Au début des années 1980, le paysage des stations de sports d’hiver était déjà bien établi, dominé par des figures emblématiques et des destinations de renommée mondiale. C'est dans ce contexte compétitif qu'Arc 2000, une station récemment développée, se trouvait devant l'impératif de se forger une identité propre et de se positionner de manière distinctive. Il s'agissait de se créer une image de marque forte et novatrice pour capter l'attention dans un marché saturé. La mission de lancer et de développer cette dernière-née des stations des Arcs fut confiée à Alain Gaimard, un guide de haute-montagne émérite, tout juste nommé directeur technique. Il reconnaissait le potentiel immense du domaine skiable, un espace qui offrait une étendue et une variété propices à des expériences de glisse inédites, qu'il fallait absolument valoriser. La philosophie était claire : à une station neuve, il fallait associer une glisse nouvelle, audacieuse et inspirante.
Alain Gaimard, animé par cette quête d'innovation, entreprit une exploration méthodique des pratiques émergentes. Sa démarche proactive l'amena à tester le monoski, une discipline encore peu répandue en France à cette époque, pendant deux saisons complètes. Parallèlement, dans une démarche audacieuse pour l'époque, il ramena des surfs directement des États-Unis, introduisant ainsi une nouvelle forme de glisse sur les pentes alpines. Rapidement, le massif de l’Aiguille Rouge, avec ses vastes étendues et ses dénivelés impressionnants, devint le terrain de jeu privilégié d'adeptes passionnés, attirés par ces nouvelles sensations de liberté. Une fois cette phase d’expérimentation concluante achevée, Alain Gaimard réunit une équipe talentueuse et motivée pour concrétiser un projet cinématographique inédit : la réalisation d’un film de glisse. Ce projet allait se matérialiser sous le titre "Ski espace", tourné dès 1982. Ce film mettait en scène de jeunes moniteurs de la station, dont certains noms deviendraient emblématiques du mouvement : Régis Rolland, James Blanc, Jean-Yves Perry, Pierrot Beguin, Lino Ortuno, Jean-Michel Zucchi et Claudie Blanc. Ce premier coup d’éclat fut largement remarqué et salué dans le monde du ski, marquant les esprits et ouvrant la voie à une révolution.
L'Émergence d'une Saga et l'Influence d'Arc 2000
L'impact de ces nouvelles glisses ne se limitait pas aux Arcs. Ailleurs, à Chamonix, Alain Revel et Philippe Lecadre excellaient déjà dans la pratique du monoski, exécutant leurs figures avec la grâce de danseurs étoiles sur les pentes des Grands Montets. L'écho de ce qui se tramait aux Arcs les atteignit, et tous deux rallièrent l'équipe naissante d'Arc 2000. Leur arrivée, complétée par celle d'Alain Didierjean et de William Arnaud, permit de former le noyau dur de l'équipe qui allait donner vie à la saga "Apocalypse Snow". Cette série, composée de trois courts-métrages tournés entre 1983 et 1985, ne se contentait pas de montrer des prouesses techniques ; elle était étayée par un scénario astucieux, celui d’une course poursuite effrénée autour de la planète. Au cœur de cette intrigue, Régis Rolland, incarnant un génial "génie de la glisse" sur son surf, et sa copine glisseuse tentaient d’échapper à la hargne implacable d’une bande de monoskieurs, déterminés à s’emparer du secret ultime de la glisse. Ce concept, à la fois efficace et dénué de toute prétention excessive, fut un véritable "Bingo".
Les films de la série "Apocalypse Snow" offraient des images époustouflantes, du jamais vu à l'époque, capturant l'essence même de ces nouvelles disciplines avec une énergie cinématographique sans précédent. Ils furent largement diffusés non seulement en France, mais également vus par toute la planète ski, propulsant les Arcs et ces nouvelles pratiques sur le devant de la scène internationale. Le succès dépassa très vite la simple promotion d’Arc 2000, qui devint rapidement le bastion branché des "nouvelles glisses". C'est ainsi que le mouvement fut véritablement enclenché. À la fin des années 80, l'engouement était tel que plus de 20 000 adeptes de surf et de monoski envahissaient les domaines skiables. Cette effervescence grandissante eut des répercussions profondes sur l'ensemble de l'écosystème des sports d'hiver : l’industrie, percevant l'ampleur du phénomène, emboîta le pas en développant de nouveaux équipements et matériels spécifiquement conçus pour ces pratiques. La technique elle-même fut théorisée, passant d'une pratique intuitive à une approche plus structurée et enseignée. Des méthodes pédagogiques innovantes furent développées par l’École du Ski Français (ESF) pour former les moniteurs et encadrer ces nouvelles disciplines. Parallèlement, les compétitions, cherchant à s’organiser, commencèrent à se doter d’un cadre fédéral, jetant les bases d'une reconnaissance officielle et d'une structuration qui allait professionnaliser ces sports. Un segment de marché entièrement nouveau était né, dynamique et en pleine expansion. Il est juste de dire qu'Arc 2000 et le Team Apocalypse sont à l’origine de l’engouement phénoménal du public pour le snowboard et le monoski en France, agissant comme un catalyseur culturel et sportif.
L'Expérience Cinématographique et Sportive du Team Apocalypse
Durant une période intense de cinq ans, qui correspondait à cinq hivers de pratique assidue et de cinq tournages successifs, le "Team Apocalypse" vécut une expérience formatrice et enrichissante. L'équipe apprit énormément, mûrissant ensemble à travers les défis et les succès. L’expérience acquise de 1983 à 1987, depuis les prémices de "Ski espace" jusqu'à la consécration avec "Canon Surf", en passant par la trilogie emblématique des films "Apocalypse Snow", élargit considérablement les horizons de chacun de ses membres. Pour Patrice Aubertel, cette période fut une découverte continuelle qui motiva l’équipe et enrichit profondément chaque individu. Les participants progressèrent de manière significative sur le plan sportif, repoussant leurs limites en tournant des scènes d'une difficulté notable, et parfois même risquées. L’émulation collective au sein du groupe fut sans aucun doute un facteur déterminant, leur permettant de réaliser ces prouesses audacieuses.
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Au-delà de l'aspect purement sportif, l'équipe explora une dimension qui lui était jusqu'alors étrangère : le cinéma. Ils s'immergèrent dans l'art de la mise en scène, jouant à orchestrer la glisse pour la transformer en spectacle visuel. Cette incursion dans le monde de la production cinématographique fut une véritable entreprise de création collective. Les membres du team s'efforcèrent de toujours innover, cherchant constamment à repousser les frontières de ce qui était imaginable en matière de films de glisse. Ils imaginèrent des scénarios spécifiquement adaptés à ce genre, conçurent des actions inédites et développèrent des concepts de tournage véritablement nouveaux, qui révolutionnèrent la manière de filmer les sports d'hiver. Leur ambition était de montrer d'autres voies, d'ouvrir de nouvelles perspectives pour l'expression de la glisse et de l'aventure en montagne. En marge de ces exploits techniques et artistiques, et à travers les difficultés surmontées comme les moments d'extase partagés, cette belle aventure forgea également une amitié profonde et durable au sein de l'équipe.
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