Les nageurs de combat, ces figures discrètes et mystérieuses des forces spéciales françaises, incarnent l'excellence et l'audace. Opérant dans l'ombre, leur rôle crucial mais souvent méconnu mérite d'être exploré en profondeur. Ce reportage vous plonge au cœur de leur univers, dévoilant l'histoire, la formation, les missions et les défis de ces hommes d'exception.
L'Héritage et l'Évolution des Nageurs de Combat
L'émergence des nageurs de combat en France remonte à l'immédiat après-guerre, une période où la nécessité de disposer de combattants subaquatiques capables de neutraliser des cibles navales est devenue évidente. S'inspirant des techniques développées par les Italiens pendant l'Entre-deux-guerres, la France a rapidement saisi l'importance de cette nouvelle forme de guerre.
La Genèse du Brevet de Nageur de Combat
Le brevet de nageur de combat, tel que nous le connaissons aujourd'hui, est né dans les années 1950 d'une collaboration entre l'enseigne de vaisseau Claude Riffaud et Bob Maloubier. Face au scepticisme initial de l'état-major, ces deux pionniers ont persévéré, démontrant l'efficacité de leur concept et aboutissant à la création du brevet en 1952.
Le Commando Hubert : Un Nom Emblématique
Le commando Hubert, regroupant les nageurs de combat au sein des commandos marine, est un nom chargé d'histoire. Il fait référence au premier commando Hubert, celui du Débarquement du 6 juin 1944, dont les 177 membres furent les pionniers des fusiliers marins et commandos. Formés par les Royal Marines en Écosse, ils arborent fièrement le béret vert à l'anglaise.
Formation et Entraînement : Forger des Hommes d'Exception
La formation des nageurs de combat est un processus rigoureux et exigeant, conçu pour sélectionner les meilleurs éléments et les préparer aux défis extrêmes de leurs missions.
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Une Sélection Impitoyable
Le parcours pour devenir nageur de combat est long et semé d'embûches. Les candidats, déjà marins, doivent d'abord passer par l'école des fusiliers marins, puis réussir le STAC (Stage Commando), un stage commando aussi rustique que celui qu’avaient subi les anciens en Écosse. Ce sont des parcours assez difficiles, sans sécurité. On dort peu, on ne se lave pas. L’épreuve de la cuve est coriace, c’est une plongée en apnée en plein hiver. Cela dure 3 mois. Il faut avoir passé 4, 5, 6 ans au sein de l’un des commandos de Lorient, puis 4 ou 5 ans avec deux ou trois opérations extérieures à son actif, être chef d’équipe. Puis de nouveau, retour dans le stage commando pour obtenir le niveau de chef d’équipe, et pour postuler au Cours Nageur de combat. Environ deux douzaines de candidats se présentent chaque année. Seulement une douzaine est brevetée. La moitié vient de l’armée de terre, et l’autre de la marine. Ainsi, le filtrage est drastique, entre les 100 premiers du début, et les 6 de l’arrivée. L’âge moyen du candidat est de 27 ans, et celui de l’opérateur du commando Hubert, donc du nageur de combat, est de 33 ans.
Les Épreuves Physiques et Mentales
Les tests de présélection évaluent les aptitudes physiques des candidats, mais aussi leurs capacités psychotechniques et psychologiques. Les nageurs de combat sont soumis à des épreuves exténuantes, tant sur le plan physique que mental, afin de développer leur endurance, leur résistance au stress et leur capacité à prendre des décisions rapides et efficaces dans des situations critiques.
Maîtrise de l'Environnement Subaquatique
La formation met l'accent sur la maîtrise de l'environnement subaquatique. Les élèves apprennent à s'orienter sans jamais refaire surface, à conserver une parfaite maîtrise du temps et de leur profondeur d'immersion. Ils s'entraînent au palmage à des profondeurs variables, en mémorisant des parcours complexes et en utilisant des instruments de navigation spécifiques.
Techniques d'Infiltration et d'Exfiltration
Les nageurs de combat sont formés à diverses techniques d'infiltration et d'exfiltration, notamment l'infiltration sous voile après un saut en ouverture automatique. Ils réalisent des sauts en parachute à ouverture automatique à plus de 300 mètres d'altitude, apprenant à se libérer de leur harnais juste avant de toucher la surface.
Le Raid en Kayak : Une Épreuve Historique
Le raid en kayak est l'une des épreuves historiques du cours nageur de combat. Les élèves parcourent en deux jours les 100 kilomètres qui les séparent de leur objectif final, mettant à l'épreuve leur endurance et leur esprit d'équipe. Si son usage en opération est moins courant aujourd’hui, le kayak possède encore des qualités tactiques inégalées. Basse sur l’eau, effilée et démontable, l’embarcation est d’une grande discrétion. Sur le fleuve, « à bras fermes », les élèves franchissent les obstacles.
