Lorsque Olivier Delfosse, nageur belge basé en France et ancien détenteur de records nationaux en bassin, évoque la natation, son récit s'étire des piscines bruxelloises des années 1970 aux méandres envahis d'algues de l'Èbre, en passant par les longues pistes bleues entre Capri et Naples. À l'âge de 62 ans, il s'entraîne toujours pour la victoire, non par arrogance, mais par une faim insatiable. « C'est simplement en moi », dit-il avec un haussement d'épaules. « Depuis que j'ai cinq ans, je voulais aller vite. » Cette aspiration précoce à la vitesse a façonné une carrière monumentale, marquée par des pauses, des retours et une transition spectaculaire vers les défis extrêmes de la natation en eau libre, où il continue d'écrire son histoire avec une détermination inébranlable et une joie contagieuse. Son parcours est une illustration éloquente de la persévérance, de la quête de performance et de l'amour profond pour l'élément aquatique, qu'il soit en piscine chlorée ou dans l'immensité des mers.
Des Premières Longueurs aux Records Nationaux : L'Éclosion d'un Talent dans les Bassins
L'histoire d'Olivier Delfosse dans la natation commence dès son plus jeune âge, à l'instar de nombreux athlètes d'élite. Il raconte : « J'ai appris d'abord la brasse, puis le crawl, avant d'intégrer le club de Bruxelles en 1971. » Ce n'était pas seulement une activité d'enfance ; très rapidement, une ambition profonde et une soif de performance se sont manifestées. « Très vite, j'ai eu besoin d'aller vite - plus vite que les autres », se souvient-il. Cette impulsion intrinsèque à la compétition a guidé ses premières années d'entraînement. Pour nourrir cette quête de vitesse et d'excellence, Olivier et son entourage ont pris des décisions audacieuses, notamment celle de changer de club afin de bénéficier de meilleures méthodes d'entraînement. C'est ainsi qu'ils ont adopté les « American-style sets » à la fin des années 70, des techniques novatrices pour l'époque qui ont permis à Olivier et à son équipe d'atteindre des sommets nationaux.
Les résultats ne se sont pas fait attendre. Avant même la fin de cette décennie faste, Olivier Delfosse et ses coéquipiers sont devenus champions de Belgique dans l'épreuve exigeante du 4x100 mètres nage libre, un titre qui témoignait de leur supériorité collective. En parallèle, ils ont également établi un record national, gravant leur nom dans l'histoire de la natation belge. Ce nageur brabançon a d'abord fait ses preuves dans les bassins de Sportcity à Woluwe-Saint-Pierre, où il a foulé les plus hautes marches des podiums à maintes reprises. Il a notamment remporté cinq titres de champion de Belgique en relais dans les années 1980, ajoutant à cela des succès lors de compétitions européennes et internationales pour son club. Ces victoires témoignent d'une période de domination et d'une maîtrise technique remarquable, forgeant les bases de sa résilience et de sa passion pour la compétition.
Cependant, comme pour beaucoup, la vie adulte a imposé ses propres priorités. « La vie a pris le dessus dans les années 90 - mariage, enfants, construction d'une maison, travail - et j'ai arrêté », explique Olivier. Cette pause, bien que nécessaire, ne signifiait pas la fin de son amour pour l'eau, mais plutôt une parenthèse avant un retour spectaculaire, transformant son approche et ses objectifs dans le monde de la natation.
Le Retour Triomphal : L'Ère des Maîtres et l'Appel Captivant du Grand Large
Après une décennie d'éloignement des bassins, l'appel de l'eau s'est fait de nouveau entendre, de manière inattendue mais irrésistible. En 2008, un ancien ami l'a recontacté avec une proposition alléchante : participer aux Championnats du Monde Masters, spécifiquement pour un relais. Olivier a accepté le défi, et ensemble, ils ont décroché une impressionnante deuxième place. Ce retour sur le podium, même après tant d'années, a ravivé la flamme compétitive en lui. Cette expérience a été un catalyseur, le poussant à définir des objectifs plus ambitieux. Il a clairement énoncé ses conditions pour un engagement total : « Si je reviens, c'est pour tout - le 200 mètres nage libre, le 200 mètres quatre nages, le 400, le 800 - le dos, la brasse, le papillon. » C'était un engagement sans compromis, un retour à la compétition sous toutes ses formes, marquant le début d'une nouvelle ère dans sa carrière de nageur.
