Le monde de la course au large est marqué par des ruptures technologiques constantes. Parmi les multicoques qui ont défini l’ère contemporaine de la navigation en solitaire, le trimaran MACIF occupe une place centrale. Conçu par le cabinet d’architecture VPLP et construit pour repousser les limites de la vitesse, ce bateau de 30 mètres de long sur 23 mètres de large, doté d'un mât de 35 mètres, symbolise l'avènement du vol au-dessus de l'eau. Depuis sa mise à l'eau initiale en 2015 jusqu'à sa transition sous les couleurs d'Actual Ultim’ 3 et son rachat ultérieur par l'écurie de Louis Burton, le trimaran a subi des mutations structurelles majeures pour passer d'un mode "archimédien" à un mode "vol" permanent.
La Genèse et l’Architecture du Trimaran
Sorti des chantiers le 18 août 2015, le trimaran MACIF est le fruit d'une collaboration étroite entre François Gabart, le team MACIF, les architectes de VPLP et la société Gsea Design. Le cahier des charges initial visait un équilibre entre la capacité à affronter les mers les plus hostiles et une maniabilité adaptée à un marin solitaire. La structure, régie par les règles de la Classe Ultim 32/23, impose des dimensions précises : 32 mètres de longueur maximale et 23 mètres de largeur.
L’aspect structurel a toujours été une préoccupation centrale. Contrairement à une voiture où l'essence ou l'hydrogène servent de propulseur, sur un Ultim, le vent est l'énergie brute, tandis que le mât de 35 mètres agit comme une boîte de vitesse, optimisant la puissance transmise aux voiles (GV, J0, J1, J2, J3). La largeur du multicoque garantit la puissance nécessaire, mais c'est la gestion de cette énergie qui a nécessité les évolutions les plus drastiques au fil des années.
Les Mutations Techniques et l'Avènement du Vol
Dès le printemps 2017, une réflexion profonde a été menée pour redonner un "coup de boost" au bateau. L'objectif était clair : passer de la simple fiabilisation à la performance pure, soit le vol. Le trimaran, dans sa version V2 remise à l’eau le 31 juillet 2018, a été équipé de foils beaucoup plus longs et fins. Ce changement a été complété par l'installation de safrans en T relevables, une innovation cruciale pour stabiliser le bateau à haute vitesse.
Le rôle des plans porteurs est fondamental. François Gabart expliquait que si le foil fait cabrer le bateau sans pour autant le lever complètement, le plan porteur sur le safran permet de stabiliser l'arrière. Cette architecture évite que le bateau ne plane simplement sur l'arrière, une position moins efficace que le vol stabilisé. Parallèlement, un soin particulier a été apporté à l'aérodynamisme global, avec de nouvelles voiles et une multitude de détails destinés à limiter la traînée aéro lorsque le navire atteint des vitesses extrêmes, dépassant régulièrement les 40 nœuds.
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Un Historique de Compétition Marqué par l'Innovation
Le parcours du MACIF est une succession de succès et de défis techniques. Après ses premières victoires (Transat Jacques-Vabre 2015, The Transat bakerly 2016, The Bridge 2017), le bateau a atteint son apogée lors du Record du Tour du Monde en Solitaire entre le 4 novembre et le 17 décembre 2017, bouclé en 42 jours 16 heures 40 minutes et 35 secondes.
Cependant, la quête de performance a imposé des chantiers constants. En 2019, par exemple, le moteur fut déplacé pour modifier le centre de gravité, la coque centrale fut découpée à l'arrière pour améliorer la stabilité en vol, et les systèmes de foils et safrans furent entièrement revus. Ces travaux ne furent pas exempts de difficultés : lors de la Route du Rhum, le bateau a couru lourdement handicapé, privé de foil tribord et de safran bâbord dès le deuxième jour.
Transition sous les couleurs d’Actual et Évolution Continue
En août 2020, après l'annonce de la fin du programme Ultim par la Macif, le trimaran a été racheté par Yves Le Blévec et l'équipe Actual Leader. Ce changement de propriétaire a marqué une nouvelle phase d'optimisation. Le 13 avril 2021, le bateau a été remis à l’eau après quatre mois de chantier, entamant une série de compétitions sous le nom d'Actual Ultim’ 3. Malgré un accident survenu en 2022 lors de la Finistère Atlantique, où le bateau a heurté un OFNI perdant l'aile de raie de sa dérive, le trimaran a continué d'évoluer.
En 2023, le processus de remplacement des foils a été particulièrement complexe. Un retard dans la livraison et l'installation des nouveaux appendices a contraint l'équipe à naviguer temporairement avec une configuration hybride (un ancien et un nouveau foil). Lors de l'ARKEA Ultim' Challenge Brest, début 2024, une collision sur le foil bâbord a nécessité une intervention majeure à Cape Town pour réparer le foil, les connectiques et divers systèmes de pilotage automatique.
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