L'Aube d'une Nouvelle Ère pour la Course au Large: La Propusion Redéfinie
Les récentes évolutions dans le monde de la course au large sont marquées par une quête incessante de vitesse et d'innovation technologique. Au cœur de cette dynamique se trouve le maxi-trimaran Sodebo Ultim 3 de Thomas Coville, un véritable laboratoire flottant où chaque détail est pensé pour la performance. Sa remise à l’eau à Lorient, après cinq mois de chantier intensif, a marqué une étape cruciale dans cette évolution. Ces périodes de travail en profondeur sont essentielles pour valider les modifications techniques, qui sont très variées et touchent à de nombreux systèmes, allant de l'électronique de bord à l'hydraulique, en passant par les pilotes automatiques et le gréement. Chaque spécialiste, dans son domaine, se concentre sur sa partie avant que le bateau puisse entrer pleinement dans une phase de performance optimale.
Thomas Coville, le skipper, exprime son impatience face aux sensations de navigation à venir, soulignant que cette nouvelle version du Sodebo Ultim 3 est "beaucoup plus innovante" que la précédente, mise à l'eau l'année d'avant. Elle est également "plus engagée techniquement". L'objectif principal est clairement défini : "accéder à la vitesse par le vol, la vitesse par l’équilibre en stabilisant un vol". Cela représente un nouveau paradigme pour le bateau, intégrant toute l'expérience accumulée en 2019 et lors de la Brest Atlantiques avec Jean-Luc Nélias. La mise à l'eau a été soigneusement préparée, avec l'intégration de nouvelles pièces sur le bateau, notamment une nouvelle dérive centrale, ainsi que de nouveaux safrans et foils. C'est le fruit d'un "très beau boulot de l’équipe et du bureau d’études", qui augure de "belles journées de travail à venir sur l’eau". La stratégie consiste à "progressivement mettre au point les nouveaux systèmes, prendre de l’assurance et monter en pression, tout en préservant le bateau pour aller de plus en plus vite". Cette approche méthodique est la clé pour exploiter pleinement le potentiel de ce moteur de performance de pointe.
Architecture Révolutionnaire et Conception Collaborative du Sodebo Ultim 3
Le Sodebo Ultim 3 est le fruit d'une démarche de conception avant-gardiste et d'une collaboration sans précédent dans le monde de l'architecture navale. Les portes du chantier Multiplast de Vannes se sont ouvertes sur ce nouveau maxi trimaran volant de Thomas Coville, révélant un "monstre de technologie" qui a nécessité pas moins de 100 000 heures de travail. Cette conception futuriste est avant tout le fruit d’un travail collaboratif intensif. Lancé en janvier 2017, quelques jours après le nouveau record de Thomas autour du monde, le projet a rapidement réussi à réunir l’élite de l’architecture navale. L'objectif était de "réunir autour d’une table les ingénieurs de Banuls Design, VPLP, Gsea Design, Rivoyre Ingenerie, Martin Fisher, Yves Mignard, Jean-Mathieu Bourgeon et bien sûr Sodebo Design", un véritable "challenge question management".
L’un des objectifs centraux de cette collaboration a été de travailler sur ce qui est appelé la "vitesse passive". Le résultat le plus visible de cette approche est le positionnement radicalement nouveau de la cellule de vie, placée derrière le bras avant et devant le mât, une configuration "du jamais vu". Cette innovation majeure a des implications significatives pour le bateau en termes de gestion du poids et de performance. C'est en effet 20 % du poids total du bateau, comprenant la structure de la cabane et l’ensemble de l’accastillage du piano, qui se voit ainsi transporté à une distance impressionnante de 18 mètres de l’étrave. Thomas Coville a expliqué l'intérêt de ce choix lors de la visite du propriétaire : "Avec des multicoques pouvant se sustenter à l’aide de foils, la problématique du poids sur l’arrière n’est plus d’actualité. Auparavant en accélérant, nos bateaux avaient tendance à enfourner, aujourd’hui ils se mettent à voler." Cette capacité à "voler" transforme les contraintes de force, qui ont désormais évolué "dans la latéralité". Cela a ouvert la voie à des solutions audacieuses, comme "rajouter de la charge au plus près du centre de gravité, lui-même situé au niveau du mât". De la même manière, la décision d’avancer les plans porteurs de safran de quatre bons mètres a été prise. En définitive, le moment de redressement reste identique, mais pour un potentiel de vitesse accrue. Sur le papier, cela présente "que des avantages, mais honnêtement, on va voir sur l’eau avant de crier victoire", tempère Thomas Coville.
