Le paysage nautique des années 1980 a été marqué par une révolution douce, portée par le besoin croissant de monotypes performants et accessibles. Au cœur de cette dynamique, le chantier Bénéteau, sous l'impulsion de visionnaires tels que François Chalain, a su transformer la pratique de la voile en proposant des unités capables de démocratiser la régate tout en offrant une polyvalence pour la petite croisière. Le First Class 8, véritable icône de cette époque, incarne cette ambition. Conçu par deux architectes navals renommés, Jean-Marie Finot et Jacques Fauroux, ce voilier de 7,80 mètres a su s'imposer comme un choix incontournable pour des générations de régatiers, marquant durablement l'histoire du nautisme français.
Une conception au service de la performance et de la simplicité
Le First Class 8 a vu le jour en 1982, fruit d’une collaboration entre Jean-Marie Finot et Jacques Fauroux. L’objectif du projet était de répondre à une demande de monotypes performants et accessibles. Le programme du bateau est donc de permettre à des équipages de régater sur un bateau accessible, dans tous les sens du terme, tout en permettant de naviguer en petite croisière. Le voilier First Class 8, dessiné par Jacques Fauroux, Jean-Marie Finot et construit par le chantier Bénéteau, mesure 7,80 mètres de longueur de coque pour une largeur maximale de 2,49 mètres.
Le First Class 8 se caractérise pour une carène fluide et un gréement fractionné. Il s’agit d’un voilier offrant des superbes performances à toutes les allures. Il s’agit d’un bateau d’équipage. Sa quille relevable, une innovation de Finot, permet un transport facile sur route, augmentant ainsi sa polyvalence. Le First Class 8 pèse 1,3 tonne mais se révèle beaucoup plus facile à transporter sur route qu’un Surprise, le grand concurrent à l’époque. Sa largeur de 2,50 m lui garantit le gabarit routier, contrairement au J24, monotype international qui ne s’est jamais vraiment imposé en France. L’intérieur du First Class 8 est clairement conçu dans un esprit de simplicité et de fonctionnalité. Exit le bois et les aménagements coûteux, au profit d’une structure légère et pratique.
L'école de la régate : un succès massif
Avec une production de 965 unités, ce modèle a connu un succès rapide et massif, devenant un choix incontournable pour les régatiers de l’époque. Lancé en 1982, il a été construit pendant près de 15 ans et la série était encore très active à la fin des années 1990. Issu d’une association très fructueuse entre deux des architectes les plus en vue de l’époque, ce monotype à quille relevable pivotante, assez lourd mais pas trop difficile à transporter, a formé une voire deux génération(s) de régatiers. Élégant avec son rouf en sifflet et son franc-bord modéré, le « Class 8 » était livré à l’origine avec des emménagements assez complets, prévus pour la petite croisière. Mais à l’intérieur le volume est compté, comme la hauteur sous barrots (1,39 mètre).
Le First Class a été une façon brillante de s’extraire d’un compromis de plus en plus difficile à tenir. Exit le bois à l’intérieur, les vaigrages et autres parements lourds et chers. Exit l’IOR et ses carènes bosselées. Le bateau reprend aussi le système de quille relevable inventé par Finot et Bénéteau sur le First 22 en 1978. Une association de classe est rapidement créée, un partenaire trouvé avec l’organisme de financement CG Mer, et un circuit de championnats organisé. On emmenait les flottes par camion sur les lieux de régate, des fournées de 30 bateaux à la fois. Un peu chiche en accastillage à sa sortie, le Class 8 invite les équipages à la bidouille et le chantier reprend en série l’idée du piano central qui coiffe la descente et permet de gérer les manœuvres sans quitter le rappel. Le sommet est atteint en 1992 au Cap d’Agde avec plus de 100 Class 8.
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L'inscription du First Class 8 dans la stratégie Bénéteau
Le succès du First Class 8 s'inscrit dans une période où la marque Bénéteau, portée par la vision de François Chalain, a su segmenter son offre pour dominer le marché. Dès 1977, avec le First 30, Bénéteau avait posé les jalons d'une gamme devenue mythique. Le First Class 8, en tant que monotype, a permis de renforcer cette image de marque. Il a été en concurrence directe avec le J80, le Surprise du chantier Archambault, le JOD 24, et surtout le Fun du chantier Jeanneau.
L'exigence de la présidente Annette Roux, qui rappelait sans cesse qu’« un Bénéteau doit toujours avoir un bon rapport qualité-prix », a guidé les choix architecturaux. Pour le First Class 8, comme quelques années plus tard pour le Figaro 1, deux têtes pensantes valaient mieux qu’une. Le monotype sorti en 1982 porte une double paternité : Jean-Marie Finot et Jacques Fauroux. Le premier s’est fait remarquer avec le one tonner Révolution pour son goût des arrières callipyges. Ils accouchent d’un monotype bas sur l’eau, à la carène très fluide, marchant vite à toutes les allures avec un gréement fractionné et une belle surface de toile.
L'évolution vers la monotypie moderne
La lignée des First, après le Class 8, a continué d'évoluer. Le chantier a toujours été habile pour tirer le meilleur des jauges en vigueur. Après la déferlante du Class 8, les trois générations de Figaro (1990, 2003, 2019) ont confirmé cette expertise dans la monotypie. Le Figaro Solo, qui a succédé aux half-tonners devenus trop coûteux, a conquis son marché avec 61 exemplaires produits. La carrière de cette carène bien née ne s’est pas arrêtée là. Au début des années 2000, le plan Finot-Berret ayant pris un coup de vieux, le chantier a réfléchi à un nouveau dessin. Le choix du comité de sélection de la classe dirigé par Gildas Morvan s'est porté sur le cabinet Lombard. C’est ainsi qu’est né en 2003 le Figaro Bénéteau 2, qui a capitalisé sur les acquis de la monotypie du Figaro 1.
Le circuit a pris une nouvelle dimension avec le Figaro 2. Les centres d’entraînement ont formé des cohortes de skippers qui ont fait du Figaro leur métier. En 2017, le concours lancé par la classe Figaro et le chantier pour reprendre le flambeau a été remporté par VPLP. Le Figaro Bénéteau 3, construit dans un atelier dédié à Nantes, est plus court, beaucoup plus sportif et plus moderne, notamment via son plan de voilure. Le Figaro 3 a « ouvert le jeu », rendant les options autrefois aléatoires potentiellement payantes et a redonné ses lettres de noblesse à la stratégie.
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