Le Surf : Une École de l’Engagement Citoyen et du Mouvement Perpétuel

L'essence de la glisse : une navigation en milieu aléatoire

Le Surf est une activité nautique de glisse sur l’eau utilisant l’énergie des vagues. Surfer consiste à glisser sur une vague en construisant une trajectoire permettant de conserver une vitesse suffisante. Cette vitesse favorise l’équilibre, il revient au surfeur de manœuvrer dans ce milieu en mouvement. L’activité surf fait appel à des prises d’informations et actions motrices multiples et simultanées qui impliquent un traitement rapide et global. L’évolution dans un milieu en mouvement perpétuel et aléatoire sur un support instable sort le jeune de ses repères habituels. S'engager sur les plans physiologiques (dépense énergétique, effort musculaire, travail cardio-vasculaire,) et psychologiques (gestion des émotions, image de soi…) rendent la pratique du surf exigeante.

La distance moniteur - pratiquant favorise la responsabilisation des jeunes par rapport à sa propre sécurité, celle des autres et la gestion du matériel. Le Surfer devra prendre des décisions en autonomie relative. En excluant la mise en danger du pratiquant, la notion de prise de risque induite par l’activité (l’engagement sur la vague, le positionnement sur le spot, le moment de passage de la barre…) est transposable dans les situations de la vie quotidienne. Pour débuter, préférer les fonds sableux ou beach break : les plus répandus et les plus accessibles pour l’initiation. Les lieux de pratique se situent généralement dans des zones réglementées par les municipalités, dans le cadre du pouvoir de police du Maire. Les pratiquants devront au préalable identifier les zones de baignade surveillée pour s’en éloigner. En dehors de la zone réglementée, ou en dehors de la période de surveillance, le surf peut se pratiquer à ses risques et périls.

La culture surf : un mode de vie au-delà du sport

Dans les Landes, le surf est une pratique extrêmement populaire, offrant aux adeptes une expérience unique en harmonie avec l’océan. Plus qu’un sport, le surf est un état d’esprit, une façon de vivre, une culture propre. Si vous n’avez jamais surfé, il est fortement recommandé de prendre un cours de surf, voire un stage d’une semaine. Les moniteurs qualifiés vous enseigneront les bases, les règles de sécurité spécifiques, la connaissance de l’océan (marée, houle, accalmie, baïnes…) et vous aideront à progresser plus rapidement. La pratique du surf doit se faire en dehors de la zone de baignade surveillée. Cette zone est facilement identifiable grâce à la présence de 2 drapeaux bicolores jaune et rouge. Le surf est un sport passionnant qui offre une connexion unique avec l’océan mais qui n’est pas sans risque.

En fonction des conditions et emplacements des spots, les vagues peuvent être bondées. Lorsque c’est possible, il est recommandé de choisir des spots moins fréquentés. La côte landaise a l’avantage d’être ininterrompue sur plus de 100 kilomètres ce qui offre un grand choix de vagues. Une règle qui s’applique d’autant plus pour un groupe de plusieurs personnes. Pour plus de sécurité, il est important de respecter les autres surfeurs en évitant de surfer trop près les uns des autres. Il est aussi crucial de respecter les règles de priorité. Les surfeurs les plus proches du point de rupture de la vague (du pic) ont la priorité sur ceux qui se trouvent à l’extérieur. Cela signifie que si vous êtes déjà debout sur une vague, les autres surfeurs doivent éviter de se mettre sur votre chemin. A la fin de la vague, il faut remonter par l’extérieur pour ne pas gêner les autres surfeurs et leur laisser la priorité.

