La Traversée Continent-Corse en Paddle : Une Odyssée Entre Dépassement de Soi, Solidarité et Engagement pour la Méditerranée

La Méditerranée, théâtre d'histoires millénaires et de légendes maritimes, se transforme aujourd'hui en un immense terrain de jeu et d'aventure pour les passionnés de sports de glisse. Parmi les défis les plus emblématiques et les plus "corsés" qui ont émergé, la traversée entre le continent français et l'île de Beauté en paddle stand up occupe une place de choix. Armés d'une simple planche et d'une rame, des individus et des équipes se lancent dans cette quête de dépassement de soi, parcourant des centaines de kilomètres sur l'eau, non seulement pour la performance sportive, mais aussi pour soutenir des causes humanitaires et environnementales essentielles. Ces traversées, qu'elles soient organisées sous forme de raids caritatifs, de courses d'endurance ou d'exploits individuels, illustrent une formidable convergence entre l'effort physique, la résilience mentale et un profond sens de la solidarité. Ce défi ne manque pas de sel et commence à se faire une place significative dans le paysage de la discipline, attirant des athlètes professionnels comme des amateurs aguerris.

Le Paddle Raid : Une Aventure Humaine, Sportive et Caritative Unique

Au cœur de ces initiatives se trouve le Paddle Raid, une aventure humaine, sportive et caritative qui se distingue par son caractère unique au monde. Créé il y a plus de dix ans, ce raid est devenu une épreuve sportive emblématique de solidarité et de dépassement de soi. L'idée de cette traversée a germé en 2014, dans le sanctuaire du Pelagos, lors d’une sortie en voilier accompagnant des enfants en difficulté. Trois chefs de bord se sont alors posé une question fondamentale : comment faire connaître l’association Le Chant des Dauphins, et comment trouver des fonds pour poursuivre cette belle initiative ? C'est ainsi que l'aventure a pris forme.

L’un d’eux proposa d'abord : « Et si l’on traversait la Méditerranée de la Corse au continent en planche à voile ? ». Un second ajouta : « ou non en kitesurf ? ». Cependant, ces options auraient été trop compliquées au niveau de la sécurité. Finalement, c’est le paddle qui fut retenu, offrant une voie plus viable et sécurisée. L’idée était bien là : un pari humain et technique au profit du handicap. Après de nombreuses évaluations et projections sur ce défi, le Paddle Raid était né, une merveilleuse aventure par équipe de 3 coureurs, accompagnés par des voiliers pour la sécurité.

Le principe est clair : il s'agit d'une traversée de 190 km en paddle stand up, réalisée en relais et en équipe, reliant Calvi (Corse) à Saint-Raphaël (France), ou inversement selon les éditions. Cette prouesse physique est accomplie au profit de l’association Le Chant des Dauphins, qui organise gratuitement des sorties en mer pour les enfants et adultes autistes à la rencontre des dauphins en Méditerranée. C'est une manière concrète et inspirante de lier la performance sportive à une bonne action, humanitaire et environnementale. Chaque membre d'une équipe, généralement composée de 3 personnes et établie par l'organisation à l'issue des qualifications, doit pagayer plus de 11 heures, par relais de deux heures. Le "convoi" sur l'eau est composé de dix stand-up-paddles, avec chaque embarcation abritant trois rameurs qui se relaient toutes les deux heures, avançant à une vitesse moyenne de 6 km/heure. Tout cet ensemble est encadré par des voiliers qui assurent la sécurité et la logistique, complétés par un semi-rigide pour la coordination des équipes. Il faut entre 35 et 39 heures à cette armada de passionnés pour rallier l'île de Beauté au continent, soit environ 180 km de mer.

Avant de prendre le large, chacun des participants doit d'abord passer les qualifications. Il ne s'agit pas de restreindre le nombre de riders, mais bien de s'assurer du niveau de ceux-ci avant de les lâcher en pleine mer. En matière de sécurité, l'événement est encadré par une trentaine de bénévoles qui surveillent les convois depuis leurs embarcations, garantissant ainsi un environnement aussi sûr que possible pour les participants. Les motivations des participants sont profondes : pour se le prouver à soi-même, pour l'amour de l'effort. Il n'y a pas de récompenses matérielles, si ce n'est la satisfaction d'avoir réalisé une action significative et d'avoir contribué à une cause noble.

