Dans l'univers nautique, certains voiliers semblent défier le temps, alliant des lignes délicieusement rétro à des procédés de fabrication et des ambitions tout à fait modernes. Cette tendance marque une véritable nouvelle renaissance pour des unités qui, sous le nom de "Loup" ou avec une inspiration classique, séduisent par leur caractère et leur performance. Qu'il s'agisse de dériveurs intégraux conçus pour la régate ou le cabotage, ou même de voiliers biquilles repensés, l'ingéniosité des chantiers et des architectes navals offre une seconde vie à des concepts intemporels.
Le Loup d'Arcachon : Une Légende des Années Folles Réinventée
Historique et Origines d'un Monotype Emblématique
L'histoire du Loup est antérieure à celle du Stir Ven 19 et se situe sur le bassin d’Arcachon à la fin des années 1920. La série des LOUP est apparue en 1929 sur le plan d'eau du bassin d'Arcachon qui en a vu naviguer le plus grand nombre. Ce monotype classique emblématique du bassin d’Arcachon est en passe de redevenir à la mode. À l'origine, trois architectes navals, MEYNEY, SALMOIRAGHI et BOSSUET, en dessinèrent des plans répondant à la demande des régatiers arcachonnais pour un bateau peu coûteux, d'un faible déplacement et tirant d'eau et d'une grande stabilité. C'est le plan SALMOIRAGHI de 1931 qui prévaudra, et ce bateau a connu un grand succès. Elle ne cessera de progresser jusqu'en 1949, date à laquelle la concurrence d'autres séries lui porte un coup fatal. Mais ce ne fut qu'une éclipse, car les Constructions Navales Franck Roy modernise le plan et propose depuis quelques années des unités en polyester agrémentées de menuiseries en acajou. Le Loup, monotype des « Années folles », pourrait bien refaire fureur le long des côtes françaises. Originaire du Bassin d'Arcachon (1931), le LOUP, magnifique voilier, rencontre à nouveau un vif succès, les 34 unités sorties du chantier de Franck Roy en témoignent.
La Fédération du Sud Ouest, à l'époque, a cherché à préserver le yachting de régate menacé de disparition par la chèreté de la construction et du coût d'utilisation des bateaux existants. Le cahier des charges de ce nouveau bateau en précisait les caractéristiques techniques, mais surtout l'exigence d'un prix de construction bas. Ainsi, les plans de Bossuet, Meyney et Salmoiraghi sont mis à dispositions de ceux qui le souhaitent par la Fédération du Sud Ouest. Il existe alors une trentaine de "Loups" et une dizaine d'autres sont en construction. Un exemple de cette vitalité passée et présente est Lou Ben, une réplique du loup d’Arcachon (plan 1931) construit en 2006 et basé au port du Pouliguen en Loire Atlantique.
La Modernisation et la Construction Contemporaine
Un siècle plus tard (ou presque), voilà le même plan Salmoiraghi sous nos yeux, mais avec quelques modifications apportées par Franck Roy. Ce dernier rêvait de rénover, voire de construire un Loup. Au début des années 2000, il réalise une première coque en strip planking aux cotes identiques à l’original. Il s’en sert ensuite pour réaliser un moule et construire son premier Loup en polyester. Voilà donc Aloupka, le numéro 1 construit par Franck Roy, amarré devant nous. Plusieurs chantiers, dont celui de Franck Roy en Vendée, poursuivent la construction de ce monotype traditionnel dont une trentaine d’unités naviguent régulièrement le long des côtes atlantiques.
Le Loup se décline en 3 versions de pont : laqué antidérapant, latté teck droit et courbe. Les menuiseries en acajou vernis viennent agrémenter la coque polyester de couleur. Sa conception moderne, tout en respectant l'esprit d'origine, offre des facilités d'utilisation contemporaines.
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Caractéristiques Techniques et Aménagements Pratiques
Le Loup présente des dimensions idéales pour un day-boat, avec une longueur de 5,50 mètres pour 2 mètres de large. Son faible tirant d'eau (0.15m) vous permettra l'accès à de nombreux sites inaccessibles aux quillards, tout en offrant un tirant d'eau de 1.40m avec la dérive basse. Avec un poids de 510 kg, le LOUP est, de par son faible poids, facilement transportable. La mise à l'eau s'effectue aisément grâce au treuil et au timon articulé de la remorque sur mesure. Le mât vient quant à lui basculer sur une jumelle, facilitant grandement les opérations de mâtage. Il peut, aussi, recevoir un petit moteur hors-bord sur chaise ou en puits. On trouve rapidement ses marques à bord du Loup. Le puits de dérive a été surbaissé dans cette version dessinée par Franck Roy. Ce puits affiné permet de faciliter les déplacements dans les virements de bord. Pour le reste, l’accastillage est moderne et minimaliste : deux taquets coinceurs et un winch sur le puits de dérive pour étarquer les drisses, deux winches sur chaque bord pour border les écoutes de foc et une tourelle Harken pour gérer l’écoute de grand-voile à portée de main du barreur. Un petit hors-bord se fixe sur le tableau arrière, grâce à une ouverture découpée du pont qui évite l’inélégance d’une chaise de moteur, démontrant l'importance du détail dans sa conception.
