Quentin Delapierre : Parcours d'un Régatier d'Exception, Entre Rêves Olympiques et Quête de la Coupe de l'America

Le monde de la voile française est témoin de l'ascension fulgurante de Quentin Delapierre, un navigateur dont la détermination et le talent l'ont propulsé au rang des figures les plus prometteuses de sa génération. À l'âge de 30 ans, le navigateur français se prépare à un défi de taille : concourir à la 37e édition de la Coupe de l'America. Il sera à la barre du défi français Orient Express le 12 octobre à Barcelone, une échéance très attendue. Pour Quentin Delapierre, cette compétition représente la concrétisation d'un rêve ancien, une compétition qui l'a toujours fait rêver. Il décrit cette opportunité comme quelque chose d'incroyable, marquant un point culminant dans sa carrière. Cette participation est également une reconnaissance notable pour le marin vannetais, dont le parcours atypique est jalonné de succès et de remises en question. Le Vannetais sera à la barre de l’AC75 Orient Express sur la 37e America’s Cup, qui se disputera à Barcelone (Espagne), une opportunité rare et une belle reconnaissance pour le marin, aussi talentueux que déterminé.

Les Racines d'une Passion : Une Jeunesse Ancrée dans la Voile

L'histoire de Quentin Delapierre avec la voile débute très tôt, sous l'influence familiale. Fils du windsurfer Jean-Philippe Delapierre, Quentin Delapierre baigne depuis petit dans la compétition, ce qui a sans doute forgé son esprit compétitif. Natif de Vannes, il débute la voile dès l'âge de six ans à la Cataschool de Larmor Baden. C'est là qu'il se découvre une véritable passion pour la voile, un sport qu'il décrit comme étant « soumis aux éléments, qui offre de belles sensations de glisse ». En parallèle de ses activités nautiques, son enfance est également rythmée par d'autres sports : il fait de l’escrime, du football et un peu de tennis, démontrant déjà une polyvalence et un intérêt pour diverses disciplines.

Cependant, le choix entre ses passions sportives s'est imposé. « J’ai dû choisir entre l’escrime et la voile. J’avais un bon niveau dans les deux disciplines », confie Quentin Delapierre, soulignant la difficulté de cette décision. Finalement, il opte pour la voile, expliquant cette préférence par la nature dynamique de la discipline : « J’ai opté pour la voile car chaque navigation est différente. On peut redécouvrir son sport chaque jour et s’amuser ». Cette capacité à se renouveler et à surprendre le pousse à envisager la voile non seulement comme une passion mais aussi comme une vocation. « J’ai eu très vite envie d’en faire mon métier », ajoute-t-il, illustrant son engagement précoce. Quentin Delapierre débute à la Cataschool, à Larmor-Baden (56), avant d'intégrer le Dispositif France Jeunes Inshore de la Fédération Française de Voile. Cette période formative lui permet de découvrir ainsi de nombreuses séries de voile, comme le J80 et le Diam 24, posant les bases d'une carrière riche et variée. Tombé amoureux de la voile ado, lors d'une navigation dans le Golfe du Morbihan, Delapierre a désormais l'occasion d'écrire l'une des plus belles pages de la régate française.

Une Carrière Façonnée par la Diversité et la Résilience

Le parcours de Quentin Delapierre est loin d'être linéaire, caractérisé par une soif d'apprendre et une adaptabilité constante. Après des débuts remarqués en catamaran de sport, il se lance dans l’olympisme et intègre le Pôle France de Brest en Laser. Cette étape prometteuse est malheureusement interrompue par un obstacle physique. Une blessure aux chevilles met un terme à son ascension dans cette discipline spécifique. Loin de se décourager, le jeune marin se réoriente et se lance alors dans un Master 1 en Management du sport. Cette parenthèse académique précède un retour au monde de la voile, mais cette fois sous un angle différent. En 2014, il rejoint le Team Sodebo en tant que responsable de la cellule Performance de Sodebo Ultim. Cette expérience aux côtés de Jean-Luc Nélias est particulièrement formatrice, lui permettant d’apprendre beaucoup, notamment en matière d’analyse des données. Il souligne l'importance de cette période, expliquant que « Mon expérience et mes sensations d’athlète m’ont aidé à me poser les bonnes questions pour aller chercher les données permettant de progresser très rapidement ».