Le mouvement citoyen : Rame pour ta planète

Le mouvement citoyen #RamePourTaPlanète invite les surfeurs du monde entier à ramer pour témoigner de l’urgence à sauver la planète. Rendez-vous tous les premiers samedis du mois jusqu’au sommet du G7 en août au Pays Basque ! Mais aussi sur tous les spots du monde où s’organisent des rames solidaires ! Rame pour ta planète est né à Biarritz d’une initiative citoyenne à l’occasion du Tour Alternatiba 2018, mouvement pour le climat et la justice sociale qui se tenait en octobre à Bayonne. Des surfeurs impliqués, une trentaine de surfeurs a rejoint cette première rame pour la planète parmi lesquels Gibus de Soultrait (cofondateur du magazine Surf Session, actuel directeur de la version française du Surfer’s Journal) et les surfeurs Damien Castera, Justine Mauvin, Léa Brassy et Pilou Ducalme.

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Fort de ce succès, les organisateurs ont souhaité prolonger leur engagement en proposant une rame par mois jusqu’au sommet du G7 qui se déroulera à Biarritz du 25 au 27 août 2019. Ramer, alerter, témoigner, échanger. Pour la 10ème édition, rendez-vous samedi 6 juillet à 19h30 plage d’Erretegia à Bidart. Les nageurs, SUP, pirogues, paddle boards, kayaks et trainières sont les bienvenus ! Ouvert à la participation de tous. Aux surfeurs qui partagent ces valeurs mais également à leurs amis, leurs enfants, la famille ! Car vous pouvez venir pour ramer mais aussi pour soutenir le mouvement en tant qu’amoureux de l’océan avec vos banderoles. Et pour cette édition, vous pouvez aussi courir ! Valeurs de trail s’associe au mouvement Rame pour ta planète et propose samedi même heure même point de rendez vous, Cours pour ta planète ! Chaque édition de RamePourTaPlanete a pour objectif de créer un événement afin d’alerter les chefs d’États, un témoignage. À Biarritz et dans le monde, le mouvement citoyen originaire de Biarritz invite également les citoyens et les associations du monde entier à rejoindre RamePourTaPlanete. Afin que chacun s’approprie cette rame amicale et solidaire sur son spot. En Gironde, les initiatives se multiplient… Dans l’océan ou sur la Garonne à Bordeaux ! À la centrale, à Hourtin, avec le Hourtin surf Club et Surfrider Antenne Gironde. Et aux Chantiers de la Garonne, avec Water Life Community, le club Les Marins de la lune. À Biarritz ou Guéthary et dans le monde, rejoignez le mouvement !

Gibus de Soultrait : Penser le surf comme une philosophie

Le bruit des vagues rythme ses réflexions depuis maintenant quarante ans. Né à Biarritz en 1957, Gibus de Soultrait, surfeur, écrivain, journaliste, est un match-maker autodidacte hors norme. Il a fait se rencontrer deux univers qui s’ignoraient. Celui de la glisse, et celui de la philosophie. Lui-même est comme né de ce croisement peu banal. Surfeur assidu depuis l’âge de 10 ans, il crée à deux le magazine Surf Session en 1986, cofonde l’ONG de défense des océans Surfrider Foundation Europe en 1990, puis prend la direction de Surfer’s Journal en France en 1994, avant de lancer en 2018 en petit groupe le mouvement citoyen Rame pour ta planète. Voyageur libre, imprégné de l’esprit surf alternatif des 70’s, il se jette dans les bras du monde à seulement 18 ans, un peu à l’arrache, bourlinguant en auto et bateau-stop. Comme en surf, il laisse la vague l’emporter.

A 20 ans, revenu en France, c’est presque naturellement qu’il rejoint, en auditeur libre, les bancs de la faculté populaire de Vincennes, où les étudiants tutoient Foucault, Deleuze, Rancière ou Lyotard. Gibus de Soultrait y enrichit son bagage original, fait d’embruns et de jus de crâne, d’esprit libre et d’attention à la sensation. Il noue par la suite une amitié épistolaire avec Gilles Deleuze, sur fond d’intérêt commun pour les problèmes philosophiques que pose la glisse. Depuis, le surfeur-journaliste à l’écoute du monde n’a de cesse de marier les disciplines où il excelle. Autant de matières premières qui, travaillées et retravaillées pendant des années, comme les vagues polissent minutieusement le sable, aboutissent à des publications, des films, des conférences, et mêmes des mots sur les murs, comme pendant Mai 68.

