L’histoire de la plaisance est faite d’hommes et de bateaux qui marquent leur époque. Parmi ces unités, certains restent dans les mémoires par leur longévité exceptionnelle et leur capacité à traverser les décennies sans jamais perdre de leur pertinence. Le Feeling 29, véritable pilier de la navigation de croisière, incarne cette réussite architecturale et ergonomique. Pour comprendre l’attrait de ce voilier, il faut plonger dans sa généalogie, analyser son comportement marin et évaluer le marché actuel qui continue de plébisciter ses lignes.
De la genèse du Kelt 8.50 à l'évolution Feeling
Lorsque le chantier breton Kelt Marine propose en 1983 le Kelt 8.50, il donne naissance à un voilier qui va connaître une vie longue de 16 ans. Le bateau commencera sa carrière sous ses couleurs, puis sous celles du chantier Kirié. Le Kelt 8.50 est né du travail commun entre le chantier Kelt Marine et l’architecte Gilles Vaton. Ce dernier avait déjà collaboré pour le chantier Pouvreau, mais avec le Kelt 8.50, il innove en proposant un voilier avec une étrave arrondie. Le pari est osé, mais le public suit et le bateau connaît un beau succès, étant élu voilier de l’année en 1984.
Après le rachat de Kelt Marine par Kirié, le Kelt 8.50, devenu Kelt 29, change de nom. Il rejoint la gamme des Feelings et devient Feeling 29 en 1987. En 1996, le bateau connaît quelques modifications et change de nom pour devenir Feeling 306. Le Feeling 306 est rallongé et perd son étrave arrondie. Il bénéficiera aussi de quelques petites modifications au niveau aménagements et design. 1200 exemplaires seront produits entre 1983 et 1999. Enfin, la carène étant toujours dans le coup, elle sera conservée pour le Feeling 30.
Le Kelt 850, tout comme les versions suivantes, est un bateau bien pensé, pour la mer comme au port. Le Kelt 8.50 est considéré comme l’un des meilleurs voiliers de sa génération, avec l’Arcadia du chantier Jeanneau, le First 29 ou encore le Feeling 286. Élu bateau de l’année en 1985, cette carène a remporté de nombreuses victoires sur des régates comme le Spi Ouest France, à la Trinité-sur-Mer, ou l’Obélix Trophy à Bénodet. L’étrave ronde et une carène planante étaient un gros plus à l’époque.
Ergonomie, vie à bord et aménagement intérieur
Ce qui est vrai pour les aménagements intérieurs l’est aussi pour le plan de pont. À l’extérieur, le cockpit est confortable et bien organisé. Les hiloires permettent au barreur de naviguer sans se casser le dos pendant un bon moment de navigation. Le roof panoramique permet d’avoir un pont complètement dégagé. À l’intérieur, le Kelt 8.50 est très agréable et aéré. Le roof panoramique permet de bénéficier de beaucoup de lumière et d’une belle vue sur la mer depuis la table à cartes et le coin cuisine. Le lit breton, à l’avant, permet de bien dégager les volumes. Le bateau est aéré et spacieux pour sa taille.
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Les voiliers construits par Kelt ne sont pas les mieux finis, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, 30 ans plus tard, pour qui souhaite effectuer des travaux d’aménagements. Le Feeling 29, notamment dans sa version dériveur intégral, offre une polyvalence rare. Comme en témoigne l’expérience sur le navire « Gavroche », la dérive pivotante permet d’accéder à tous types de mouillages avec un tirant d’eau variant entre 0,70 m et 1,80 m. La jupe arrière, facile d’accès, permet d’être à hauteur d’eau et de prendre un bain aisément.
Comportement marin et retours d'expérience
Le Feeling 29, décliné en versions quillard et dériveur intégral, est un bateau très recherché des familles et des baroudeurs côtiers, voire hauturiers. Un propriétaire souligne : « Vous serez étonnés par sa vivacité et son comportement sécurisant en navigation vous permettant de prendre du plaisir à naviguer en Baie de Bourgneuf ou au-delà ». Toutefois, le seul petit bémol que remontent certains propriétaires provient de la version dériveur intégral, dont le safran a tendance à décrocher, au près, dans la brise.
Il est intéressant de comparer ces sensations avec celles des Feeling 32, souvent cités par les passionnés de la gamme. Les bilans sont très positifs : « Nous avons tiré des bords par force 5 avec 1 ris dans la GV et tout le génois. Gros point positif, la taille petite du génois fait que l’on peut border le foc dans un virement sans manivelle ». Concernant les manœuvres au port, le pas de l’hélice a un énorme effet. En marche arrière, le bateau part sur bâbord de façon significative. Certains propriétaires ont modifié l’hélice d’origine, souvent une bipale, pour une hélice tripale (type MaxProp), ce qui facilite grandement la manœuvrabilité en marche arrière.
Pour ceux qui rencontrent des soucis techniques, comme des bagues de safran auto-alignantes qui se bloquent, la solution consiste souvent à déposer le safran incriminé et à poncer l’intérieur de la bague en ertalon en laissant un jeu de 1 à 2 mm sur le diamètre. Les échouages fréquents, particulièrement avec les versions dériveurs, n’ont révélé aucun craquement anormal de cloisons, preuve de la robustesse structurelle du modèle.
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