Nichée entre la France, l’Italie et Monaco, une zone maritime unique s’étend sur 87 500 km² : le Sanctuaire Pelagos. Cet espace protégé est bien plus qu’une simple zone maritime ; il est un symbole d’engagement international pour la biodiversité. De la côte provençale aux rivages sardes, ce territoire maritime hors norme rassemble depuis 1999 la France, l’Italie et Monaco autour d’une même ambition : protéger durablement les mammifères marins. Le Sanctuaire Pelagos, vaste de 87 500 km², est aujourd’hui l’un des piliers les plus innovants de la conservation en Méditerranée. Il incarne l’idée qu’une mer très fréquentée peut encore abriter une biodiversité exceptionnelle si les nations choisissent la coopération, offrant un refuge vital pour les rorquals, cachalots et dauphins qui y trouvent encore leur habitat.
Un Espace Maritime Transfrontalier au Cœur de la Méditerranée
Le Sanctuaire Pelagos couvre une superficie de pas moins de 87 500 kilomètres carrés, englobant les eaux du bassin ligure provençal entre la France, la Corse et l’Italie. Pour bien se représenter son étendue, il faut s’imaginer une zone de protection des mammifères marins entre la France, l’Italie et Monaco. Celle-ci s’étend des îles de Port-Cros dans le Var jusqu’au nord de la Sardaigne pour rejoindre l’Italie au niveau de Fosso Chiarone. Plus précisément, il relie une partie du golfe du Lion, toute la mer Ligurienne, le nord de la mer Tyrrhénienne et la mer de Sardaigne jusqu’aux abords du détroit de Bonifacio. Ce vaste territoire englobe la Corse, le nord de la Sardaigne, ainsi que des dizaines d’îles mineures, avec pas moins de 241 communes côtières concernées par ses enjeux de conservation. C’est un espace transfrontalier, complexe et fragile, où se côtoient rorquals, cachalots, dauphins… et des millions d’usagers humains. La zone relie la presqu’île de Giens en France et le Fosso Chiarone en Italie, en passant par les côtes septentrionales de la Sardaigne, du Cap Falcone au Cap Ferro.
La Genèse d'un Accord Historique pour la Conservation
Créé en 1999, cet espace protégé est le fruit d’une coopération internationale sans précédent, ayant pour mission la préservation des mammifères marins et de leur habitat. Lorsqu’il est signé à Rome le 25 novembre 1999, l’Accord Pelagos marque un tournant dans l’histoire de la conservation marine. Il résulte d’un commun accord entre l’Italie, la France et Monaco, signé le 25 novembre 1999 à Rome. Rares sont les initiatives capables de réunir durablement trois États autour d’un même espace maritime. Entré en vigueur en 2002, ou plus précisément le 21 février 2002, l’accord vise précisément à harmoniser les politiques françaises, italiennes et monégasques pour protéger les mammifères marins des perturbations anthropiques. Dès 2001, le sanctuaire a rejoint la liste des ASPIM (Aires Spécialement Protégées d’Importance Méditerranéenne), ce qui a renforcé son statut international. Son objectif principal est de maintenir les populations de mammifères marins dans un état de conservation favorable, et ce à travers la recherche, l’amélioration des relations avec les activités humaines, la proposition d’outils de gestion techniques et juridiques, ou encore l’information du public.
Pourquoi le Sanctuaire Pelagos est une Zone d'Exception Écologique
Cette zone est-elle si exceptionnelle ? Les cétacés y sont présents depuis des siècles, bien avant l’avènement du tourisme côtier ou du transport maritime moderne. Le prince Albert Ier de Monaco en témoignait déjà à la fin du XIXe siècle : depuis son palais comme depuis ses navires océanographiques, il observait un foisonnement de dauphins et de baleines, preuve de l’extraordinaire vitalité de ces eaux. Les études menées ces dernières années révèlent pourquoi : la zone Pelagos est l’un des espaces les plus productifs de Méditerranée. Il s'agit d'un écosystème pélagique où la circulation marine, les remontées d’eau froide et l’abondance de plancton nourrissent une biodiversité d’une rare densité.
