Le triomphe olympique de la nageuse française Camille Muffat en 2012 à Londres, où elle a remporté trois médailles, dont une en or, matérialise plusieurs années de travail sans concessions ; il concrétise aussi le talent d'une jeune femme qui n'a jamais construit sa carrière et sa vie dans la facilité. Née le 28 octobre 1989 à Nice, Camille Muffat était une nageuse française spécialiste du 200m et 400m nage libre, championne olympique du 400m nage libre à Londres 2012. Longtemps cataloguée comme un grand espoir, Camille Muffat a répondu aux nombreuses attentes placées en elle en devenant en 2012 la quatrième championne olympique française, qui plus est sur 400 m nage libre, « la » distance de Laure Manaudou.
Les origines d'une vocation et l'apprentissage à Nice
Camille Muffat est née le 28 octobre 1989 à Nice. Elle grandit dans une famille aimante de trois enfants, mais la fillette, renfermée, a quelque mal à s'affirmer, dans l'ombre d'une sœur aînée dont le sourire attire toutes les sympathies. Elle découvre la natation à l'âge de 7 ans dans sa ville natale. Très vite, son potentiel se révèle et, à dix ans, elle intègre l'Olympic Nice Natation. C'est au sein de ce club qu'elle rencontre l'entraîneur Fabrice Pellerin, qui va la façonner patiemment, son objectif étant de transformer une bonne nageuse en grande championne.
Dès l'enfance, Camille Muffat rêve de devenir championne olympique. Elle rejoint à l’âge de 12 ans l’entraîneur qui va la mener au sommet, Fabrice Pellerin, au sein du très performant groupe de l’Olympic Nice Natation. Elle dit de lui en avril 2012 : « Fabrice est dur avec les filles. Il nous dit “bougez-vous !”, “comblez l’écart avec les garçons !”. Comme l’écart chronométrique sur un 400m peut atteindre 20 secondes, il nous demande de le combler au maximum. Ça fait marrer les garçons. Ils n’aiment pas qu’une fille aille plus vite. Moi, j’accepte le défi, ça nous tire vers le haut, même si c’est parfois saoulant… ».
La transition du quatre nages vers le crawl
Camille est tout d’abord une spécialiste du « quatre nages », discipline qu’elle domine au niveau national, qui lui permet de monter sur ses premiers podiums continentaux et de disputer les Jeux Olympiques en 2008 à 18 ans, où elle participe à trois épreuves : 200m 4 nages (12e), 400m 4 nages (19e) et relais 4x200m nage libre (5e). Mais voilà, pour elle, cette spécialité n’apporte pas de « gros titres, au niveau sportif comme médiatique ». Elle ajoute : « Fabrice Pellerin m’a demandé de faire un choix. Je me suis dit que je n’irais pas bien loin avec le quatre nages, et qu’il était temps que j’aille titiller les crawleurs ».
La Niçoise a fait ses débuts en compétition majeure lors des Championnats d'Europe 2006 à Helsinki, à seulement 16 ans. Camille Muffat réalise sa première performance d'envergure en 2005 : à quinze ans, lors des Championnats de France de Nancy, elle devance Laure Manaudou, alors au faîte de sa gloire, dans le 200 mètres 4 nages. Mais ce succès sportif et médiatique est bien précoce pour une adolescente trop grande, trop puissante, toujours très renfermée, qui se cherche encore, dans les bassins comme en dehors.
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Camille Muffat se disperse, alors que Fabrice Pellerin, qui sait tenir un diamant, fait preuve d'une haute exigence, quitte à la brusquer souvent à l'entraînement. C'est donc dans la souffrance que la nageuse construit sa carrière, marquée par plus d'échecs que de succès, son « mental » s'avérant défaillant au moment de concrétiser par des titres ses qualités physiques et techniques. Aux jeux Olympiques de Pékin, en 2008, elle ne parvient à se qualifier pour la finale ni sur 200 mètres 4 nages ni sur 400 mètres 4 nages. En 2010, grande favorite du 200 mètres 4 nages aux Championnats d'Europe de Budapest, elle ne se classe que quatrième.