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Le Brabançon n'est pas un novice dans l'art de défier les éléments marins, la météo et son propre corps. Bien que l'appel du grand large l'ait happé sur le tard, il s'est présenté comme un nouveau challenge. L'endurance en eau libre, remarquait-il, « martyrisait moins son cœur et ses poumons » par rapport aux efforts intenses des bassins. En 2013, il a même été vice-champion d'Europe en 200 mètres crawl et en 200 mètres quatre nages avec son club, le Cercle de natation Sportcity de Woluwe, démontrant qu'il excellait toujours dans les deux disciplines.
Le véritable pivot vers l'eau libre est survenu grâce à une promesse faite à un ami qui souhaitait traverser Gibraltar et avait besoin d'un partenaire. « Il n'avait pas de doigts », raconte simplement Olivier. « Nous nous sommes entraînés. Nous avons traversé. » Cette expérience a non seulement renforcé un lien d'amitié, mais a également ouvert les yeux d'Olivier sur les possibilités infinies des défis en eau libre. Entre ses 50 et 59 ans, une décennie marquée par une domination incontestée, il a remporté « chaque course à laquelle il a participé » - qu'il s'agisse de 5 km, de 10 km, ou même de 25 km - soit au classement général, soit dans sa catégorie d'âge.
Les distances ont continué de s'allonger, témoignant de son appétit grandissant pour l'endurance : 10 km sont devenus 15, puis 25, et enfin 30 km. La traversée Capri-Naples, une épreuve mythique, est une course dont il parle avec une affection particulière. Il a notamment remporté une victoire dans une catégorie ouverte, et a tenté une seconde fois en élite quelques mois plus tard, qui s'est malheureusement soldée par un abandon précoce. « Ça arrive », sourit-il. « C'est ça l'eau libre. » Ces expériences, qu'elles soient victorieuses ou marquées par des revers, ont forgé son caractère et sa compréhension de cette discipline imprévisible et exigeante.
L'Eau Libre, un Royaume Conquis : Les Défis de l'UltraEbre et les Triumphs d'Oceanman
Olivier Delfosse est un habitué de l'UltraEbre en Espagne, une épreuve de 30 kilomètres réputée pour sa difficulté. Il y a non seulement triomphé, mais a également terminé plusieurs fois à la deuxième place, illustrant sa constance et sa capacité à rivaliser au plus haut niveau. La course sur l'Èbre offre un mélange unique de défis naturels, que Olivier décrit avec précision. « Les premiers kilomètres sont rapides - la rivière vous fait un cadeau », explique-t-il, évoquant la force du courant en amont. « Mais près du delta, l'eau devient plus lourde, le vent peut rider la surface, et vous avez l'impression de ne pas avancer. C'est la vérité de l'UltraEbre : la course commence quand vous vous sentez lent. »
Il n'hésite pas non plus à être franc sur le chaos inhérent à ces compétitions en milieu naturel. Il évoque notamment la végétation : « La végétation », dit-il, mimant une corde avec ses mains. « Une immense surface d'algues. Autour du cou, de l'épaule, des genoux. Impossible de passer. Mon kayakiste et moi cherchons un chemin. Un nageur local connaît et se faufile. Il gagne. » Ces anecdotes soulignent la nécessité non seulement d'une préparation physique irréprochable, mais aussi d'une adaptabilité constante face à des imprévus.
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Depuis 2015, Olivier Delfosse a intégré le plus grand circuit international de natation en eau libre, l'Oceanman, où il a marqué les esprits par ses performances exceptionnelles. Il a raflé le titre de champion du monde à six reprises sur sa distance de prédilection, les 10 kilomètres. Pour la quatrième fois, il a récemment décroché la médaille d'or dans les eaux crétoises de Réthymnon, lors des finales d'Oceanman, la référence mondiale en matière de compétition en eau libre. Ce titre suprême avait déjà été précédemment décroché au large de Benidorm (à deux reprises) et également à Dubaï, témoignant d'une suprématie sans partage dans sa catégorie d'âge (50-59 ans) pendant de nombreuses années.
À l'aube d'intégrer, avec un sourire aux lèvres, une nouvelle décennie, ayant célébré son soixantième anniversaire le 15 août, Olivier Delfosse continue de faire la fierté de son club. La semaine dernière (dans le contexte de l'article source), il a participé à la finale de ce championnat du monde à Dubaï. Face à 2 800 participants venus de 95 pays, il a réalisé un véritable "hat trick", nageant sur les trois distances du week-end : 2 000 mètres le samedi, le 10 000 mètres le dimanche à 7h, avant de conclure son triptyque par le 5 000 mètres à 10h. Il a achevé ce week-end en tête de sa catégorie des 60-69 ans, avec des premières places à chaque course, se classant par ailleurs à la 22ème place au classement général toutes catégories confondues.