Jusqu’à aujourd’hui, avec la publication du Surf change le monde, œuvre hybride, riche de textes variés, où s’entremêlent éléments autobiographiques, textes philosophiques et retours historiques sur la pratique de la glisse. Fort des enseignements du surf, l’ouvrage imagine un monde à la hauteur de l’enjeu écologique. Un monde qui prendrait comme motto «Frugalité, oisiveté, gratuité». Un monde, en somme, appréhendé comme un surfeur face à une belle vague, une ressource naturelle rare et incertaine… Gibus de Soultrait porte sa pensée de la plage à la planète. Dans ce livre, vous mêlez éléments autobiographiques, analyse du monde du surf, réflexion sur notre modernité. Pourquoi ? Un livre est toujours le fruit d’une maturation et en même temps sa réalisation reste une surprise. Tout écrivain sait cela. Cette idée du mouvement m’habite depuis quarante ans avec mon voyage, le surf puis l’écriture de L’entente du mouvement sorti en 1995, comme un essai de laboratoire. A cela s’est ajouté un lien évident entre cette réflexion du mouvement à partir du surf et la civilisation maritime polynésienne d’où est partie cette pratique. Tout ça a fait résonance dans ma tête.

Les racines polynésiennes et la sagesse du mouvement

Les Polynésiens ont développé, en leur temps, une des plus grandes civilisations maritimes de l’humanité en suivant une intelligence du monde et des techniques n’ayant rien à voir avec les nôtres. Ils naviguent sans instruments, sans artifices, mais bien sûr avec une connaissance, passée oralement de génération en génération et doublée d’expérience acquise, qui permet aux pilotes des bateaux de se situer dans une immensité océane qui fait 166 millions de km2. La surface insulaire représente moins de 1% de cette étendue, donc trouver une île vaut largement autant que, nous, d’aller sur la lune. Et pour savoir où ils vont dans l’océan, les marins polynésiens apprennent à voir venir, au point que cela les fait dire que ce n’est pas eux qui vont vers une île mais que c’est l’île qui vient à eux. Leur technique réside dans l’observation et l’interprétation des éléments marins de passage - vent, houle, nuages, étoiles, oiseaux, poissons… - avec chaque fois une signification accordée à l’élément qui importe.

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Et puis il y a l’histoire de Tupaia qui aujourd’hui sort au grand jour. Un grand pilote polynésien qui embarque avec Cook lors de son premier voyage dans le Pacifique. Notre culture n’a retenu et prodigué que Cook et sa cartographie au sextant et autres calculs mathématiques, effaçant cette rencontre avec Tupaia, cet indigène sauvage. Pourtant à la lecture de la biographie de cet homme et des recherches effectuées sur son savoir, non seulement il a eu un rôle notoire auprès de Cook dans sa navigation et sa rencontre avec les peuples des autres îles, mais on peut établir qu’il se situait parfaitement et sans rien sur un tiers du Pacifique ! C’est totalement extraordinaire quand on pense que désormais l’homme moderne ne sait plus où il est à trois pas de chez lui sans son portable et le traitement GPS de millions de données circulant à la vitesse de la lumière autour du globe, avec ce que cela a induit comme géniales inventions mais aussi comme dramatiques conséquences écologiques ! Et le surf vient de Tupaia, de ces Polynésiens qui avaient donc conçu l’océan comme une enveloppe d’eux-mêmes pour mieux s’y mouvoir et exister, comme le surfeur enveloppé dans le tube du mouvement de la vague.

A un moment où notre modernité, face à une certaine impasse civilisationnelle, nous questionne sur notre relation au monde, cette histoire relativise la supériorité de notre savoir rationnel et technologique, mais surtout, sans le renier, elle peut, à sa façon, lui donner des pistes d’entendement à développer avec le monde, conçu en partenaire par son mouvement, et non en conquête selon notre raison rendue aveugle. Mais cela plus globalement les scientifiques l’ont compris, puisque rationnellement ils nous interpellent à sauvegarder notre planète. Que le surf y ajoute modestement son récit a son importance. Parce que le surf est l’expérience concrète et inexorable de l’incertitude de la vague.

