Yvan Bourgnon : Navigateur d'Exception et Pionnier de l'Arrivée de Catamarans Audacieux

Yvan Bourgnon, navigateur suisse de renom, incarne à lui seul l'esprit d'aventure, la ténacité sportive et un engagement profond pour la préservation des océans. Son parcours, jalonné d'exploits nautiques audacieux et de défis personnels, révèle une connexion indéfectible avec la mer, façonnée dès son plus jeune âge et transformée en une mission de vie. Que ce soit à travers ses victoires en compétition ou ses circumnavigations extrêmes sur des catamarans de sport, Yvan Bourgnon a constamment repoussé les limites du possible, marquant l'histoire de la voile par son audace et son inventivité.

Un Héritage Marin et une Vocation Précoce

Né le 6 juillet 1971 à La Chaux-de-Fonds, en Suisse, Yvan Bourgnon est issu d'une famille singulière, loin des clichés maritimes. Ses parents, Charles et Suzon, boulangers de profession, n'avaient jamais mis les pieds sur un bateau. Cependant, fascinés par les récits de Bernard Moitessier et inspirés par la lecture de "La Longue Route", ils se sont lancés dans une aventure extraordinaire. En 1970, le père d'Yvan décide de tout plaquer pour partir en mer avec Laurent, le frère aîné d'Yvan, alors âgé de quatre ans. Au cours de cette première traversée de l'Atlantique, aux Canaries, Suzon Bourgnon se retrouve enceinte d'Yvan. Il dira plus tard en plaisantant : « J’ai fait mes deux premières transats dans le ventre de ma mère ».

Ce premier projet de tour du monde ayant été ajourné, Charles Bourgnon, résolu à concrétiser son rêve, construit un Diam 40 en kit. C'est à l'âge de 8 ans qu'Yvan Bourgnon fait son premier tour du monde accompagné de ses parents. Ce périple, qui durera près de 4 ans, fut pour lui un réel déclic, une période fondatrice où il découvrira une grande passion pour l'aventure et la navigation. Dans cette période post-soixante-huitarde, ses parents étaient considérés comme des aventuriers pour l'époque, prônant déjà un mode de vie respectueux de l'environnement, consommant peu et privilégiant le compost. Les enfants Bourgnon sont très vite piqués par le virus de la voile, découvrant le vent, la mer, la pêche, la plongée et la planche à voile. C'était une véritable école de la vie, jalonnée de rencontres fabuleuses lors des escales dans des lieux paradisiaques, entrecoupées de cours dispensés par leur mère.

Le retour en France, après quatre années de vagabondage, s'effectue en Loire-Atlantique, près de Saint-Brevin-les-Pins, lorsque Yvan a 13 ans. Pour les deux frères, Yvan et Laurent, le retour à l'école et à une vie sédentaire ne représente pas leurs meilleurs souvenirs. Ils ne jurent désormais plus que par la voile et passent petit à petit de la croisière à la compétition. Yvan Bourgnon dévore chaque mois le magazine "Voiles et Voiliers", s'imaginant déjà voyager et naviguer. Seule la voile compte désormais, à tel point qu'il est viré du lycée en terminale pour absentéisme, obtient un bac G3 et abandonne un DUT au bout d'un an. Il devient un équipier recherché, costaud, motivé et un excellent manœuvrier, apprenant beaucoup aux côtés d'Alain Comyn sur des J 44, puis en Formule 40. Son frère Laurent, également une "tête brûlée", traverse l'Atlantique avec un copain sur un Hobie Cat 18, démontrant que les frères Bourgnon ont bien la mer dans le sang et ne font pas les choses à moitié.

Des Exploits en Compétition : Le Maître des Multicoques

Yvan Bourgnon deviendra un sportif de très haut niveau et un aventurier opéré, forgeant sa carrière dans la navigation. Pendant près de 17 ans, il a sillonné les océans sur les multicoques de 60 pieds ORMA, des navires surnommés les "F1 des mers". Sa soif de compétition et son talent l'ont mené à des victoires prestigieuses et à des records mondiaux. En 1995, Yvan Bourgnon se fait connaître en remportant un triplé inédit : le Mini-Fastnet, la Transgascogne et la Mini Transat, une performance qui n'a pas été renouvelée depuis. Cette victoire dans la Mini-Transat a marqué le début de sa reconnaissance dans le monde de la voile de compétition.