Après avoir franchi le cap des 60 ans, Olivier Delfosse continue d'affoler les chronos et de dévorer les kilomètres. Il a été aperçu notamment sur le monumental 33 kilomètres du Flot des Gabarriers en France. Après 7 heures et 4 minutes d'effort réparties sur quatre jours, il a achevé cette épreuve à la deuxième place. Il confie : « Rester concentré pendant toute cette période, c'est un vrai défi. J'ai déjà nagé 33,3 km en une seule journée, mais les répartir sur plusieurs jours, c'est complètement différent, et je ne sais toujours pas ce qui est le plus difficile. » Cette remarque souligne la complexité mentale et stratégique de ces ultra-distances. Avec la découverte d'une concurrence inédite dans sa nouvelle tranche d'âge (60-69), il s'apprête déjà à se frotter à un rival de nationalité suisse de 64 ans. « Ce n'est pas gagné, croyez-moi », dit-il. Mais il ajoute avec sagesse : « Cela dit, s'il n'y avait pas de rivalité à la loyale, ce ne serait pas gai non plus. » Cette perpétuelle quête de défis et cette acceptation de la compétition loyale sont au cœur de sa motivation.
La Philosophie de l'Entraînement : Maîtrise du Corps et de l'Esprit pour la Victoire
La préparation d'Olivier Delfosse est dénuée de tout sentimentalisme, guidée par une clarté d'objectif : il s'aligne pour gagner. En hiver, la période est dédiée au repos et aux mouvements doux, permettant au corps de se régénérer. La véritable phase de construction commence dès janvier. Au début de son bloc d'entraînement, il intègre encore le cyclisme et la musculation pour « réveiller le corps, les poumons et le cœur ». Cependant, à mesure que le volume de nage augmente, le travail en salle de sport est progressivement réduit, comme il l'explique : « La musculation aide le sprint. » Pour l'endurance en eau libre, la spécificité de l'entraînement de nage prend le dessus. Il entretient sa forme olympique en nageant deux ou trois fois par semaine dans la piscine de 25 mètres du David Lloyd à Uccle, où il multiplie inlassablement les longueurs, combinant un travail rythmique discipliné avec des sessions hebdomadaires de 10 kilomètres.
Son état d'esprit est franc et direct : « J'ai toujours à l'esprit la course suivante, dans l'optique de l'emporter, pas d'y participer, j'insiste (sourire). » Cette clarté d'intention façonne chacune de ses décisions en course, qu'il s'agisse de la stratégie de draft (se positionner dans le sillage d'un autre nageur pour économiser de l'énergie), du moment opportun pour accélérer, ou de la manière de protéger sa longueur de bras. Dans les courses à départ groupé, où entre 200 et 400 nageurs peuvent s'élancer simultanément, Olivier note que « peut-être 20 veulent gagner. Les autres sont là pour la distance, le défi personnel, les 10 premiers kilomètres, le froid, la traversée. » Il observe le contraste : « Je termine une course de lac de 14 km en trois heures ; certains finissent en six. Au podium, vous voyez les derniers nageurs arriver - des enfants courant vers leur père, un super-héros. Le premier et le dernier - c'est différent, mais c'est également important. » Cette perspective élargie montre qu'au-delà de sa propre quête de victoire, il reconnaît et respecte la motivation de chaque participant.
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Lors des journées difficiles, Olivier Delfosse ne négocie pas avec la distance ; il la remplace par des tâches spécifiques. « Je découpe la nage en étapes et je défends le rythme », dit-il. Cela implique des actions précises : fixer la ligne de nage, allonger le mouvement, maintenir des ravitaillements compacts et respirer sans panique. Si le peloton accélère subitement, il ne s'élance pas aveuglément à sa poursuite. Si des algues apparaissent, il cherche activement une zone d'eau claire, faisant preuve d'une grande intelligence de course. Il s'entraîne également à ressentir la sensation de l'arrivée, en simulant l'arc de l'Èbre lors de longues sessions : naviguer tranquillement au début, puis resserrer délibérément les vis dans la dernière heure, lorsque la fatigue se fait la plus intense et la plus honnête. « Vous voulez déjà rencontrer cette sensation une ou deux fois par semaine », conseille-t-il. Il suggère également un plan de six mois de préparation, invitant à anticiper les obstacles : radeaux de végétation, ridules de vent. Il insiste sur l'importance d'entraîner ses ravitaillements et de les garder courts.