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Missions et Opérations : Agir dans l'Ombre
Les nageurs de combat sont déployés dans une variété de missions et d'opérations, allant de la reconnaissance de littoral au sabotage de navires et d'installations portuaires.
Sabotage et Neutralisation d'Objectifs
Le cœur du métier des nageurs de combat est d'aller placer un explosif sur la coque d'un bâtiment ennemi. Ils peuvent également être chargés de saboter des ponts, des pipelines ou d'autres infrastructures stratégiques.
Renseignement et Observation
Les nageurs de combat peuvent être infiltrés derrière les lignes ennemies pour recueillir du renseignement, observer les mouvements de l'adversaire et préparer des actions menées par des unités plus conventionnelles. Ils peuvent également effectuer des reconnaissances de littoral en vue d'un éventuel débarquement.
Les Trois Dimensions de l'Action
Même si l’ADN du nageur est subaquatique, il est susceptible d’agir dans les trois dimensions : la terre, la mer et l’air. Il a aussi cette formation de chutes opérationnelles, avec la maîtrise du saut à très haute altitude.
Coordination et Intégration
Les opérations des nageurs de combat sont coordonnées au sein du COS (Commandement des opérations spéciales), qui répartit les missions et assure l'articulation avec les autres unités des forces armées.
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Matériel et Technologie : L'Équipement du Nageur de Combat
Les nageurs de combat disposent d'un équipement spécifique, conçu pour leur permettre d'opérer efficacement dans l'environnement subaquatique et de mener à bien leurs missions.
L'Appareil à Circuit Fermé : Discrétion Maximale
Lorsqu’ils évoluent dans le milieu subaquatique, ils palment avec leur fameux appareil à circuit fermé, recycleur de gaz à l’oxygène pur, pour ne pas faire de bulles en surface, et donc pour être le plus discret possible. Ils sont reliés par une sangle de vie de 2 à 3 mètres. C’est à la fois un symbole de solidarité et de fraternité, mais c’est également une mesure de sécurité.
Navigation et Orientation Sous-Marine
Pour remplir sa mission, le nageur de combat doit s’orienter sans jamais refaire surface, et conserver une parfaite maîtrise du temps et de sa profondeur d’immersion. Mais une fois sous l’eau, pas question de GPS ou d’objets connectés. Le chef de mission possède une planchette de navigation équipée d’un compas et d’un profondimètre. Quant au coéquipier, il est le « gardien du temps ». La mémoire des hommes en noir fait le reste : ils naviguent sous la surface en retenant des dizaines de caps et de temps différents.
Vecteurs et Moyens de Déplacement
Il y a plusieurs vecteurs, comme les tracteurs sous-marins. Ils sont alors deux. Ce sont des tracteurs magnétiques non détectables par des sonars. Le propulseur sous-marin a plus de contenance et plus de rayons d’action, lui peut transporter une équipe et plus seulement un binôme. Il peut aller à des profondeurs plus importantes et déposer les nageurs à quelques kilomètres d’une côte. Il revient les chercher après leur mission, puis les ramène aujourd’hui dans le dernier sous-marin nucléaire d’attaque français de classe Suffren, le fameux propulseur sous-marin de troisième génération.
Défis et Réalités : Au-Delà de l'Image d'Épinal
Si l'image du nageur de combat est souvent associée à celle d'un surhomme, la réalité est plus nuancée. Ces hommes sont avant tout des professionnels rigoureux, dotés de qualités physiques et mentales exceptionnelles, mais aussi confrontés à des défis importants.
L'Équilibre Mental et la Vie de Famille
Le poids du secret est à porter, on ne peut en parler ni à son épouse ni à ses enfants. Les familles ne savent jamais où ils sont lorsqu’ils partent en mission. C’est quelque chose qu’il faut accepter. C’est effectivement un poids très lourd à porter. Ce qui me frappe, c’est leur humilité.
L'Humilité et l'Autonomie
Ils ne sont pas du tout astreints à la discipline militaire classique, on leur laisse une grande autonomie. À Saint-Mandrier, ils ont des uniformes dépareillés, chacun choisit son treillis, son fusil, la marque qu’il souhaite, française, allemande ou autre. Et c’est pour cela qu’il faut être particulièrement équilibré.
Le Deuil et la Reconnaissance
Ces marins sont sortis de l’anonymat, lorsque ces deux hommes du commando Hubert sont décédés en opération en Afrique, pour libérer des otages français. Cela a donné lieu à une cérémonie très émouvante dans la cour des Invalides. Une occasion pour beaucoup de Français de découvrir l’existence de ce commando Hubert et de son action.