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Son palmarès s'enrichit rapidement. En 1997, ce skipper remporte la Transat Jacques Vabre avec son frère Laurent Bourgnon, sur "Primagaz". Cette victoire en double est un témoignage de la complémentarité et du talent des deux frères, les "jean-sans-peur de la voile". Laurent, qui avait séduit des sponsors et remporté la Solitaire du Figaro dès sa première participation, finit par passer la barre de son trimaran à Yvan lorsqu'il se retire de la course au large, confiant son expérience à son cadet.

Les records continuent de tomber. Yvan Bourgnon est aussi le recordman du monde des 24 heures avec 610 miles en 2005, un exploit réalisé en solitaire sur un trimaran. Il devient champion d’Europe en 2012 en Nacra F20, aux côtés de son coéquipier Sébastien Roubinet, avec qui il effectue également le tour du Cap Horn à bord de ce catamaran de 6 mètres de long en janvier 2012. En septembre 2010, il bat un autre record en traversant la Méditerranée avec Jérémie Lagarrigue, reliant Marseille à Carthage (Tunisie) en 53h52’. La Route du Rhum, les championnats de France en catamaran, la traversée de la Manche, tant d'aventures et de tribulations qui attestent de sa polyvalence et de son excellence.

Malgré les succès, sa carrière n'est pas exempte de drames et de défis. Lors de la Route du Rhum 2002, une redoutable tempête dans le golfe de Gascogne met au tapis 15 des 18 multicoques engagés. Quand la plupart des skippers déclenchent leur balise de détresse et se font hélitreuiller, lui décide de rester à bord de son trimaran retourné. Sans pouvoir accéder au poste avant où sont stockés eau et avitaillement, il patiente et lutte en combinaison de survie pendant cinq jours et cinq nuits, sans rien à se mettre sous la dent, même après la panne du remorqueur venu le chercher. Cet épisode illustre déjà la résilience et la détermination hors du commun d'Yvan Bourgnon.

Le Tour du Monde "À l'Ancienne" : L'Odyssée du Catamaran de Sport

En 2013, Yvan Bourgnon se lance un défi considéré comme impossible : faire le tour du monde en Catamaran de Sport sans habitacle et sans GPS. Ce projet, baptisé "Défi Atlantis Télévision", séduit immédiatement l'équipe d'Atlantis qui accompagnera ses exploits marins. L'idée était de revenir aux valeurs simples de la navigation, uniquement à l'aide d'un sextant (sans GPS) et de cartes traditionnelles.

Le 5 octobre 2013, Yvan Bourgnon part des Sables-d’Olonne à bord de son catamaran de sport de 6,30 m de long et 4 m de large, dépourvu de cabine. Initialement accompagné de Vincent Beauvarlet, les deux navigateurs ne bénéficient pas d’assistance et ne reçoivent pas d’informations météo. Cependant, à Las Palmas de Gran Canaria (îles Canaries), Vincent Beauvarlet abandonne. Le 20 novembre, Yvan Bourgnon continue seul, une décision qui amplifie la folie et la grandeur de son entreprise. Il arrive au Marin, en Martinique, le 10 décembre.

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Le périple le mène à traverser le canal, à quitter l’archipel des Perles le 23 février, et à arriver à Puerto Baquerizo Moreno, dans l’île San Cristóbal (Galápagos), le 2 mars. Le 7 mars, il repart pour son étape la plus longue, vers les îles Marquises. Après des escales aux Tuamotu, à Tahiti, à Raiatea, à Bora-Bora et aux Samoa, il arrive à Viti Levu (la plus grande des îles Fidji) le 17 mai. Son voyage se poursuit avec des escales aux îles Vanuatu et à Darwin, en Australie. Le 12 juillet, il quitte Bali pour les Maldives.

C'est alors que survient un événement dramatique. Les conditions de mer s’étant détériorées, il se déroute sur Galle, au Sri Lanka. Le 1er août 2014, à l’approche de ce port, Yvan Bourgnon fait naufrage. Son catamaran, baptisé "Louloutte", est totalement détruit, disloqué, et Yvan subit une hernie discale. Dans cette mésaventure, il fut éjecté de son catamaran mais s’en est sorti miraculeusement indemne. Ce drame le pousse à penser que l'aventure est terminée : « Quand je m’échoue, que mon bateau est disloqué, que j’ai une hernie discale, que certains sponsors s’arrêtent, là je me suis dit: l’aventure est terminée », raconte le navigateur suisse.

