Le Moth à Foil en Bambou : Quand l'Innovation Éco-Responsable S'Élève au-dessus des Vagues

Le monde de la voile légère est en constante évolution, repoussant les limites de la vitesse et de la performance grâce à des innovations technologiques audacieuses. Au cœur de cette effervescence se trouve un dériveur particulier, le Moth, qui, avec l'intégration de foils, a vu ses capacités transformées. Mais une version de ce bateau emblématique se distingue par son engagement envers la durabilité : le Moth à foil en bambou, un concept qui allie haute performance et matériaux éco-responsables.

Le Moth et l'Avènement du Vol sur l'Eau

Peut-être avez-vous aperçu un petit dériveur vert de type catamaran planer dans le golfe du Morbihan ? Cette bestiole est en fait un Moth, un dériveur rapide de 3,30m. Son secret réside dans l'adoption de deux petits ailerons, communément appelés foils. Ces éléments ingénieux améliorent la percée du bateau dans l’eau, lui permettant de s'élever au-dessus de la surface et de "voler". Cette configuration a marqué un bouleversement sans précédent pour le Moth International durant les années 2000, avec l’apparition de plans porteurs sur la dérive et le safran. Le Moth foiler est né de cette innovation, entamant ainsi une révolution de la voile légère extrême.

Utilisant à profusion le carbone, un matériau prisé pour sa légèreté et sa rigidité, pour le mât, la coque et les ailes, ce petit dériveur peut atteindre des vitesses étonnantes pour sa taille. Une fois la phase d’apprentissage et les premiers bains passés, les skippers découvrent un potentiel de vitesse inégalé. Si la plupart des Moth à foils sont construits par des amateurs passionnés, la production en série a également vu le jour, avec des entreprises comme KaSails qui se sont lancées dans cette voie dès 2006, proposant des modèles comme le Bladerider. Les modèles actuels les plus récents incluent le Mach 2 et l'Exocet, témoignant de la vitalité de ce marché.

En tant que série à développement, le Moth foiler offre une grande diversité, avec des bateaux disponibles à tous les prix sur le marché de l'occasion. Cependant, il est important de noter que le matériel évolue rapidement et peut vite devenir obsolète si l'on aspire à briller sur les championnats. En revanche, pour naviguer ou voler sans prétention, on trouve des bateaux très accessibles. Acquérir un Moth neuf complet qui vole nécessite un investissement d'environ 8000 livres, soit environ 12000 euros, pour un bateau australien avec l'envoi en Europe. Si l'on ne souhaite se procurer que les foils, il faut compter environ 1800 livres pour un set anglais, un prix sensiblement le même pour un set australien. Des économies peuvent être réalisées sur le reste de l'équipement, notamment la coque. Une coque en trois morceaux plus le pont, nécessitant assemblage et finition, a été proposée à plus de 3000 euros par un constructeur comme Linton, tandis que le prix des matériaux pour une coque carbone complète peut être estimé à moins de 1200 euros.

La configuration des foils est un aspect crucial. Une grande majorité de navigateurs évolue sur la configuration la plus mature et celle sur laquelle les professionnels ont jeté leur dévolu : une aile sous la dérive et une autre sous le safran. D'autres configurations existent, comme un plan canard à l'avant avec une aile sous la dérive, ou encore la configuration en diamant, où les foils sont en trapèze autour de la dérive. Cette dernière pourrait permettre de faire l'économie d'un système de réglage automatique, puisque la portance diminue avec la hauteur, créant ainsi un équilibre naturel. Ces évolutions constantes suggèrent que nous ne sommes qu'au début d'un changement majeur dans la voile, et que la version finale de ces systèmes est encore loin d'être établie.

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Le "Bamboo Boat" : Une Quête de Durabilité et de Performance

C'est dans ce contexte d'innovation que le projet du "Bamboo Boat" a émergé, se lançant un drôle de défi : imaginer puis construire un Moth à foil en utilisant des matériaux naturels et recyclables. Le Bamboo Boat n’est pas un bateau uniquement conçu à partir de bambou, mais il allie divers matériaux éco-responsables, marquant une avancée significative vers une construction nautique plus respectueuse de l'environnement.

