Le dériveur 505, figure emblématique de la voile légère, est bien plus qu'une simple embarcation ; il incarne une certaine vision de la navigation, où le toucher de barre et la capacité à "faire corps" avec le bateau priment. Au-delà des sensations pures qu'il procure, la gestion de sa voilure, notamment en Dacron, revêt une importance capitale, en particulier face aux conditions météorologiques exigeantes. L'adaptation des voiles pour affronter le gros temps est une démarche stratégique qui allie expertise technique, anticipation des risques et compréhension profonde des dynamiques maritimes. Cette approche permet non seulement de préserver l'intégrité du matériel et la sécurité de l'équipage, mais aussi de maintenir un niveau de performance et de plaisir, même lorsque le vent et la mer se montrent les plus rudes.
L'Adaptation des Voiles Dacron du 505 pour les Conditions Extrêmes : Une Nécessité Stratégique
Affronter le gros temps en 505 requiert une certaine habitude et une parfaite symbiose de l'équipage dans les manœuvres. Il y a des cas où le vent et la mer sont au-dessus de nos forces ou de nos compétences, transformant une course en un défi potentiellement dangereux. La moindre erreur, le moindre retard de manœuvre et l'on dessale, ce qui peut avoir des conséquences terribles, surtout si le plan d'eau est peu profond, avec moins de 8 mètres de fond, ce qui est fréquent. Dans de telles circonstances, le risque de casser le mât, voire le bateau, devient une préoccupation majeure. Cependant, rester à terre est quelquefois frustrant, surtout après avoir fait des kilomètres pour courir une grande épreuve. L'hésitation est palpable : faut-il renoncer à la compétition, au risque de reculer au classement général, ce qui est fatal, ou s'exposer à des avaries et des situations périlleuses ?
C'est dans ce contexte que l'option d'une voilure réduite se présente comme une solution pragmatique et sportive. Si l'on grée le bateau avec une voilure réduite, de la surface de celle d'un 470 ou d'un Fireball, on va pouvoir s'essayer à rester sur l'eau sans trop de peine et être quand même classé. Bien que cela reste dur par gros temps, cette adaptation permet de poursuivre la compétition dans des conditions plus sûres et de continuer à progresser. L'objectif est clair : être prêt à rencontrer du gros temps un jour ou l'autre et à cette éventualité.
L'article ad hoc dans le bulletin Cinquo, rédigé par Marcel, expose les détails de préparation d'une voilure réduite pour affronter le gros temps. Cette méthode est particulièrement recommandée si l'on forme un équipage léger ou débutant, offrant une marge de sécurité accrue sans sacrifier l'esprit de compétition.
Détails Techniques de la Réduction du Foc Dacron
La préparation du foc (jib) en Dacron pour les conditions de gros temps implique des modifications précises des dimensions standard de la voile. Le Dacron, choisi pour sa durabilité et sa capacité à conserver sa forme sous des charges importantes, est un matériau idéal pour les voiles de dériveur exposées à des contraintes intenses. Si l'on a un peu de garde-robe, on va choisir un foc Dacron aux dimensions classiques. Généralement, celles-ci se situent autour de 437 à 451 unités pour le guindant, 229 pour la bordure, et 400 pour la chute.
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Pour une réduction efficace et sécurisée, le maître-voilier va entamer le guindant à 374 du point d'amure. Cette modification ciblée a un impact significatif sur la surface projetée de la voile. La nouvelle chute est coupée avec un peu de négatif et sans latte, une caractéristique essentielle pour améliorer la stabilité et réduire la puissance du foc par vent fort. Elle ira se joindre au point d'écoute. Avec ces ajustements, les nouvelles dimensions du foc deviendront alors : 374 de guindant, la bordure reste inchangée à 229, et la chute est ramenée à 360.
Cette transformation représente un bon paquet de surface en moins, surtout dans le haut de la voile, là où la puissance est la plus critique par vent fort. La réduction de surface dans la partie supérieure diminue le couple de chavirage et facilite le contrôle du bateau, permettant ainsi à l'équipage de naviguer plus sereinement et efficacement.
Une fois les modifications réalisées, l'installation du foc réduit est relativement simple. Il s'agit d'enfiler ce nouveau petit foc sur un câble de guindant qui sera de la même longueur que celui de l'habituel foc. Cette méthode garantit que le foc est correctement tendu et positionné, assurant ainsi une performance optimale dans les conditions difficiles. Ces ajustements techniques, bien que précis, sont essentiels pour adapter la voilure du 505 aux exigences spécifiques de la navigation par gros temps, transformant un dériveur potentiellement déstabilisé en une embarcation plus gérable et plus sûre.