En parallèle de ses responsabilités chez Sodebo, Quentin continue de régater et monte plusieurs projets. Son talent se manifeste notamment en J80, avec un titre de Champion d’Europe en 2014 à la clef. Il se tourne ensuite vers le Match Racing, une discipline exigeante, puis participe au Tour de France à la Voile de 2015 à 2018 avec Kevin Peponnet. Là encore, le succès est au rendez-vous, avec deux victoires (2016 et 2018) en quatre campagnes. Ces expériences démontrent sa capacité à exceller dans diverses configurations et avec différents coéquipiers.

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L'Épopée Olympique en Nacra 17 et la Quête de la Performance Mentale

Le désir de l'olympisme ne quitte jamais vraiment Quentin Delapierre. « Kevin est reparti dans l’olympisme en 470. Ça m’a donné envie d’y retourner », détaille-t-il, évoquant l'influence de son ancien coéquipier. L’opportunité tant attendue se présente en Nacra 17 quand Manon Audinet, une figure reconnue de la voile olympique, décide de changer de barreur. En septembre 2018, un nouvel équipage se forme et on retrouve désormais Manon Audinet associée à Quentin Delapierre, toujours en Nacra17. Cette association est d'autant plus naturelle qu'ils se connaissent depuis leur plus jeune âge, ayant régaté l'un contre l'autre en catamaran avant d’entrer dans un projet olympique commun.

Le duo trouve rapidement ses marques, progresse vite et s’adjuge une victoire en Coupe du Monde un an après son association. Seulement un an après avoir formé leur duo, en septembre 2019, ils commencent à marquer leur territoire et s'offrent à Enoshima, au Japon, sur le plan d'eau des Jeux Olympiques 2020, leur première victoire internationale lors de la World Cup Séries. C’est lors du championnat du monde d’Auckland en décembre 2019 que l’avenir de cet équipage prend un autre tournant, consolidant leur position parmi l'élite mondiale. Sélectionné pour les Jeux Olympiques de Tokyo 2020, le duo réalise de belles performances, terminant 4e aux Championnats du Monde et décrochant l’argent au Championnat d’Europe de Nacra 17 en 2020.

Cependant, les Jeux Olympiques de Tokyo 2020 réservent une déception. Une 8e place, un résultat en deçà de l’objectif qu’il s’était fixé, pousse Quentin à une profonde introspection. Déçu de ce classement, Quentin prend le temps de la réflexion pour analyser ce qui n’a pas fonctionné. Cette étape nécessaire est cruciale pour pouvoir rebondir et se faire plaisir à nouveau sur un bateau. Sa remise en question est sans concession : « Je me suis dit : +est-ce que je suis techniquement au niveau d’un champion olympique ? Physiquement, oui probablement. Mentalement, non », avoue-t-il, identifiant clairement le domaine à améliorer. Pour surmonter ce défi mental, le Vannetais fait appel aux services du préparateur mental Thomas Sammut, qui a notamment accompagné des athlètes de haut niveau comme Florent Manaudou, démontrant son engagement total envers l'excellence.

L'Ascension dans le Circuit SailGP : Un Défi Relevé avec Brio

Quelques mois seulement après la déception de Tokyo, un nouveau chapitre s'ouvre. À l’automne 2021, son parcours prend un nouveau tournant quand Bruno Dubois l’appelle pour lui offrir la barre du F50 du France SailGP Team. Ce défi est de taille : il s'agit d'un beau challenge, les Français étant alors les derniers au classement général. Il fallait le relever sans compromis, une situation que Quentin Delapierre qualifie comme simplement l’un des plus gros défis de sa carrière. L'équipe était dernière du championnat, mais l'esprit de combattant de Delapierre a permis de renverser la vapeur.