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L'Ultra Paddle Race : Un Challenge de Dépassement pour Tous les Âges

Parallèlement au Paddle Raid, l'Ultra Paddle Race propose une autre facette de ces traversées épiques. Cette compétition, qui alterne chaque année entre le trajet Saint-Raphaël-Calvi et le sens inverse, se distingue par l'utilisation de SUP rigides et une plus grande autonomie des équipes, chacune disposant d'un voilier dédié. Elle accueille pour la première fois au monde, une course de professionnels et d'amateurs de très longue distance de plus de 180 km en pleine mer. Les équipes sont généralement composées de 2 riders en relais, et leur voilier permet d'associer force et stratégie. Ce sport de glisse à part entière rencontre un succès grandissant depuis quelques années et tend à se vulgariser auprès d'un public de plus en plus large comme un loisir ludique et facile d'accès.

L'édition 2025 de l'Ultra Paddle Race a notamment été marquée par l'histoire des "Unstoppaddle", une équipe composée de trois rameuses, Fabienne Levallois, Chrystele Velayoudon et Laetitia Bonnard. Toutes trois âgées de plus de 50 ans, elles se sont lancées dans cette aventure hors normes en stand-up paddle avec un objectif clair : prouver qu’il n’y a pas d’âge pour se dépasser. Elles ont relevé ce défi avec une détermination inébranlable, soutenues par leur coach Amaury Dormet de l’Ocean Paddle Camp et un équipage chevronné à bord du voilier Imara. Leur expérience humaine, sportive et solidaire est restée marquante, bien que la course ait finalement été interrompue au petit matin du 12 mai en raison d'une météo orageuse.

La motivation de ces femmes illustre parfaitement l'esprit de l'Ultra Paddle Race. Fabienne Levallois, à l'origine de l'idée après une blessure l'ayant empêchée de participer au Raid 2024, a entraîné Chrystele et Titia dans cette aventure. Le fait d'être entre femmes était un aspect important pour elles. Elles mettent en avant le fait que la pratique du sport chez les femmes après 50 ans peut réduire les risques de cancer et de maladies neuro-dégénératives de 30 %. Le sport est pour elles une source d’énergie positive, les poussant à se dépasser et leur permettant de s’épanouir dans tous les domaines. Retrouver les copines sur les événements sportifs est d’ailleurs un de leurs grands plaisirs.

Leur préparation a été méticuleuse, incluant une bonne organisation d’entraînement malgré des emplois du temps respectifs et un éloignement géographique. L'alimentation et la nutrition ont été soigneusement cogitées grâce aux conseils avisés de Gilles Doucet, bien que l'action et le mal de mer aient parfois rendu difficile de manger beaucoup. Pour le mental, rien de mieux que l’esprit d’équipe et la solidarité, un mélange d’excitation, de trouille et de ténacité. Chrystele, expérimentée en voile, a pu aider Fabienne et Titia, moins habituées à la navigation, à se préparer à la vie à bord. La logistique, la nourriture et le stockage des vêtements pour chaque relais furent minutieusement préparés, un aspect crucial quand on sort d'un run houleux de 1h30 et que l'on a tout donné, nécessitant que la suite ne soit pas compliquée. Leur rituel après chaque relais comprenait le rinçage des tenues à l’eau douce pour le séchage, l'étendage des vêtements, et un repos essentiel pour récupérer.

Un week-end de qualification, mi-avril, a permis aux Unstoppaddle de découvrir toute l'équipe et de sentir la "vibe" du Paddle Raid. Sur un peu plus de 24 heures, elles ont effectué quatre sorties de 2 heures sur des paddles gonflables, sauf la sortie nocturne annulée à cause d’un gros coup de vent. Cette expérience a donné le ton de la traversée. Leur équipage sur l'Imara, composé d'experts corses comme Nicolas Lavigne et Gilles, tous deux de la SNSM de Calvi, a été une source de réconfort. Gilles, en particulier, avait déjà participé sept fois au Raid et/ou à la Race, et avait même établi un temps de référence autour de 25 heures en Itiwit de Saint-Raphaël à Calvi. La météo, constamment scrutée avant le départ, est ensuite devenue la responsabilité des marins une fois en mer.

