La légende est de retour, ou plutôt les légendes ! Le monde de la course au large assiste avec intérêt au renouveau d'une histoire maritime captivante, celle de Francis Joyon et de son trimaran Orma emblématique, autrefois connu sous le nom d'Eure-et-Loir, et désormais baptisé Oceans. Remercié au printemps 2023 par IDEC, son sponsor historique depuis 20 ans, Francis Joyon, le marin de 68 ans, a depuis repris la barre d’un trimaran Orma qu’il avait fait construire en 1994. Ce geste marque un retour aux sources pour le skipper, qui continue à fonctionner comme il sait si bien le faire, avec simplicité, sobriété et efficacité. Francis Joyon, skipper emblématique que l'on ne présente plus, est déjà largement engagé dans son projet. C’est le retour d’un duo emblématique. L'homme des records et vainqueur de la Route du Rhum 2018, Francis Joyon, revient en trimaran Orma à bord de l’un de ses anciens bateaux, construit pour lui en 1994. Ce projet est fidèle à son parcours : simple, radical et résolument tourné vers la mer plutôt que vers la communication.
Le marin, après avoir été remercié au printemps 2023 par IDEC, son partenaire historique depuis vingt ans, s’est alors naturellement tourné vers ce trimaran Orma, rebaptisé Oceans. Un trimaran racheté à son propriétaire Portugais, marquant une nouvelle étape dans sa carrière et celle de ce multicoque historique.
L'Héritage et la Renaissance du Trimaran Oceans (Ex-Eure-et-Loir)
Le trimaran Orma ex-Banque Populaire, ex-Eure-et-Loir est un voilier emblématique. À son bord, Francis Joyon a notamment remporté la Transat anglaise en 2000. Ce multicoque de 60 pieds, construit en 1994 pour Francis Joyon sous les couleurs de Banque Populaire, fut conçu sur les plans de l'architecte Nigel Irens. Il s'agissait d'une construction simplifiée de son sister ship Fujicolore II. Ce dernier sera d'ailleurs également sur la ligne de départ sous les couleurs du Crédit Mutuel Arkéa - Handicapes International, aux mains de Damien Seguin, et issu des mêmes moules chez Gil Carmagnani à St Philibert. Ce multicoque a marqué l’histoire personnelle du skipper.
Francis Joyon se souvient avec émotion de ce bateau, le décrivant comme "un poème". Il confiait en septembre 2024 : « J’ai passé énormément de temps sur ce bateau, à l’endroit mais aussi à l’envers ! J’ai chaviré deux fois : sur la Transat anglaise en 1996 puis sur la Route du Rhum en 2002. Mais j’en garde aussi d’excellents souvenirs. La Transat anglaise 2000 en fait partie. Je venais de relancer un projet totalement à l’arrache, c’était une catastrophe financièrement. Je suis parti avec de vieilles voiles et du matériel pas vraiment en état. »
Après sa carrière en course, le trimaran avait été transformé en bateau de croisière au Portugal. Son dernier propriétaire a été un Portugais qui l’a transformé en bateau de croisière mais sans le dégrader. Après le décès de ce monsieur, il est resté à l’abandon quelques années à Lisbonne. Il a été mis en vente, mais il s’est avéré difficile de trouver un acquéreur pour une machine aussi spécifique. Le fils du propriétaire a fini par contacter Francis Joyon en lui disant qu’il serait content si le marin reprenait le bateau. C’était il y a environ cinq ans. À l’époque, Francis Joyon était très occupé avec ses records sur l’Ultim IDEC Sport. Il a tout de même rapidement pris l’avion pour Lisbonne, avec un ciré et une boîte à outils dans ses bagages. Lorsque l’occasion s’est présentée au début des années 2020, Joyon a racheté ce bateau au Portugal et l’a rapatrié à Locmariaquer, en Bretagne, pour entreprendre sa renaissance.
Lire aussi: Voile : l'engagement de Banque Populaire
La Remise en Configuration Course : Sobriété et Réemploi
Le travail de remise en état a été considérable. Le trimaran était "un peu alourdi mais encore performant", selon les propres mots de Francis Joyon. Il l’a allégé du mieux qu’il a pu pour le remettre dans sa configuration course, tel qu’il le connaissait finalement. Pour y parvenir, il a par exemple enlevé le propulseur d’étrave, le système de mouillage à l’arrière et des aménagements intérieurs. Tous les aménagements de croisière ont été retirés, notamment la plateforme et l'élargissement du cockpit. Comme le bateau n’avait pas couru depuis très longtemps, un travail de fond a été nécessaire au niveau de l’accastillage et de la position des points de tire. Le trimaran a ainsi retrouvé sa ligne originale, toujours selon le même principe qu'à ses débuts dans la course au large : un champ et une équipe réduite.
La remise en configuration course a nécessité un important travail d’allègement. Tous les équipements liés à son usage de croisière ont été retirés : propulseur d’étrave, système de mouillage arrière et aménagements intérieurs superflus. Une particularité notable de ce bateau est sa construction majoritairement en fibre de verre, avec seulement quelques renforts en carbone, contrairement aux générations suivantes de multicoques. Ce choix d’époque est aujourd’hui considéré par le skipper comme plus vertueux d’un point de vue environnemental.
