Le monde du surf, souvent perçu comme un univers à part, riche en spiritualité informelle et en communion avec la nature, voit de plus en plus de figures religieuses s'y immerger, non seulement comme pratiquants mais aussi comme messagers de leur foi. Cette rencontre entre les dogmes de l'Église et la liberté de l'océan donne naissance à des témoignages de vie uniques, où la planche de surf devient parfois un autel, une extension de la mission pastorale, ou un simple moyen de se connecter à une communauté. Loin des images d'Épinal du clergé, certains prêtres et missionnaires adoptent les codes des surfeurs, partageant leur passion pour les vagues tout en portant un message spirituel. Qu'il s'agisse de bénédictions sur les plages, de sauvetages en mer ou d'une simple présence pour écouter et dialoguer, ces hommes d'Église montrent une facette moderne et engagée de la foi, cherchant à rejoindre les âmes là où elles se trouvent, y compris au cœur des rouleaux. Ils démontrent que la spiritualité peut s'exprimer de multiples façons, loin des cadres traditionnels, et trouver un écho même dans les environnements les plus sécularisés ou les plus imprégnés d'une quête de liberté.
Des Vocations Océaniques : Quand la Houle Guide la Prêtrise
L'engagement sacerdotal n'empêche pas l'épanouissement de passions personnelles, surtout lorsque celles-ci se conjuguent avec une forme d'apostolat ou de simple témoignage. Certains prêtres sont parvenus à intégrer leur amour de la glisse à leur ministère, créant des ponts inattendus entre le sacré et le profane.
Père Christophe de La Chanonie : Surfeur et Curé, un Emploi du Temps sur Mesure
L'image d'un prêtre est souvent associée à une certaine solennité, mais le Père Christophe de La Chanonie bouscule les codes. Avec ses cheveux longs, son short hawaïen et ses tongs, il est impossible de le différencier de ses amis surfeurs sur la plage. Cette apparence décontractée ne l'empêche pas de mener une vie pastorale active. Quand il le peut, il quitte son église romane et embarque sa planche de surf direction l'Océan, cherchant les vagues qui le passionnent tant. "L’Île d’Oléron est un des endroits que j’aime beaucoup", confie-t-il, soulignant son attachement à ces paysages marins propices à la glisse.
Le Père Christophe met en lumière une certaine autonomie inattendue au sein de sa fonction : "L’avantage d’être curé, c’est qu’on est un peu notre patron", car même si dans les faits, le patron c'est l'évêque, "c’est nous qui gérons notre emploi du temps", continue le père Christophe. Cette liberté lui permet d'harmoniser ses engagements religieux avec sa passion pour le surf. Fait remarquable, le père Christophe surfe depuis 20 ans et il est prêtre depuis 20 ans également, démontrant une double fidélité et une cohérence de parcours. Avant de s'orienter vers la prêtrise, il était alors conseiller ANPE (actuel Pôle emploi) quand sa vocation lui est tombée dessus. Il a alors poursuivi son parcours jusqu'à la prêtrise, sans jamais abandonner les vagues. Le surf, il s'y est initié lors d'un voyage en Californie et ça ne l'a plus quitté, prouvant que certaines rencontres, qu'elles soient spirituelles ou sportives, marquent une vie de manière indélébile.
Père Liam Ryan : Le Curé Australien, Héros des Vagues et du Quotidien
Le père Liam Ryan, prêtre australien dont le compte Instagram notredameaustralia témoigne de sa passion, est un fervent adepte du surf et un exemple frappant de l'engagement des hommes d'Église dans des domaines parfois inattendus. Planche de surf sous le bras et foi chevillée au corps, le père Liam Ryan n’est pas un prêtre comme les autres. À 38 ans, ce curé australien a sauvé fin mai deux nageurs en difficulté, une nouvelle prouesse pour ce "prêtre surfeur" déjà habitué aux sauvetages spectaculaires.
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Être prêtre et surfeur, ce n'est déjà pas banal. Mais sauver des vies pendant la pratique de son loisir, ça l'est encore moins. C'est pourtant ce qu'a fait le père Liam Ryan, 38 ans, curé de la paroisse Notre-Dame-Reine-de-la-Paix à Broome, en Australie Occidentale. Le père Liam est un fan inconditionnel de ce sport nautique qu'il pratique lorsqu'il un peu de temps libre. Et il faut croire que la Providence ne lui laisse pas de répit ! Fin mai, alors qu’il profitait des vagues à Cable Beach, il a aperçu un père et son fils en difficulté, emportés par un courant d’arrachement. Sans hésitation, il n’a pas hésité une seconde : il a nagé jusqu’à eux, a aidé l’un à monter sur sa planche, et les a ramenés à la plage, sains et saufs.