L’armature de ce bateau innovant est en bambou, un écomatériau remarquablement résistant et sous-utilisé. La forme cylindrique du bambou ne facilite pas son exploitation, et ses fibres conviennent peu à l’assemblage. Il a donc fallu trouver des réponses créatives aux contraintes du matériau. Les bambous utilisés sont récoltés localement, par exemple sur les bords de l'Erdre par des étudiants nantais impliqués dans le projet, ou auprès d'un jardin nantais. Pour les préparer, ils sont immergés durant quinze jours en eau salée (comme dans la rivière d’Auray ou le golfe du Morbihan), permettant à la mer de brasser la sève. Cette étape cruciale rend le bois imputrescible en éliminant la sève, qui est une grande gourmandise pour les insectes. Ensuite, les bambous sont placés en étuve afin de les sécher à une température de 40°C. Ce processus aboutit à un matériau qui combine légèreté et bonnes qualités mécaniques. Ces bambous sont ensuite assemblés avec de la résine bio-sourcée et des fibres de lin pour former une structure qui supporte le mât et le puits de dérive, et fait aussi office d’ailes de rappel.

Concernant les flotteurs, le premier choix s’orientait vers du lin liège, mais cette option a été écartée faute de financements suffisants. Le choix s'est alors porté sur de la mousse polystyrène 100 % recyclable. Ces flotteurs sont shapés dans un pain de mousse puis stratifiés. Pour les foils et le mât, des composants essentiels à la performance du bateau, le carbone s’impose pour conjuguer finesse et solidité. L'équipe est moins regardante au niveau des matériaux pour ces éléments spécifiques, compte tenu de leurs exigences techniques.

Le projet met en lumière une problématique majeure de la construction navale traditionnelle : les coques de bateaux sont le plus généralement construites à partir de deux matériaux, la fibre de verre et de la résine thermodurcissable issue de la pétrochimie. Ces matériaux, difficiles à réutiliser et non biodégradables, sont à l'origine d'une empreinte écologique considérable. L'Université de Bretagne Sud, à Lorient, joue un rôle clé dans la recherche d'alternatives. Grâce aux travaux de Christophe Baley, des études ont notamment recensé les fibres naturelles, leur coût écologique et leur résistance pour les utiliser dans la construction des coques des bateaux. Comme le chercheur le précise, l’avantage des fibres naturelles est d’être un matériau durable, recyclable et biodégradable, c’est-à-dire qu’il peut rejoindre le compost et être transformé en eau et CO2 sous l’action des bactéries. En parallèle, les recherches sur les résines avancent. Navecomat, par exemple, travaillait en 2010 sur une résine polylactique (PLA) issue de l’amidon, illustrant les efforts pour trouver des liants plus écologiques.

Le projet du Bamboo Boat est le fruit du travail acharné d'un attelage de copains, d'étudiants et de frangins, dont Guillaume Dupont, architecte du projet et originaire de Séné. L'équipe a su mobiliser un réseau de partenaires : "Nous travaillons avec un jardin nantais pour le bambou, Terre de lin en Normandie pour les fibres de lin, Axson et Multiplast pour les foils", énonce Guillaume Dupont. Cependant, la recherche d'aides potentielles pour ce type de projet n'est "pas toujours si évidente", précise le porteur de projet, soulignant les défis financiers inhérents à l'innovation éco-responsable. La construction en série du modèle ne semble pas à l’ordre du jour, car "Trouver un marché sur le moth est compliqué. Ce sont des bateaux qui demandent déjà un bon niveau", explique l'équipe.

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L'Art Exigeant de Voler : Maîtrise et Apprentissage

Naviguer sur un Moth à foil, qu'il soit en bambou ou en carbone, est une expérience exigeante qui requiert un bon sens marin de la part de son skipper. Conserver l’équilibre de ce bateau extrêmement léger et sensible en navigation est un véritable défi. Le débat sur la meilleure approche pour apprendre à maîtriser ces engins est vif parmi les passionnés. Certains, avec une vision peut-être "traditionnelle" ou "rétrograde" de la voile moderne, suggèrent qu'il faut passer quelques heures sur l'eau avec un Moth International "standard", déjà suffisamment difficile à équilibrer sans foils, avant d'aborder sérieusement la question du vol.

