Le vol à voile, bien plus qu'une simple discipline sportive, est un témoignage vivant du patrimoine aéronautique. L'histoire de cette pratique à La Llagonne est intimement liée à l'évolution de l'aéroclub du Languedoc et à la passion d'hommes et de femmes pour le vol sans moteur.
Les origines du vol à voile à Toulouse et l'essor de l'Aéroclub du Languedoc
Le 30 avril 1930 marque un tournant avec la création à Toulouse de la « Société française de vol à voile », une initiative audacieuse visant à développer le vol sans moteur, propulsé uniquement par les forces humaines. La société loue alors des terrains à Balma, tirant parti de la pente orientée à l'ouest surplombant la vallée de l'Hers. C'est dans ce contexte que naît l'Aéroclub du Languedoc (ACL), officiellement déclaré à la préfecture le 7 mars 1933. Les planeurs de l'époque sont notamment fabriqués par Jean René LAGASSE.
L'ACL connaît ensuite plusieurs déménagements, d'abord vers Muret et Francazal, puis de retour à Balma en 1944, où l'aéroclub s'installe dans un hangar à ballons libéré par les Allemands. En 1945, l'armée reprend sa base, contraignant l'ACL à s'installer sur des terrains disponibles, utilisant une piste en construction initiée par les Allemands. En 1947, le « Service des sports aériens » affecte deux hangars « Mistral » à l'aéroclub. Cependant, un propriétaire terrien souhaitant récupérer son terrain force l'ACL à déménager à Montaudran.
Finalement, en 1949, l'Aéroclub du Languedoc revient définitivement à Lasbordes grâce à la volonté du service de l'« Aviation légère et sportive ». L'aéroclub entretient le terrain et le fait agréer pour les appareils légers. En 1950, l'aéroclub construit son club house, la « Maison de l'Aéroclub du Languedoc », et y installe son siège social.
L'ouverture du terrain de La Llagonne : une nouvelle ère pour le vol à voile
Soucieux de diversifier et d'intensifier son activité de vol à voile, l'aéroclub prospecte des terrains de montagne. C'est ainsi qu'en 1957-1958, les démarches nécessaires sont entreprises auprès des autorités pour l'ouverture du terrain de La Llagonne. Le projet est accueilli favorablement par le maire du village, Jean Aspero. La personnalité et les relations d'André Allard, alors président de l'Aéroclub du Languedoc, jouent un rôle déterminant dans la concrétisation de ce projet.
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Une section CDIA 66 des hauts cantons pour encourager les jeunes vocations
Fondée il y a trois ans sous l’impulsion de Nicolas Boulet et Henri Castanet, la section CDIA 66 des hauts cantons a permis aux élèves d’effectuer leur premier vol en planeur. Parmi les jeunes de cette promotion, certains rejoindront le club de La Llagonne. Marie, élève de la première promotion de Cerdagne Capcir, termine son Brevet de Pilote de planeur après avoir fait son premier vol solo à l’âge de 17 ans.
L'évolution de l'Aéroclub du Languedoc et l'essor du vol moteur
En 1968, F.M. Chadourne est élu président de l'ACL. En 1973, l'organigramme de l'aéroclub se compose de F.M. Chadourne (président ACL), Bernard Duclerc (président de la section Vol Moteur) et Henri Salvetat (président de la section Vol à Voile). La section Vol Moteur est associée à l'Aéroclub de l'Aérospatiale, permettant aux membres des deux sections d'utiliser indifféremment les avions des deux entités.
Entre 1973 et 1974, la section Vol à Voile déménage à Bourg Saint Bernard, tandis que la section Vol Moteur s'installe dans le hangar actuel à Lasbordes. En 1993, les deux sections se séparent, donnant naissance à l'« AéroClub Toulouse Midi Pyrénées » (section Vol Moteur) et à l'« Association Vélivole et Aéronautique Toulousaine » (section Vol à Voile).
La passion du vol : une affaire de famille chez les Ceysson
L'histoire du vol à voile à La Llagonne est aussi une histoire de passion transmise de génération en génération. André Ceysson, initié au vol à voile dès son plus jeune âge, a transmis sa passion à son fils Jean-Claude, puis à son petit-fils Lucas. Tous trois ont fréquenté le camp aéronautique de La Llagonne, perpétuant ainsi la tradition familiale.
Le SIREN C-30S Edelweiss : un planeur emblématique restauré
Le patrimoine aéronautique de La Llagonne ne se limite pas aux infrastructures et aux hommes. Il englobe également les machines, comme le SIREN C-30S Edelweiss, un planeur de performance de conception 100% française conçu par Jean Cayla. Un exemplaire de ce planeur, le n°48, a été restauré par Vincent Lifermann et Jean-Louis Geffroy, deux ingénieurs de l'Atelier Industriel de l'Aéronautique (AIA) à Clermont-Ferrand et instructeurs vélivoles.
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Le prototype de l'Edelweiss a volé en 1962. Ce monoplace de classe standard (15 m sans volets) a été développé par la Société industrielle de réalisations et d'études nouvelles (SIREN). En complément de deux prototypes, 53 exemplaires ont été construits. Avec 18 d'allongement, le C-30S affiche 35 de finesse à 95 km/h pour 0,7 m/s de taux de chute minimal.
La restauration de l'Edelweiss n°48 a été déclenchée par la crise sanitaire due au Covid, en récupérant la cellule auprès de Philippe Moniot. Le planeur est sorti de chaîne en 1968 avec un premier vol en juin. Après avoir connu plusieurs propriétaires et subi des dommages, il a été acquis par Philippe Moniot en 2007 et a rejoint Issoire. Une grande visite et la réparation de la cellule ont été nécessaires avant une remise en vol le 16 septembre 2023, après 27 ans de sommeil.
Les réparations ont porté sur le fuselage, notamment le contreplaqué cassé sous la zone d'attache de la voilure, ainsi que sur la voilure et l'intérieur du cockpit. Le bureau d'études d'Issoire Aviation a justifié l'équivalence du pli de carbone utilisé pour remplacer le contreplaqué du revêtement interne. Le F-CDGG a été repeint bi-ton rouge et beige.
La RN116/D66 : une route historique reliant Perpignan à La Llagonne
La route nationale 116 (RN116), reliant Perpignan à Bourg-Madame, a longtemps été l'un des axes principaux permettant d'accéder à La Llagonne. Créée en 1824, elle est décrite comme étant la route de Perpignan à Mont-Louis et en Espagne par Puigcerdà. Elle constituait l'une des rares routes nationales françaises à n'avoir subi aucune modification, amputation ou disparition en deux siècles d’existence. Par suite de la réforme de 2022, cet axe est intégralement déclassé en 2024, et sa gestion initialement assurée par la DIR Sud-Ouest revient au département des Pyrénées-Orientales (66). Elle est renumérotée en D66.
Le parcours de cette route traverse des villages pittoresques tels que Prades, Villefranche de Conflent et Olette. Elle passe également à proximité du monument d'Emmanuel Brousse, un homme politique qui a œuvré pour le désenclavement des hauts cantons et pour le développement de la ligne du petit train jaune.
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