Parcs Canada, en tant qu'unique organisme fédéral habilité à mener des recherches archéologiques sous-marines, s'engage dans l'étude des vestiges du passé qui reposent aujourd'hui sous l'eau. Ces explorations offrent une fenêtre incroyable sur le passé maritime d'un pays bâti sur le bois et l'eau, dont toutes les routes, avant l'avènement des voies ferrées, étaient des cours d'eau. Les trésors cachés des eaux canadiennes, qu'elles soient douces ou salées, révèlent des pans entiers de l'histoire, des récits de navigation, d'exploration et de vie quotidienne figés dans le temps.
L'Expédition Franklin et ses Épaves emblématiques : Une Plongée au Cœur de l'Arctique
Au nombre des sites archéologiques subaquatiques les plus significatifs et complexes gérés par Parcs Canada figurent les épaves du HMS Erebus et du HMS Terror, liées à la célèbre expédition Franklin. Ces découvertes remarquables ne sont pas les seuls sites archéologiques subaquatiques de Parcs Canada, mais elles illustrent parfaitement les défis et les richesses de cette discipline. L'expédition de Franklin demeure l'un des mystères les plus populaires du XIXe siècle, et grâce au travail important de Parcs Canada et de ses partenaires inuit, des pièces de ce mystérieux casse-tête sont récupérées, ce qui nous permet de mieux comprendre les événements fascinants de cette incroyable expédition.
Les activités de recherche sur le site du HMS Erebus ont été particulièrement fructueuses. En septembre 2023, par exemple, l'archéologue subaquatique de Parcs Canada Marc-André Bernier a été observé en train de fouiller un coffre de marin dans les quartiers de l'équipage, sur le pont inférieur du HMS Erebus. Il tenait alors en main un sac d'artefact contenant une fiole médicinale, offrant un aperçu intime des objets personnels des marins. L'équipe de recherche a effectué soixante-huit plongées au cours d'une période de douze jours pour continuer à enquêter et à documenter méticuleusement l'épave du HMS Erebus.
Les archéologues subaquatiques de Parcs Canada ont, lors de ces missions, fait des découvertes d'une grande valeur historique. Dans la cabine d'un officier, que l'on croit être celle du sous-lieutenant Henry Dundas Le Vesconte, ils ont trouvé des objets liés à la navigation, à la science et aux loisirs, témoignant de la diversité des activités à bord. D'autres articles, tels qu'une chaussure en cuir ou un fond de botte, des bocaux de conservation et une bouteille pharmaceutique scellée, ont été mis au jour dans une zone censée représenter le garde-manger du steward du capitaine, éclairant les aspects logistiques de la vie en mer. Les fouilles se sont également poursuivies dans une cabane que l'on croit être celle du troisième lieutenant James Fairholme, où une collection de fossiles non identifiés a été découverte, complétant ainsi les découvertes de fossiles similaires de la saison 2022. L'équipe a également commencé à fouiller le coffre d'un marin dans la zone des quartiers de l'équipage, où vivaient la plupart des membres de l'équipage. Ce coffre contenait de nombreux artefacts, y compris des pistolets, des articles militaires, des chaussures, des bouteilles médicinales et des pièces de monnaie, brossant un tableau vivant de l'équipement et des effets personnels des membres de l'expédition. Parcs Canada a également récupéré de multiples pièces d'équipement des Royal Marines sur le HMS Erebus, ainsi qu'une tunique d'officier en laine et un casque en fer découverts en 1859 à Cape Felix, sur l'île du Roi-Guillaume, qui enrichissent notre compréhension de l'uniforme et de la vie militaire.
La complexité logistique de ces missions est immense, particulièrement pour les sites éloignés de l'Arctique. Les conditions de glace et météorologiques au Nunavut ne permettent que quelques semaines de plongée par an, et les plongées individuelles sont généralement limitées à une heure. Les épaves sont exposées à des courants et à des conditions de glace extrêmes. Pour assurer la sécurité des opérations et la réussite des fouilles, Parcs Canada a acquis en 2017 une barge, le Qiniqtiryuaq, pour servir de plateforme d'excavation et de plongée à l'épave de l'Erebus. Cette barge opère en concert avec le navire de recherche de Parcs Canada, le RV David Thompson, et abrite plusieurs conteneurs maritimes, appelés « sea cans ». Ces trois « sea cans » robustes contiennent une chambre de recompression hyperbare (pour augmenter la sécurité des plongeurs), un laboratoire archéologique et des équipements mécaniques tels que des compresseurs, des pompes et des générateurs. Une grue hydraulique a été ajoutée à son pont en 2018, renforçant encore les capacités opérationnelles. Les membres de l'équipe d'archéologie subaquatique étaient d'ailleurs présents sur le Qiniqtiryuaq fraîchement nommé à Gjoa Haven.
