La plongée sous-marine, bien qu'offrant des expériences inoubliables et des sensations uniques, expose le corps humain à des contraintes environnementales spécifiques qui peuvent parfois se manifester par des incidents désagréables, voire dangereux. Parmi les problèmes potentiels qui peuvent affecter le plongeur, ceux liés aux oreilles et aux sinus sont non seulement les plus courants, mais ils sont aussi les plus susceptibles de tenir le plongeur éloigné de tout contact avec l'eau. Pour beaucoup d'adeptes des fonds marins, ces affections représentent la plus pire pronostique de toutes, pouvant entraîner une interruption prolongée de leur passion. L'interaction entre notre physiologie et le milieu aquatique, en particulier sous pression, peut déclencher des phénomènes tels que les vertiges, qui sont une sensation que le monde se met à tourner autour de vous ou qu’il tourne à l’envers, et d'autres troubles de l'équilibre. Bien que les plongeurs aient la capacité de respirer sous l’eau grâce à l'équipement, nous restons fondamentalement des humains, soumis à des réactions physiologiques qui peuvent nécessiter une gestion attentive et rapide.
Les Oreilles et les Sinus : Points Sensibles en Milieu Aquatique
Les voies aériennes supérieures et l'appareil auditif sont des structures délicates particulièrement vulnises en plongée. Les problèmes liés aux oreilles et aux sinus constituent une part significative des incidents rencontrés par les plongeurs. Ces affections peuvent varier de la simple gêne à des lésions graves, impactant directement la sécurité et le plaisir de la plongée. La compréhension des mécanismes en jeu, qu'il s'agisse de l'exposition à l'eau ou à la pression, est primordiale pour tout plongeur souhaitant pratiquer cette activité en toute sécurité.
L'Influence de l'Eau sur l'Oreille
L'environnement aquatique lui-même, indépendamment de la pression, exerce plusieurs effets sur l'oreille et ses fonctions. L'exposition à l'eau affecte l'audition de façon significative, altérant la qualité même de l'audition et notre capacité à déterminer l'origine des sons sous l'eau. Au-delà des sensations auditives, l'immersion de longue durée peut provoquer des risques d'infections dues à la macération. Ce phénomène se produit lorsque l'eau s'amasse sous la peau, créant un environnement propice à la prolifération bactérienne ou fongique. Par ailleurs, si l'eau est polluée ou riche en polypes, les risques d'infections du conduit auditif externe sont d'autant plus grands. Il est également à noter que ces risques sont d'autant plus importants que la température de l'eau est élevée, la chaleur favorisant le développement des micro-organismes.
Pour prévenir ces désagréments, des mesures d'hygiène post-plongée sont vivement conseillées. Après la sortie de l'eau, s'il n'y a pas de problème particulier, il est impératif de bien rincer à l'eau douce propre les conduits auditifs externes. Cette pratique peut même être complétée avec des savons, liquides ou gels antiseptiques spécifiquement conçus pour les oreilles. Surtout, il est crucial de bien assécher les oreilles en évitant l'utilisation de bâtonnets qui risquent de léser la peau et de répandre encore davantage les risques d'infections. Une bonne hygiène est la première ligne de défense contre les problèmes otiques en plongée.
La Pression et ses Conséquences : Le Barotraumatisme de l'Oreille
L'exposition à la pression est sans doute l'aspect le plus critique de la plongée en ce qui concerne les oreilles. La pression, quant à elle, peut occasionner des lésions appelées barotraumatisme de l'oreille. Ces lésions peuvent survenir pendant la descente, lorsque la pression externe augmente rapidement et que l'égalisation n'est pas effectuée correctement, ou à la remontée, en cas de blocage de l'air dans l'oreille moyenne (compression inversée). Le barotraumatisme de l'oreille peut se manifester par des symptômes allant de la simple gêne à la douleur intense, au vertige (une fausse sensation de tournoiement), et à l'étourdissement, surtout en cas de rupture du tympan. Ces problèmes peuvent impacter différentes parties de l'oreille, menant à des barotraumatismes de l'oreille moyenne ou de l'oreille interne.