L'affirmation d'une championne et le choix du crawl
Fabrice Pellerin exige alors qu'elle fasse un choix : continuer à travailler les quatre nages ou se consacrer uniquement au crawl. Camille Muffat prend peut-être pour la première fois toute seule une décision concernant sa vie : après une demi-heure de réflexion, elle opte pour le crawl. Elle se forge alors une technique de nage unique : un mouvement de rotation du haut du corps très ample lui permet de conserver une position bien profilée, la tête en permanence sous l'eau ; un battement de jambes régulier et très puissant ; une inspiration brève, placée en dehors de toute phase de propulsion des bras.
En 2010, aux championnats d'Europe en grand bassin à Budapest, elle se distingue en décrochant deux quatrième places sur 200m quatre nages et sur 200m libre. À la fin de l'année 2010 ont lieu les mondiaux de natation en petit bassin à Dubaï : Camille Muffat devient championne du monde sur 200m nage libre et remporte la médaille de bronze avec ses amies sur le relais 4 x 200m nage libre. Ce premier cap franchi, Camille redouble d’ardeur à l’entraînement et ne se fixe aucune limite. En 2011, aux Championnats du monde de Shanghai, elle obtient la médaille de bronze dans les 200 et 400 mètres. Ce résultat ne satisfait pas cette jeune femme qui, désormais, assume sa vie et affiche de grandes ambitions.
L'apogée olympique à Londres
Pour l'année olympique, Fabrice Pellerin lui impose des charges d'entraînement inédites en France : de 15 à 16 kilomètres de natation quotidiennement, 7 heures dans l'eau tous les jours de la semaine, intenses séances de musculation le soir. Camille doit mettre sa vie privée entre parenthèses, mais le travail porte ses fruits : aux Championnats de France de Dunkerque, elle bat le record de France de Laure Manaudou sur 400 mètres (4 min 1,13 s), et établit un nouveau record de France sur 200 mètres (1 min 54,87 s).
En 2012, elle est en tête des bilans mondiaux sur 200m et 400m. « Je me rends compte qu’il n’y a rien à voir entre être un nageur qui participe aux Jeux et qui parvient à entrer en finale, sans plus, et le cap que j’ai passé en un an et demi. Nous avons réussi à ajouter du kilométrage, de nombreux entraînements, trois séances de musculation par semaine. Je m’aperçois que là, c’est vraiment un autre niveau. Quand je m’entraîne, je vois qu’il n’y a pas plus qu’une ou deux autres filles qui peuvent faire la même chose. C’est cela qui fait qu’on a envie de continuer tous les jours », dit-elle avant de participer aux Jeux de Londres.
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Le 29 juillet 2012, dans le London Aquatics Centre, Camille Muffat hisse son mental au niveau de ses qualités techniques et physiques lors du 400 mètres des jeux Olympiques de Londres : elle ose partir rapidement, mais Allison Schmitt reste dans sa vague ; malgré un léger fléchissement sur la fin, elle résiste à l'Américaine et remporte la course (4 min 1,45 s), de peu devant sa rivale (4 min 1,77 s). Elle signe un nouveau record olympique. Après Jean Boiteux en 1952, Laure Manaudou en 2004 et Alain Bernard en 2008, elle devient la 4e championne olympique française de natation.
Le 31 juillet, elle est en course pour le podium durant les quatre longueurs du 200m nage libre derrière Allison Schmitt qui s’échappe. Elle contient jusqu’au bout l’Australienne Bronte Barratt, l’Américaine Missy Franklin et l’Italienne Federica Pellegrini pour prendre la médaille d’argent en 1:55.58. Le 1er août, Camille Muffat lance sur de bonnes bases le relais 4x200m nage libre et remporte sa troisième médaille (le bronze derrière les USA et l’Australie) avec Charlotte Bonnet, Ophélie-Cyrielle Etienne et Coralie Balmy. Elle n’est que la 3e athlète française après Micheline Ostermeyer en 1952 et Laure Manaudou en 2004 à remporter trois médailles dans les mêmes Jeux.
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