L'impression visuelle à l'entrée des joueurs dans le bassin est frappante : des golgoths. Comptez entre 1,90 et deux mètres. Des blocs de granit. Les poloïstes serbes et américains, par leur carrure, pourraient aisément jouer dans un péplum, comme on a pu le constater lors de la demi-finale du tournoi olympique de water-polo, à l'Arena de Paris La Défense. Sauf, qu'ici, ils ne se battent pas avec des lances ou des tridents, mais autour d'un ballon. L'eau y a certes remplacé le sable de l'arène, mais il s'agit pourtant bien d'un combat, d'une confrontation incessante qui met à l'épreuve le corps et l'esprit des athlètes. Le water-polo, un sport collectif aquatique de contact qui oppose deux équipes de sept joueurs, est bien plus qu'une simple nage agrémentée de passes et de tirs. Il associe le plaisir de nager à des qualités d’adresse, de force et d’intelligence tactique, ce qui en fait l’un des sports aquatiques les plus complets et exigeants physiquement.
La Nature Colossale et l'Exigence Physique Inégalée du Water-Polo
Pour schématiser l'excellence requise au water-polo, il faut être mi Léon Marchand, mi Mikkel Hansen. Il s'agit de savoir nager comme le Poséidon français et tirer au but comme le Thor danois. Le tout se déroule pendant quatre périodes de huit minutes durant lesquelles les sept guerriers d'une équipe ne disposent que de 30 secondes pour tenter de marquer, sans jamais être autorisés à prendre pied au sol, ni sur les rebords. C'est un sport hyper complet, comme nous l'éclaire Lou Counil, ancienne internationale tricolore et consultante pour franceinfo: sport. Selon elle, il faut de l'endurance pour pouvoir répéter les efforts et parcourir cinq kilomètres de nage par match, de la vitesse pour sprinter et de la force pour passer son vis-à-vis en un contre un. Le water-polo exige agilité et rapidité dans un milieu qui ne nous est pas naturel. Le seul fait de devoir se maintenir légèrement au-dessus de l’eau à la seule force des jambes représente un effort considérable.
La discipline n'est pas que physique. Il faut essayer de se maintenir en position statique en pratiquant un battement de jambes en rétropédalage pour ne pas couler, avant d'attraper un ballon à une main avec généralement une gerbe d'eau ou un coude adverse qui vous arrive dans les yeux. Puis tenter d'effectuer un ciseau pour propulser la partie haute de votre corps hors de l'eau et déclencher un tir à travers une forêt de mains. Essayez. Vous ne serez donc pas surpris d'apprendre, peut-être, que le très sérieux Bleacher Report a classé le water-polo comme "sport le plus difficile du monde" en 2011, dans un article en anglais. Pour établir son classement, le site américain s'est basé sur plusieurs critères, notés sur 10 : vitesse, endurance, force, agilité, technique et coups reçus. Avec 44 points sur 60, le water-polo devançait des disciplines comme les Australian Rules (sorte de rugby en plus barbare), la boxe, le rugby justement et le hockey sur glace. Ce classement, confirmant le caractère impitoyable de ce sport, met en lumière la puissance physique et l’endurance hors norme qu’il exige de ses pratiquants. Les gens sous-estiment souvent l’énergie que demande le maintien en suspension et la puissance nécessaire pour propulser son corps hors de l’eau, explique Lou Counil, soulignant l'intensité de chaque action.
L'Arène Aquatique : Un Combat Implacable et ses Zones d'Ombre
Le leader de ce classement pourrait écraser davantage la concurrence si cette discipline, créée en Inde par des officiers britanniques au milieu du 19e siècle, avait gardé ses règles initiales. À cette époque, on pouvait en effet couler son adversaire. Dans les faits, aujourd'hui, on n'en est pourtant pas si loin. Chaque match ressemble à un combat de titans. Il suffit de regarder l'énorme bouillon à "la pointe", ce lieu de fixation devant les buts où la prise de position préférentielle est primordiale, pour constater que, comme le rappelle Lou Counil, "le water-polo est avant tout un sport de combat". Qu’on le veuille ou non, les joueurs de water-polo sont de véritables guerriers aquatiques à la carrure impressionnante, qui ne se battent pas avec des lances, mais avec des ballons.