Pour bien comprendre, il faut savoir que la mer Méditerranée est une mer semi-fermée n’ayant que pour ouverture naturelle le détroit de Gibraltar. Cela engendre un système de déplacement des eaux et de transport des éléments nutritifs particulier. En effet, les sels minéraux, nécessaires au développement du phytoplancton situé à la base de la chaîne alimentaire, sont moins présents que dans d’autres mers. Mais la configuration particulière dans la zone Pelagos, notamment de par la topographie des reliefs sous-marins, le climat et les courants, garantit une bonne répartition des éléments nutritifs. Lors de sa constitution, la Méditerranée s’est développée avec la convergence des plaques tectoniques, puis la rotation du bloc corso-sarde. Se sont alors ensuivis au fil des âges de nombreux façonnements géologiques, responsables de cassures et de chevauchements. La zone protégée se distingue par sa topographie sous-marine complexe, composée de divers bassins aux profondeurs variables. Le climat, s’il est chaud et sec en été, est doux et relativement pluvieux en hiver, chargeant les rivières et apportant des éléments nutritifs en mer.
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Il existe trois couches d’eau en Méditerranée, qui se différencient principalement par leur constitution et leurs apports en sels nutritifs nécessaires au développement du phytoplancton. Ainsi, les eaux de surface (0 à 400 m), brassées par les vents et les courants, sont moins chargées en sels nutritifs que les eaux intermédiaires (200 à 500 m). En ce qui concerne les eaux profondes, leur constitution est plus homogène. C’est pourquoi la présence renforcée de cétacés dans la zone du sanctuaire est principalement liée à la présence de proies en abondance. Cette importance écologique a été reconnue par la Convention des Nations unies sur la biodiversité, qui a identifié deux ZIEB (zones d'importance écologique et biologique) couvrant entièrement Pelagos. De même, l’UICN (association pour la protection de la biodiversité) y a désigné deux IMMA (zones importantes pour les mammifères marins) majeures, notamment dans la mer Ligurienne et autour du canyon de Gênes.
Les Habitants Majestueux du Sanctuaire : Une Biodiversité Remarquable
La Méditerranée est un véritable laboratoire d’évolution : les ancêtres des baleines et dauphins, issus des Mesonychidae de l’Éocène, y évoluent depuis des millions d’années. La mer Méditerranée abrite une vingtaine d’espèces de cétacés parmi les 90 existantes dans le monde. Bien que certaines espèces soient plus rares et présentes dans d’autres océans, elles trouvent refuge dans cette mer exceptionnelle. Les baleines, les dauphins et les marsouins émerveillent les observateurs chanceux, et les mammifères marins n’ont donc pas disparu de nos zones littorales. S’il devient rare d’en apercevoir de nos côtes, il suffit de prendre le large à quelques miles de nos rivages pour avoir la chance d’en croiser.
Parmi les cétacés à fanons, le rorqual commun est le géant des mers pouvant atteindre 24 mètres de long. C’est la baleine la plus courante dans la mer Méditerranée, une espèce impressionnante pouvant mesurer plus de vingt mètres de long. Ces majestueux géants se nourrissent principalement de petits organismes planctoniques, qu’ils filtrent à travers leurs fanons. Chaque jour, un rorqual adulte peut consommer entre une et deux tonnes de krill, de crevettes et de petits poissons. Le sanctuaire abrite environ 3000 rorquals communs.
Le dauphin bleu et blanc est le mammifère marin le plus répandu dans l’ensemble de la Méditerranée. Joueur et sociable, il accompagne souvent les bateaux. Sa pigmentation le rend facilement reconnaissable, bien que celle-ci puisse varier en intensité. Il est souvent observé en groupes de 5 à 50 individus, préférant les eaux profondes. Une population de 35 000 à 45 000 dauphins bleu et blanc peuple les eaux de Pelagos. Le dauphin commun, quant à lui, est largement réparti dans les mers tempérées du monde et se trouve de manière irrégulière dans toute la Méditerranée. Sa distribution diffère nettement de celle du dauphin bleu et blanc. En effet, le dauphin commun a une préférence pour les zones côtières, se rapprochant des fonds marins moins profonds situés près des côtes. Cela s’explique par son régime alimentaire principalement axé sur les petits poissons.