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Un exemple concret de la gravité de ces incidents a été vécu après une plongée d'encadrement à faible profondeur, à -5 mètres, et de courte durée, d'environ 35 minutes. Le plongeur a présenté des vertiges et des troubles de l'équilibre. Une précision importante à retenir est que le plongeur sortait d'un gros rhume et présentait encore quelques symptômes, notamment le nez pris avec l'obligation de se moucher très régulièrement pour libérer les muqueuses. Le diagnostic posé par le médecin ORL aux urgences a conclu à un barotraumatisme avec impact sur l'oreille interne. Un traitement à la cortisone ainsi qu'un arrêt de 8 jours ont été prescrits, avec demande de réalisation d'examens ORL complémentaires dans la semaine suivant l'accident. Cet incident souligne l'importance de ne pas plonger en cas de rhume ou de congestion nasale, car cela compromet la capacité d'égalisation des pressions et augmente considérablement le risque de barotraumatisme.
Le Vertige Alternobare : Un Défi Spécifique
Parmi les formes de vertige liées à la pression, le vertige alternobare est un incident particulier et relativement fréquent. Le vertige alternobare est considéré comme un incident mineur s’il est bien géré, mais ses effets peuvent être extrêmement dangereux pendant la plongée en raison de la désorientation qu'il provoque. Il peut survenir durant une descente ou une remontée, mais il est souvent associé à un barotraumatisme de l'oreille moyenne durant une remontée, plus spécifiquement à une compression inversée.
Le mécanisme du vertige alternobare est lié à l'expansion de l'air dans les espaces aériens de l'oreille moyenne. Lors d'une remontée, l'air dans l'espace de l'oreille moyenne se dilate, la pression relative augmente, et les trompes d'Eustache s'ouvrent passivement pour permettre au gaz de s'échapper vers le nasopharynx. Cependant, de temps en temps, une trompe d'Eustache peut obstruer ce flux d'air, bloquant l'évacuation de l'air en expansion. Cette obstruction provoque alors une augmentation de la pression dans la cavité de l'oreille moyenne. Si l'obstruction est unilatérale, c'est-à-dire qu'elle n'affecte qu'une seule oreille, et que la différence de pression entre les deux oreilles est supérieure à environ 0,6 mètre d'eau (soit 2 pieds), un vertige peut se produire. Ce vertige est déclenché par l'augmentation de la pression qui stimule l'appareil vestibulaire, responsable de l'équilibre. L'augmentation de la pression différentielle dans l'espace de l'oreille moyenne peut éventuellement obliger la trompe d'Eustache à s'ouvrir et à évacuer l'excès d'air, soulageant ainsi le vertige. Cependant, le vertige alternobare peut aussi survenir par une obstruction lors de la descente.
Les symptômes du vertige alternobare peuvent inclure la désorientation, des nausées et des vomissements, qui, combinés à l'environnement sous-marin, rendent la situation particulièrement périlleuse. Les effets de désorientation d’un vertige sont, en effet, extrêmement dangereux pendant la plongée, car ils peuvent entraîner une perte de contrôle de la profondeur, des mouvements incontrôlés et une séparation du binôme.
