L’essor fulgurant du Moth à foils : Quand la voile devient aéronautique

La pratique de la voile connaît une mutation profonde avec l'avènement des dériveurs volants. Au cœur de cette révolution technique et sportive se trouve le Moth international, un support qui, par sa liberté de jauge et sa capacité à s'affranchir de la résistance de l'eau, redéfinit les limites de la vitesse sur un plan d'eau. Précurseur parmi les dériveurs volants, le moth à foils continue d'évoluer constamment. Bieker, Aerocet, Exploder… Quel que soit le modèle, les chantiers rivalisent d’ingéniosité pour faire gagner toujours plus de vitesse à ces bateaux qui n'en sont plus totalement. Le design est poussé à l’extrême pour optimiser les performances aérodynamiques. Une coque plus fine et profilée, des ailes rigides avec un bord d’attaque épais comme une aile d’avion, des poulies et des bouts cachés dans la coque, une voile decksweeper qui vient épouser le pont… Certes on parle ici de bateaux de compétition, mais il y a fort à parier que ces évolutions se retrouveront très bientôt sur nos dériveurs.

Une révolution technologique au service de la performance

L'évolution du Moth ne doit rien au hasard. Lorsque l'on observe l'histoire récente de cette classe, on constate une période de transition majeure. Les premiers résultats concluants des Moth à foils avaient été constatés lors des championnats du monde de 2003, organisés aux Sables-d’Olonne. Cela a créé un grand débat au sein de la classe, pour décider s’il fallait encourager ou non la voie du foil. Ceux qui étaient contre ont fini par quitter la classe et ceux qui sont restés ont embrassé la cause des bateaux volants. Nous sommes passés d’une classe confidentielle, composée d’un nombre assez faible de membres pleins d’idées un peu folles, à ce qu’elle est devenue aujourd’hui.

Le vol sur le Moth international repose sur un système de palpeur qui joue de façon mécanique, en léchant la surface du plan d’eau, sur l’incidence du volet du foil d’avant. Cette autorégulation qui permet de voler de façon relativement naturelle n’a pas vraiment évolué. Ce concept est resté le même mais n’a cessé de se raffiner au fil des années. Les foils ont considérablement changé depuis les débuts et nous atteignons aujourd’hui le point où nous jouons avec les limites des matériaux. Les dernières fibres carbones à haut module nous permettent aujourd’hui de concevoir des foils plus fins et plus larges, aussi.

En ce qui concerne la configuration des foils, une grande majorité des gens évolue sur la configuration une aile sous la dérive, une autre sous le safran. C'est sans doute la solution la plus mature et celle sur laquelle les pros ont jeté leur dévolu. D'autres configurations existent : un plan canard à l'avant et une aile sous la dérive, la configuration en diamant.

L'approche scientifique et empirique du design

Le développement des foils est un exercice qui mêle rigueur académique et intuition pratique. L'approche peut faire appel à la mécanique des fluides numériques. Les moyens dont disposent les designers permettent de transmettre des dessins aux étudiants pour modélisation, qui renvoient ensuite les résultats des calculs. Parallèlement, l'approche plus pratique, plus empirique, consiste à réaliser des foils et à les tester. Par exemple, l’un des foils les plus performants, le ‘swift small foil’, est une évolution d’un modèle dessiné il y a plus d’un an et demi et qui était trop petit à l’époque. Cela permet d’avoir un retour immédiat et de réévaluer les améliorations à apporter. C’est un peu la même démarche que celle qui s’opère chez ceux qui créent des voiles.

Lire aussi: Maîtrise du vol en Moth à Foils

Nous sommes aujourd'hui dans une période de raffinement des concepts. L’un des axes de recherche le plus urgent est peut-être celui de la recherche de la meilleure combinaison entre les foils avant et arrière. Si l'on scrute les développements dans d'autres classes, on réalise que leur évolution est dépendante des jauges et que cela ne permet pas toujours d’établir des parallèles entre celles-ci, car leurs environnements sont totalement différents.

L'accessibilité et l'apprentissage du vol

La question de l'apprentissage sur Moth à foils divise souvent les puristes et les passionnés de modernité. Faut-il impérativement passer par le Moth conventionnel avant de s'envoler ? Certains estiment qu'il faut passer quelques heures sur l’eau avec un Int Moth "standard", qui est déjà suffisamment difficile à équilibrer sans foils, avant d’aborder un tant soit peu sérieusement la question du vol. À l'inverse, d'autres considèrent que la révolution des foils est un peu comme celle des skiffs face aux dériveurs traditionnels : beaucoup de repères sont brouillés et c'est justement le fait d'oublier ses réflexes traditionnels qui conditionne sans doute le plus la réussite sur ce nouveau support.

Il est possible de se lancer sur un Moth sur Foil sans avoir préalablement navigué sur la version qui en est dépourvue. Une fois lancé, les sensations sont uniques. Le plus difficile est de monter sur la coque au centre du bateau, mettre juste l’écoute sous tension pour commencer à avancer. Après, une fois que tu es parti, il faut te caler les pieds entre la coque et le trampo et pomper pas mal la GV pour maintenir l’assiette. Ce qui est excellent, c'est le bruit ou plutôt le silence que fait le bateau quand tu décolles et quand tu es sur les foils.

Lire aussi: Évolution de la navigation avec SEAir

Lire aussi: découvrez ce Moth en bambou révolutionnaire

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *