La course au large moderne traverse une période de mutation profonde. Au-delà de la quête effrénée de vitesse et de la course technologique, certains navigateurs cherchent à redéfinir le sens de leur engagement sur les océans. Arthur Le Vaillant, marin rochelais de 34 ans, incarne cette nouvelle génération qui souhaite concilier performance sportive de haut niveau et convictions écologiques et humanistes. Son projet, porté par le trimaran géant rebaptisé « Mieux », illustre cette volonté de transformer le paradigme de la compétition en un vecteur de messages sociétaux.
Une Genèse Marquée par l'Héritage et l'Engagement
Né le 24 décembre 1987, Arthur Le Vaillant est issu d'un milieu où la voile occupe une place centrale. Fils de Jean-Baptiste Le Vaillant, reconnu par Loïck Peyron comme l'un des meilleurs maîtres voiliers au monde, Arthur a grandi au contact des plus grands noms de la course au large. Cependant, loin de se reposer sur cet héritage, il a cherché à se différencier très tôt. Après une jeunesse marquée par la planche à voile et l'objectif des Jeux olympiques, il s'est tourné vers le solitaire.
Son parcours n'a pas été sans embûches. En 2011, lors d'une régate à Majorque, un grave accident lui sectionne l'artère et le nerf radial du bras droit. Contre l'avis médical qui prédisait une fin de carrière, il s'est reconstruit avec détermination. Ce tournant a forgé une personnalité hybride, capable de naviguer au plus haut niveau tout en portant des réflexions sur le monde d'hier et de demain. Ses engagements, notamment en faveur de l'ONG SOS Méditerranée, lui ont parfois valu des difficultés à trouver des sponsors traditionnels, ce qui ne l'a pas détourné de son éthique personnelle.
Le Trimaran Mieux : Un Vaisseau Éprouvé au Service d'un Nouveau Récit
Le bateau choisi pour porter les couleurs d'Arthur Le Vaillant n'est pas un prototype sorti d'usine à prix d'or. Il s'agit du légendaire trimaran conçu par Marc Van Peteghem, initialement baptisé Geronimo par Olivier de Kersauson. Ce navire possède une histoire riche : après avoir été le support des records de Thomas Coville sous les couleurs de Sodebo, puis avoir été skippé par Actual, il a été acquis par Ultim Sailing.
Pour le skipper, l'utilisation de ce bateau d'une vingtaine d'années s'inscrit dans une logique de recyclage et de sobriété. Le projet ne cherche pas à rivaliser par des budgets exponentiels, mais par l'optimisation et la fiabilisation. La grand-voile, décorée par l'artiste Olivier Masmonteil, arbore un kahikatea, un conifère sacré maori, symbole de cette forêt de projets qui poussent sur une base solide. La structure « Mieux » n'est pas seulement un nom de baptême, c'est un collectif d'entrepreneurs engagés dans la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), souhaitant démontrer qu'il est possible de réaliser de grandes performances humaines sans céder à la fuite en avant technologique.
Lire aussi: Voile : l'engagement de Banque Populaire
Le Collectif comme Moteur de la Performance
L'originalité du projet réside dans son modèle économique et humain. Arthur Le Vaillant a réussi à fédérer une vingtaine de PME et ETI issues de secteurs variés. Ces entrepreneurs partagent une vision commune : faire de la sobriété une tendance et combattre la désinformation. Ils voient dans la voile un « vivier pour raconter de nouveaux récits ».
En parallèle, Arthur Le Vaillant a cofondé Sailcoop, une coopérative visant à développer un réseau de transport à la voile bas carbone, ainsi que le collectif « La Vague », qui réunit des skippers soucieux de l'impact environnemental de leur sport. L'objectif est d'influencer le milieu de la course au large pour qu'il devienne un acteur positif du changement climatique. Ces projets ne sont pas des occupations annexes, mais le cœur battant d'une réflexion globale sur la résilience et la durabilité.
La Route du Rhum comme Point d'Orgue et de Départ
Le 6 novembre 2022, au départ de Saint-Malo pour la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, Arthur Le Vaillant s'est présenté en tant que benjamin de la classe Ultim sur une monture certes moins rapide que les prototypes de dernière génération, mais d'une fiabilité exemplaire. Sa sixième place finale, obtenue après 10 jours, 1 heure et 26 minutes de mer, témoigne de la justesse de son approche.
Malgré des incidents techniques, notamment des soucis d'hydrogénérateur en début de course, l'équipage réduit et le skipper ont su mener le trimaran à bon port. La performance ne se mesure pas seulement au chronomètre, mais à la capacité de boucler un projet cohérent, respectueux des valeurs environnementales et humaines. Arriver à Pointe-à-Pitre sans encombre, avec un bateau en parfait état de repartir, a validé le pari des entrepreneurs du collectif Mieux : prouver que l'excellence sportive n'exige pas le gaspillage des ressources.
#
Lire aussi: Découvrez l'Ocean-Alchemist et son impact
Lire aussi: Exploits pionniers des marins chinois