Face à un tel événement, une stratégie claire est nécessaire. Si un plongeur ressent une douleur à l'oreille ou un vertige pendant la remontée, il doit descendre un peu pour minimiser le déséquilibre de pression et tenter d'ouvrir la trompe d'Eustache en se tenant le nez et en avalant (ce qui correspond à la manœuvre de Toynbee ou une autre manœuvre d'égalisation). Un autre moyen pour aider à soulager le blocage est de boucher l'oreille externe en appuyant sur le tragus, le petit repli de cartilage à l'avant du conduit auditif, et de pousser soudainement l'eau enfermée vers l'intérieur, ce qui peut occasionnellement forcer l'ouverture de la trompe d'Eustache. Les cas simples de vertige alternobare sont généralement résolus rapidement, en quelques minutes, dès leur apparition. Cependant, si les symptômes persistent au-delà de quelques minutes, il est impératif de consulter votre médecin traitant ou un spécialiste ORL, car cela pourrait indiquer des blessures associées, y compris un barotraumatisme de l'oreille moyenne et un barotraumatisme de l'oreille interne.
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Une expérience vécue par une monitrice de plongée illustre bien la gestion de ce type de vertige. Après une période de rhume, elle avait hâte de plonger de nouveau, et par chance, elle était enfin guérie de ce vilain rhume qui traînait depuis quelques jours. La saison de la plongée avait repris et elle écoutait depuis deux semaines les récits de ses binômes avec envie. C'était un jour où le soleil brillait et elle avait rendez-vous avec ses binômes préférés pour une merveilleuse plongée. À peine immergée, elle a ressenti que ses oreilles ne passaient pas vraiment bien, mais elle a pensé que c'était sans doute rien d’anormal avec ses sinus qui étaient restés encombrés si longtemps. Elle a ralenti sa descente, soucieuse de ses oreilles. La plongée s'est ensuite passée sans encombre, elle se sentait bien et heureuse d’être dans son élément. Elle ne regrettait pas d’avoir répondu présente pour cette magnifique sortie. Alors qu'elle était sous l'eau, le vertige est apparu. Voyant son regard, son binôme a réagi immédiatement en l’agrippant d’une part et en lui faisant signe que tout allait bien pour la rassurer d’autre part. Quelques secondes plus tard, le vertige a disparu et, si ses jambes sont restées flageolantes, elle a retrouvé un état normal et a fait signe à son binôme que tout était OK. Cette réaction rapide et l'assistance du binôme ont été cruciales.
Gérer les Situations Inattendues Sous l'Eau
Outre les vertiges et les barotraumatismes, d'autres situations physiologiques inattendues peuvent survenir en plongée. Il peut y avoir des circonstances où vous avez besoin de tousser, d’éternuer, de vomir ou êtes pris de vertiges sous l’eau. Une bonne préparation et la connaissance des réactions appropriées sont essentielles.
Toux Sous-Marine : Causes et Précautions
Le gaz que vous respirez à partir d’une bouteille de plongée peut être un peu sec, et parfois il est nécessaire de tousser. Ou, peut-être, lorsque votre binôme vous fait rire, il est possible qu’un peu d’eau pénètre dans votre gorge, provoquant une toux. Si vous avez une sensation de gêne au fond de la gorge, il est conseillé d'essayer de vous déplacer dans une zone libre où vous ne heurterez rien, pour pouvoir tousser sans risque.
Cependant, parfois, une toux est plus qu’une simple toux. Si vous avez des douleurs thoraciques et/ou des difficultés respiratoires en plus d’une toux sèche, ce sont peut-être des signes d’Accident de Décompression (ADD) de Type 2. De même, si la toux a un goût métallique, ou si vous avez le souffle court, accompagné d’une sensation de liquide qui remonte du fond de la gorge, cessez la plongée et cherchez une assistance médicale immédiatement. Ces symptômes peuvent indiquer des problèmes respiratoires graves ou d'autres complications de décompression.
Éternuements en Immersion : La Bonne Réaction
Éternuer sous l’eau, c’est plus ou moins comme éternuer sur terre. Si vous sentez que vous allez éternuer, il est important de tenir délicatement votre détendeur en bouche, et d'essayer d’éternuer par votre bouche au lieu de votre nez. Il est fondamental de respirer normalement jusqu’à ce que vous éternuiez ; ne retenez jamais votre respiration sous l’eau, car cela pourrait entraîner des problèmes barotraumatiques pulmonaires. Si vous êtes au milieu d’une remontée ou d’une descente, il est judicieux de faire signe à votre binôme ou de le tenir pour stabiliser votre position et éviter une remontée ou une descente incontrôlée.