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Les archéologues utilisent des équipements spécialisés pour créer une image précise des sites sous-marins éloignés comme les épaves de Franklin. Le sonar à balayage latéral et le sonar multifaisceaux fournissent des images qui aident l'équipe à comprendre les sites et à planifier son travail, tout en documentant les zones autour des épaves. Les véhicules sous-marins téléopérés (ROV) sont également essentiels pour explorer et documenter le site avec des images vidéo et des photos qui peuvent être examinées à maintes reprises. Le personnel de Parcs Canada utilise ces images pour mieux comprendre et partager les informations sur les épaves. Un modèle 3D du site de l'Erebus, créé à partir de photographies en mosaïque, montre la coque et le champ de débris environnant, avec la proue à gauche, offrant une visualisation détaillée de l'état actuel de l'épave. D'autres illustrations et modèles 3D peuvent montrer l'aspect actuel des épaves et des artefacts, ainsi que leur apparence originale dans le passé. La production de modèles et d'illustrations archéologiques est un travail minutieux, utilisant des données de terrain et de laboratoire combinées à un travail de détective historique pour garantir la précision. Une reconstruction basée sur des enregistrements archéologiques a même permis de montrer que les bossoirs latéraux du Terror ne sont pas comme ceux représentés dans les plans des navires Terror et Erebus de 1839.
La collaboration avec les communautés inuites est un pilier fondamental de ces recherches. William Beveridge, directeur exécutif de la Fiducie du patrimoine inuit, a exprimé sa satisfaction, déclarant : « Nous sommes heureux de voir le travail de Louis Kamookak continuer de se développer et le rôle des Inuit dans le projet continuer de croître. » L'honorable Steven Guilbeault, ministre de l'Environnement et du Changement climatique et ministre responsable de Parcs Canada, a souligné l'importance de ces partenariats : « En collaboration avec de nombreux groupes autochtones partout au Canada, Parcs Canada et les peuples autochtones sont des partenaires dans la conservation du patrimoine naturel et culturel et le partage des histoires de ces endroits précieux, y compris les épaves du HMS Erebus et du HMS Terror. » La Nattilik Heritage Society administre le Programme des gardiens des épaves et le projet d'agrandissement du Nattilik Heritage Centre, qui accueillera une nouvelle exposition en 2025. Les artefacts récupérés de l'expédition de Franklin appartiennent en copropriété à Parcs Canada et à la Fiducie du patrimoine inuit. Le 2 mars 2023, le gouvernement du Canada et la Kitikmeot Inuit Association ont signé une entente sur les répercussions et les avantages pour les Inuit de 23 millions de dollars pour le lieu historique national des Épaves-du-HMS Erebus-et-du-HMS Terror. Cette entente établit un nouveau modèle de relation de coopération et appuie les possibilités de développement économique pour les Inuit de Gjoa Haven et de Cambridge Bay. À la suite du don historique des épaves du HMS Erebus et du HMS Terror au Canada par le Royaume-Uni en 2018, Parcs Canada transférera un échantillon d'artefacts du HMS Erebus au Musée national de la marine royale à compter de 2024. Ces artefacts, incluant la cloche d'un navire et un canon, ont été conservés par le Royaume-Uni comme échantillon représentatif.
Après une autre saison fructueuse sur le terrain aux épaves de Franklin, l'équipe, à bord du navire de recherche David Thompson et du Qiniqtiryuaq (barge de soutien aux fouilles), est retournée à Gjoa Haven le 20 septembre 2023. L'équipe de recherche a ensuite pu faire une courte visite à l'épave du HMS Terror pour effectuer un enregistrement de télédétection, à l'aide de l'échosondeur multifaisceaux et du profileur sous-fond du navire. Cela comprenait la cartographie sonar de l'épave pour saisir un instantané de son état et l'élargissement de la cartographie d'un couloir d'accès aux navires dans cette baie qui est, pour la plupart, inexplorée. Parcs Canada a également tenu un événement au Nattilik Heritage Centre le 21 septembre pour partager certaines des découvertes de 2023 avec la communauté. En outre, Stantec, un chef de file mondial de la conception et de l'ingénierie durables, a récemment fourni des services de modélisation hydrologique et orageuse à Parcs Canada. Cette recherche aidera Parcs Canada à comprendre les menaces liées aux changements climatiques pour les épaves du HMS Erebus et du HMS Terror, ainsi que les mesures d'atténuation qui pourraient être nécessaires pour protéger ces précieux vestiges.