Un an et demi et deux victoires plus tard au compteur, Quentin est fier du travail accompli avec toute l’équipe. Sous sa direction, le France SailGP Team réalise une remontée spectaculaire. Avec le régleur d’aile Kévin Peponnet, 32 ans, ils ont terminé 4e de la dernière saison de ce prestigieux championnat regroupant l’élite mondiale en régate. Cette collaboration avec Kévin Peponnet est un pilier de leur succès, comme le souligne un membre de l'équipe : « Le lien qui existe entre eux est l’une des clefs de notre réussite. Quentin sait faire confiance à Kévin et inversement ». L'idée de rejoindre le SailGP avait germé bien avant : « On regardait une étape de SailGP ensemble et on s’est dit: ce serait dingue d’y être un jour ! », se souvient Delapierre, soulignant la concrétisation d'une aspiration partagée.

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Le circuit SailGP est un terrain de jeu où les compétences de Delapierre brillent. Début de saison musclé pour le circuit SailGP ! Le fameux « Fremantle Doctor », puissante brise thermique estivale balayant la côte Ouest australienne avec une régularité légendaire est au rendez-vous. Il a soufflé fort toute la semaine et donné des sueurs froides aux concurrents du circuit SailGP, jusqu’à provoquer des envolées spectaculaires qui ont eu raison de l’équipage espagnol qui ne participera pas à ce Grand Prix inaugural de la saison, disputé pour la première fois à Perth. Les Français vont donc avoir 12 concurrents au lieu des 13 prévus. À noter l’arrivée d’une nouvelle équipe, Artémis emmené par le revenant australien Nathan Outteridge, qui défendra les couleurs de la Suède. Les Français se sont montrés très performants à l’entraînement, dans les conditions musclées qu’ils affectionnent particulièrement. Lors de la journée de répétition de ce vendredi, ils ont fini premiers de la première manche et deuxièmes de la deuxième. De bon augure pour cette équipe remaniée avec l’arrivée du très expérimenté anglais Leigh McMillan, au poste de contrôleur d’aile en remplacement de Kevin Peponnet, parti rejoindre l’équipe allemande. La rentrée du SailGP à Perth en Australie est un événement d'envergure, car pour la première fois, la ville la plus isolée du monde accueille le circuit SailGP. Généralement très ventée, elle promet beaucoup d’action aux 12 équipages qui seront alignés demain au départ des 3 courtes régates de la journée. Quentin Delapierre avait d'ailleurs anticipé : « Nous allons techniquement être mis à rude épreuve ».

La Concrétisation du Rêve : L'America's Cup

L'expérience et les succès accumulés sur le circuit SailGP ont ouvert la voie à l'un des plus grands défis de la voile internationale. Pilote du F50 tricolore sur le circuit SailGP, Quentin Delapierre sera à la barre de l’AC75 Orient Express sur l’America’s Cup. C'est un rêve de gosse qui se réalise, une aspiration profonde depuis son enfance. « Les JO et la Coupe me faisaient vibrer, enfant. Je regardais ça avec des étoiles dans les yeux », raconte-t-il, évoquant la magie intemporelle de cette compétition. L’America’s Cup a un côté magique. C’est le plus vieux trophée sportif au monde et les bateaux sont magnifiques, des éléments qui ont toujours fasciné le jeune Delapierre. Il s'était fixé un objectif clair pour atteindre ce sommet : « Je m’étais mis en tête qu’il fallait performer sur SailGP pour avoir une chance d’être sélectionné. Depuis toujours, je fais tout pour réaliser mes rêves », explique-t-il. C’est désormais chose faite.

Ce nouveau rôle est empreint d'une grande fierté, mais aussi d'une lourde responsabilité. « C’est une grande fierté, et une grosse responsabilité. Il y a une vraie ambition et une belle énergie dans cette équipe, qu’il faut faire fructifier », déclare Quentin Delapierre, conscient de l'enjeu. Il se positionne aujourd'hui exactement là où il voulait être quand il était gamin, et il lui incombe de bien faire les choses et de performer. Son rêve ultime : inscrire un jour le nom de son pays, la France, au palmarès de la prestigieuse compétition. Interrogé sur ce qu'évoque l'America's Cup pour lui, il répond simplement : « L’excellence dans notre sport ». Quant à un souvenir marquant de l'America's Cup, il cite « La remontée des Américains à San-Francisco », un événement qui a marqué l'histoire de la régate par son intensité.

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