Le système de propulsion du Sodebo Ultim 3 intègre également d'autres innovations majeures. Le centre de voilure a été abaissé grâce à une bôme positionnée à seulement 35 cm de la coque centrale. Cette configuration permet de réduire la hauteur du mât tout en conservant une surface de voile identique à celle du bateau précédent, optimisant ainsi l'efficacité aérodynamique. Quant aux foils, éléments essentiels du "moteur" de vol, ils se distinguent par leur forme en S et leurs multiples courbures, affichant des "dimensions XXL" avec une possibilité de réglage à la fois dans le sens longitudinal et de haut en bas. Ils jouent un rôle crucial en aidant "la coque sous le vent à se lever", contrairement à la dérive centrale qui, elle, n’est pas porteuse, "pour ne pas brûler les étapes", une approche différente de celle de l'ex Banque Populaire ou du maxi Gitana. Du côté de la structure, le bateau est "du costaud", avec le choix d’une construction monolithique dans le fond des flotteurs, tandis que la coque centrale, qui présente une forme de canoë, est réalisée en sandwich carbone/nid-d’abeilles sur moule femelle, garantissant à la fois légèreté et résistance. L'ensemble confère au nouveau trimaran géant de Thomas Coville des "allures de vaisseau spatial" avec son cockpit futuriste implanté sur l’avant de l’engin, devant le mât, une configuration qui ne ressemble à "aucun autre" avec son mât derrière le cockpit, signe d'une véritable révolution.
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Genèse et Fabrication: Les Coulisses du Sodebo Ultim 3
La construction du Sodebo Ultim 3 a été un processus complexe et impressionnant, longtemps gardé secret. Dès la sortie du chantier Multiplast de Vannes, un article "très complet" avait pu être publié sur le nouveau "jouet" de Thomas Coville, ce Sodebo Ultim 3 "déjà fameux" qui a "bousculé les chroniques" de l'actualité nautique. Avant cela, le journaliste Didier Ravon, de Voiles et Voiliers, avait eu le "privilège de le visiter avant l’heure", sous embargo et avec la signature d'une décharge et d'un engagement de confidentialité. Le week-end suivant la révélation, alors que les images de la "nouvelle bête de course" étaient visionnées "encore et encore", l'idée est venue de partager davantage d'informations sur la construction de cet "engin futuriste qui tient autant du vaisseau spatial que du trimaran de course".
Un diaporama exclusif a alors été présenté, retraçant les étapes clés de la genèse de ce bateau qualifié de "galactique". Ces clichés, "évidemment pris dans le secret de la construction" par Frédéric Morin, membre du team Sodebo, ont été confiés par l’équipe de Thomas Coville, offrant un aperçu rare des méthodes de fabrication avancées employées. Parmi les images marquantes, on a pu voir le démoulage de la coque centrale, puis le retournement des deux parties de la coque centrale, des opérations délicates nécessitant une précision extrême. L’arrivée du bras avant au chantier Multiplast a également été documentée, montrant l'assemblage progressif de l'énorme structure.
La construction du trimaran a pris une forme presque organique, comme en témoigne la phase où "l’araignée prend forme", désignant l'assemblage des bras et des poutres qui relient les flotteurs à la coque centrale. Le flotteur tribord a été présenté dans son intégralité, offrant un aperçu de la taille colossale de ces éléments. Des vues "dans les entrailles du monstre" ont permis de comprendre la complexité interne du bateau. Une étape particulièrement intéressante a été la conception de la cellule de vie : "Dans la maquette échelle 1 de la cellule de vie, Thomas Coville teste un élément important : sa couchette", soulignant l'attention portée au confort et à l'ergonomie, même dans un bateau de course extrême. Les dimensions impressionnantes du mât et de la bôme, éléments clés du système de propulsion vélique, ont "laissé rêveur" les observateurs. L'implantation des foils, décrits comme des éléments faisant du bateau "un vaisseau intergalactique, c’est mieux quand ça vole", a souligné l'importance du vol dans la stratégie de performance. Enfin, la décoration des voiles a été un autre aspect visible de cette construction minutieuse. La veille de la sortie du hangar, la "dream team Sodebo" a entouré Thomas Coville, marquant l'apogée d'un travail collectif intense, avant le "premier jour de gloire" avec la sortie du chantier Multiplast.
Sodebo Ultim': Le Trimaran Transformé et les Épreuves en Mer
Avant l'avènement du Sodebo Ultim 3, Thomas Coville et Sodebo ont navigué avec un autre maxi-trimaran, lui aussi le fruit d'une transformation ambitieuse, baptisé Sodebo Ultim'. Cette phase a débuté avec un regard tourné vers la Route du Rhum 2014, un objectif que Thomas Coville et Sodebo avaient en ligne de mire "depuis 2012". Dans cette optique, ils ont "essayé de racheter le dernier vainqueur Groupama 3", une affaire qui était "quasi faite" mais qui a finalement vu le bateau repris par la Banque Populaire. Face à l'insuffisance de budget et de temps pour lancer la construction d'un nouveau maxi-trimaran, la décision a été prise de "rentrer en contact avec Olivier de Kersauson pour racheter Geronimo", un bateau qui était "depuis 6 ans à quai à Brest".