Pourtant, Yvan Bourgnon est un dur à cuire, "shooté" à l'adrénaline, toujours partant pour des records et autres expéditions "un peu sauvages". Après 2000 heures de travail dans trois chantiers différents, financés grâce à une campagne de financement participatif, il reprend la mer le 22 mars 2015, au Sri Lanka, là où son aventure s’était interrompue. Cette seconde partie du voyage est encore plus ardue que la première. « Je pensais que c’était une formalité. Et je me suis retrouvé à gérer la partie la plus difficile de mon défi. La Mer Rouge et la Méditerranée, ça a été des vents contraires permanents, des grosses vagues, des tempêtes, des cargos dans tous les sens ». Il rencontre également des pirates à Djibouti en avril, et fait face à un manque d'eau potable ainsi qu'à des difficultés à remonter la mer Rouge. Malgré ces péripéties, il se souvient aussi de moments de pur bonheur : « Entre la Martinique et Sumatra, ce n’était que du bonheur… Des alizés, des vents stables, je me suis éclaté ».

Le défi, considéré comme impossible, a prouvé la résilience d'Yvan Bourgnon. « Au début de mon périple, on m’a pris pour un fou, mais moi j’ai toujours voulu montrer au grand public qu’on peut réaliser des défis à taille humaine sans dépenser des sommes astronomiques ». Il réussit tout de même son défi en juin 2015, après 230 jours en mer et un parcours de plus de 55 000 kilomètres. Yvan Bourgnon est un homme qui pousse les limites, et comme il le souligne : « Le danger c’était de penser l’arrivée et de se déconcentrer. C’est un bateau petit, une coque de noix. Dix secondes de déconcentration et t’es à l’envers. Tu ne peux jamais te relâcher. Jusqu’à hier soir, je me suis mis dans la tête que j’étais encore dans mon défi ».

L'arrivée du navigateur suisse Yvan Bourgnon, âgé de 43 ans, est un moment mémorable. Le mardi 23 juin 2015, peu avant 11h, Yvan Bourgnon franchit la ligne d’arrivée au large de Ouistreham, dans le Calvados, avec les bras levés au ciel et un sourire aux lèvres. Le 24 juin 2015 à 11h30, Yvan Bourgnon achève son périple à Ouistreham, marquant la fin de cette odyssée hors du commun. Salué par le public amassé sur les berges, il revient après 20 mois de navigation. Entouré d’une nuée de bateaux venue à sa rencontre, il fait un tour d’honneur mérité, lui qui a bravé vents et marées pour atteindre son objectif. À 13h, il entre dans l’écluse, accueilli par Romain Bail, le maire de Ouistreham Riva-Bella. Ses deux enfants montent alors à bord de son bateau pour des retrouvailles émouvantes. Ces bras levés, signe de victoire, marquent une journée historique pour Yvan Bourgnon. Notre héros a réussi à boucler un défi incroyable en franchissant des obstacles qui paraissaient insurmontables.

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L'accueil est à la hauteur de l'exploit : un comité d’accueil composé de plusieurs centaines de spectateurs lui réserve un hommage vibrant. Sous un beau soleil, il est accueilli par les vivats de centaines de personnes, dont 150 enfants des écoles de la ville scandant « Yvan! Yvan ! » au rythme d’une cornemuse, tandis que le catamaran de 6,20 mètres de long de Bourgnon entre dans le port normand. Cette effervescence contraste fortement avec la solitude des 20 derniers mois qu'il a vécue : « C’est complètement dingue, je ne m’attendais pas à cela ».

Les émotions sont palpables. Yvan Bourgnon déclare : « Je suis heureux de revenir, de toute façon il fallait bien que je remette les pieds sur terre, que je revois mes proches et que je partage ce moment avec tous les amoureux de la nature. Mais j’ai tellement peur que ça s’arrête que j’ai déjà prévu de partir trois semaines sur ce bateau avec mes enfants cet été ». Sa maman, Suzanne, submergée par l’émotion, peine à trouver les mots, confiant que cette aventure fut en quelque sorte un cauchemar : « J’espérais que ça ne se fasse pas. C’est dur. Il risquait sa vie. Au début il avait un bateau suiveur en cas de pépin. Mais après, il n’avait plus rien ». Vingt mois après son départ, après trois océans, treize mers, vingt escales, sept tempêtes, un échouage et deux chavirages, Yvan Bourgnon a bouclé son Tour du Monde.

Le lendemain de son arrivée triomphale, une nouvelle tragique vient assombrir cette victoire immense : Yvan apprend que son frère, Laurent Bourgnon, vient de disparaître tragiquement dans un accident de plongée en Polynésie. Anéanti par ce terrible drame, Yvan Bourgnon se jette dans le premier avion, remue ciel et terre pour tenter de le retrouver, sans succès. Un coup dur qui aurait pu le faire changer de vie.