Le cachalot, maître des profondeurs, est capable de plonger à plus de 2000 mètres. Ces créatures impressionnantes, mesurant plus de 15 mètres de long et pesant jusqu’à 40 tonnes, sont des chasseurs de calamars redoutables. Grâce à leur sonar, ils plongent jusqu’à 2000 mètres de profondeur pour traquer leurs proies dans les abysses. Les cachalots sont également très régulièrement observés à proximité des côtes.
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On rencontre également le Grand Dauphin en Méditerranée comme dans toutes les mers du monde, à l’exception des mers complètement fermées et des régions froides. Contrairement aux autres espèces de cétacés méditerranéens, il préfère principalement habiter le plateau continental en groupes d’environ dix individus, parmi lesquels se trouvent généralement un ou deux jeunes de petite taille. Les globicéphales noirs peuplent les eaux de Pelagos avec une population estimée entre 2000 et 5000 individus. Il y a aussi d’autres cétacés : les ziphius ou baleine de Cuvier et les dauphins de Risso. Mais ceux-ci sont plutôt rares et leur observation relève de l’événement. Ce véritable sanctuaire a une population importante variant de 25 000 à 50 000 individus répartis sur 7 espèces principales.
Outre les cétacés, les pinnipèdes, un groupe de mammifères marins, englobent les phoques, les lions de mer et les morses. Dotés d’un corps hydrodynamique, de nageoires antérieures et postérieures, ainsi que d’une couche de graisse isolante et de fourrure, ils sont parfaitement adaptés à la vie aquatique. La mer Méditerranée abrite dix-neuf espèces et plusieurs sous-espèces de phoques, dont certaines sont endémiques de la région. Les phoques moines, tels que le phoque moine de Méditerranée, sont les seules espèces de pinnipèdes qui résident exclusivement dans cette mer.
Les Défis de la Conservation face aux Pressions Humaines
Malgré son statut de zone protégée, le Sanctuaire Pelagos reste soumis à de nombreuses pressions humaines. Ce territoire n’est pourtant pas un refuge isolé : il se trouve au cœur d’une mer densément fréquentée. L’accord Pelagos permet de limiter notre impact sur la faune marine et les menaces qu’elle subit notamment par une trop grande fréquentation humaine. Les grands cétacés qui peuplent cette zone sont souvent les victimes des plaisanciers mal informés, confrontés à des collisions, des captures accidentelles, des perturbations et nuisances, du stress et des pollutions.
Les perturbations anthropiques incluent la pollution, le bruit sous-marin, les captures accidentelles, le dérangement et le trafic maritime, qui représentent des pressions croissantes. Le Sanctuaire Pelagos se trouve aujourd’hui à un tournant. Alors que le changement climatique perturbe les cycles alimentaires, que le trafic maritime augmente et que la pollution sonore progresse, sa mission devient plus stratégique que jamais. Malheureusement, les phoques et autres pinnipèdes, tout comme les cétacés, doivent faire face à de nombreuses menaces. Parmi elles, la diminution des ressources alimentaires, la prédation des requins, le piégeage accidentel dans les engins de pêche et les débris marins, ainsi que la perte d’habitat due au développement humain. La survie de ces espèces dépend de notre engagement à protéger leur environnement et à prévenir les menaces qui pèsent sur eux. L'approche intrusive et potentiellement nocive est un problème pour ces animaux fragiles.
Stratégies et Innovations pour une Protection Efficace
Depuis sa création, des avancées majeures ont été réalisées, notamment avec le suivi des populations marines et la mise en place de mesures pour réduire l’impact des activités humaines. Dans un environnement aussi contrasté, la protection ne peut reposer sur un seul pays. Pelagos fonctionne comme une plateforme de coordination, permettant de mettre autour de la table gouvernements, institutions scientifiques, ONG, opérateurs maritimes, représentants du secteur privé, collectivités et citoyens. Le rôle du secrétariat permanent est central : animer la coopération, concilier les intérêts divergents, stimuler l’engagement des usagers de la mer et garantir que les décisions soient cohérentes entre les trois rives du sanctuaire. L’accord vise précisément à harmoniser les politiques françaises, italiennes et monégasques pour protéger les mammifères marins des perturbations anthropiques.
