L’étape du carénage est un moment crucial dans la vie d’un propriétaire de navire. Une fois le bateau gruté, le nettoyeur haute pression passé et les algues ainsi que les coquillages ôtés de la coque, une question fondamentale se pose : quel antifouling choisir pour mon bateau ? Le choix ne s’avère donc pas toujours évident pour son bateau. Il est important de prendre en compte plusieurs paramètres et se poser les bonnes questions pour s’orienter vers la bonne peinture. Ce guide technique vise à éclairer vos choix en détaillant les principes de fonctionnement des différentes matrices, les spécificités par matériau de coque et les meilleures pratiques d'entretien.
Paramètres déterminants pour le choix de votre antifouling
Avant de rentrer dans le vif du sujet, vous devez vous poser quelques questions afin de vous orienter vers la bonne peinture. La performance d'une protection antisalissure dépend étroitement de votre programme de navigation.
- La vitesse du bateau : Est-elle inférieure ou supérieure à 25 nœuds ?
- La configuration de la coque : Le bateau est-il échouable ou non ?
- La fréquence d'utilisation : Combien de temps souhaitez-vous que ce soit efficace ?
- L’environnement de navigation : Port d’attache en eaux chaudes ou froides, présence de courants forts, ou navigation en eaux douces.
- Le type de matériau : Gelcoat (polyester), aluminium, acier ou bois (le choix est particulièrement limité pour les coques en acier et aluminium).
Plus le bateau bouge, plus l’antifouling « travaille » et garde son efficacité. Un bateau qui navigue souvent n’aura pas les mêmes besoins qu’un bateau qui reste longtemps au port ou au mouillage.
Les différentes matrices d’antifouling et leur fonctionnement
Il existe plusieurs matrices d’antifouling : la matrice dure, l’antifouling auto-polissant, l'érodable et le semi-érodable. Chacune répond à des contraintes physiques et chimiques précises.
L’antifouling à matrice dure
L'antifouling à matrice dure contient de la résine insoluble dans l’eau qui offre une excellente résistance à l'eau et une durabilité accrue. Chargée en cuivre comportant un taux élevé de biocides, elle offre une diffusion constante dans l’eau. Solide et durable dans le temps, le bateau est surtout bien protégé contre les micro-organismes lors des grandes vitesses, dans les courants importants ou après échouage, la matrice dure ne se déposant pas dans la vase.
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Les antifoulings à film mince, dérivés de la matrice dure, offrent une surface lisse, dure et à faible friction grâce à l’ajout de PTFE. Très résistant, ce film « régate » améliore la vitesse et est parfait pour les bateaux qui régatent, les coques planantes et les voiliers qui évoluent en eaux intérieures. Le gros avantage est qu'il s’applique en couches fines, réduisant le phénomène d’accumulation de couches inertes. Il contient toutefois peu d'agents biocides, ce qui nécessite une réflexion sur l'impact environnemental.
L’antifouling érodable et auto-polissant
L'antifouling érodable est composé d'une résine soluble fortement chargée de biocides s'érodant de manière égale de la carène, jusqu'à se dissoudre complètement. Plus le navire ira vite ou plus les courants seront importants, plus vite l'antifouling s'érodera. C’est pourquoi on le conseille aux voiliers et aux bateaux de plaisance navigant régulièrement, car il présente l'avantage d'éviter, année après année, l'accumulation de couches, ne nécessitant pas de ponçage systématique à la sortie d'eau.
L'antifouling auto-polissant classique possède des caractéristiques similaires, mais se lisse mieux, offrant une meilleure glisse. Une variante, l’antifouling SPC (Self Polishing Copolymer), se distingue par des émissions de biocides constantes quelle que soit la vitesse, garantissant une protection égale même dans des eaux calmes ou lors de périodes statiques prolongées (mouillage, port).
La matrice semi-érodable (matrice mixte)
La matrice semi-érodable est un excellent compromis entre la matrice dure et la matrice érodable. Sa surface légèrement érodable permet de garder une coque lisse lors de la navigation tout en conservant une meilleure résistance à l’abrasion. Elle s’érode moins vite que l’érodable pur, ce qui limite la formation de couches épaisses tout en assurant à la coque une protection et une excellente performance.
Choisir l’antifouling selon le matériau de la coque
Le matériau de votre navire impose des contraintes techniques majeures pour éviter la corrosion.
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- Coques en aluminium ou acier : Il est indispensable de s’orienter vers un antifouling contenant du thiocyanate de cuivre. Développés pour éviter l’électrolyse et la corrosion rapide, ces produits doivent impérativement être appliqués sur un primaire époxy. Le cuivre classique, en réagissant avec l'aluminium, provoque une corrosion catastrophique.
- Coques en polyester ou bois : Si le bateau ne s’échoue pas et ne dépasse pas 25 nœuds, l'érodable ou l'auto-polissant est idéal. Pour des performances supérieures en régate ou pour des bateaux rapides, privilégiez la matrice dure.
- Semi-rigides : Si le bateau reste à l’eau, il existe des produits spécifiques, comme l’antifouling Flexy, applicables sous les boudins en PVC ou Hypalon ainsi que sur la coque rigide, souvent sans besoin de primaire.
Entretien des appendices immergés
La prolifération d'organismes sur les équipements du moteur est inévitable. Les hélices, propulseurs, embases et saildrives subissent des contraintes fortes où l’antifouling classique ne tient pas longtemps. Il existe des antifoulings dédiés pour ces zones, souvent proposés sous forme d’aérosol pour une application facile. Il est indispensable d'appliquer un primaire adapté sur le support nu avant de traiter ces zones pour assurer la longévité des performances.
Méthodologie d'application et préparation de la surface
La préparation est le facteur clé de la réussite du carénage. La plupart des problèmes viennent d’une préparation insuffisante : support humide, salissures résiduelles, ou incompatibilité entre systèmes.
- Nettoyage complet : Éliminez toute trace d’algues ou de calcaire au jet haute pression.
- Examen de la carène : Contrôlez les impacts et fissures avant de procéder au ponçage.
- Ponçage : Utilisez une ponceuse orbitale avec aspiration (grain P150 à P240) pour rendre la carène totalement mate et assurer l'accroche.
- Application du primaire : Appliquez une couche fine de primaire adapté (type Primocon) pour garantir l'adhérence du système.
- Application de l’antifouling : Suivez scrupuleusement les recommandations de température et d'humidité du fabricant. Évitez le plein soleil direct ou l'humidité excessive.
Une astuce professionnelle pour les érodables consiste à appliquer des couches de couleurs différentes (par exemple, une base grise sous une couche noire). Cela permet de visualiser visuellement l'usure de la peinture au cours de la saison.
Calcul de la quantité nécessaire
Déterminer la quantité de peinture est essentiel pour éviter le gaspillage ou une protection insuffisante.
- Calcul de la surface : Estimez la surface immergée sous la ligne de flottaison.
- Épaisseur et couches : La majorité des fabricants recommandent deux couches pour obtenir une épaisseur sèche suffisante (environ 100 microns). Une application à la patte de lapin permet d'atteindre environ 50 microns par couche. L'utilisation d'un laqueur velours réduira cette épaisseur, imposant potentiellement une troisième couche.
- Majorations : Pour les carènes avec beaucoup de volume ou de grandes quilles, majorer légèrement les quantités commandées est une précaution prudente.
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