Défis environnementaux et conscience écologique de la communauté

Protéger les océans du monde et les communautés côtières vulnérables. Voici un commandement qui guide la communauté des surfeurs engagés. L’organisation de l’épreuve de surf des Jeux olympiques en Polynésie a été marquée par une vive controverse. L’objet du débat : la construction d’une tour en aluminium destinée à accueillir les juges de la compétition ainsi que les caméras de télévision. Écologistes et surfeurs locaux ont alerté sur les risques environnementaux associés, avec, parmi les figures de proue, Matahi Drollet, surfeur tahitien, faisant grand bruit sur les réseaux sociaux. Il y a dénoncé notamment le risque de dépeuplement de vastes étendues de récifs coraliens suite au forage et la possible propagation de la ciguatera, une maladie qui empoisonne les poissons et les rend inmanageables, deux phénomènes déjà observés lors de constructions antérieures dans des environnements fragiles.

Quant aux candidats des Jeux olympiques, l’un d’eux, le Polynésien Kauli Vaast, marque son inquiétude face à cette atteinte à l’environnement. En effet, bien que très heureux de faire partie des qualifiés, il se rappelle que les locaux disent que les vagues ont du « mana », une énergie spirituelle vitale qu’il faut respecter. « Si vous respectez l’océan, il vous respectera aussi ». Au-delà du retentissement médiatique des Jeux olympiques, nombreux sont les adeptes des vagues qui cherchent à améliorer l’empreinte qu’ils ont sur l’océan. Les déplacements d’abord. De plus en plus de surfeurs délaissent des spots très connus situés à l’autre bout du monde au profit de destinations locales, moins glamours mais plus respectueuses de l’environnement.

Les équipements à faibles impacts font également leur entrée sur le marché. Ainsi, la start-up « Nomads Surfing », certifiée par le fameux label durable B Corp, promeut des accessoires à partir de polystyrène, de filets de pêche ou de bouchons de liège recyclés. Elle propose également des « traction pads », fabriqués à partir de tongs recyclées, qui remplacent la wax, traditionnellement utilisée par les surfeurs pour ne pas glisser mais néfaste pour l’environnement. En effet, au contact de l’eau, cette substance pétrochimique se dissout et libère des toxines. Un autre exemple inspirant nous vient de « The Old Shell », situé en Bretagne et qui se spécialise dans la vente de combinaisons de seconde main, dans la réparation ou encore dans l’upcycling en créant des trousses de toilette, des sacs bananes ou encore des coussins.

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Queensland, Australie, le 17 mars 2019, date clef dans l'histoire de l'activisme des surfeurs. L’image est parlante : le 17 mars 2019, des centaines de surfs et paddles se donnent rendez-vous en mer pour protester pacifiquement contre les projets de forage d'une compagnie pétrolière internationale au large de la Gold Coast australienne. Au-delà des actions coup-de-poing, de nombreux surfeurs se mobilisent au long cours autour d’organisations bien établies. Il y a la bien connue Surfrider Foundation, incontournable dans la communauté. Cette dernière, créée en 1990 par un groupe de surfeurs, incarne la mobilisation citoyenne en faveur de la protection de l’océan et du littoral.

« Save the Waves » pousse également son agenda militant avec succès. Cette organisation à but non lucratif a lancé le programme « World Surfing Reserves » qui préserve des zones de surf mythiques tout autour du globe. En reconnaissant un site comme étant une « réserve mondiale de surf », Save The Waves peut ainsi étendre ses actions directes sur le spot et ses alentours en partenariat avec les communautés locales. Déjà, 12 zones ont été classées sous protection parmi lesquelles le site mexicain de San Miguel, Playa Hermosa au Costa Rica ou encore Doughmore Beach en Irlande. Aussi, une étude réalisée par l’organisation révèle que près de 85% des meilleurs sites de surf du monde se trouvent dans des points critiques de biodiversité en termes de conservation marine, une invitation donc à créer de nouvelles zones protégées.

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