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Dès le départ, les conditions furent "raides" : vent de face ou de côté, et une grosse houle latérale pendant les sept premières heures, un contexte où les squats pratiqués à l'entraînement prenaient tout leur sens. Fabienne, la plus rapide, a pris le départ, suivie par Titia et Chrystele, avec pour objectif de placer le relais et de ne pas se faire distancer par l'équipe concurrente. Vers 19h, la mer s’est un peu lissée, offrant un magnifique coucher de soleil et même des dauphins, avant d’entamer la rame sous la pleine lune avec une superbe glisse. Après minuit, Chrystele fut complètement HS avec le mal de mer et ses conséquences, nécessitant la solidarité de Fabienne et Titia qui se sont relayées pour qu’elle reprenne des forces. Cette solidarité nécessaire, Amaury les y avait préparées, sachant qu’à un moment donné, l’une d’entre elles aurait un coup de mou et qu'il faudrait assurer. Chrystele, battante, a lutté pour remonter sur la planche.

C'est lors du 17ème run de Titia que la situation a pris une tournure dramatique, avec l'apparition des marins en veste de quart, ciré et bottes vers 5h du matin. Des éclairs et un vent fort annonçaient l'orage. L'équipe s'est réfugiée en cabine tandis que les marins affrontaient la tempête. Malgré la déception, la solidarité au sein de l'équipage s'est manifestée en leur préparant des pâtes. Passé l’épisode orageux, un vent de 30 nœuds est rentré de face avec une mer déchaînée, menant à la décision difficile de ne pas continuer. Dépitées et frustrées, elles ont malgré tout ressenti une grande fierté pour leur parcours et leur équipage. Cette expérience les a motivées à repartir l'année suivante, avec l'espoir de voir d'autres équipages féminins.

Exploits Solitaires : La Méditerranée comme Terrain de Jeu Extrême

Au-delà des épreuves collectives, la traversée Continent-Corse est aussi le théâtre d'exploits individuels, repoussant les limites de l'endurance et de l'innovation technologique. Chaque été, la Méditerranée devient un espace où sportifs professionnels et aventuriers amateurs s'élancent dans des traversées exigeantes, où la performance se conjugue avec le dépassement de soi. Vent, houle, fatigue mentale, isolement : tous viennent chercher au large une forme d'absolu.

Erwan Jauffroy et la Première Mondiale en SUP Foil

Un exemple frappant de ces défis individuels est celui d'Erwan Jauffroy, de la chaîne Youtube Watersports Zone. Après 8 mois de préparation minutieuse, Erwan a réalisé son rêve : foiler de Toulon à Calvi, sans voile et sans moteur, juste en surfant l'énergie des vagues créées par le Mistral, en SUP foil. Le 26 mai, alors que certains prennent le volant pour se rendre au bureau, Erwan a pris son paddle et mis le cap sur la Corse. Parti de Porquerolles peu après 7h, il est arrivé au pied de la citadelle de Calvi après avoir parcouru 246,8 km (133 milles) en début de soirée, grâce à l'énergie des vagues à travers la Méditerranée. Cet exploit est une première mondiale historique.

Erwan a ressenti dès le réveil un mélange d’excitation, d’appréhension, mais aussi de fierté. Il était particulièrement satisfait d’avoir travaillé sur le matériel avec toute l’équipe de développement de F-ONE, et notamment Charles Bertrand, estimant que cela avait vraiment joué sur la réussite du projet. Il s'est élancé dès l’aube au large de Porquerolles, direction la Corse, réalisant rapidement que cette traversée serait plus difficile que prévu. Pendant plusieurs heures, il fut gêné soit par le soleil dans les yeux, soit par son reflet sur la mer, l’empêchant de lire les vagues. La force du vent oscillait entre 15 et 35 nœuds selon les endroits, créant des "bumps" de 1,5 à 3 mètres. La partie la plus difficile fut sans aucun doute les 150, voire 200 kilomètres en haute mer.

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Une concentration extrême lui fut demandée. Erwan n'a parlé que brièvement à la radio au début avec le bateau, puis pendant environ 11 heures, il n’a plus communiqué, craignant que cela ne le déconcentre de sa trajectoire. Il n’a pas non plus sorti la caméra une seule fois. Autour des 50 kilomètres et après presque 2h30 de navigation, toute l'équipe fut détournée plus au sud par la Marine Nationale. Erwan et ses équipiers, notamment Éric Péron, durent adapter la trajectoire pour continuer à réaliser la meilleure route possible vers Calvi. Il fut "dégouté et frigorifié" à ce moment-là, mais ils n’avaient pas le choix. Erwan n’a jamais envisagé l’échec ou l’abandon, ni manqué de motivation, se disant juste que cela allait être beaucoup plus long que prévu, mais qu'il était prêt à donner beaucoup pour arriver au bout.