Dans une interview avec ABC News Australia, il a expliqué la particularité de son environnement : "Comme nous sommes dans une ville touristique, nous rencontrons souvent des personnes qui ne sont pas habituées à la mer". Il met en garde contre la fausse tranquillité de l'océan : "Ça peut paraître très calme, mais s'il y a une grosse marée… en un instant, vous êtes seul."
Le père Liam commencerait presque à être habitué à ces situations de sauvetage, puisqu'en 2020, il avait déjà contribué à sauver la vie d'un autre surfeur dans des conditions dignes d'un film d'action. Alors en vacances, il avait porté secours à un surfeur grièvement blessé par un requin blanc. Un événement dramatique qu'il se remémore avec intensité : "Il y avait du sang partout, mais on a réussi à le ramener à la plage", avait-il témoigné. Face à l'horreur de la situation, sa foi lui a servi de rempart : "Vous vous retrouvez face à ce qui serait l’une des plus grandes peurs pour beaucoup de gens, beaucoup de surfeurs… mais ce qui vous donne de la force à ce moment-là, c’est la grâce de Dieu", a-t-il ajouté dans une interview au média Catholic Leader. Après avoir été décoré du Australian Bravery Award en reconnaissance du sauvetage, le père Liam avait pourtant assuré "n'avoir rien accompli d'extraordinaire", faisant preuve d'une grande humilité.
Son physique et son look trahissent sa passion et ses origines, le faisant passer pour un surfeur local. Ses tongs comme ses boardshorts indiquent son côté surfeur, parfaitement intégré à la communauté des glisseurs. Ses cheveux blonds et sa peau claire révèlent ses origines anglaises et les heures passées dans la mer, forgeant cette connexion profonde avec l'élément aquatique. Il a découvert ce sport avec son frère, lors de vacances à Bude, un spot - lieu de pratique du surf - dans le nord des Cornouailles, tissant ainsi un lien familial et personnel durable avec cette activité.
Les Pères Eloi et Kit Rodger : L'Évangile sur les Vagues du Sud-Ouest
Le Sud-Ouest de la France, terre de surf par excellence, est aussi le théâtre d'une surprenante rencontre entre la foi et la glisse, grâce à des hommes d'Église qui se passionnent pour le surf. C'est le cas des pères Eloi et Kit Rodger, prêtres des églises Notre-Dame de Talence et Sainte-Eulalie, qui n'hésitent pas à troquer l'aube contre la combinaison pour une session de surf. Après l'histoire du père Charles, curé de la paroisse de Langon, qui était skateur avant de rejoindre les ordres, France Bleu Gironde lève le voile sur d'autres jeunes prêtres de la métropole de Bordeaux qui parviennent à concilier leur office avec une passion de la glisse sur la côte médocaine. Cette démarche est perçue positivement par les fidèles et les pratiquants du surf : "C'est génial d'aller surfer avec son curé, et puis ça dépoussière l’image de l’église", affirme un paroissien venu surfer avec eux sur la plage centrale du Porge Océan, soulignant l'impact rafraîchissant de cette présence.
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À première vue, quand on les croise sur le sable dans leur combinaison en néoprène, il est difficile d'imaginer que ces deux jeunes surfeurs sont des curés. Cependant, un petit indice met toutefois la puce à l'oreille, révélant leur dévotion. "Moi personnellement, je fais toujours une prière avant de rentrer dans l'eau", confie le père Eloi, 37 ans, illustrant l'imbrication de sa foi et de sa passion. Il n'hésite pas à déclamer : "Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Seigneur, nous t'offrons cette session de surf et nous te disons merci pour ce magnifique beau temps et ces vagues", des mots qui résonnent avec sincérité, prononcés par ce natif de Bordeaux qui a grandi au Cap Ferret, berceau de la culture surf locale.