L'Étendue du Patrimoine Subaquatique Canadien : Au-delà des Glaces Arctiques
Si l'Arctique abrite des sites d'une importance capitale, le Canada, en tant que pays maritime avec les Grands Lacs et trois océans, recèle des centaines de sites archéologiques subaquatiques répartis sur l'ensemble de son territoire, sous la surface de l'eau, qu'elle soit douce ou salée. Invisibles depuis le rivage, parfois à plus de 40 mètres de profondeur, ces sites offrent une fenêtre incroyable sur le passé maritime du pays. Des épaves emblématiques telles que l'Empress of Ireland, des HMS Terror et Erebus, de la baleinière de Red Bay, mais aussi de canots, de navires à vapeur ou encore marchands, attendent patiemment d'être explorées.
Dans le Saint-Laurent, il y a des milliers d'épaves, et rien qu'entre Montréal et Toronto, on en dénombre « entre 300 et 400 » datant seulement du XIXe siècle. Pour Brad Loewen, professeur d'archéologie maritime à l'Université de Montréal, l'explication est historique : « Le Canada est construit sur du bois et de l'eau. Toutes les routes avant les voies ferrées, c'étaient les cours d'eau. » Sur la vase, le sable et le limon des mers, lacs, fleuves et les rivières du Canada gisent ainsi nombre de navires, décombres et artefacts recouverts d'algues et de coquillages, des restes d'une baleinière basque du XVIe siècle aux « épaves du XIXe siècle de l'explorateur Franklin pour trouver la route du Nord-Ouest, Erebus et Terror ».
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L'île de Sable, dynamique par nature, est en perpétuelle transformation, tant dans sa taille que dans sa forme. Elle mesure environ 42 km de long et 1,3 km à son point le plus large, bien que ses dimensions soient constamment modifiées par l'action intense du vent, des vagues et des tempêtes. Les archives historiques indiquent que les marins connaissent et visitent l'île de Sable depuis le début du XVIe siècle. En 1801, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a établi la première station de sauvetage sur l'île de Sable afin de réduire les souffrances et les pertes de vies humaines et de cargaison causées par ces naufrages fréquents. Au cours des deux derniers siècles, l'île de Sable a accueilli de nombreuses activités humaines : des stations de sauvetage pour aider les naufragés, aux équipes qui y travaillaient et leurs familles, à l'agriculture de subsistance qui les soutenait, en passant par les communications transatlantiques et les services de suivi climatique à long terme. Ces environnements complexes et riches en histoire sont autant de terrains de jeu pour les archéologues subaquatiques de Parcs Canada qui, au cours des 50 dernières années, ont arpenté les sites sous-marins de toutes les côtes du Canada, dans les rivières et les voies navigables, ainsi que dans les lacs, démontrant l'étendue et la profondeur de leur expertise.
L'Archéologie Subaquatique : Une Discipline Exigeante et Révélatrice
L'archéologie subaquatique, c'est en fait l'étude du passé. On étudie ces vestiges qui nous ont été laissés du passé, mais qui se retrouvent aujourd'hui sous l'eau, principalement avec la navigation. Elle nous offre une fenêtre assez incroyable sur le passé maritime de notre pays et permet de comprendre qui nous sommes et qui nous a précédés. Un des aspects les plus fascinants est l'effet « capsule temporelle » des vestiges sous-marins, où tout semble figé dans le temps, plutôt qu'abandonné. En effet, « tout ce qui est organique - bois, cuivre, textiles, papier - est très bien conservé sous l'eau », comme l'indique M. Loewen. Cela permet d'avoir une appréciation encore plus grande des sites d'épaves, certains navires à voiles conservant encore toute leur structure debout, révélant une transition du règne de la voile à l'apogée de la vapeur et de la technologie moderne qui se déroule devant nous quand on plonge.
