Le Bain de Sang de Melbourne : Histoire du Water-Polo entre l'Italie et la Hongrie

Le water-polo est un sport avec une histoire riche, marquée par des moments de gloire, de rivalité intense et parfois de violence. Cet article explore l'histoire du water-polo, en mettant en lumière la rivalité entre la Hongrie et l'Italie, et en se penchant sur l'un des matchs les plus tristement célèbres de l'histoire olympique : le "bain de sang de Melbourne" en 1956.

Les Origines du Water-Polo

Une variante du water-polo était pratiquée dans la Rome antique, populaire parmi les légionnaires qui l'ont propagée à travers l'empire. Ils pratiquaient ce jeu dans les piscines des thermes.

Le water-polo moderne est né en Grande-Bretagne au XIXe siècle. En 1869, les membres du club de natation de Bournemouth pratiquaient un jeu dont les règles se rapprochaient du water-polo moderne. Les premières règles ont été édictées en 1870 par le club de natation de Londres, et publiées en 1876. Le premier match interclubs a eu lieu à Londres en 1874, et le premier match international en 1890, opposant l'Angleterre à l'Écosse. Le premier championnat, celui d'Angleterre, a débuté en 1888.

Une version américaine du jeu, plus violente, s'est développée à partir de 1897. Les Américains ont pratiqué ce "softball" (à ne pas confondre avec le sport dérivé du baseball) jusqu'aux années 1930, mais ont convenu de respecter les règles britanniques depuis 1914.

Le water-polo est devenu un sport olympique pour les hommes dès les Jeux de Paris en 1900, en même temps que le rugby à XV, ce qui en fait le premier sport collectif à intégrer le programme olympique. La Fédération Internationale de Natation (FINA) a pris le contrôle du sport en 1911. Un championnat du monde masculin a été mis en place à partir de 1973, et un championnat féminin à partir de 1986, en complément de la coupe du monde féminine à laquelle elles ont accès en 1979. Les Jeux olympiques ne leur sont ouverts qu’en 2000. Lors des éditions de 1900 et 1904, la compétition se déroulait encore entre clubs et non entre les Nations. Ainsi, la première médaille d’or de l’histoire a été gagnée par l’Osborne Swimming Club, et non pas par la Grande-Bretagne.

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Les Britanniques ont dominé les palmarès jusqu'aux années 1920. La France, la Belgique, la Suède, la Hongrie et l'Allemagne ont ensuite rivalisé avec les créateurs britanniques. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Italie, la Yougoslavie et l'URSS sont venues rejoindre l'élite mondiale. En France, les femmes jouaient principalement à Tourcoing et à Paris, où un premier championnat a été organisé en 1922.

Composition d'une Équipe et Règles Principales

Une équipe de water-polo se compose de 7 joueurs, avec 6 remplaçants. L'équipe a 1 ou 2 gardien(s) qui peuvent avoir le no 1 et le 13 pour le gardien remplaçant. Un gardien de but et 6 joueurs de champ évoluent dans l’eau en même temps, pour chaque équipe. Le gardien porte un bonnet numéroté 1, de couleur rouge. Les autres joueurs portent des bonnets numérotés de 2 à 13. L’équipe qui joue à domicile porte les bonnets blancs, les visiteurs, les bonnets bleus.

Les matchs sont divisés en quatre périodes de 8 minutes de jeu effectif. Ces périodes sont séparées par des temps de repos de 2 minutes, sauf entre les 2e et 3e périodes où le repos est de 5 minutes. Chaque équipe peut demander 1 temps mort d’une minute par période lorsqu’elle est en possession de la balle (attaque).

Chaque équipe, dès qu’elle prend possession de la balle, dispose d’au plus 30 secondes pour tirer au but. Si le décompte arrive à son terme, une faute est sifflée et la balle est donnée à l’autre équipe.

Les 6 joueurs de champ s’organisent habituellement en un demi-cercle, à 2-7 mètres du but adverse, avec un joueur au centre (appelé pointe ou cavalier). Ce poste est assez particulier car le joueur fait face à ses coéquipiers, et tourne donc le dos au gardien adverse.

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Le droit de charge est autorisé sur le porteur de balle, mais les arbitres ont une vision limitée de ce qui se passe sous l’eau.

Les Fautes au Water-Polo

Il existe différents types de fautes au water-polo :

  • Faute simple: La balle doit être maniée à une seule main (sauf pour le gardien). Elle ne doit pas être sous l’eau. Le joueur ne peut s’appuyer sur aucune partie du bassin pendant le temps de jeu. Il est également interdit de frapper le ballon avec le poing (sauf pour le gardien) et de lancer de l’eau sur un adversaire.
  • Fautes graves: Une faute commise sur un attaquant dans la zone des 2 mètres est sanctionnée par une pénalité, tirée sur la ligne des 5 mètres. Nager sur le dos de son adversaire, frapper son adversaire involontairement entraîne une faute grave avec exclusion de 20 secondes.
  • Exclusion Définitive Avec remplacement (EDA): Certaines fautes graves (par exemple la perturbation volontaire du jeu) sont sanctionnées par une Exclusion Définitive Avec remplacement (EDA).
  • Exclusion Définitive Avec pénalité (EDA+pénalité): Si la faute est plus grave (par exemple, un coup volontaire), le joueur est exclu du match, ne peut pas être remplacé par un membre de son équipe pendant 4 minutes et une pénalité est donnée à l’équipe adverse.

