Guide Pratique : Initiation à l’Affalage, au Pliage et au Réglage des Voiles de Catamaran

L’art de la navigation à la voile, qu’il s’agisse de croisière hauturière ou de sorties côtières, repose sur une compréhension fine de la mécanique des fluides, de la gestion du matériel et de la rigueur dans les manœuvres. Affaler la grand-voile d’un voilier de croisière, qu’il soit monocoque ou multicoque, est une compétence indispensable, d'autant que la plupart des ports interdisent maintenant d'accoster à la voile. Cette manœuvre, qui peut sembler triviale, ne se fait ni n’importe comment, ni n’importe où, ni à n’importe quelle allure. Elle nécessite une méthode éprouvée tant pour le barreur que pour ses équipiers.

Fondamentaux de la gestion des voiles sur multicoque

Les catamarans, tels que les modèles Leopard conçus par Robertson & Caine, offrent une stabilité et un confort de vie inégalés grâce à leurs deux coques reliées par des traverses. Cependant, leur architecture spécifique influence la navigation. Avec une grande surface exposée au vent et un faible tirant d’eau, un catamaran à voile peut dériver facilement. La gestion des voiles devient alors un exercice de précision.

Le choix du plan de voilure est le premier pilier. Pour une croisière hauturière axée sur la performance, une grand-voile dotée de trois points de ris est essentielle. Concernant le tissu, il est préférable de rester fidèle aux recommandations du constructeur. Pour le plaisancier moyen, le tissu tissé, comme l’Hydranet, reste une valeur sûre. Les voiles stratifiées, bien que plus légères et performantes, exigent une optimisation rigoureuse du poids du bateau et un équipage expérimenté pour justifier leur investissement.

La manœuvre d’affalage et les techniques de rangement

Affaler la grand-voile d’un catamaran ne présente pas de difficulté si l’on agit avec méthode. La manœuvre doit être préparée en amont : le barreur, aidé par le pilote automatique, doit s'assurer que le bateau est positionné correctement face au vent.

Une fois la voile affalée, la question du rangement, ou « ferlage », se pose. Les méthodes varient selon les écoles et les habitudes des navigateurs :

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  1. La méthode du roulage : Particulièrement recommandée pour préserver les matériaux modernes, cette technique consiste à rouler la voile plutôt qu’à la plier. Cette approche évite de créer des plis répétés aux mêmes endroits, ce qui fragiliserait le tissu et l’enduction.
  2. Le démontage de la bôme : Pour l’hivernage ou un rangement prolongé, certains navigateurs privilégient le « débômage ». On enlève la grand-voile de la bôme, on retire les lattes, puis on plie la voile en deux au niveau de la latte forcée. Il suffit ensuite de la rouler parallèlement à la pliure, en s'alignant sur la bordure, tout en veillant à ce que les lattes ne soient pas vrillées.
  3. L’enroulement direct : Pour ceux qui recherchent l’efficacité immédiate, il est possible, au fur et à mesure que l'on affale, d’enrouler la toile autour de la bôme. Cette méthode est prisée pour sa rapidité, bien qu’elle demande une attention particulière pour assurer une répartition uniforme du tissu.

Il est crucial de noter que les joncs modernes, qu’ils soient en nylon ou en carbone, supportent très bien l’enroulement. À l’inverse, le pliage cellule par cellule, hérité des anciennes voiles en Mylar rigide, est aujourd’hui considéré comme obsolète.

Aérodynamique et optimisation du réglage

Pour progresser dans la pratique, il faut comprendre le phénomène du vent apparent. Lorsque le bateau se déplace, il crée un vent vitesse qui s’additionne au vent réel. C’est ce vent apparent qui dicte le comportement de la voilure.

L'écoulement de l'air autour de la voile doit rester, dans la mesure du possible, laminaire. Ce phénomène crée une différence de pression : une dépression sur l’extrados (le côté sous le vent) aspire la voile, tandis qu’une pression plus faible s'exerce sur l’intrados. Pour maximiser cette force, l’observation directe des voiles est préférable à la consultation des instruments électroniques :

  • Le creux de la voile : Il est calculé pour se situer à un peu plus du tiers du bord d’attaque. En jouant sur la tension du pataras, du cunningham ou de la bordure, le navigateur peut modifier la profondeur du creux pour ajuster la puissance du moteur éolien qu’est la voile.
  • La lecture des penons : Ces brins de laine fixés le long du guindant sont les meilleurs alliés du régleur. S'ils sont horizontaux et parallèles, l’écoulement est laminaire. Si le penon au vent décroche, cela indique une perturbation qu’il faut corriger en bordant ou en changeant de cap.
  • La gestion de la chute : Au fur et à mesure que l’on choque l’écoute, il est possible de déplacer le chariot d’écoute sous le vent. Cette action permet d’aligner le haut et le bas de la voile, évitant ainsi un vrillage excessif qui ferait perdre inutilement de la vitesse au bateau.

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