Parcs Canada compte une dizaine d'archéologues subaquatiques dans ses rangs, et ils ne sont pas plus d'une « trentaine » dans tout le pays, si l'on inclut les projets de recherche locaux. Ce petit groupe d'experts travaille avec dévouement pour explorer et protéger ce patrimoine sous-marin. Le processus archéologique est généralement un processus assez lent. Par sa nature, il implique des mesures et des enregistrements précis. L'équipe de plongeurs n'intervient d'ailleurs souvent qu'après plusieurs mois de recherches hors de l'eau, dans des archives et auprès de communautés locales. Ensuite, différents sonars vont cartographier le fond du cours d'eau. Puis, le véhicule sous-marin téléopéré effectue un premier repérage du site et évalue ses dangers potentiels. Ce n'est qu'ensuite que les plongeurs sont finalement dépêchés sur place.
Les missions sont planifiées avec une grande minutie. Par exemple, le soleil brillant sur le canal Rideau, l'eau claire et l'absence presque totale de vent offrent des conditions idéales. Amarré, le navire de recherche Investigator attend patiemment que son équipage arrive. Ils sont sept à embarquer avec leurs combinaisons en néoprène sous leurs bras, direction un site archéologique du XIXe siècle immergé sous 4 mètres d'eau. Sur place, un duo de plongeurs, bouteilles d'oxygène au dos, s'élance pour 40 minutes de repérage et de défrichage du site.
Bien entendu, il existe certains risques associés à la plongée, que Parcs Canada atténue grâce à une formation rigoureuse. « Vous pouvez vous perdre, vous emmêler dans une corde ou une structure, c'est pourquoi nous envoyons les plongeurs en binôme afin qu'ils puissent s'aider mutuellement », explique John Ratcliffe, qui supervise ces expéditions. Chaque site étudié présente ses propres difficultés : ceux du Nord-Ouest canadien sont souvent sous la glace, et les conditions de l'océan Arctique, légèrement supérieures à 0°C en août et septembre, nécessitent un entraînement rigoureux et un équipement spécialisé pour résister au froid intense. Certains sites se trouvent à de grandes profondeurs et nécessitent des paliers de décompression, tandis que d'autres sont soumis à des courants plus ou moins forts. En plus d'archéologues qualifiés capables d'atteindre les épaves, il faut « une embarcation qui peut servir de plateforme de recherche subaquatique et un pilote capable de naviguer dans des eaux compliquées, des eaux qui ont causé des naufrages autrefois », comme l'indique Brad Loewen. De plus, il y a un déficit dans le matériel de prospection pour couvrir les grandes zones et faire des recherches pour découvrir tout ce qui reste sous l'eau, ce qui souligne les défis persistants auxquels la discipline est confrontée.
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La documentation sous l'eau est également un défi. Prendre des notes est difficile sous l'eau - de grands gants rendent difficile d'appuyer sur des boutons ou de tenir des crayons. Pourtant, les notes sont nécessaires pour enregistrer les détails et les conditions du site. Marie Trottier, 27 ans, mesure précisément l'étendue du site avec un simple mètre, un carnet et un crayon de bois. Comme pour les fouilles archéologiques terrestres, les archéologues doivent établir des points de référence et souvent un quadrillage pour cartographier le site, divisant ainsi le site en unités soigneusement mesurées. Un autre aspect crucial est la création de plans et de modèles, une activité clé des archéologues et illustrateurs archéologiques pour représenter avec précision les sites et leurs artefacts.
Au cours de leurs missions, les archéologues subaquatiques de Parcs Canada « ne collectent pas beaucoup d'artefacts, [puisque] l'excavation sous l'eau au Canada est relativement rare ». Les objets extraits lors de l'exploration des épaves de l'Erebus et du Terror - tels qu'une cloche, une ancre, une fiole, un pistolet, une assiette, un bol et un flacon - font plutôt figure d'exceptions. Les artefacts récupérés sont ensuite étudiés à Ottawa et feront l'objet d'un traitement de conservation avant que bon nombre d'entre eux ne soient retournés pour être exposés au Nattilik Heritage Centre à Gjoa Haven (Uqsuqtuuq), au Nunavut, assurant ainsi la préservation et la mise en valeur de ces découvertes pour les générations futures.