La philosophie du projet repose largement sur le réemploi de matériel existant. Francis Joyon navigue notamment avec des voiles d’occasion offertes par d’autres skippers, dont Boris Herrmann - dont la voile arbore toujours le message « Climate action now ! » - ainsi que des voiles provenant de Kōjirō Shiraishi et de son IMOCA 60 DMG Mori. Ces voiles d’avant d’IMOCA 60, adaptées, voient leurs dimensions correspondre bien aux besoins d’un ORMA 60. La seule exception notable est la grand-voile, commandée neuve mais conçue pour être entièrement recyclable et fabriquée avec un faible impact carbone.
Oceans : Un Bateau au Service d'un Message Écologique et d'une Économie de Moyens
Le nom Oceans n’est pas un hasard. Francis Joyon a choisi de ne pas vendre le nom du bateau à un sponsor titre afin de préserver un message tourné vers la protection des océans. Le skipper soutient plusieurs initiatives liées à la protection marine, notamment IGREC mer, La Ferme de corail ou encore la Caribbean Cetacean Society. Une partie des budgets réunis doit contribuer à ces actions. Cette approche tranche résolument avec les campagnes modernes dominées par la performance et la visibilité commerciale, Francis Joyon revendiquant un projet 'utile', capable de créer du lien autour de causes environnementales.
À 68 ans, le marin assure lui-même une grande partie des travaux sur le bateau afin de limiter les coûts. Allègement, remise en état, peinture : la majorité des opérations ont été réalisées en autonomie. Le financement repose sur un réseau de partenaires techniques et de mécènes partageant cette philosophie. Francis Joyon assume rechercher un budget 'infime' comparé à ceux engagés aujourd’hui sur les projets Ultim', refusant selon ses propres mots de "vendre son âme au diable". Cette économie de moyens assumée est une marque de fabrique du skipper, qui privilégie l'efficacité et la simplicité.
Lire aussi: Découvrez l'Ocean-Alchemist et son impact
Performances Récentes et Objectifs Futurs : La Route du Rhum 2026 en Ligne de Mire
Depuis la remise à l’eau du trimaran en juin 2024, Oceans, qui est actuellement amarré dans le golfe du Morbihan, a rapidement retrouvé le rythme de la compétition avec un programme déjà dense. Les résultats récents attestent de la performance retrouvée du bateau et de son skipper.
La saison 2024 a vu Oceans participer à :
- The Round the Island Race : 2e place
- La Ronde Sénane
La saison 2025 a également été fructueuse avec :
- Tour de Belle-Île : 7e place
- Armen Race : victoire
- Round the Island Race : 2e place
- La Ronde Sénane : victoire
Ces résultats montrent que, malgré son âge et celui du bateau, le trimaran retrouve rapidement un niveau de performance solide face à des multicoques plus récents.
L'objectif majeur du programme sportif est désormais de poursuivre cette montée en puissance jusqu’à l’objectif majeur : la Route du Rhum 2026. À neuf mois du départ de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2026, la catégorie Multi Vintage suscite déjà un fort engouement autour du retour en solitaire des trimarans ORMA 60 et MOD70. Le rendez-vous s’annonce particulier puisque d’autres anciens ORMA 60 et MOD70 mythiques devraient également être présents sur la ligne de départ à Saint-Malo début novembre. Cela promet une véritable confrontation entre multicoques historiques, renforçant l'attrait de cette édition.
Lire aussi: Exploits pionniers des marins chinois
Alors que douze places seulement sont disponibles et que de nombreux skippers ont déjà déclaré leur intention d’être au départ, cette série d’articles propose de faire le point sur les projets en construction, l’état de préparation des bateaux, les choix techniques engagés et les motivations des marins qui souhaitent ramener ces multicoques mythiques sur la plus célèbre des transatlantiques en solitaire. Cela inclut le plus compact engagé, le trimaran Proludic et ses 11,58 mètres, jusqu'au géant de la flotte annoncée, Use It Again, long de 22,90 mètres, dont les skippers ont eux aussi affiché leur ambition de rejoindre la ligne de départ à Saint-Malo. Cette série d'articles consacrée au retour des ORMA 60 et MOD70 sur la Route du Rhum, débute d'ailleurs par le projet de Francis Joyon.
Parmi les concurrents notables, on retrouvera notamment l’ex-Fujicolor II, le sistership du bateau de Francis Joyon, aujourd’hui mené par Damien Seguin. Après quatre participations à la Route du Rhum en monocoque (deux en Class40 et deux en Imoca), Damien Seguin voulait s’engager en multicoque pour la cinquième, en 2026. Rapidement, son choix s’est porté sur l’ex-Fujicolor 2 avec lequel Loïck Peyron a remporté trois titres de champion Orma (en 1996, 1997 et 1999). Le trimaran Flo (ex-Pierre 1er de Florence Arthaud) a également fière allure, 37 ans après sa mise à l’eau. Éric Loizeau ambitionne de participer à la Route du Rhum 2026 à son bord.
Ils ont marqué l’histoire de la course au large et forgé la légende de la Route du Rhum. En 2026, les trimarans Orma reviennent sur le devant de la scène sous l’impulsion de marins comme Francis Joyon, Damien Seguin, Éric Péron, Gilles Lamiré ou Éric Loizeau. Tous ont annoncé leur intention de s’aligner sur ces multicoques emblématiques réunis dans la catégorie « Vintage Multi ». À travers ce projet, Francis Joyon ne cherche pas à rivaliser avec les machines les plus modernes, mais à démontrer qu’un trimaran historique, préparé avec intelligence et sobriété, peut encore traverser l’Atlantique en solitaire avec efficacité.