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Vomir en Plongée : Que Faire ?
Si vous ressentez le besoin de vomir sous l'eau, la meilleure chose à faire est de maintenir votre détendeur en bouche et de laisser votre corps gérer la chose. Ne retirez pas votre détendeur, même partiellement, car cela pourrait entraîner une aspiration d'eau ou une perte d'air. Si vous pouvez vous tenir à un binôme ou à autre chose de fixe dans l’eau, cela peut vous éviter une remontée ou une descente incontrôlée pendant ce moment difficile. Lorsque vous vous sentez prêt et que l'épisode est passé, remontez en toute sécurité et, par précaution, ne plongez pas pendant le reste de la journée. Si votre détendeur venait à ne plus vous permettre de respirer dessus après l'épisode de vomissement, passez immédiatement sur votre source d’air de secours.
Vertiges Généraux en Plongée : Avant, Pendant et Après
Les vertiges, définis comme la sensation que le monde se met à tourner autour de vous ou qu’il tourne à l’envers, peuvent survenir à différents moments en plongée. Si vous êtes pris de vertiges avant ou après une plongée, la consigne est claire : arrêtez de plonger pendant le reste de la journée et contactez DAN (Divers Alert Network) ou un professionnel de la santé spécialisé en plongée.
Si les vertiges se manifestent sous l'eau, plusieurs indications peuvent aider à évaluer la situation. Pour vérifier votre orientation, expirez et observez où se dirigent vos bulles. De même, cherchez les gouttes d’eau dans votre masque ; elles s’écouleront toujours vers le fond, vous donnant une indication de votre position verticale. En cas de vertiges sous l'eau, il est impératif de rester à la profondeur à laquelle on se trouve jusqu’à disparition des symptômes. Cependant, une attention particulière est requise : si les symptômes persistent plus de quelques minutes, vous devez envisager la possibilité d’un barotraumatisme de l’oreille, pouvant s’accompagner d’une perte auditive et/ou d’acouphènes, ou d’un accident de décompression. Dans ces cas, une remontée contrôlée et une assistance médicale sont nécessaires.
Techniques d'Égalisation Essentielles
Pour prévenir bon nombre de ces problèmes, la maîtrise des techniques d'égalisation est fondamentale. Ces manœuvres permettent d'équilibrer la pression dans les cavités aériennes de l'oreille moyenne avec la pression ambiante de l'eau, évitant ainsi le barotraumatisme. Les techniques les plus courantes et efficaces incluent :
- Déglutition et bâillement : Ces actions naturelles peuvent aider à ouvrir les trompes d'Eustache et à égaliser la pression.
- Béance tubaire volontaire (BTV) : Une technique avancée qui implique l'ouverture volontaire des trompes d'Eustache sans effort particulier.
- Manœuvre de Valsalva : La plus connue, elle consiste à pincer le nez et à souffler doucement, bouche fermée, pour forcer l'air dans les trompes d'Eustache.
- Manœuvre de Toynbee : Pincer le nez et avaler, ce qui crée une aspiration et aide à ouvrir les trompes.
- Manœuvre de Frenzel : Pincer le nez et contracter les muscles de la gorge pour pousser l'air dans les trompes d'Eustache.
- Technique d’étirement de l'oreille : Cette méthode peut impliquer de tirer l'oreille vers le haut et l'extérieur pour aider à ouvrir les conduits.
Il est catégorique : ne plongez pas si vous avez des problèmes d'égalisation. Tenter de forcer l'égalisation ou plonger avec une gêne peut entraîner des lésions graves. Il est recommandé de pratiquer ces techniques à sec avant la plongée et de choisir celle qui vous convient le mieux.