Cependant, d'autres soutiennent que la révolution des foils, à l'instar de celle des skiffs face aux dériveurs traditionnels, brouille de nombreux repères. Ils estiment que c'est justement le fait d'oublier ses réflexes traditionnels qui conditionne sans doute le plus la réussite sur ce nouveau support. Il serait possible de se lancer directement sur un Moth sur foil sans avoir préalablement navigué sur la version qui en est dépourvue. Tant qu'on n'aura pas tenté l'expérience de mettre un mothiste conventionnel et un non mothiste, chacun sur un Moth avec foil, il est difficile d'affirmer que le passage par le non-foil est nécessaire. En vol, tout le monde est à zéro, sauf pour ceux qui sont déjà loin devant en termes d'expérience avec les foils. Dès lors que le bateau avance, le foil apporte peut-être beaucoup plus de stabilité, ce qui pourrait faciliter l'apprentissage une fois le décollage initial maîtrisé.

Un témoignage récent illustre cette idée : un marin a pu réaliser d'excellents runs lors de sa troisième sortie seulement, par 15 nœuds de vent. Ce marin, ayant une expérience variée en dériveur (Optimist en compétition, 420, Europe) et en habitable (Class 8, Melges, Mumm30), a "bavé" en voyant les photos de Moth à foils dans les magazines anglais et a sauté sur une bonne occasion. Son expérience suggère que se lancer et voir ce que ça donne est souvent la meilleure approche. L'idée est que la classe aura plus de chance de se développer si de nouveaux venus peuvent se mettre directement sur des foils, évitant ainsi le côté rébarbatif d'un apprentissage long et fastidieux.

La manœuvre d'un Moth à foil est un véritable ballet d'équilibre et de réactivité. Le départ, notamment, demande une exécution rapide. Il faut sauter le plus vite possible sur la coque au centre du bateau, mettre juste l'écoute sous tension pour commencer à avancer. Ensuite, on attrape immédiatement le stick derrière soi et on borde progressivement l'écoute tout en se déplaçant pour maintenir l'équilibre. La meilleure position est à moitié debout, une jambe tendue sur le trampoline et l'autre fléchie sur la coque au centre. L'avantage d'être debout est de pouvoir se déplacer plus vite, mais cela exige un bon équilibre, car toutes ces actions doivent être exécutées en un quart de seconde si l'on veut éviter de se retrouver à l'eau.

Une fois parti, il faut caler les pieds entre la coque et le trampoline et pomper pas mal la grand-voile pour maintenir l'assiette. Si l'on contregîte trop, un coup sec pour abattre permet de repartir. Par contre, si l'on borde trop, le bateau n'avance plus, et c'est le dessalage assuré. Ce qui est parfois surprenant, c'est qu'à certains moments, choquer l'écoute peut provoquer une accélération. Une fois l'assiette stabilisée à l'écoute, on tourne le stick pour commencer l'ascension. Des flèches sur le stick peuvent aider à ne pas se tromper de sens. Un quart de tour suffit pour contrôler la hauteur de vol. La baguette qui touche l'eau, reliée au foil de dérive, règle automatiquement l'aileron de dérive, un mécanisme clé pour la stabilité du vol. Après, le skipper joue de l'écoute et du stick pour gérer la hauteur. Il est impératif de ne pas faire de coups de barre trop violents, au risque de décoller excessivement et de décrocher, ce qui mènerait à un crash assuré.

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L'une des sensations les plus remarquables de la navigation en Moth à foil est le bruit, ou plutôt le silence, que fait le bateau une fois qu'il décolle et qu'il est sur ses foils. Malgré l'excitation, les dessalages restent fréquents, même pour les marins expérimentés, témoignant de la difficulté et de l'exigence de la discipline.

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