L'agencement intérieur et les capacités de rangement sont pensés pour les sorties à la journée. Deux grands coffres sur l’arrière font office de banc de barreur et peuvent stocker le hors-bord. Les deux autres bancs, au niveau du puits de dérive, sont amovibles et seront bien utiles pour avancer à l’aviron. Sous le pont, des équipets conserveront à l’abri VHF, téléphone et autre petit matos personnel. Dans la pointe, deux grands coffres permettent de stocker au sec les voiles et les rechanges. Il y a tout ce qu’il faut pour embarquer de quoi pique-niquer et s’évader pour la journée.
L'Expérience de Navigation et les Performances
C'est dans une belle brise rochelaise que le cahier des charges du Loup est vérifié. Sur l'eau, il a gardé l’esprit de compétition qui l’a fait naître. Avec 20 m² de voilure au près, il peut s’étoffer au portant d’un spi symétrique. Dans le chenal du port, il est aisé d'envoyer toute la toile. Le barreur se cale confortablement sur le petit banc de rappel, comme le second équipier un peu plus en avant, avec les pieds bien calés sur le puits de dérive. Le troisième équipier est moins bien loti sur le plat-bord, la faute à la petite hiloire qui scie un peu les cuisses à la longue. Au bon plein, avec le clapot rochelais, on embarque de sacrés paquets de mer. Le cockpit du Loup n’est pas autovideur. Une fois la Ouest Minime passée, il faut abattre légèrement. Forcément, le Speed Feet 18, le First 18 (ex-Seascape 18) et même l’Aloès 18 RS larguent le Loup avec leur carène planante et leur spi asymétrique. Mais naviguer avec le Loup se fait avec une certaine classe sans bouder le plaisir à la barre. Dans les rafales, il faut réguler cependant à la GV pour assagir la barre qui se durcit. Dans les virements de bord, l’écoute de GV a une fâcheuse tendance à se prendre dans le moteur hors bord, posé sur la plateforme arrière. Il faut prendre ses précautions dans les changements d’amure pour éviter la bôme assez basse et la poulie de renvoi de l’écoute de GV qui risquent de "scalper" l'équipage. Malgré ces défis, l’humidité embarquée ne semble pas ternir le sourire béat de l’équipage, témoignant du plaisir procuré par ce voilier.
La Communauté et la Redynamisation de la Série
La série des Loup connaît une véritable redynamisation. « Nous voudrions redynamiser la série des Loup et nous intégrer dans une classe à part, avec nos classements », explique Eric Bléreau, l’un des responsables de l'association dédiée, ajoutant que c'est le but de cette association et de son site, « pour que des petits nouveaux nous rejoignent. Nous leur proposerons des navigations, des conseils, des astuces ». Une dizaine de Loup pourrait participer à la Semaine du Golfe 2021. « Nous voudrions déjà qu’au printemps 2021 une dizaine d’entre nous au moins soit présents à la Semaine du Golfe du Morbihan à laquelle nous participerons dans la flottille 7 » précise Eric Bléreau, précisant aussitôt : « A condition bien sûr que d’ici là, la crise de la Covid-19 soit dans notre sillage. Elle nous a déjà empêchés de nous regrouper durant l’été 2020. C’est la vie ! ». Cette initiative témoigne d'un enthousiasme renouvelé pour ce monotype.
Le Stir Ven 19 : Élégance Rétro et Fabrication Avant-Gardiste
Le Stir Ven 19, avec sa coque à clins et son gréement houari, ainsi que son grand cockpit et sa voilure généreuse, affiche une ligne délicieusement rétro. Ce plan François Vivier est le petit frère du 22. Cependant, il est tout à fait moderne dans sa conception et sa fabrication. En matière de procédé de fabrication, le chantier Grand Largue est dans l’air du temps. Pierre-Yves de la Rivière, son créateur, utilise la découpe numérique, un procédé qui lui permet d’optimiser les coûts de production mais aussi de proposer le Stir Ven aussi bien barre en main qu’en kit, pour la construction amateur, assez prisée pour ce type d’unité.
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Ce day-boat est conçu pour le cabotage à la journée, la randonnée familiale, grâce à une manœuvrabilité simple. Si ces deux day-boats (le Loup et le Stir Ven 19) partagent une même inspiration classique, yachting classique pour l’un, canot de travail pour l’autre, ils n’ont pas les mêmes ambitions sur l’eau. Pour le Stir Ven, une fois le foc déroulé et la grand-voile envoyée aisément avec son pic, il est agréable d'évoluer dans les risées discrètes qui finissent par s’établir dans une légère brise. Le Stir Ven n’est pas désagréable à barrer, il honore chaque risée d’une légère accélération. L'objectif d'un échouage collectif, par exemple sur l'île de Ré, est tout à fait dans ses cordes. La mer se retire, et elle reviendra chercher le voilier dans deux heures, le temps de passer en revue ces différentes générations de day-boats qui partagent cette langue de sable.
