La pratique du surf, en particulier sur les plages de sable, repose sur un équilibre fragile entre la géomorphologie littorale et les forces océaniques. Le banc de sable n'est pas qu'une simple accumulation de sédiments ; il est l'architecte invisible qui sculpte la vague, déterminant sa forme, sa puissance et sa trajectoire. Comprendre ces structures est essentiel pour tout surfeur, du débutant cherchant ses premières mousses au professionnel en quête du tube parfait.
L’intervention humaine et la création artificielle de vagues
Parfois, l’ingénierie côtière croise le chemin de la glisse de manière fortuite. C’est ce qui s’appelle un coup de chance ! En souhaitant rensabler une partie du littoral de la Gold Coast, les autorités australiennes du Queensland ont favorisé indirectement l’apparition de bancs de sable. Ces derniers ont par la suite créé des vagues de classes mondiales sur des spots ne produisant normalement que des vagues moyennes. Le tout pour « seulement » 13,9 millions de dollars.
Selon le photographe local Andrew Shield, « il y a d’incroyables bancs de sable en ce moment le long des plages. Celui de Palm Beach le week-end cassait comme un reefbreak indonésien ». Au nord de Currumbin, sur la Gold Coast, une partie du littoral souffre de l’érosion et ses plages sont de plus en plus petites. Pour lutter contre ce phénomène et alors que la région accueillera les prochains Jeux du Commonwealth, la municipalité a décidé de renflouer la zone de 3 millions de mètres cube de sable.
Darrell Stauss, un ingénieur qui a travaillé sur le projet, explique à Surfline comment cela est possible : « Le sable a été collecté à une profondeur de 20 à 30 mètres. Puis, il a été placé aussi loin que possible du rivage. Le sable a été disposé de manière à reproduire naturellement les formations de barres pour préserver et améliorer les conditions de surf. Il est prévu avec les conditions météo que le sable revienne sur le rivage dans un avenir proche. »
Même si le but principal n’était pas de créer ces vagues de classes mondiales, l’apparition de ces dernières ne doit rien au hasard. Leur qualité a toujours été prise en considération dans le plan de management du surf de la ville. Ce qui a été confirmé par Tom Tate, maire de la ville, dans un journal local : « on a fait attention à ce que ce projet améliore les conditions de surf et non l’inverse ». Du côté des surfeurs, on se réjouit de cet événement. Le double champion du monde et local Mick Fanning n’en revient pas : « Il y a des vagues normalement à cet endroit, mais rien de comparable à ce que c’est devenu. Celles que j’ai surfé ressemblent à Trestles mais les autres sont comme des slabs de reef ».
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L’éphémère nature des bancs de sable
Malheureusement, toute bonne chose a une fin et ce n’est un secret pour personne, le sable bouge. Si un pic peut très bien apparaitre un beau matin, il peut tout aussi bien disparaitre le lendemain aussi vite qu’il est arrivé. Or, les bancs de sable générés par cette opération sur la Gold Coast commencent déjà à souffrir du vent, des marées et de la houle. Selon un surfeur local, sur un de ses pics : « le slab au départ était loin du rivage. Puis, il s’est progressivement rapproché du bord tout en perdant de son agressivité. Désormais, il est devenu une longue gauche qui casse tranquillement presque jusqu’à la plage ».
Sur notre littoral, on rencontre souvent la même configuration de plage. Il y a des bancs de sable et des baïnes. Les vagues déferlent sur les bancs de sable appelés zone de déferlement. Les vagues repoussent l’eau et le sable vers la plage. Comme expliqué précédemment, les baïnes sont des zones où le courant est très fort et tire vers le large. En été, de nombreux baigneurs se font surprendre par le courant et paniquent. Dans cette situation, il faut ramer ou nager en diagonale vers la plage, doucement.
En Aquitaine, un surfeur rencontre plusieurs types de plage. Pour se préparer à une session, le surfeur peut se renseigner sur les différentes configurations des spots. Le déferlement roulant s’observe avec un haut-fond qui augmente progressivement. Le freinage de la houle commence loin du bord, la zone de mousse est plus importante. La houle a donc moins de force et les vagues déferlent loin du bord et sont souvent molles. Le déferlement plongeant s’observe avec un haut-fond qui augmente brutalement. Le temps de freinage de la houle est moins important car il s’effectue plus près du bord, la zone de mousse est moins importante.