Malgré une salle aussi remplie que lors d'une finale de 100 m nage libre, les cris des poloïstes déchirent l'Arena. Soit pour signifier qu'ils sont démarqués, soit pour exprimer des cris de douleur. Dans la zone de pointe, on voit ainsi des têtes disparaître sous l'eau pendant plusieurs secondes, et des corps de plus de 100 kilos être balancés. C'est un spectacle impressionnant où le spectateur souffre avec le nageur, où il craint même pour la santé de ce dernier. Pourtant, Ema Vernoux, internationale française, assure "n'avoir jamais vraiment eu peur de se noyer". Tandis que le ballet des remplacements, pour suppléer un joueur aux muscles tétanisés ou au cardio dans le rouge, rythme le match, les arbitres, véritables lilliputiens au pays de ces Gulliver, tentent comme ils peuvent de repérer les fautes.
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Ce n'est pas ce qui manque et le pugilat aquatique ne fait que le confirmer. "C'est un peu comme au judo où il faut attraper le kimono de son adversaire." Affleure ici la partie immergée de l'iceberg. Celle qui fait, aussi, la réputation du water-polo. Celle des coups invisibles mais pourtant bien réels. Celle des coups bas surtout. Chez les filles comme chez les garçons, viser les parties intimes de l'opposant(e) fait partie intégrante du jeu. "Si on ne supporte pas de prendre des beignes, on ne fait pas ce sport", affirme en préambule Ema Vernoux. Les joueurs se donnent des coups en douce, comme au hockey sur glace, tout en essayant de rester à flot, de ne pas se noyer, et de marquer. Au milieu de ce chaos organisé, il y a les "pointes", les athlètes les plus robustes, postés près des cages. À ce poste, il faut dominer la zone, supporter les pressions et saisir les opportunités tout en restant en mouvement constant. Malgré les règles imposées, la stratégie et les coups tactiques font partie intégrante du jeu.
Les Risques et Blessures Spécifiques au Water-Polo : Le Prix de l'Engagement
Au water-polo, on dépense énormément d’énergie. Cette discipline collective mélange à la fois, cardio, esprit tactique et sport de contact. Et qui dit contact, dit forcément qu’il y a des blessures. Sans que cela ne tourne au tristement célèbre "bain de sang" ayant opposé l'URSS et la Hongrie en 1956, il n'est pas rare que les poloïstes sortent du bassin avec une arcade ouverte ou une lèvre fendue. "J'ai eu le nez dévié récemment", se souvient Ema Vernoux. Les blessures les plus fréquentes au water-polo sont avant tout traumatiques. Parmi elles, on retrouve beaucoup de commotions cérébrales. Selon l’étude menée par Félix Croteau (Pht. de l’équipe nationale de water-polo), environ 35% des joueurs de water-polo ont déjà subi une commotion cérébrale.
Mais pour quelle raison un athlète sur trois est victime de cette pathologie ? À cause des coups reçus par les autres joueurs, lors de tirs, de blocks ou même de simples phases de jeu. Il existe aussi une autre raison à ces commotions : le ballon. Que ce soit pour contrer ou en simple "rebond", la balle a une fâcheuse tendance à terminer dans la zone du visage des joueurs. Comme il s’agit d’un sport qui se joue à la main, cette dernière est bien souvent mise à rude épreuve. Le ballon est responsable d’une partie des blessures, mais les contacts entre joueurs le sont tout autant. Résultat, on observe un bon nombre d’entorses interphalangiennes et du pouce, de fractures des phalanges et des métacarpes.
Puisqu’il faut nager, on retrouve forcément le même type de blessure chez les joueurs de water-polo que chez les nageurs. C’est-à-dire des blessures à l’épaule dues à une surutilisation. Le syndrome d’accrochage est très répandu car les joueurs utilisent beaucoup leurs épaules pour se déplacer, le plus souvent en sprint. À force de répéter les lancers, la longue portion du biceps et la coiffe des rotateurs sont soumises à de gros efforts. Les tendons, en particulier ceux des épaules, sont particulièrement vulnérables chez les joueurs de water-polo. Ils peuvent subir des microtraumatismes souvent liés à un problème de technique. Autre articulation la plus sollicitée après l’épaule, le coude bien entendu. Ici c’est la répétition de lancer et les blocs qui sont responsables des blessures. Le compartiment médial du coude (la partie à l’intérieur de l’articulation) est la plus touchée. Si on observe de manière encore plus précise, c’est le ligament collatéral ulnaire qui subit le stress des actions.
