Le verset coranique et le voile : Examen approfondi

La question du voile dans l'Islam est un sujet complexe et souvent débattu. Cet article se concentre sur l'examen des versets coraniques relatifs au port du voile, en particulier le verset 31 de la sourate An-Nour (24) et le verset 59 de la sourate Les Coalisés (33), sans aborder toutes les règles relatives à la tenue que doit porter la femme musulmane à l'extérieur de chez elle ou devant des hommes étrangers.

Preuves coraniques concernant l'obligation du port du voile

Sourate An-Nour (24:31)

Le verset 31 de la sourate An-Nour est souvent cité comme preuve de l'obligation du port du voile. Voici plusieurs traductions de ce verset :

  • Traduction rapprochée du sens du verset : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de préserver leurs sexes et de ne montrer de leurs atouts que ce qui est apparent. Et qu'elles couvrent leurs jouyoub avec leurs khoumour… »

  • Traduction classique (Oregon State University) : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines; et qu'elles ne montrent leurs atours qu'à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu'elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu'elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l'on sache ce qu'elles cachent de leurs parures. »

  • Traduction Submission.org : « Et dis aux croyantes de baisser les yeux, et de maintenir leur chasteté. Elles ne révéleront pas de parties de leurs corps, hormis ce qui est nécessaire. Elles couvriront leurs poitrines, et ne relâcheront pas ce code en présence d’autres que leurs maris, leurs pères, les pères de leurs maris, leurs fils, les fils de leurs maris, leurs frères, les fils de leurs frères, les fils de leurs sœurs, d’autres femmes, les serviteurs mâles ou les employés dont l’appétit sexuel a été annulé, ou les enfants qui n’ont pas atteint la puberté. Elles ne frapperont pas des pieds lorsqu’elles marchent afin de secouer et révéler certains détails de leurs corps. »

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  • Traduction Droit Chemin : « Et dis aux croyantes de baisser de leurs regards, de préserver leur sexe, de ne divulguer de leurs parures que ce qui en est apparent et de rabattre leurs vêtements sur leurs échancrures. Qu'elles ne divulguent leurs parures qu'à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leur mari, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou à d'autres femmes, ou à ce qu'elles possèdent par serment, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. Et qu'elles ne frappent pas avec leurs pieds afin de faire connaître ce qu'elles cachent de leurs parures. »

  • Traduction The Monotheist Group (Trad Google AN-->FR) : « Et dites aux femmes croyantes d'abaisser leur regard et de garder couvert leurs parties intimes, et qu'elles ne doivent révéler leur beauté que ce qui est apparent, et laissez-les mettre leurs châles sur leur décolleté. Et qu'ils ne révèlent leur beauté qu'à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs , ou leurs femmes, ou celles entretenues par leurs serments, ou les domestiques qui sont sans besoin, ou l'enfant qui n'a pas encore compris la composition des femmes. Et ne les laissez pas frapper avec leurs pieds d'une manière qui révèle ce qu'ils cachent de leur beauté. »

  • Traduction mot à mot réarangée : « Et dit à celles qui ont confiances qu'elles abaissent de leurs regards et qu'elles préservent leurs parties génitales et que nullement elles révèlent leurs atours excépté ce qui apparaît (est en surface) de cela, et qu'elles laissent aller via leur couvrement sur leurs commissures et que nullement révèlent leurs atours sauf à leurs maris ou leurs pères, ou les pères de leurs maris, ou leurs enfants, ou les fils de leurs maris, ou bien leurs frères, ou les fils de leurs frères, ou les fils de leurs soeurs ou leurs femmes, ou encore ce qui est détenu par leurs serments, ou aux préposés inaptes à aboutissement le dessein de parmi les hommes, ou les enfants qui nullement sont dominants (sont matures) au sujet de l'intimité des femmes. Et nullement elles se laisseront aller avec leurs pieds afin de faire savoir ce qu' elles dissimulent de leurs atours. Et revenez repentis vers Allah (L'Idéal Absolu) tous & toutes, Oh! vous ceux qui ont confiance, afin que vous réussissiez. »

L'imam Ibn Kathir a interprété le terme "khoumour" comme le pluriel de "khimar", désignant ce avec quoi on cache une autre chose. Selon cette interprétation, Allah aurait ordonné aux femmes de porter un voile qui couvre leurs têtes, cachant ainsi leurs cheveux, et qui descend pour couvrir leurs poitrines. De fait, la majorité des savants musulmans déduisent en se basant sur ce verset que les femmes musulmanes doivent couvrir leurs cheveux par un khimar et ne laisser paraître que leur visage et leurs mains. Le verset se veut clair et prescrit, de même, que les femmes ne devraient montrer leurs atours qu’en présence d’hommes qui n’ont pas de rapport de parenté ou de sang direct avec elles. Les parties de la femme qui doivent être couvertes varient selon le madhab suivi. Une minorité des savants appartenant à l’école Hanbalite, par exemple, présume que les femmes doivent se couvrir entièrement et que même les mains et le visage doivent être dissimulés.