Morphologie et typologie des bancs de sable
Les différentes formes des bancs de sable et des baïnes jouent un rôle important pour la qualité des vagues et leur style de déferlement.
- Banc de sable rectiligne : C'est le pire des bancs de sable. Ces bancs se forment lors de longues périodes de vent ou de houle venant continuellement de la même direction. Les vagues ferment sur des centaines de mètres, pas d'ouverture, un désespoir pour les surfeurs.
- Banc de sable oblique (type point break) : C'est le banc de sable le plus commun sur Lacanau Océan. Ce type de banc offre une longue inclinaison oblique sur son côté sud et une inclinaison plus courte, plutôt perpendiculaire à la plage sur son côté nord. En fonction de la marée, on peut surfer 2 vagues différentes. À marée basse et mi-marée descendante, c'est une longue droite fuyante avec du mur, de l'épaule qui déroule sur le côté sud du banc. À mi-marée montante et marée haute, c'est une gauche assez courte, sans trop d'épaule, déroulant vers la plage que l'on trouve sur le côté nord du banc.
- Banc de sable ovale (type reef break) : C'est le type de banc qui donne les meilleures vagues sur Lacanau Océan. Plutôt rare, ce banc se forme lorsque sa base se coupe, souvent après une grosse houle, pour laisser une partie en forme d'île au large. Le banc Reef Break propose une droite et une gauche qui débutent devant l'îlot avec pas mal de mur, puis lorsque la vague longe les côtés du banc, elle gonfle, prend de l'épaisseur tout en tournant, conservant du mur. C'est un banc qui fonctionne mieux à marée basse avec des vagues très longues, très tournantes.
- Banc de sable en croissant (type shore break) : C'est un type de banc assez rare sur Lacanau. Il se forme de manière aléatoire, en bord de plage. Les vagues ressemblent à celles que l'on retrouve sur Hossegor. Elles déroulent dans très peu d'eau, presque directement sur le sable, des vagues creuses, intenses, plutôt courtes avec des lèvres épaisses. Ces bancs en forme de croissant type shore break sont éphémères, ils disparaissent aussi vite qu'ils sont apparus.
Évolution du trait de côte et inquiétudes des pratiquants
Le quotidien des surfeurs girondins est de passer des dunes, checker plusieurs plages pour espérer trouver un endroit propice offrant les meilleures vagues possibles. Cette quête de l’éphémère est toujours soumise aux vents, marées, qualités des bancs de sable, tailles et périodes des houles.
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C'est un bruit qui court les plages de la région : c'était mieux avant. Les surfeurs sont inquiets pour leurs spots. La vague a perdu de sa fiabilité. « Les bancs sont stables moins longtemps, c'est clair, net et précis. Dans les années 80, quand on organisait une compétition, on savait qu'on allait sans problème tenir jusqu'à la fin de la semaine. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. Il faut analyser tous les jours et ne pas hésiter à bouger », acquiesce le Landais Charley Puyoo.
La morphodynamique des vagues est une science à filer des maux de tête. « Quelque chose de très complexe à aborder tant le nombre de facteurs à intégrer est important », confirme Nadia Sénéchal, océanographe. Les soupçons se portent sur la barre dite subtidale, ce gracieux croissant de sable, englouti sous quelques mètres d'eau à marée haute. En maints endroits, les barres sont rectilignes et ont migré vers le large. « Néanmoins, la migration des barres vers le large est plus rapide que leur retour en croissant à proximité de la plage », ajoute Nadia Sénéchal.
Par ailleurs, l'érosion marine qui grignote le littoral en accéléré bouleverse elle aussi l'allure des bancs de sable. On suspecte, enfin, la main de l'homme d'interférer avec les phénomènes naturels. En fixant les dunes, en limitant autant que faire se peut l'érosion qui dévore le trait de côte, en construisant au bord de l'eau, il impacterait les transferts de sable entre la dune et la plage.
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