Cohabitation difficile sur un voilier : conseils, solutions et préparation à la vie en mer

En ce moment, avec le confinement, vous avez du temps pour vous poser et réfléchir en profondeur à vos projets. Si ça fait longtemps que partir vivre en voilier vous trotte dans la tête, cet article est pour vous. Partir voyager autour du monde en voilier, allez-vous le faire un jour ? Un guide de réflexion complet pour savoir si réellement ce projet de voyage est envisageable pour vous et votre famille. Avec des exemples concrets, vous pourrez déterminer si votre projet est viable ou si c’est juste un beau rêve.

La réalité de la vie à bord : un défi relationnel

Tous ceux qui ont un peu navigué savent que nos petits bateaux sont fréquemment le théâtre de tensions et de conflits entre les membres de l’équipage. Conflits que l’on préfère rapidement oublier une fois débarqué pour ne garder que les bons souvenirs. Il y a de nombreuses raisons à cela, promiscuité et obligation de supporter le face à face, stress liés aux risques de la navigation, chocs de personnalités trop différentes. Ces sujets ont déjà été abordés indirectement à partir des thèmes « caisse du bord » et « choix des équipiers ». Il me semble que les conflits à bord sont un sujet en soi. Ils peuvent gâcher en partie une croisière ou carrément la faire tourner court. Je crois que si nous pouvons tirer quelques leçons de l’expérience des uns et des autres nous pourrons sans doute mieux les prévenir.

La vie dans un espace restreint n’est pas toujours simple, le manque de confort et d’intimité, ainsi que les contraintes de la vie et du voyage en voilier peuvent être difficiles à gérer parfois. Mais rappelez-vous que vous êtes littéralement dans le même bateau, avec le même rêve et le même objectif. Soyez un soutien inconditionnel l’un⋅e pour l’autre. Si la mer devient tumultueuse, au sens propre comme au figuré, assurez-vous que votre partenaire se sent en sécurité à vos côtés.

La préparation sincère : une base indispensable

Naviguer en couple, ce n'est pas simplement partir à deux sur un voilier, c'est embarquer dans une aventure où tout se partage : l'effort, les décisions, les moments de doute comme les émerveillements. Si la promesse est belle, elle peut aussi se heurter à quelques écueils si l'on ne prend pas le temps de bien s'organiser. C'est pourquoi la clé d'une bonne navigation en duo commence par une préparation sincère et partagée. Discuter en amont du projet, du programme, du rythme, mais aussi des limites de chacun permet de désamorcer bien des tensions. L'un des premiers pièges consiste à laisser, souvent inconsciemment, le plus expérimenté tout gérer. Pourtant, la navigation en couple fonctionne d'autant mieux que chacun a sa place, ses responsabilités, et peut se sentir pleinement utile.

La communication est essentielle en mer, tout bon marin vous le dira. Et il en va de même dans une relation de couple. C’est donc sans surprise qu’une communication franche et sans culpabilité est l’une des fondations clé d’une vie à bord d’un voilier. Lors des préparatifs, soyez honnête sur vos attentes, la manière dont vous voyez les choses, vos envies, et ce qui ne vous convient pas. Avant de larguer les amarres, soyez clair⋅e sur le rôle de chacun⋅e à bord, vos peurs, l’organisation des quarts, la fenêtre météo qui convient aux deux.

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Identifier les freins à la navigation en duo

Naviguer en couple est le rêve de nombreux plaisanciers. Malheureusement il semble que ce ne soit pas toujours partagé, loin de là. De fait la voile, et le monde maritime en général, reste un milieu très masculin. Pour des raisons de facilité j’ai pris le parti de considérer que la difficulté venait du refus d’une femme de naviguer avec son mari. Voici les points de friction fréquents :

  1. Elle n’aime pas la voile, point.
  2. Elle a le mal de mer.
  3. Elle a peur.
  4. Vous êtes agressif et impatient.
  5. « Elle est tannée de se faire mansplainer ».
  6. Les winchs sont trop petits ou le bateau est trop grand.
  7. Le bateau est mal entretenu.
  8. Elle est aussi ou plus compétente que vous et ça vous met en difficulté.
  9. Vous n’avez pas les mêmes exigences de confort.
  10. Elle est cantonnée à jouer les sirènes dans le cockpit.

Pour chaque point, des solutions existent. Par exemple, si elle n'apprécie ni le vent, ni le froid, ni l'impossibilité de brancher son sèche-cheveux, louez un catamaran de 16 mètres en Grèce. Si le bateau est mal entretenu, le plaisir devient très relatif. Une femme n’appréciera pas de vous suivre sur un bateau qui dégage une odeur de renfermé et/ou de gas-oil. Maintenir un voilier en bon état demande du temps ou de l’argent, le mieux étant d’avoir les deux. Ne dramatisez pas chaque manœuvre, en prédisant une catastrophe ou en criant sur votre équipage si celle-ci n’est pas exécutée exactement selon vos consignes.

La gestion du mal de mer et des peurs

Le mal de mer est un sujet difficile à traiter. Certaines l’ont, d’autres pas. Pourquoi cette injustice ? Si ce paragraphe vous intéresse, c’est, je pense, parce qu’il vous arrive d’avoir le mal de mer. Être parfois nauséeuse ou même franchement malade je connais ça ! Mais est-ce qu’avoir été allongée pendant 2 semaines avec vomissement et nausées presque tout le temps m’a empêché de continuer à naviguer : Non. Pour moi les astuces qui marchent sont : manger quelque chose qui tient au corps dans l’heure qui suit le départ, rester à l’extérieur, tenir la barre.