Aux côtés du père Eloi, il y a Kit Rodger, le jeune curé de l'église Notre-Dame à Talence. D'origine anglaise, ce dernier chevauche les vagues sans sa soutane ni son chapelet, s'intégrant pleinement à la culture du surf. Il ajoute avec humour : "Cela dit, j'ai des amis avec des combis qui ont le col romain. Et on a même un copain qui a une grosse croix sur le dos, et j'avoue, c'est très utile, quand on voit la grande croix dans l'eau, on sait que c'est Thomas !" Cette anecdote des pères Eloi et Kit Rodger sur la plage centrale du Porge Océan en Gironde, met en lumière une approche décomplexée de la foi.
La surprise est souvent de mise lorsque leur véritable identité est révélée : "Quand je parle avec d'autres surfeurs et qu'ils apprennent après quelques minutes que je suis prêtre, ils sont légèrement étonnés", témoigne le père Eloi. Cette passion pour la glisse ne dérange pas le diocèse, bien au contraire, elle est même encouragée, comme en témoigne le père Eloi : "Pour mon ordination, quand je suis devenu prêtre, c'est ma paroisse qui m'a offert une planche de surf." Ce geste symbolise l'acceptation et le soutien de l'institution envers ces prêtres modernes.
Dans cette discipline où les adeptes ne sont pas tous des enfants de chœur, les curés tentent parfois de calmer les esprits et de promouvoir le respect. "Quand on ne se respecte pas, raconte le père Eloi, quand on est individualiste et qu'on s'agace, on se met en colère contre les autres parce qu'il a pris notre vague alors qu'en fait, la vague ne nous appartient pas." Une leçon de partage et de communauté, directement tirée des vagues. Le père Kit Rodger va même plus loin dans la symbolique : "Le surf, c'est quand même le sport parfait pour un prêtre, ajoute le père Kit Rodger, parce que Jésus, c'est le surfeur parfait, il marche sur l'eau, il n'a même pas besoin d'une planche". Après leur session de surf, les deux curés passent de l'eau salée à l'eau bénite, effectuant un retour vers Bordeaux pour célébrer la messe dans leur église respective, démontrant une continuité sans faille entre leur engagement spirituel et leur passion.
La Foi à la Rencontre de la Culture Surf : Mission et Bénédictions
Au-delà de la simple pratique personnelle du surf, certains membres du clergé voient dans la communauté des surfeurs un terrain fertile pour l'évangélisation et l'expression d'une foi incarnée, allant à la rencontre des gens là où ils vivent leurs passions.
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Richard Ellerington : Un Missionnaire Anglican au Cœur des Spots Landais
Un autre exemple de foi et de surf s'incarne en Richard Ellerington et son épouse Regi, dont le parcours missionnaire illustre une approche unique de l'évangélisation. Comme tout surfeur européen qui se respecte, Richard Ellerington est venu surfer les vagues landaises, avec sa petite amie Regi, devenue depuis son épouse. Le point de départ de leur engagement commun se situe à Hossegor : en se promenant, à l’écart de leur bande de copains, ils se sont assis sur les marches de la chapelle Notre-Dame-des-Dunes et ont décidé de prier pour leur futur. "Nous avons prié pour que Dieu nous utilise pour sa gloire, que notre mariage soit centré sur lui," se souvient-il, posant les bases d'une vie dédiée à leur foi et au service.
Après cette prière fondatrice, Richard et Regi reviennent surfer à Hossegor dès qu’ils le peuvent, développant une connexion profonde avec la région et sa communauté. Ils finissent par consacrer toutes leurs vacances aux surfeurs de la côte landaise. Au début, leurs actions sont informelles : ils organisent des événements dans des cafés, distribuent des vidéos de surf gospel sur la plage et des bibles, créant ainsi des liens avec les surfeurs locaux. Au fil des ans, ils y montent un petit réseau, posant les jalons d'une communauté grandissante.
En 2012, alors qu’ils ont trois enfants, Mani, Aj, Indie, ils franchissent le pas et quittent l’Angleterre pour le Sud-Ouest de la France, comme famille missionnaire, répondant à un appel profond. "Au début, les enfants étaient tristes de quitter la maison, les grands-parents, leurs jouets, c’était un grand départ pour l’aventure. On a laissé dernière nous tout ce qui n’avait pas d’importance. Nous étions en famille et Dieu avec nous, ça nous suffisait”, se souvient Richard avec nostalgie, témoignant de la force de leur conviction. Leurs débuts en France sont spartiates : ils vivent les premiers temps dans une camionnette, sur le parking de la plage, incarnant un véritable esprit d'humilité et de dévouement.