Sourate Les Coalisés (33:59)

Ce verset est également souvent cité dans le débat sur le port du voile :

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« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grands voiles ; elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

Selon l'interprétation courante, ce verset indiquerait que les femmes musulmanes doivent se couvrir de "grands voiles" pour être reconnues comme musulmanes et éviter d'être importunées. Il a même été ordonné au femme du prophète - paix et bénédiction sur lui - d’être complètement couvertes, tout comme il a été rapporté que d’autres femmes suivaient cet exemple. Le Coran est bien clair et demande aux femmes de cacher leurs têtes sans et de faire descendre leur voile.

Analyse critique et interprétations alternatives

Certains chercheurs contestent l'interprétation traditionnelle de ces versets. Ils avancent que la question du "voile" repose sur une surinterprétation de S24.V31. L’Analyse littérale a dévoilé les mécanismes mis en œuvre par l’Islam pour parvenir à ses fins : imposer le “voilement” plus ou moins intégral aux musulmanes. Or, comme la preuve scripturaire apportée par ce verset-clef est affaiblie de par la surinterprétation même dont il fait l’objet, de longue date les exégètes se sont évertué à fournir des argumentaires complémentaires.

Concernant le verset 33:59, l'analyse contextuelle révèle que la sourate 33 traite de la vie privée familiale du Prophète. Le verset 59 clôt un paragraphe (vs53-59) relatif au Prophète et à ses épouses. De plus, S33 est antérieure à S24. Ainsi, il est faux de considérer S33.V59 comme un complément quant au port du voile. Autant les recommandations quant à la morale et la décence de S24 ont une portée générale, autant tous les versets adressés au Prophète et à son entourage en S33 ont un caractère privé. Ces versets sont nécessairement circonstanciés et ne concernent que le Prophète et/ou son entourage, l’on ne peut donc extraire directement de ces cas particuliers des règles générales applicables à tous.

Le verset 58 mentionne ceux qui offensent les croyantes et les croyants, et le verset 59 confirme que les croyantes offensées sont les épouses et les filles du Prophète ainsi que les femmes des croyants. Le verset 60 indique que les responsables sont les opposants, ceux qui ont le cœur malade et les colporteurs de nouvelles malveillantes à Médine.

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L'expression "tirer à elles les pans/yudnîn de leurs vêtements de dessus/jalâbîb" signifie rapprocher les deux bouts d'un vêtement, et non "rabattre" un voile. Le terme "jalâbîb" désigne des vêtements de dessus non cousus sur le devant. Le fait de laisser ouverts les vêtements de dessus avait été volontairement interprété comme un signe incitant à importuner les femmes des musulmans.

Ainsi, la mesure dictée par S33.V59 n'a pas de portée générale relative à la tenue recommandée des musulmanes, mais était de manière très circonstanciée adressée seulement aux épouses et aux filles du Prophète ainsi qu'aux femmes des croyants de Médine. Pour celles-ci, le fait de « tirer à elles les pans de leurs vêtements de dessus » était destiné à ce « qu’elles soient reconnues et à ce qu’on ne les offense point », ce qui laisse supposer que peu se vêtir était une habitude courante chez les femmes de Médine.

En conséquence, certains affirment que ce verset ne prescrit pas le port d'un voile et que le Coran ne rend pas obligatoire le port du voile. Ils notent que le voile était une tenue de référence des juives et des chrétiennes avant l'Islam, et que l'imitation de ce comportement a conduit les exégètes à rechercher des versets qui pourraient imposer la même chose aux musulmanes. En réalité, le port du voile serait une imitation des judéo-chrétiens et des judéo-chrétiennes.

Le voile comme signe distinctif

Une autre perspective est que le voile sert à distinguer les musulmanes, indiquant qu'elles sont différentes et plus précieuses, protégeant ainsi leur valeur et leur vertu. Ce verset indiquerait donc une double dimension des « grands voiles » : être « plus vite reconnues » en tant que musulmanes et éviter « d’être offensées », c’est-à-dire selon l’Exégèse être importunées par les hommes. Le voile serait donc bien un double signe distinctif.

Cependant, cette interprétation soulève des questions éthiques. Si les femmes doivent se dissimuler pour ne pas être harcelées, cela implique que les victimes sont potentiellement coupables et que les hommes ont une excuse pour leurs actions. Cela pourrait même conduire à l'idée que les femmes non voilées sont des proies légitimes. Cette logique est rejetée par ceux qui soulignent que le Coran exhorte les croyants à réfréner leurs regards et à être chastes.

Par ailleurs, afficher sa foi de manière ostentatoire peut être perçu comme une forme d'hypocrisie. De plus, le voile est devenu un signe distinctif politique, utilisé pour se différencier des musulmanes sécularisées et des non-musulmans.

Recommandations et pratiques relatives au hijab

Malgré les débats sur l'obligation du voile, il existe un certain nombre de recommandations à suivre quant au port du hijab et aux vêtements que doit porter la femme musulmane. Le hijab doit couvrir la tête et le corps, à l'exception du visage et des mains selon la majorité des savants. Le vêtement ne doit pas être transparent, moulant ou excessivement ostentatoire.

Il est important de noter que l'Islam est une religion d'équité, et que les hommes ont également des règles à suivre. Les hommes doivent baisser leur regard et éviter de porter des vêtements ostentatoires.

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