La Renaissance des Bi-Loup : Robustesse et Innovation Constructive
Le Retour de Wrighton Bi-Loup : Une Résurrection Saluée
Les voiliers Bi-Loup du chantier Wrighton seront de retour dans les salons nautiques de la rentrée 2019. En septembre 2018, François Lebailly et ses associés annonçaient à regret à BoatIndustry la dissolution de Wrighton Bi-Loup. La disparition de la marque, connue dans le paysage de la plaisance, avait attristé de nombreux fidèles. C'était sans compter sur la résistance d'un chantier déjà repris plusieurs fois. Après plusieurs mois de rumeurs, deux repreneurs, Christophe Riotte et Yoann Cotte, confirment la renaissance de Wrighton. « Nous sommes tous les deux des industriels actifs dans d'autres domaines d'activité. Et nous naviguons sur des Bi-Loup depuis plusieurs années, » expliquent les nouveaux propriétaires.
Stratégie de Relance et Processus de Fabrication Modernes
Les nouveaux propriétaires ont à cœur de faire les choses bien, en prenant leur temps. Le siège de Wrighton SAS, la nouvelle structure, est à La Rochelle, mais la fabrication des bateaux a été rapatriée dans leur région, à Mâcon. « Nous souhaitons faire une relance en douceur. On a pris le temps de clarifier les choses au niveau de l'inventaire, du stock, de transférer les moules dans des ateliers propres. On veut prendre le temps d'optimiser les coûts de production et de transport pour être performants et faire une relance durable, » indique Christophe Riotte. La nouvelle équipe veut travailler l'image des bateaux et son positionnement sur le marché de la plaisance. Commercialement, le réseau de vente des bateaux est en recomposition.
La production s'appuie sur des partenaires performants. Pour cette visite, nous sommes allés dans la banlieue de Caen au chantier Shorteam Yard. En effet, ce spécialiste des pièces en polyester, chez qui sous-traite Allures pour la fabrication de ses ponts, possède là un outil performant avec plus de 1000 m² couverts capable de produire en infusion ou en injection. Une qualité de travail reconnue par les coureurs puisque Halvard Mabire y construit actuellement son prochain Classe 40. Toujours produits chez ShoreTeam à Caen, les Bi-Loup poursuivent leur nouvelle route.
Évolution des Modèles et Innovations Techniques
La gamme reprend sur les modèles Wrighton 26, Wrighton 30, pour lesquels les premiers devis sont à l'étude et la production prête à démarrer. Une nouvelle version du Bi-Loup 109, rebaptisé Wrighton 36, est annoncée cette année, retravaillée avec son architecte Vincent Lebailly et le designer Pierre Frutschi. « Notre objectif est de redonner de la jeunesse à la marque en travaillant aussi sur la performance. On va aussi travailler sur les finitions intérieures avec nos compagnons menuisiers qui réalisent les aménagements des bateaux en interne. Pour les coques et les ponts des bateaux, Wrighton pourra s'appuyer sur le savoir-faire des autres entreprises. »
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Cette nouvelle mouture, entièrement repensée, conserve toutes les caractéristiques qui ont forgé la personnalité des Bi-Loup. On retrouve le biquille dont les quilles font partie intégrante de la coque, des profils chargés de grenailles de fer pour assurer le lest (2 tonnes). Cependant, les quilles du 109 n'auront plus une semelle en fer, mais une sorte de chaussette en fibre de basalte qui vient habiller le bas de la quille sur 10 cm de haut, une évolution significative. Par rapport au 1er exemplaire, le numéro 2 aura les murailles de coque en sandwich mousse afin de gagner en poids. Un contre-moule de coque (celui qui accueille les cloisons et les aménagements) a aussi été réalisé. Il permet une construction plus rapide et plus soignée. La particularité de cet exemplaire sera visible dans les aménagements. L'installation du couchage de la cabine arrière est en travers de la route. Le propriétaire a aussi souhaité une table à cartes à l'extérieur, supprimant celle dans le carré, la remplaçant par un pupitre transversal installé sur un frigo.
Malgré l'absence de nouvelles commandes en vue pour le chantier à ce stade, si ce n'est un propriétaire qui désire une livraison en 2018, Vincent Lebailly reste confiant. « L'absence de structure chantier n'oblige pas à pousser à produire ou à vendre. » En parallèle, au rachat du chantier, il est resté deux coques du Bi-Loup 78. La première vient d'être finie et navigue actuellement même si elle n'est pas encore vendue. Ces « petits » Bi-Loup sont proposés au prix intéressant de 55 000 €. À suivre, la coque du Bi-Loup 109 numéro 3 est déjà sortie du moule. Elle se caractérise par un gelcoat gris foncé alors que le pont est dans un gris plus clair, offrant une esthétique moderne.