Tout d’abord accueillis par les Églises protestante et évangélique, de fil en aiguille, l’Église catholique leur confie la fameuse chapelle de leur première prière commune, la chapelle Notre-Dame-des-Dunes, bouclant ainsi la boucle de leur vocation. Richard Ellerington ne se considère pas vraiment comme un pasteur, qui desservirait une paroisse, mais comme un missionnaire dans une contrée sécularisée (la France), au sein d’un milieu éloigné du corps de l’Église. Il a une compréhension unique de la communauté qu'il cherche à atteindre : "Les surfeurs sont une tribu qui a son propre mode de vie, qui tourne autour de l’océan." Il les décrit avec perspicacité : "À la fois égoïstes, au point de tout abandonner pour aller à la rencontre de la vague aperçue à l’horizon, mais aussi spirituels. Dans l’eau, ils ressentent physiquement la puissance de Dieu. Il faut aller à eux, dans l’eau, et non pas les attendre perché sur une chaire.”
C’est pourquoi planche (et non bible) sous le bras, il surfe, rencontre, discute, adoptant une approche authentique et ancrée dans le réel. Et ça marche ! Bien établie aujourd’hui, son église sert d’exemple à divers spots dans le monde entier, prouvant l'efficacité de cette méthode d'évangélisation par l'immersion.
Parmi ses multiples expéditions, la dernière en date a surpris son entourage par son originalité et sa portée symbolique. En octobre 2019, il s’est mis en tête de partir sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, un sac et une planche de surf sur le dos. Malgré le poids et la prise au vent de la planche, sur laquelle il a inscrit “Pray 4 surfers”, il l’a portée, non comme une croix, mais comme une lumière, transformant un défi physique en une déclaration de foi. "À des kilomètres de la mer, c’était un excellent moyen d’engager la conversation. Quand j’expliquais que je marchais pour prier pour les surfeurs, les sourires remplaçaient les expressions dubitatives”, raconte-t-il, montrant l'impact de son initiative. En trente-trois jours, il a rencontré des dizaines de pèlerins de toutes nationalités, des villageois, des randonneurs, tissant un vaste réseau de rencontres. Au cours des 885 kilomètres parcourus, ses pieds ont souffert comme ceux de tous ces marcheurs, une épreuve partagée qui renforce son message. Ça ne l’a pas empêché de rendre grâce pour ces rencontres, de louer Dieu pour ses bienfaits (même la pluie, le vent, le froid automnal) et d’évangéliser, prouvant une persévérance inébranlable. En effet, cheminent sur le Camino autant de croyants (de toutes confessions) que de personnes en quête spirituelle, offrant un public réceptif à son témoignage. "En tant que surfeur, je ne pouvais pas m’arrêter à Saint-Jacques-de-Compostelle, je devais aller au bout (deux jours supplémentaires) afin de rejoindre l’océan," conclut-il, soulignant la profonde connexion entre sa foi, sa passion pour l'océan et sa mission.
Le Père Stéphane Le Sonn : La Bénédiction des Surfeurs, une Tradition Nouvelle en Bretagne
La rencontre entre la spiritualité chrétienne et la culture surf prend parfois des formes institutionnelles, à l'image des bénédictions. En Bretagne, ce prêtre a instauré une bénédiction qui témoigne d'une approche contemporaine de la pastorale. "Le surf c’est un peu comme la foi. Il faut ramer, c’est un peu dur parfois, mais au final ça en vaut la peine", déclare le père Stéphane Le Sonn, des mots emplis d'humour et de sagesse. Et pour cause. Ce prêtre de la paroisse Notre-Dame de la Joie en Pays bigouden a instauré une bénédiction des surfeurs et de leur planche basée sur le modèle du pardon des motards, une pratique religieuse traditionnelle bretonne.
L’idée originale est à mettre au crédit de Gérard Le Stang, ancien vicaire général du diocèse de Quimper et lui-même bodyboardeur, qui a compris l'importance de ce geste pour la communauté des glisseurs. Cette bénédiction a réuni la dernière fois de nombreux surfeurs, montrant l'engouement et la réceptivité à cette initiative. Et au père Stéphane Le Sonn le mot de la fin, plein d'une joyeuse détermination : "Je ne vais pas faire comme celui auquel je crois, à savoir marcher sur l’eau mais je vais progresser en surf. J’adore ça", illustrant son désir de s'immerger pleinement dans le monde de ceux qu'il bénit.