Au-delà du Cercle Polaire : Le Passage du Nord-Ouest

Malgré la douleur de la perte de son frère, Yvan Bourgnon n'est pas homme à s'arrêter là. Toujours sur son catamaran de sport baptisé "Ma Louloutte", cet homme, que l'on dit parfois "un peu barré" mais qui trouve cela usurpé, se lance dans un défi encore plus fou après son tour du monde : celui de franchir le Passage du Nord-Ouest. En 2017, le skipper réussit son défi du passage du Nord-Ouest, toujours en bateau de sport, et devient le premier homme à avoir navigué sur des routes polaires dans un navire non habitable.

Cette expédition dans la zone arctique sur un catamaran de sport de 6 mètres est, par définition, inadaptée aux longues traversées en milieu polaire. Yvan Bourgnon a bravé en solitaire et sans assistance le froid polaire, une météo très difficile et le danger des glaces. Imaginez Yvan pieds nus sur la banquise, essayant de remettre à l’eau son embarcation bloquée par de gros « glaçons » comme il le dit. C'est un combat constant où il n'y prend aucun plaisir apparent : il souffre, il est tout tendu, il est stressé, il se les gèle, il n’en peut plus. Mais il le fait. Il y va, il continue, il passe partout, il fonce tête baissée, prouvant encore une fois qu'il est un "gladiateur des océans".

Les péripéties sont nombreuses dans les glaces. Il manque notamment de se faire dévorer par un ours polaire qui monte sur son bateau en pleine nuit noire, mais gagne son pari. Ce passage s’étant ouvert à cause du réchauffement climatique, Yvan Bourgnon est aujourd’hui très engagé en faveur de l’environnement, une prise de conscience renforcée par cette aventure extrême.

Un Engagement Profond pour les Océans : The SeaCleaners

En bourlinguant sur toutes les mers du globe, Yvan Bourgnon est devenu un témoin direct de l'envergure de la pollution océanique. Il souffre de voir son terrain de jeu défiguré par les déchets plastiques et autres détritus. « Depuis que je navigue, j’ai tellement connu de collisions avec toutes sortes d’OFNI, et j’ai beaucoup cassé de flotteurs, de dérives… Cela a influencé ma carrière sportive, pas forcément en bien. Enfin, lors de mon tour du monde en cata de sport, j’ai croisé énormément de détritus et autres plastiques, et ça m’a choqué ». C'est cette réalité dévastatrice, combinée à la perte de son frère, qui l'a poussé à franchir un nouveau cap dans sa vie de navigateur et à donner un sens plus large à son engagement.

Il se dit alors que dans la vie, il n’y a pas qu’aller à toute vitesse d’un point A à un point B. C'est ainsi qu'il fonde l’association The SeaCleaners, qui lutte notamment contre la pollution et le plastique dans les océans. L'objectif est de développer une solution efficace pour combattre la pollution plastique des océans. Chaque année, Yvan s’implique beaucoup pour lutter contre la pollution plastique dans l’Océan.

Son projet le plus ambitieux est la construction d'un quadrimaran géant, le "Manta", un bateau ultra futuriste capable de filtrer les eaux et de récolter les déchets plastiques flottants. Ce projet est en passe d’aboutir, illustrant sa volonté de passer de l'observation à l'action concrète. Face au réchauffement climatique et à son impact sur les océans, The SeaCleaners a pour objectif de les préserver, témoignant de la transformation d'un aventurier en un écologiste de premier plan.

Le Navigateur Conférencier et l'Inspiration

Riche de ses expériences exceptionnelles, Yvan Bourgnon est également un conférencier engagé. Il donne des conférences depuis 25 ans, abordant des thèmes tels que le dépassement de soi, l’écologie et le management. Grâce à ses aventures hors du commun dans les océans, il peut facilement captiver son auditoire lors des conférences en entreprise. L’urgence à agir et la passion qui l’anime sont ressenties au travers de son témoignage vécu, vivant, accessible, direct et sans affectation.

Ses interventions et la thématique de la dépollution des océans ont été particulièrement bien perçues par de nombreux collaborateurs. En partageant ses défis, comme la gestion de situations de crise ou la résilience face à l'échec, il offre des méthodes fiables pour appréhender le stress et mieux gérer les difficultés. Son projet contre les déchets plastiques dans l’Océan lui permet d’aborder le thème de l’écologie de manière concrète et inspirante.

En reconnaissance de son expertise et de son engagement, Yvan Bourgnon a eu l'honneur d'être le président du jury du Prix du Meilleur Loueur de Bateaux de l’Année 2017, un événement visant à mettre en lumière les professionnels de la location de bateaux et leurs efforts pour la qualité de service et le respect de l'environnement.

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