L'Aire de Jeu et le Ballon

La surface de jeu est de 30 mètres par 20 mètres pour les matchs masculins et de 25 mètres par 20 mètres pour les matchs féminins. La profondeur minimale est de 1,80 mètre. Plusieurs lignes symbolisées par des plots matérialisent la surface de jeu.

Le ballon a une circonférence comprise entre 65 et 67 cm pour les femmes, et entre 68 et 71 cm pour les hommes. Son poids peut varier dans les limites de 400 à 450 grammes.

Un but est marqué quand tout le ballon a franchi entièrement la ligne de but, entre les deux poteaux de but et sous la barre transversale. Un but peut être marqué de n’importe quel endroit de la surface de jeu, avec n’importe quelle partie du corps, à l’exception du poing fermé.

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La Hongrie : Une Nation Dominante du Water-Polo

S’il est une équipe qui a dominé le monde du water-polo, c’est bien sûr la Hongrie. Depuis les Jeux de 1928 à Amsterdam, la Hongrie a toujours décroché l'or ou l'argent olympique. Sacrée en 1932 et 1936, elle a reconquis le titre à Helsinki en 1952.

Le water-polo, en Hongrie, incarne à la fois une tradition populaire et d'excellence. Tradition née dès les années 30 et qui perdure aujourd'hui encore au XXIe siècle. Avec l'escrime, et particulièrement le sabre, c'est l'autre grande école du sport magyar. Dans aucun autre pays cette discipline ne tient une place aussi importante. Si l'on considère les performances des sportifs de haut niveau, alors effectivement le water-polo est probablement le sport numéro un en Hongrie.

Cependant, les Hongrois sont parfois déçus par les résultats de leur équipe nationale, même lorsqu'elle se classe quatrième aux championnats d'Europe. L'histoire du sport ne retient que les noms des vainqueurs, et la victoire renforce la confiance en soi et l'enthousiasme collectif.

Le "Bain de Sang de Melbourne" : Un Match Marqué par la Tension Politique

Les Jeux olympiques de Melbourne de 1956 ont été le théâtre de nombreux boycotts. En pleine crise du Canal de Suez, l'Égypte, le Liban et l'Irak ont décidé de ne pas participer.

Quelques semaines avant les Jeux, en Hongrie, des mouvements citoyens sont massivement descendus dans les rues pour tenter de renverser la République populaire hongroise, considérée comme totalement soumise au pouvoir soviétique. Ce mouvement révolutionnaire a été rapidement coupé dans son élan et brutalement réprimé par les autorités hongroises et avec l'aide de l'Armée Rouge. La répression a fait plusieurs milliers de victimes.

Cet envahissement de la Hongrie par l'URSS s'est répercuté dans le bassin olympique de Melbourne, pour la demi-finale de water-polo entre les deux pays. La partie a été si brutale que l'on parle aujourd'hui du "bain de sang" de Melbourne pour évoquer l'agressivité des deux équipes.

À 4-0 en faveur de son équipe, le public hongrois est devenu hystérique lorsqu'Ervin Zador, auteur de deux buts, est sorti de la piscine, le visage en sang. Il s'agissait du résultat d'un violent coup de tête asséné par son vis-à-vis, le joueur russe Valentin Prokopov.

La photo a fait le tour du monde. Une des images les plus fortes et les plus célèbres de l'histoire des Jeux olympiques. Sur ce cliché, un visage, un peu hagard, et un long et large filet de sang partant du coin de l'œil droit pour ne plus s'arrêter. Ce visage et ce regard appartenaient à Ervin Zador.

Pour Zador, "les matches face à l'URSS étaient traditionnellement tendus. Mais à Melbourne, c'était une autre dimension. Nous ne jouions pas seulement pour nous, mais pour nos frères, pour nos familles qui souffraient au pays. Il nous fallait absolument gagner l'or et punir les Russes".

Les Hongrois ne sont pas les derniers à jouer la carte de la provocation. C'était même une stratégie bien réfléchie.

Le match a été interrompu avant son terme. Il a fallu une escorte de police pour ramener les Soviétiques jusqu'à leur vestiaire et éviter le lynchage collectif.

L'Italie et le Water-Polo : Gloire Passée et Contestations Récentes

Après la Seconde Guerre mondiale, l'Italie est venue rejoindre l'élite mondiale du water-polo. Cependant, récemment, l'équipe italienne a connu des moments de contestation.

Par exemple, lors des JO de Paris 2024, les Italiens, éliminés en quarts de finale après une décision arbitrale litigieuse, ont tourné le dos aux arbitres pendant les hymnes lors d'un match de classement contre l'Espagne. Lors de cette rencontre contre la Hongrie, l'arbitre a expulsé un joueur italien accusé de comportement violent, annulant également le but que ce dernier venait de marquer.

S'il a été finalement reconnu que Francesco Codemi n'avait pas eu un comportement violent et sa sanction levée, le règlement interdit de modifier le résultat d'une rencontre, et la qualification de la Hongrie en demi-finales a été confirmée. En protestation, le joueur est resté hors de la piscine durant quatre minutes contre l'Espagne, durée de son exclusion en quarts de finale. L'Italie s'est finalement inclinée 11 à 9.

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