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Conformément à l’engagement des trois pays signataires de l’accord relatif à la création du Sanctuaire Pelagos, à savoir celui de faire émerger des systèmes visant à limiter les collisions entre navires et cétacés, fut imaginé et développé dans ce cadre le système REPCET. Ce dernier est un logiciel de navigation permettant le signalement des cétacés à tous les navires le possédant, et ce grâce à une coopération des différents personnels de quart transmettant en temps réel la moindre observation.
Le succès du sanctuaire dépend en grande partie du respect des règles d’approche, dressant ainsi un « code de bonne conduite » quant à l’approche des cétacés tant convoités. Ce code permet de sanctionner les perturbations intentionnelles ne respectant pas les mammifères marins comme leur habitat. Pour le bien-être des animaux et la sécurité des observateurs, il est tout à fait déconseillé de nager avec eux. En revanche, en suivant les préconisations données par le sanctuaire, vous avez la possibilité de les observer à une distance raisonnable.
Le whale watching, ou observation des cétacés évoluant dans leur milieu naturel, est la première activité éco-responsable dans le monde. Son essence même a une vocation pédagogique. Si nous allons à la rencontre des cétacés dans leur milieu naturel, c’est pour les observer et apprendre à mieux les connaître. Il est donc primordial de les préserver au mieux en limitant l’impact de nos comportements intrusifs au strict minimum. Pour respecter et minimiser la présence humaine, la pratique du whale watching est désormais encadrée par diverses réglementations et codes de bonne conduite propres aux pays où se déroule l’excursion. Ainsi, le whale watching, c’est l’observation respectueuse des cétacés dans leur environnement naturel. Celle-ci se déroule la plupart du temps à bord de bateaux allant à la rencontre des mammifères marins, mais certaines règles d’approche et de comportement respectueux envers les animaux sont à respecter. Il s'agit notamment d'approcher les cétacés de manière progressive et parallèlement à leur route d’évolution, et de ne pas pénétrer à plusieurs embarcations dans la zone de vigilance des cétacés. Il est impératif de patienter à plus de 300 mètres et d’attendre son tour.
L'Engagement Collectif : Partenariats et Sciences Participatives
Les citoyens peuvent jouer un rôle très important dans la conservation du Sanctuaire. L’association Cybelle Planète joue un rôle clé dans la conservation du Sanctuaire Pelagos grâce à son programme de sciences participatives en mer. Chaque année, des écovolontaires embarquent à bord de voiliers pour collecter des données sur la biodiversité marine. Depuis la création du programme, plus de 2000 volontaires ont participé aux expéditions, contribuant activement à la connaissance et à la protection du milieu marin. Les données recueillies ont permis de cartographier les zones à forte densité de cétacés et de proposer des recommandations aux autorités pour améliorer les mesures de protection.
Les collaborations et les partenariats sont essentiels pour atteindre les objectifs de conservation à grande échelle. Le rôle joué par les municipalités est particulièrement important pour la protection des côtes du Sanctuaire. La ville de Cagnes-sur-Mer, par exemple, a signé le 20 avril 2015 la charte de partenariat du sanctuaire marin Pelagos, qui relie les trois pays, Italie, Monaco et France, autour de la protection des cétacés. Des initiatives privées s’engagent également, comme le camping**** Les Jardins de La Pascalinette ® à la Londe, qui, dans sa démarche éco-responsable, s’intéresse aux différents moyens de protection de la faune et de la flore, incluant l'environnement marin. Il est possible de participer pleinement à la protection du Sanctuaire et de ses mammifères marins en signant la Charte de partenariat Pelagos. Pour rester informé et contribuer, il est également possible de s'abonner à la Newsletter de Pelagos.