Concernant la peur, il se peut que votre compagne éprouve une certaine angoisse si elle ne maîtrise pas le voilier. Une excellente parade à son angoisse, si votre femme le souhaite, serait qu’elle se forme. Un ou plusieurs stages en école de voile peuvent donc améliorer considérablement la situation. Encouragez-les à manœuvrer et à barrer. Ne les cantonnez pas à un rôle passif car bien des femmes n’osent pas prendre d’initiative sur un bateau sans y être invitées.

La vie en famille et le quotidien

Oui, il n’y a pas d’école ou de garderie sur un voilier. Si ça peut vous rassurer, on a souvent vu des enfants, très turbulents à la maison et à l’école, qui s’épanouissaient dans cette nouvelle vie sur le bateau. En effet, pouvoir avoir ses parents près de soi et à l’écoute est souvent merveilleux pour un enfant. Vous avez déjà expérimenté l’école à la maison pendant le confinement ? C’est une bonne base. Le CNED était très bien fait à l’époque de notre enfance et c’est, semble-t-il, amélioré avec les facilités actuelles d’internet.

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Notez que vivre sur un voilier ne veut pas dire être tout le temps ensemble dans un espace restreint. Ceci n’est vrai que pendant les navigations et encore tout dépend de la taille du navire. Le reste du temps, entre les navigations vous avez généralement 360° de choix d’explorations sous-marines. Certains couples font d’ailleurs le choix d’avoir des cabines séparées ! Pas parce que ça se passe mal entre eux, mais parce qu’ils en ressentent le besoin. Ils préfèrent avoir un endroit à eux où s’isoler quand ils en ont envie.

Aspects financiers et logistiques

Achat du voilier, entretien, budget de vie à bord : c’est certainement le point le plus important. En effet, rien qu’à l’achat, un bateau habitable coûte cher ! Si vous n’avez jamais réussi à mettre plus de 1000 euros de côté, je suis désolée de vous le dire comme ça, mais laissez tomber ! Il est vrai qu’on peut trouver des opportunités de travail pour renflouer la caisse de bord durant le voyage. Et puis le concept même de caisse de bord veut dire que vous avez un petit pécule de départ.

Frais d’entretien : environ 10 % de la valeur du bateau. Attention si vous achetez un voilier à vraiment pas cher et donc en mauvais état, il y aura forcément plus d’entretien. Vie à bord : avez-vous profité du confinement pour voir quels étaient vos besoins réels ? Alimentation, frais d’assurances divers, location de voiture… Vous pouvez partir de vos dépenses habituelles, y compris les sorties resto, ciné ou autre, si vous pensez en faire aussi en voyage.

L'importance de la compétence technique et de l'expérience

En mer, il faut être prudent et ne pas plaisanter avec la sécurité. On sait qu’on prend des risques. Alors, vous y allez, ou vous n’y allez pas. Il faut aussi se renseigner à différentes sources. Pour répondre à la question de savoir si vous êtes capable de vivre avec les risques qu’entraîne un éloignement du monde moderne, il vous faudra expérimenter, essayer, naviguer de plus en plus loin. Faites-le seul ou accompagné, jusqu’à être sûr de vous en mer.

Vous devez vous sentir capable de manœuvrer le voilier par presque tous les temps, de réagir de la bonne manière en cas d’incident ou d’avarie. N’hésitez pas à commencer vos expériences sur de petits bateaux, pour bien comprendre les principes des bases. Une fois que vous ne chercherez plus d’où vient le vent, et comment doivent être réglés les voiles pour aller à destination, vous pourrez passer sur des voiliers plus gros. Vous pouvez bien sûr vous former également en école de voile. Et si après ça vous ne vous sentez toujours pas capable de partir vivre en voilier, mais que vous souhaitez toujours faire ce voyage, vous pouvez aussi partir avec un skipper ou un marin d’expérience en qui vous avez confiance.

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La typologie des équipiers

Il est crucial d’identifier votre « type d’équipière (ou d’équipier) » afin d’élaborer la bonne stratégie pour lui faire aimer la voile autant que vous. On peut distinguer trois profils types :

  1. La débutante réticente : C’est le profil le plus délicat. La stratégie : douceur absolue. Choisissez une météo parfaite, des navigations courtes et un confort optimal.
  2. Le débutant enthousiaste : C’est le ticket gagnant en apparence ! Votre partenaire a envie d’apprendre et trouve l’idée géniale. Le risque : la désillusion. La voile est une activité parfois rude (inconfort, humidité, gîte). Déléguez la formation : ne formez pas votre conjoint vous-même !
  3. La passagère des bons moments : Ce profil accepte de venir, mais uniquement quand il fait beau et chaud. Le verdict : c’est « mieux que rien ». Si vous avez des ambitions de grand voyage ou de traversées océaniques, ce profil ne suffira pas.

Un point crucial soulevé par Antoine et Sylvie est la formation. En tant que chef de bord expérimenté, il est tentant d’apprendre la voile à sa moitié. Le débutant ne sait pas distinguer ce qui relève de la faute du skipper, de la météo ou des règles de sécurité (comme tout ranger avant de gîter). Naviguer en couple peut renforcer une relation si l’on accepte de se découvrir, de s’adapter et de communiquer.

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