Ce rachat a mené à un chantier de transformation colossal, s'étalant sur "plus d'un an, entre 2013 et 2014", pour métamorphoser l'ancien Geronimo d'Olivier de Kersauson, datant de 2001, en Sodebo Ultim'. La transformation fut radicale : une nouvelle coque centrale "plus légère et plus épurée" de 31 mètres (contre 34 en équipage), de nouvelles étraves pour les flotteurs, le renforcement des bras de liaisons "pour accueillir des foils", un nouveau mât fabriqué "dans les moules de l'ex Groupama 3", et une "cure d'allégement de 6 tonnes". L'intégration de la technologie de pointe fut également un élément clé de ce "moteur" de performance, puisque "les foils, la dérive et les safrans de flotteurs provenaient du trimaran USA17 d'Oracle Racing, vainqueur de l'America's Cup 2010". Ce projet de réhabilitation a été décrit par le skipper comme "une véritable gageure", et toute son expertise, liée à ses "10 ans de records en solo", a été directement apportée au bateau. Thomas Coville a partagé ses premières impressions, affirmant qu'avec ce bateau "très puissant" (quatre mètres plus large que le précédent) où les "efforts sont énormes", il avait "l'impression d'avoir redécouvert une autre manière de naviguer". Bien que ce fût la "première course du bateau", ses "deux transats à bord cet été (dont une en solo)" lui avaient déjà donné confiance.
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La période qui a suivi a été jalonnée de campagnes et de chantiers d'optimisation continus. Pour Sodeb'O (le nom initial du bateau), cela a commencé par le désarmement et le stockage sur le parking de Multiplast à Vannes. En janvier et mars 2015, le bateau était toujours sur le terre-plein chez Multiplast. Le 9 juillet, l'information a été "confirmée officiellement" que le bateau allait "subir un chantier et participer à la Jacques Vabre". Mi-août, le bateau était encore à Vannes et la décoration avait commencé à être posée. Le 10 septembre, le projet a été présenté à la presse et le trimaran devait être remis à l'eau "vers le 25". La première course a eu lieu le 25 octobre, la Transat Jacques Vabre, mais après "près de 5 jours de course, et déjà à plus de 700 milles des deux leaders", le bateau, alors appelé Actual, a "évité de justesse le démâtage et a abandonné".
Le trimaran est retourné à La Trinité huit jours plus tard pour des réparations. Une première sortie d’entraînement a eu lieu le 10 novembre, suivie d'une seconde le 24 novembre. Plusieurs autres sorties ont eu lieu, notamment une avec des pilotes des 24 heures du Mans le 15 décembre, démontrant l'intérêt pour la performance et le partage d'expérience avec d'autres sportifs de haut niveau. Le 8 janvier 2016, le bateau a effectué un aller-retour à Lorient pour être démâté. S'en est suivi un chantier à flot, où "toute l'électronique du bord a été remplacée pour répondre aux dernières innovations", et les vérins hydrauliques du système de bascule du mât ont été démontés, permettant un "gain de poids de 150 kg" et rendant le mât fixe pour la saison 2016. Fin février, le trimaran a pris la direction de Vannes et du chantier Multiplast où il a été sorti de l'eau et mis sur le terre-plein. Au programme, un peu de décoration, mais surtout la "réparation d'une cloison à l'intérieur du flotteur tribord".
Après la Transat Anglaise et quelques jours à New-York, l'équipe, sans Yves Le Blévec, a repris la mer pour un convoyage vers La Trinité-sur-Mer. Le bateau a participé à plusieurs sorties RP (relations publiques) ou d'entraînements au large de Quiberon, s'imposant sur les Voiles de la Baie et le record SNSM, avant de gagner Brest pour la "grande parade de Brest 2016". Il a ensuite participé à la Drheam Cup et au Trophée Prince de Bretagne pour d'autres actions de relations publiques, rejoignant aussitôt son port d'attache de La Trinité-sur-Mer une fois le trophée terminé. Fin août, direction la Méditerranée pour des opérations de relations publiques au large de Marseille. Durant le mois d'octobre, les voiles, la dérive, les foils, les safrans et la bôme ont été démontés, et le 27 octobre, le bateau a été convoyé à la cale de Saint-Philibert pour entrer en chantier. Le 11 avril suivant, Actual a retrouvé l'eau, et le lendemain, il a mis le cap sur Lorient, au moteur, pour récupérer le nouveau mât. Au retour de New-York en convoyage et après sa 4ème place, Actual n'est resté que 24 heures au ponton à La Trinité, avant de rejoindre Lorient pour y laisser son mât chez son constructeur. Fin août, Actual a retrouvé son mât, les sorties d'entraînements ont débuté, et les "derniers détails ont été réglés tout au long du mois". Début octobre, le trimaran semblait être "fin prêt".
Cependant, l'aventure ne fut pas sans drames. Après 19 jours de mer, Actual a passé le Cap Horn le 14 décembre à 1 h 24. Mais à 4 h 20 dans la nuit en France, Yves Le Blévec, qui était alors à la barre, a dû déclencher ses balises de détresse, signalant que "le trimaran avait un bras de cassé et qu'il avait chaviré". Le skipper a été hélitreuillé par la Marine Nationale Chilienne et déposé à terre, marquant la fin d'une campagne difficile.
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