Le genou n’est pas épargné : le rétropédalage, la technique de rotation des jambes qui permet de se maintenir en surface, peut entraîner des tendinites de la patte-d’oie (les tendons de trois muscles situés au bas de la cuisse qui s’attachent sur le côté interne du genou). Après la tête et le bras, c’est la hanche qui est souvent touchée par les blessures. Pour faire du surplace ou pour avancer, les joueurs effectuent des mouvements de rotations des jambes (comme pour la brasse). Ce travail demande aux hanches de s’ouvrir de manière répétitive. Paradoxalement, les joueurs de water-polo oublient souvent de boire suffisamment pendant et après l’effort. Difficile de penser à la déshydratation dans une piscine ! Les tendons souffrent de cette déshydratation qui les rend plus sujets aux microtraumatismes.
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Réglementation et Tentatives de Maîtrise de l'Intensité du Water-Polo
Un match de water-polo se compose de 4 périodes de 8 minutes de jeu effectif (7 minutes pour les moins de 18 ans). Ces périodes sont séparées par des temps de repos de 2 minutes sauf entre la 2ème et la 3ème période où le repos est de 5 minutes. La durée totale approximative d'un match est d'1h20. Une équipe se compose de 13 joueurs dont 6 remplaçants. Ceux-ci peuvent entrer en jeu à tout moment à partir de leur propre zone d'exclusion (au-delà de la ligne de but), à partir du moment où l'équipe est en possession de la balle. Un gardien de but et 6 joueurs de champ évoluent dans l'eau en même temps, pour chaque équipe. Le gardien porte, généralement, le bonnet numéroté 1, de couleur rouge. Les autres joueurs portent des bonnets numérotés de 2 à 13. L'équipe qui joue à domicile porte les bonnets clairs (blancs), les visiteurs, les bonnets foncés (noirs ou bleus).
Les 6 joueurs de champ s'organisent habituellement en un demi-cercle, à 5-7 mètres du but adverse, avec un joueur au centre appelé pointe. Ce poste est assez particulier car le joueur fait face à ses coéquipiers, et tourne donc le dos au gardien adverse. Son rôle est de récupérer une passe, souvent faite sur l'eau, à tourner son défenseur (l'arrière pointe ou contre pointe) pour se retrouver face au gardien et à tirer rapidement. Le jeu pointe/arrière pointe est très engagé et très physique puisqu'une certaine tolérance est laissée aux deux joueurs. Le porteur du ballon peut être chargé par un adversaire, et le droit de charge est autorisé sur le porteur de balle. Pratiquement, une grande liberté de manœuvre est laissée aux défenseurs pour agir sur le porteur de la balle, à l'exclusion des coups visant la tête.
Chaque équipe, dès qu'elle prend possession de la balle (interception, engagement, etc.) dispose d'au plus 28 secondes pour tirer au but. Dans ce cas (qu'il y ait but ou non, ou encore corner), le décompte de ces 28 secondes est réinitialisé à 20 secondes. Il est également réinitialisé si un joueur de l'autre équipe est exclu. La moindre hésitation se paye cash, avec un retour de balle immédiat à l’équipe adverse. Les arbitres tentent, tant bien que mal, de surveiller cette mêlée aquatique. Cependant, il est presque impossible de tout voir, et nombre de coups échappent à l'œil des juges. Les fautes personnelles peuvent entraîner des exclusions temporaires ou des penalties. Après trois fautes personnelles, un joueur est définitivement exclu. La balle doit être maniée à une seule main (sauf pour le gardien). Elle ne doit pas être sous l'eau. Le joueur ne peut s'appuyer sur aucune partie du bassin (buts, bords ou fond du bassin) pendant le temps de jeu (si un gardien s'appuie sur le bord du bassin, un penalty est sifflé contre son équipe). Lou Counil rappelle que "la VAR, sur certaines compétitions, sert désormais à traquer les brutalités", bien qu'avec un effet parfois relatif.
Les dimensions du terrain sont de 30 mètres par 20 mètres pour les matchs masculins (avec possibilité de jouer en 25m si le bassin n'est pas assez grand) et 25 mètres par 20 mètres pour les matchs féminins. La profondeur minimale requise est de 2,20 mètres, sauf pour les compétitions Élite où des tolérances sont possibles. Une zone rouge, un rectangle autour du but éloigné de 2m, marque la zone de hors-jeu. Chaque joueur est équipé d’un simple bonnet pour différencier les équipes et éviter les blessures aux oreilles, le gardien portant un bonnet distinctif.
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