Les Racines d’une Passion : La Famille Carpentier dans la Course au Large
La généalogie maritime est un phénomène fascinant, où la transmission des savoirs et de la passion ne se fait pas seulement par le sang, mais par une immersion précoce dans les embruns et la compétition. Au cœur de cette lignée, le nom Carpentier résonne avec une régularité exemplaire sur les pontons des grandes courses. Un troisième Carpentier en route pour la Guadeloupe. Après l’oncle, Patrice Carpentier, et le père, Jean-Michel, dans les années 80, c’est au tour d’Antoine, le neveu ou fils, de prendre le départ de cette 11e Route du Rhum. Cette filiation souligne à quel point l’engagement dans le monde de la voile est une composante structurelle de leur identité familiale.
L’histoire de cette dynastie n’est pas qu’une affaire de transmission technique, c’est aussi l’histoire d’une adaptation constante aux évolutions technologiques et sportives. Le J 97 élu «Bateau IRC de l’Année» 2011 marque une étape où l’expertise technique, portée par des membres de la famille, s’est croisée avec les instances de régulation comme l’UNCL. La semaine passée, un jury composé de membres de l’UNCL et de journalistes nautiques - dont j'étais - a sacré le J 97 «Bateau IRC de l’Année». Ce type d’engagement témoigne d’une compréhension fine non seulement de la navigation, mais de l’écosystème qui permet à la course au large de prospérer.
Patrice Carpentier : La Sagesse du Large
Patrice Carpentier incarne une figure de proue de cette lignée, associant expérience et humilité. « Je m’appelle Patrice Carpentier. Je suis un homme âgé. J’habite à la Trinité-sur-Mer. » Cette simplicité dans la présentation cache une carrière marquée par une navigation exigeante. L’homme, bien qu’ancré dans une tradition, n’hésite pas à se mettre au service de nouveaux projets, prouvant que la voile est un sport de partage intergénérationnel. Lorsqu’il est sollicité pour une transatlantique, il répond présent avec une disponibilité qui force le respect.
Sa rencontre avec Miguel, un skipper portugais installé en France, illustre parfaitement cette dynamique de transmission. M : « J’ai appelé Thibault pour l’organisation pour l’avertir que je n’avais plus de co-skipper pour participer à la transat et je lui ai demandé s’il connaissait quelqu’un. Thibault m’a dit : « J’ai une idée, je regarde et je te dis ! » Et 5 minutes plus tard, il m’a rappelé pour me dire qu’il avait une personne, qui avait déjà sa valise prête pour faire la transat avec moi et voilà : Patrice Carpentier. » Cette réactivité, cette capacité à être immédiatement opérationnel, est le propre du marin aguerri. Pour Patrice, le plaisir de naviguer reste le moteur principal. « L’objectif est de prendre du plaisir parce qu’on ne se connaît pas. Nous sommes en train de nous découvrir. Miguel s’est beaucoup investi dans cette aventure, et il est essentiel qu’il en profite, qu’il prenne du plaisir lui aussi. En plus de chercher à aller vite en bateau, nous voulons nous amuser et profiter de chaque moment. »
Antoine Carpentier : La Performance au Service de l’Équipage
La figure d’Antoine Carpentier représente une évolution vers la haute performance et la spécialisation dans la course en double. Antoine Carpentier, 48 ans, incarne la force tranquille. Depuis plus de vingt ans, le navigateur morbihannais régate sur tout ce qui flotte. Il s’est ainsi constitué un palmarès imposant : cinq victoires sur la Rolex Fastnet Races, trois sur la Transat Jacques Vabre, trois sur le Tour de France, deux sur la Québec Saint-Malo ; on ne sait plus compter ses succès sur le Spi Ouest-France, grande classique du territoire ouverte à tous. Il a navigué sur une quantité impressionnante de supports. Pouvait-il échapper à la mer ?
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Cette trajectoire brillante ne s’est pas faite en solitaire. La collaboration est une clé de voûte de son approche. Depuis plus d’un an, Antoine Carpentier est l’équipier de luxe de Ian Lipinski. Longtemps rivaux en Class40, les deux hommes. Les deux skippers se sont réellement découverts lors d’une édition du Trophée Mer-Montagne, organisé par le marin et alpiniste Éric Loizeau. Ils avaient dû bien se marrer ; ils ont découvert que leurs échelles de valeurs menaient dans la même direction. Ils partagent la même passion pour le podium. Cette complémentarité est essentielle dans un sport où la gestion du stress et de la fatigue est primordiale. Antoine exprime d’ailleurs une préférence marquée pour le travail en duo : « Au solitaire qui impose la gestion du sommeil comme un paramètre, je préfère la course en double. Elle reflète plus précisément le niveau technique des sportifs ».
L'Évolution des Modèles de Course : Entre Solitaire et Double
La question de la structure des courses est centrale pour comprendre l’évolution des Carpentier. Le double, formule en vogue. C’est une question récurrente que tous les organisateurs de course en habitable se posent. Comment compenser l’érosion de bateaux jaugés en IRC, les équipages nombreux étant de plus en plus durs à fidéliser ? Cette réflexion sur l’érosion des équipages a conduit à des formats plus agiles comme la Cap-Martinique. Miguel, le coéquipier de Patrice, explique son choix : « J’avais le rêve de faire une course transatlantique depuis la France. Il y a deux transatlantiques IRC en amateur, dont la Cap-Martinique qui a l’avantage d’être d’une seule traite, il n’y a pas plusieurs étapes à gérer, comme par exemple faire escale à Madère entre deux étapes. J’ai trouvé que c’était une meilleure option. »
Ce format permet non seulement une gestion simplifiée de l’effort, mais il s’inscrit dans une logique de projet de vie ou de cause sociale, comme le montre l’association « Dessine-moi la High Tech ». P: « Dessine-moi la High Tech » est une association qui a vu le jour il y a quelques années, suite à une initiative de groupe. Malheureusement, l’une des personnes impliquées a été confrontée à un problème avec son enfant, et c’est à partir de là que l’association est née. Nous avons constaté que de nombreux enfants, notamment ceux atteints de cancers, passaient de longues périodes à l’hôpital. L’idée de l’association est donc de proposer des activités liées à la technologie, telles que l’utilisation de drones ou des expériences virtuelles, afin d’offrir à ces enfants un moment de bonheur et de découverte.
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