Des Quêtes Spirituelles Profondes au Sein de la Prêtrise Moderne
Au-delà des vagues et des plages, la vie des prêtres modernes est souvent marquée par des parcours de foi intenses et complexes, où les défis personnels se mêlent aux exigences du ministère, démontrant une profonde humanité et une quête spirituelle continue.
Frère Benjamin : Entre Éducation, Réseaux Sociaux et Réflexions sur la Vocation
Frère Benjamin, prêtre, éducateur et chanteur "à la foi", incarne une autre figure du clergé moderne, dont le parcours est un témoignage puissant d'une vocation forgée dans l'épreuve et l'engagement contemporain. Dans le parcours de Frère Benjamin, prêtre salésien, rien n’est évident, chaque étape étant marquée par des questionnements et une profonde introspection. Converti à l’âge de neuf ans, il est aujourd’hui directeur du collège Giel Don Bosco, en Normandie, combinant ainsi ses responsabilités pastorales et éducatives. Son parcours est semé de questionnements, de changements et d’expériences dont il parle dans son livre "Tu as du prix aux yeux de Dieu". Sa présence est également notable sur les plateformes numériques, où, sur son compte Instagram, Frère Benjamin compte près de 17 000 abonnés, attestant de son influence et de sa capacité à toucher un public large.
C’est à l’âge de neuf ans que Frère Benjamin rencontre Dieu, lors d'une journée marquante. Alors qu’il passe la journée au sanctuaire de Notre-Dame de Grâces, à Cotignac (Var), avec sa mère, ils sont tous les deux interpellés par un "livre bleu" qui démontre scientifiquement que les apparitions de la Vierge aux enfants, au XVIe siècle, sont réelles. Ce livre change sa vie : le petit Benjamin se convertit. Cette conversion est d'autant plus significative qu'il a été abandonné par son père à la naissance, lui laissant "l'impression d’avoir grandi avec un poumon en moins", une blessure profonde que la foi a contribué à panser.
Mais la foi n'est pas un chemin linéaire. À 18 ans, Benjamin, qui veut devenir prêtre, entre dans "la nuit de la foi", une période de doute intense. Jusqu’à ses 26 ans, il ne ressent plus rien de Dieu et questionne son authenticité. "Ça m'a mis dans tous mes états", se souvient-il, décrivant la tourmente intérieure qu'il a traversée. Il n’a pourtant jamais renoncé à porter sa croix, "même en boîte de nuit !", faisant preuve d'une détermination sans faille. Pour lui, renier Jésus a été "un risque immense", une option qu'il n'a jamais envisagée malgré ses doutes.
Aujourd’hui, le frère Benjamin est directeur du collège Giel Don Bosco, en Normandie, où il cumule les activités de prêtre salésien, d’éducateur, de professeur, d’animateur de chorale et partage son quotidien sur les réseaux sociaux. Il met en pratique la pédagogie de Don Bosco, qui "a le mérite d’être très simple". Si elle est assez connue dans le monde, elle s’affirme peu à peu en France, visant à accompagner les jeunes, de les responsabiliser pour qu’ils se fassent confiance. Parmi la centaine de collégiens à Giel, très peu viennent de familles pratiquantes. Pourtant, ils sont une cinquantaine à se rendre à l’aumônerie ou à l’adoration, témoignant de l'attrait de cette approche.
Dans son livre, le frère Benjamin évoque les pièges de la prêtrise, reconnaissant la vulnérabilité de la vocation. "On doit être vigilants, avoir des garde-fous pour ne pas tomber", conseille-t-il. Face au nombre de prêtres "qui tombent", justement, l'intervenant se dote de "garde-fous indispensables", parmi lesquels la prière des laïcs, qu'il considère comme un soutien essentiel. S’y ajoutent la correction fraternelle au sein de la communauté ou l’analyse des failles des autres prêtres, pour comprendre les embûches et mieux les éviter. "En plus, quand on mène une évangélisation un peu médiatique, ça peut être casse-gueule", souligne-t-il, conscient des risques liés à l'exposition publique. Frère Benjamin répond sans filtre aux questions sur le célibat des prêtres, le renoncement à la paternité ou le mystère du sacerdoce, abordant des sujets souvent tabous. Il évoque les "trois P" auxquels les prêtres doivent renoncer : "le plaisir, le pognon, et le pouvoir", et affirme avec conviction que ces trois P, c'est "Satan qui en est l'instigateur", soulignant la dimension spirituelle du combat sacerdotal.
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