Malgré son avantage compétitif maintenu - il a remporté l'UltraEbre une année, et a terminé deuxième deux autres fois - sa motivation dépasse largement une simple place sur une feuille de résultats. C'est l'arc discret d'une saison qui le nourrit : la douceur de l'hiver, l'affûtage du printemps, la confiance de l'été. « On ne sait jamais ce qui va se passer là-bas », dit-il. « C'est ça la beauté. On se prépare si bien qu'on n'a pas peur - seulement la question : Est-ce que je peux rattraper le gars devant ? Et sinon, puis-je encore maintenir mon meilleur rythme ? » Il marque une pause, puis sourit. « Et puis, la famille à l'arrivée. »
Une Approche Holistique : Nutrition, Santé et Transmission d'une Passion
La performance en natation d'endurance ne se limite pas aux heures passées dans l'eau. Olivier Delfosse insiste sur l'importance cruciale de la gestion de l'alimentation durant la course. Cette stratégie nutritionnelle est un pilier de sa capacité à maintenir son effort sur des distances marathoniennes, impliquant une présence de plus ou moins sept heures dans l'élément aquatique, comme lors de sa traversée entre Capri et Naples. À ce propos, il révèle avec humour : « Il est avéré que le seuil de souffrance des femmes est bien plus élevé que celui des hommes. Ce qui laisse à penser que l'on rendrait l'âme après tout accouchement (rire) ! » Une anecdote qui, bien que décalée, souligne la dimension humaine et la capacité à gérer la douleur inhérente à ces efforts extrêmes.
Au-delà de l'aspect de la faim, qu'il ne faut « surtout jamais sous-estimer », il y a la stratégie globale à mettre en place pendant la course. Là encore, Olivier excelle, mais jamais sans négliger un suivi médical rigoureux. « Consulter régulièrement un kiné, un ostéopathe, un cardiologue, un pneumologue ou encore un médecin du sport, c'est impératif », souligne-t-il. Il avoue d'ailleurs dans la foulée : « J'ai de récurrents problèmes de dos et pas seulement. J'ai mal partout (sic). » Ces confessions témoignent de la réalité des contraintes physiques imposées par un tel niveau de compétition, même pour un athlète d'une longévité exceptionnelle. Sa carcasse longiligne, qui affiche 1m87 sous la toise et 80 kilos sur la balance, n'est pas près de « partir à la casse », malgré les douleurs.
Olivier s'apprête ainsi à cocher quatre dates correspondant à des destinations qu'il qualifie de « sexy », affirmant que « tourner en rond dans un étang ne m'intéresse pas. Les courses bordant le pourtour méditerranéen (Espagne, Italie, France) ont ma préférence. » Cette attirance pour les paysages grandioses et les eaux ouvertes ajoute une dimension esthétique à sa pratique sportive. Dans l'élaboration de son agenda, privilégier le cocon familial et convier sa compagne, Sandrine, à le suivre, est une priorité. Une fois la combinaison rangée, il profite de ses voyages pour visiter l'arrière-pays, comme à Ibiza où il n'a pas hésité à enfourcher un scooter, la crinière argentée au vent, illustrant son goût pour l'aventure et les plaisirs simples de la vie.
Être « comme un requin conquérant dans l'eau » s'apparente chez Olivier à une passion pure et dure, qu'il doit en partie à des figures inspirantes. « Je le dois à Henri Suetens qui fut à la natation belge ce que furent Eddy Merckx et Jacky Ickx dans leur discipline respective », confie-t-il, soulignant l'impact des grands mentors. Quant à ses multiples médailles et trophées, il les minimise avec humour : « Mes médailles et trophées ? Je n'ai pas de place à leur donner chez moi. » Pour lui, l'essence de chaque rendez-vous sportif est un intense moment de bonheur, où « la convivialité, l'esprit de camaraderie et d'entraide si besoin sont omniprésents. Piscine, eau libre. Peu importe. » Cet esprit de partage et de soutien se manifeste également par son engagement à apporter son aide à diverses associations, à offrir des conseils avisés aux néophytes ou encore à prêter main forte à l'organisation d'événements sportifs. Il est non seulement un nageur hors pair, mais aussi une figure inspirante et généreuse au sein de la communauté aquatique.