Procédures d'Ajustement de la Grand-Voile Dacron
L'adaptation de la grand-voile (GV) en Dacron pour le gros temps complète la réduction du foc et est tout aussi cruciale pour l'équilibre et la performance du 505. Le principe fondamental est de retirer du tissu sur le bas de la GV pour diminuer sa surface globale, en particulier dans sa partie haute, où la puissance par vent fort est la plus prégnante. Marcel a fait couper 30 cm de tissu, ce qui fait quand même une surface plus grande que celle des 470 et des Fireball. Cependant, l'expérience suggère qu'il est préférable de couper 40 cm, voire 45 cm, pour obtenir une réduction optimale.
Il est important de bien comprendre qu'en retirant 40 cm en bas de la voile, c'est également 40 cm que l'on aura en moins dans le haut, et c'est là l'important. Cette diminution de surface dans le haut de la GV réduit significativement le centre de voile et le couple de chavirage, rendant le bateau plus stable et plus facile à contrôler dans les rafales.
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Les conséquences de cette coupe sont multiples. La bordure tombe, ainsi que la fenêtre, qui est une découpe transparente permettant la visibilité. Le maître-voilier devra reposer une nouvelle bordure pour assurer l'intégrité structurelle de la voile. Il est également nécessaire de refaire solidement des renforts de point d'amure et de point d'écoute, car ces zones sont soumises à des contraintes importantes. Pour améliorer la sécurité et la maniabilité, le maître-voilier doit poser un œillet de Cunningham, qui permet de régler la tension du guindant, ainsi qu'un œillet de ris de fond, offrant la possibilité de réduire davantage la voile si les conditions empirent. Enfin, il est impératif de refaire une large fenêtre. Il est bon de bien voir arriver les bateaux sous le vent quand il fait gros temps, et une fenêtre agrandie offre une visibilité cruciale dans ces situations.
Pour hisser la GV modifiée, on utilise la drisse habituelle. Cependant, il va manquer 40 cm de drisse pour pouvoir tendre le guindant, en raison de la réduction de hauteur de la voile. Une fois hissée, on constate que la GV est plus basse de 40 cm et qu'un paquet de surface en haut disparaît. Les derniers ajustements, essentiels pour affiner le réglage en fonction des conditions précises, seront faits sur l'eau, en jouant sur le hale-bas (vang) pour contrôler la tension de la chute et la forme de la voile. Ces modifications minutieuses permettent de transformer la grand-voile en un élément de propulsion plus adapté et plus sûr pour la navigation en mer formée et par vents forts.
Sécurité en Mer : Le Flotteur de Tête de Mât, un Impératif
Même avec une voilure réduite, la sécurité reste une préoccupation primordiale à bord d'un 505, et un chavirement est souvent à craindre par gros temps. La réduction de la surface de la voile diminue certes le risque, mais ne l'élimine pas entièrement. C'est pourquoi une voile réduite en Cinquo ne dispense pas du flotteur en tête de GV. Cet accessoire, souvent sous-estimé, est d'une importance capitale pour prévenir les conséquences désastreuses d'un dessalage, en particulier la perte du mât ou l'enlisement du bateau.
L'expérience d'Antoine et de Marcel en est une illustration frappante. Alors qu'après avoir passé la ligne d'arrivée, ils avaient décompressé, leur voilure réduite étant à la cape, une rafale de 37 nœuds (force 8) a couché le bateau qui s'est retourné comme un crêpe. Heureusement, la présence d'un flotteur de mât peut grandement atténuer les dégâts et faciliter le redressement de l'embarcation.
Il est rappelé qu'il faut un flotteur de huit litres de volume, de préférence en polystyrène, fixé par un solide court bout sur la manille de drisse. L'efficacité de ce flotteur repose sur sa capacité à maintenir la tête du mât à flot, empêchant ainsi qu'il ne s'enfonce trop profondément dans l'eau ou ne touche le fond, surtout dans des plans d'eau peu profonds.
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La préparation de cet élément de sécurité est d'une importance capitale et doit être réalisée bien avant de prendre la mer. C'est à confectionner à l'avance, car il est impossible à bricoler au dernier moment avec des substituts improvisés tels que des bouteilles plastique, des bidons ou un gilet de sauvetage. Une bonne préparation garantit non seulement la sécurité de l'équipage, mais aussi la préservation du matériel, évitant des réparations coûteuses et la perte de temps. Le flotteur de tête de mât est donc un investissement minime pour une protection maximale face aux aléas de la navigation par gros temps.
Le 505 : Sensations, Confrontations et Évolution dans le Paysage du Dériveur
Au-delà des considérations techniques d'adaptation de la voilure, le 505 suscite un débat passionné au sein de la communauté des dériveurs, notamment lorsqu'il est comparé aux skiffs modernes. Le planning au près et les vitesses des skiffs ont donné un grand coup de vieux à ce bateau, selon certains observateurs. Cette perception soulève la question de savoir si les personnes qui souhaitent faire du skiff feraient du 505 si ces éléments étaient introduits. Pour certains, la réponse est non, car l'expérience de navigation est fondamentalement différente.
