du Café », s’est imposée depuis 1993 comme la plus longue course transatlantique en double, se tenant tous les deux ans. Cette compétition emblématique puise sa source dans un parcours historique : la route du café, reliant le Havre aux terres tropicales, un trajet parcouru il y a trois siècles. Au fil des décennies, cette course a convaincu les coureurs et enthousiasmé le public, confirmant son bien-fondé et l’implication constante de ses partenaires.

Duel au sommet entre les géants de l'Ultime

Pour sa 12ème édition, la Transat Jacques Vabre nous a permis de vivre un beau duel entre deux magnifiques ultimes, Macif et Sodebo Ultim’. Le plateau au départ du Havre était malheureusement trop faible pour en être autrement, avec seulement quatre concurrents dans cette classe, contre sept sur la dernière Route du Rhum. Les organisateurs n’ont pas réussi à fédérer autour de ces fabuleuses machines. Pour autant, la course entre les deux trimarans restants a été très intense et a tenu toutes ses promesses d’avant-départ, avec des conditions météo de saison et tout à fait normales : un maximum de 28 nœuds de vent et des creux de 3 mètres dans le golfe de Gascogne.

La victoire s’est jouée principalement sous l’archipel du Cap-Vert, avec un empannage favorable à Macif, alors en deuxième position, qui lui a permis de sortir du Pot-au-Noir plus à l’Est, touchant plus rapidement du vent plus fort et sur un meilleur angle. Une position trop proche du Brésil, un peu plus tard, où Thomas Coville et Jean-Luc Nélias se sont retrouvés sans vent pendant près de 4 heures, a conforté l’avance de François Gabart et Pascal Bidégorry. Finalement, Macif s’est imposé à Itajai avec 7 heures d’avance sur Sodebo Ultim’, avec une moyenne de 20,75 nœuds sur 6340 milles parcourus (l’orthodromie étant de 5400 milles !), en 12 jours, 17 heures, 29 minutes et 27 secondes.

Très peu de problèmes techniques furent à déplorer à bord, visiblement rien sur Sodebo. En revanche, Macif a essuyé des soucis d’électronique en début de course, puis une inondation du compartiment arrière de la coque centrale par infiltration le long de la mèche de safran, mettant HS les pilotes à deux jours de l’arrivée, ainsi qu’une drisse de gennaker cassée. Pour un bateau sorti du chantier CDK mi-août, cette performance reste une victoire.

Témoignages et réflexions des skippers

François Gabart, skipper de Macif, s’exprime sur cette victoire : « C’est formidable, c’est la première course du trimaran Macif et c’est sa première victoire. Partager tout ça avec Pascal, ce n’était que des moments forts. Ces deux derniers jours, de l’eau est rentrée par le tube du safran central, on a rentré 5 000 ou 6 000 litres d’eau. Et cela nous a mis dans le rouge. » Pascal Bidégorry, co-skipper, souligne la complémentarité : « François a un nouveau jouet exceptionnel. Là, c’était vraiment bien d’être en double, car tout seul ça aurait été compliqué. »

Lire aussi: Aperçu de Skipper Transit à La Voulte

De son côté, Thomas Coville, skipper de Sodebo Ultim’, ne cache pas son enthousiasme pour le duel : « Ce n'est pas du tout de la déception, c’est le plaisir de s’être bagarré jusqu’au bout. C’était une très belle régate, on a vécu un truc génial à deux. Je suis très fier de ce bateau. » Jean-Luc Nélias, co-skipper de Sodebo, analyse la stratégie : « Il y a eu un empannage clé avant d’arriver sur les îles du Cap-Vert. Ils ont empanné à l’intérieur de notre trajectoire, ce qui a effacé aussitôt leur retard. Ce décalage latéral s’est retrouvé à l’entrée dans le Pot-au-Noir. »

Organisation, logistique et enjeux sportifs

La semaine de départ au Havre permet facilement de croiser les concurrents et de voir les bateaux. Cependant, le départ lancé aux pieds des falaises n’est pas forcément la meilleure des idées ; pourquoi ne pas revenir face à la plage du Havre pour que le public puisse voir les bateaux d’un peu plus près ? La bouée à Etretat fut une super idée. Par contre, il y a un énorme manque sur l’arrivée : pas de direct vidéo ! Le départ est diffusé en direct à la TV, avec des comptes rendus quotidiens en télé et radio, et le site de la Jacques Vabre assure une mise à jour régulière.

En 2021, la Transat Jacques Vabre est entrée dans une nouvelle ère. Sa nouvelle destination, Fort-de-France en Martinique, trajet originel de la Route du Café emprunté il y a trois siècles, a permis de proposer un parcours novateur avec trois tracés différents selon les classes. Le casting de cette édition était impressionnant, avec la présence des quatre classes les plus importantes : Class40, Imoca, Ocean Fifty et Ultime, totalisant 79 bateaux au départ du Havre. Les conditions météo clémentes ont permis d’épargner les montures, avec seulement 4 équipages ayant abandonné en 28 jours de course.

Les défis de l'IMOCA et la résilience des navigateurs

Le cas de Romain, skipper de Famille Mary-Etamine du Lys, illustre parfaitement les aléas du grand large. Lors du huitième Vendée Globe, il a dû faire face à une collision avec un OFNI le 5 décembre au sud de Bonne-Espérance. Romain s'est lancé dans un improbable chantier visant à réparer son bateau blessé, tout en profitant de cette expérience incroyable. Il explique : « Je sais le Vendée difficile mais pas à ce point ! » Cette persévérance est partagée par de nombreux marins comme Louis Duc, qui a retapé en 10 mois l’IMOCA de Clément Giraud, lourdement endommagé par un incendie, ou encore Nicolas Jossier et Alexis Loison, qui naviguent avec un message de solidarité pour les personnes porteuses d’un cancer.

L'édition 2023 a marqué un tournant avec le report du départ pour les IMOCA. La forte dépression, ayant charrié des vents de 80 nœuds et une mer de 10 mètres au cap Finisterre, a obligé les organisateurs à modifier le parcours. Benjamin, accompagné de Pierre Le Roy, témoigne de cette réalité : « On était chauds patate pour affronter la tempête et on a appris ce matin que la course était reportée pour les IMOCA. » Ce nouveau parcours de 3750 milles vers la Martinique, imposant de laisser les Açores à tribord, a nécessité des choix stratégiques immédiats entre une route Nord ou Sud, redonnant à la compétition un attrait tactique particulier.

Lire aussi: Exploits pionniers des marins chinois

Lire aussi: L'excellence en course au large : analyse IMOCA et Route du Rhum

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *