Cartes de navigation et itinéraires autour du monde à la voile : Guide complet

Se lancer dans un tour du monde à la voile est un rêve pour beaucoup, une aventure qui demande une planification méticuleuse et une connaissance approfondie des routes maritimes. Ce voyage initiatique, comparable à la Volta de Christophe Colomb, est une expérience unique où le marin doit composer avec les éléments : vents, courants et saisons. Cet article vous guidera à travers les différentes routes possibles, les préparatifs essentiels et les outils indispensables pour réaliser ce rêve.

Préparation de l'itinéraire et choix des escales

La préparation d'un itinéraire de grande croisière en voilier est une étape particulièrement agréable et excitante. C'est un moment où l'on se projette dans le rêve, tout en prenant conscience des distances et de l'ampleur du projet. Cela peut donner le tournis, voire même nous réveiller la nuit.

Guides nautiques : Des outils indispensables

Dans une grande croisière, il faut faire de multiples choix. Ces choix, on les fait forcément. Parfois inconsciemment ou sans se poser de question, mais parfois à la suite de mures réflexions. Les décisions prises en route sont pourtant de toute première importance. Et bien que l’on puisse toujours se tromper, le fait de lire et de s’informer à travers ces guides permet de réduire les risques d’erreur. Choisir quand partir, choisir dans quel mouillage nous allons trouver refuge, en savoir un peu plus en terme de sécurité afin de ne pas risquer de se faire agresser. Choisir ses escales en fonction des lieux où nous pourrons nous approvisionner en eau et en nourriture, trouver une connexion internet, réparer une panne, acheter ou se faire livrer du matériel… Toujours savoir quels port ou abris rejoindre si une tempête arrive…etc…

Personnellement j’ai toujours préféré savoir où je mettais la quille avant de choisir de m’y rendre (ou pas). Et de toute façon, on ne peut pas tout faire… C’est pourquoi pour faire ces choix, pour préparer ses escales et sa route, certains guides nautiques me semblent assez indispensables. Par exemple, sans le livre d’Éric Bauhaus « The Panama Cruising Guide », nous ne serions tout simplement pas allés aux San Blas, la région étant très mal cartographiée.

Quelques guides nautiques recommandés

  • "Iles de l’Atlantique" (Imray)
  • "Guide des Antilles" (Jacques Patuelli)
  • "The Panama Cruising Guide" (Eric Bauhaus)
  • "South Pacific Islands - Landfalls of Paradise"
  • "Escale de Grande Croisière" et "Routes de Grande Croisière" (Jimmy Cornell)
  • "Guide de Navigation et de Tourisme de la Polynésie Française" (Patrick Bonnette et Emmanuel Deschamps)

Cartes marines : Papier ou numérique ?

Avant de partir, en faisant le compte, nous avons halluciné sur le coût des cartes marines nécessaires au voyage que nous envisagions. En 2007, une carte marine coûtait autour de 18 Euros (c’est plutôt 30 à 35 aujourd’hui et même 50 Euros en Nouvelle Calédonie !). Pour notre tour du monde, il nous en fallait minimum 200.

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Cartes marines papiers

Heureusement, grâce à l’association Sail The World, (STW pour les intimes), nous avons pu en toute légalité acheter des photocopies certifiées, environ 6 euros pièce. Mais attention, il est théoriquement interdit de photocopier les cartes marines françaises ! Il s’agit des cartes venues tout droit des États-Unis ! En effet, les cartes marines produites par les services hydrographiques aux USA sont considérées comme des cartes du domaine public. Ce qui n’est pas le cas des cartes produites par le SHOM en France ! C’est comme ça, les photocopies des cartes marines sont autorisées aux USA et interdites en France. On pourrait en rire si ce n’était pas si ridicule ! Pour vous dire jusqu’où ça va, il nous est arrivé de croiser des plaisanciers voyageurs équipés de papiers calques, et lorsqu’ils trouvaient un plaisancier équipé d’une carte intéressante, ils s’amusaient à en décalquer manuellement des morceaux ! C’est ce qu’on appelle naviguer à l’ancienne !

Cartes marines numériques

Il y a aussi bien sûr les cartes marines informatiques, électroniques ou numériques. À l’époque, en 2006 - 2007, c’était encore assez nouveau et on s’échangeait des clés USB entre voileux rencontrés au détour d’un forum sur internet, d’un ponton quelconque, ou d’une soirée apéro au mouillage. Aujourd’hui c’est simple comme l’installation d’une application de l’Apple Store. On achète d’un coup toute une zone de navigation, c’est un abonnement mis à jour chaque année pour une cinquantaine d’euros. Plus simple, plus efficace et moins cher ce n’est pas possible, et c’est légal en plus. Franchement, tout n’a donc pas augmenté et c’est aujourd’hui un vrai plaisir de naviguer avec ces outils ! J’adore !

Google Earth : Un outil de planification précieux

J’ai également passé beaucoup de temps à explorer les mouillages, les passes, les pointes et les caps sur le logiciel Google Earth. Et je l’utilise toujours beaucoup aujourd’hui ! J’utilise l’outil capture et la mémoire cache. Car le logiciel garde automatiquement en mémoire les dernières visites pour un chargement plus rapide, c’est ce que l’on appelle la « mémoire cache ». Il est possible d’en régler le volume. Ainsi, à la condition d’y avoir pensé avant, il est possible de retourner consulter Google Earth en navigation, hors connexion internet. Par exemple en pénétrant dans un endroit exigu, sinueux ou dangereux. Quand c’est chaud, comme par exemple à l’entrée des passes de Maupiti ou de Mopelia, j’utilise toutes les informations à ma disposition. Carte marine papier ET électronique, guide nautique ET Google Earth. Je me positionne avec plusieurs GPS indépendants les uns des autres, mais également au besoin par rapport à divers éléments du paysage ou du balisage grâce au compas de relèvement.

Pour en revenir à Google Earth, la mémoire cache est insuffisante sur du long terme. Alors je crée des dossiers dans mon PC. Et j’effectue de multiples captures d’écran (grâce à « l’outil capture » de Windows) que je range soigneusement et sauvegarde dans plusieurs disques durs. L’arborescence est simple, par exemple : Voyage / Croisière -> Google Earth -> Caraïbes -> Panama -> San Blas -> Coco Bandero… Les images de Google Earth sont d’une précision redoutable, largement supérieure à la plupart des cartes marines. Il faut savoir utiliser le calendrier de Google Earth (la petite horloge). Elle garde en mémoire les images prises auparavant. Il est ainsi possible de voir un endroit où des nuages ou de mauvais reflets donnent une mauvaise visibilité tout simplement en changeant la date….Mais la vigilance reste de mise car ce logiciel n’est pas fait pour la navigation.

Alors pour la grande croisière, je considère Google Earth, tout comme les cartes marines et les guides nautiques, comme un outil de première importance ! Et même indispensable pour sortir des sentiers battus et visiter quelques endroits reculés, peu, mal ou pas du tout cartographiés.

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Blogs et sites internet dédiés à la grande croisière

Il ne faut pas oublier les BLOGS et autres sites internet dédiés ! J’ai trouvé énormément d’informations par ce biais, grâce aux voyageurs qui sont passés avant nous et qui ont eu la patience de partager leur expérience. Suivre les blogs des plaisanciers permet souvent d’obtenir des informations récentes et pertinentes. Lors de notre voyage, nous en avons suivi plusieurs et rencontré certains.

Itinéraires classiques et alternatives

Le monde est vaste et les itinéraires possibles sont nombreux… mais pas infinis car en bateau on doit s’adapter aux vents dominants, aux courants, aux saisons - cycloniques notamment. Si bien que, mis à part quelques équipages qui sortent des sentiers battus, tout le monde suit à peu près les mêmes itinéraires aux mêmes périodes.

La route classique par les alizés

Un tour du monde à la voile d'Est en Ouest, en passant par les alizés et le canal de Panama, est la route classique pour les navigateurs partant trois à cinq ans. Cette route, favorisée par les vents portants, permet de naviguer en douceur tout en découvrant des destinations de rêve.

Itinéraire typique :

  1. Départ d'Europe : Naviguez vers le sud le long des côtes espagnoles et portugaises, en faisant éventuellement une escale aux îles Canaries ou à Madère.
  2. Traversée de l'Atlantique : Traversez l'Atlantique en direction des Caraïbes. Cette étape est souvent entreprise en fin d'année pour éviter la saison des ouragans.
  3. Caraïbes : Profitez des îles des Caraïbes, de la Martinique à Saint-Vincent-et-les-Grenadines.
  4. Canal de Panama : Naviguez vers l'ouest en direction du Canal de Panama.
  5. Pacifique : Une fois dans le Pacifique, vous avez de nombreuses options. Dirigez-vous vers les Galápagos, la Polynésie (Marquises, Tuamotu, Tahiti), les îles Cook, Tonga, Fidji, Vanuatu et la Nouvelle-Calédonie.
  6. Océanie : Dirigez-vous vers l'Australie et la Nouvelle-Zélande.
  7. Océan Indien : Après avoir exploré l'Océanie, naviguez vers l'ouest en direction de l'océan Indien, en passant par l'Indonésie, Singapour, la Malaisie et la Thaïlande.
  8. Afrique : Après avoir contourné le cap de Bonne-Espérance, remontez l'Atlantique, en faisant escale à l'île Maurice, à la Réunion, en Afrique du Sud et en Namibie.
  9. Retour en Europe : Remontez l'Atlantique, en faisant escale à Sainte-Hélène, au Brésil, aux Antilles et aux Açores.

Alternatives à la route classique

  • Détour par le sud : Une variante pour faire le tour du monde sans franchir le canal de Panama consiste à effectuer un grand détour par le grand Sud du continent américain, les canaux de Patagonie et le détroit de Magellan.
  • Éviter la mer Rouge : Un changement significatif dans ces routes de grandes croisières autour du monde est imposé par la piraterie maritime sévissant à l'entrée du Golfe d'Aden et de la mer Rouge.
  • Route par le Cap de Bonne-Espérance : D'autres préférant l'aventure remonteront les côtes Ouest de l'Afrique. Il faut alors planifier les étapes en fonction de la météo et de la situation politique des pays rencontrés, pas des plus stables !

Durée du voyage

Deux ans, c’est le temps minimum dont il faut disposer pour faire un tour du monde à la voile, mais il vaut mieux s’accorder trois ans si on ne veut pas avoir le sentiment de tout survoler. On peut faire le tour du globe en deux ans, voire moins - certains rallyes comme le World ARC proposent de le faire en quinze mois ! -, mais on risque de rentrer avec la frustration de ne pas avoir pu se poser et le sentiment d’avoir couru après le temps. Si l’on peut partir plus longtemps, c’est mieux. Trois ans est une durée honnête pour parcourir les trois grands océans - Atlantique, Pacifique, Indien - et on pourra même se permettre de traîner un peu en route. Mais que l’on prenne l’itinéraire le plus classique (et le plus court) par les tropiques, ou que l’on s’autorise quelques bifurcations, le parcours du voyage reste dicté par les vents et les courants dominants - globalement, on circule d’Est en Ouest - et rythmé par les saisons.

Conseils pour une navigation réussie

  • Tenir compte des saisons : Côté météo, la gestion des saisons cycloniques est primordiale sur un parcours qui vous mènera majoritairement sous le soleil des tropiques avec l’alizé comme fidèle serviteur. L’idée étant d’être toujours au bon endroit au bon moment !
  • Préparer le bateau : Avant de partir, il est essentiel de bien préparer son voilier, en vérifiant tous les équipements et en effectuant les réparations nécessaires.
  • Se former : Formation médicale, Météo marine hauturière, Survie en grande croisière, Électronique embarquée, Mécanique des diesels marins, Entretien du déssalinisateur, Matelotage… grâce à Escale Formation Technique, le centre de formations du groupe Grand Large Yachting, l’équipage travaillera à anticiper toutes les situations pouvant survenir, à bord, pour réaliser son tour du monde à la voile en toute sérénité.
  • Être flexible : Tout est possible quand on part en tour du monde en voilier. Partir sur la route des alizés pour réaliser la grande boucle en trois ans reste le rêve de tout marin au long cours. Mais quelle est la meilleure route ?

Témoignages et expériences

Isabelle et Vincent : Un rêve en préparation

Isabelle et Vincent nourrissent, depuis longtemps, un amour inconditionnel pour la mer. Ils ont décidé de se lancer dans un tour du monde à la voile, avec un départ prévu en avril 2028. Leur itinéraire inclut la traversée de l'Atlantique, le canal de Panama, la Polynésie et l'Australie.

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Bénédicte Hélies : Deux tours du monde à la voile

Bénédicte Hélies a réalisé deux tours du monde à la voile, en suivant la route des alizés. Elle recommande de visiter des destinations moins connues, comme l'archipel des Gambier en Polynésie, les îles Cocos (Keeling) dans l'océan Indien, et l'archipel désert de Saint-Brandon.

La Longue Route : Un hommage à Bernard Moitessier

La Longue Route est un tour du monde à la voile sans notion de course, en solitaire, sans escale et sans assistance avec un voilier n’excédant pas les 52 pieds, sans contrainte sur les équipements embarqués avec un départ au-dessus du quarante cinquième parallèle. C’est un hommage à Bernard Moitessier, immense marin, écrivain et philosophe, inspirateur des grands voyages pour bon nombre d’entre nous, il aurait eu 100 ans en 2025 et nous aurons à cœur d’honorer sa mémoire au retour des navigateurs. Le but de cette Longue Route 2024 est de créer une communauté de marins, hommes et femmes à réaliser le rêve de leur vie. Il n’est pas exigé une catégorie de voilier spécifique, une bonne préparation suffit.

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