J'ai eu l'occasion d'essayer quelques skiffs, ce n'est pas du tout le même genre de plaisir que le 505. Il est vrai que le 505 n'est pas de la même génération, mais tous les clichés qu'on entend à propos de ce bateau sont justifiés. On parle d'un toucher de barre unique, et surtout d'une façon de passer dans la vague dans la brise qui est jouissive. Cela ressemble à une descente en snowboard dans la poudreuse, une sensation de fluidité et de plénitude parfaite, on a envie de se gaver et que ça ne s'arrête jamais. Cette description évoque une connexion profonde et sensorielle entre le barreur et le bateau, une qualité que de nombreux puristes du 505 chérissent.
La notion de "faire corps" avec le bateau est centrale dans cette discussion. Perso, quant je barre, il me faut le contact avec le bateau. Les jambes en appuis au rappel m'aident pour savoir où j'en suis pour passer ou prendre la vague. Au trapèze, on a les pieds et le câble, lorsque le bateau évolue, on a le mât qui travaille et c'est ce rendu que l'on ressent au bout du câble. Je n'ai donc pas du tout les mêmes sensations, affirme un pratiquant. Pour lui, le rappel traditionnel offre une connexion intime avec les mouvements du dériveur.
Cependant, d'autres arguments viennent tempérer cette vision. Ben non, si tu navigues en dériveur, tu fais forcément de l'intersérie. Le problème des repères à la barre vient de la stabilité de la position, pas de la position en elle-même. Bien calé au trapèze, les sensations sont aussi bonnes que rincé au rappel. De plus, le confort de la position de trapèze permet de se concentrer longuement. Il est important de préciser ce que l'on entend par "confort" ici : par rapport à une véritable position de rappel exigeante, et non par rapport à une position assise sur le plat bord, que les barreurs de 505 ont tendance à appeler "rappel". Le plaisir de barrer "au pied" est aussi mentionné pour placer le bateau dans les vagues au largue. Il est jouissif de sentir le bateau se cabrer et accélérer quand on appuie sur la jambe arrière, puis abattre et surfer quand on appuie sur la jambe avant. Cette approche, où le corps participe activement à la manœuvre et à la recherche de glisse, est une autre facette de l'expérience en dériveur.
Ce qui me manque le plus sur un "archimédien" comme le 505, c'est l'accélération. On y subit la risée sans accélérer alors qu'en skiff, on continue à accélérer et on plane. Le plaisir de rester à planer sur le fil du rasoir en plaçant son étrave pile-poil sur la vague pour ne pas briser la vitesse est une sensation exaltante offerte par les skiffs. Alors que j'ai encore le souvenir d'en avoir ch*** pour terminer une manche de gros médium en tête avec des bateaux plus traditionnels.
Ces discussions soulignent une divergence dans la recherche du plaisir en voile légère : d'un côté, une appréciation du "toucher" et de la "fluidité" dans les vagues, de l'autre, la quête d'accélération et de planning. La notion de presque encore m'échappe un peu, reflétant peut-être l'évolution constante des attentes et des technologies dans le sport.
Un autre point de divergence concerne la philosophie de la compétition. Pour certains, un bateau est uniquement un "support" à un bel affrontement, et peu importe qu'il marche à 3 nœuds ou à 20 nœuds ou qu'il soit fin à barrer ou pas. Cette perspective privilégie l'équité sportive et la confrontation pure entre équipages. Mais pour d'autres, même devant, à 2 nœuds, je m'em***, exprimant un besoin de vitesse et de sensations dynamiques pour que la navigation soit réellement stimulante. Le lent démarrage du skiff est à l'image du déclin du dériveur, dans la plupart des séries nationales, la moyenne d'âge augmente fortement chaque année entre 8 et 11,5 mois, et presque 12 chez les Fireball. Cette observation sur l'évolution démographique des classes de dériveurs est une réalité à prendre en compte, suggérant que l'attrait pour la nouveauté et la performance pourrait influencer le renouvellement des générations de pratiquants.
À ce propos, tout le monde fait fausse route. Les individus ne sont pas spontanément des membres de l’espèce humaine à jour de leur cotisation, sauf biologiquement. Ils ont besoin d'être projetés de droite et de gauche par le mouvement brownien de la société. Cette réflexion plus philosophique suggère que l'engagement dans une série de voile n'est pas une évidence intrinsèque, mais le résultat de dynamiques sociales et d'influences externes qui orientent les choix des individus. La compétition et les sensations offertes par les différents types de dériveurs sont autant de facteurs qui contribuent à cette "projection" dans le monde de la voile.