Seul au milieu de la Méditerranée, il a croisé des dauphins et des tortues, avant d'apercevoir enfin la Corse au loin. Les 20 à 30 derniers kilomètres furent "carrément géniaux", malgré l'épuisement. Il a regretté de ne plus avoir de jambes tant les conditions étaient "folles". Erwan a pu maintenir une vitesse moyenne sur son foil de 12,5 nœuds, soit environ 23 km/h. Après plus de 12 heures en mer, il est arrivé au pied de la Citadelle de Calvi. Son succès, il l'attribue au soutien de nombreuses personnes, en particulier chez F-ONE (Julien Salles, qui l'avait jugé légitime pour une telle traversée), son équipe, ses partenaires, sa famille, ses amis, et la communauté sur les réseaux sociaux. Cet exploit, a-t-il affirmé, était un défi "réputé infaisable", mais l'échec n'était "pas une option" afin d'honorer les soutiens reçus. Il a vécu des moments incroyables avec les dauphins, les tortues, et la vision du Phare de la Revelata avec la lumière du soir en arrivant. Le succès fut à la hauteur de la difficulté du défi, qui l'a mené "au bout du bout" de lui-même. Il est important de noter que ce "downwind" a été effectué par un rider professionnel et que les traversées de longue distance nécessitent une préparation physique, des dispositifs de sécurité appropriés et une assistance en mer.

Un Récit de Résilience : La Traversée Solitaire d'un Paddler Aguerri

Au-delà des performances médiatisées, d'autres récits de traversées solitaires témoignent d'une persévérance et d'une force mentale exceptionnelles. Un paddler, déjà auteur de plusieurs records d'endurance comme les 200 km non-stop du Canal du Midi en 2014 et les 207 km en 23h en 2018, s'est lancé dans la traversée du Continent à la Corse, en solo et en stand-up paddle. Ce "vieux rêve" lui trottait dans la tête depuis quelques années.

Initialement prévue avec une équipe, des changements météorologiques ont nécessité d'avancer le départ de deux jours pour bénéficier de conditions optimales, ce qui a conduit à une équipe remaniée : le paddler, Stéphane le capitaine du bateau, et Juju, un ami d'enfance, embarquant au port de La Ciotat. Après avoir navigué vers Porquerolles pour économiser le carburant, le départ a été donné. Le petit déjeuner, simple mais efficace, consistait en un bon plat de riz à la sardine.

Les premières heures furent une "vraie partie de plaisir", ironiquement, avec une houle de travers et un vent de 15 nœuds de trois quarts face. La vitesse était comparable à celle d'un escargot, variant entre 4 et 7 km/h, le paddler s'efforçant d'adapter sa rame avec souplesse pour ne pas taper l'eau et économiser ses forces. L'île de Port-Cros fut atteinte, offrant un moment de répit sous le vent, le long des falaises, où l'eau était plus calme. Le premier ravitaillement, une heure après Port-Cros, permit un échange de Camelback et un rapide bilan : pas de fatigue particulière, des conditions s'améliorant, et une vitesse remontant à 7 km/h.

Alors que le paysage changeait en s’éloignant de la côte, la mer devenait un miroir, propice à la glisse. La sensation de solitude s’est accrue avec la diminution de la lumière du soleil et l'apparition d'une légère brume de chaleur, réduisant les repères visuels et accentuant la proprioception. Le relâchement musculaire devenait difficile, le corps restant en alerte pour anticiper les mouvements d'eau et éviter la chute. La nuit fut marquée par l'apparition de dauphins et le besoin d'une lampe sur la planche pour la visibilité, même si la lune et le ciel dégagé offraient déjà une bonne clarté. Les sensations restaient bonnes, malgré l'abandon du GPS après 12 heures. Pour occuper son esprit, il se lançait dans des comparaisons parfois "pas très cohérentes" et pensait à ses proches, reconnaissant l'importance de leur soutien, même à distance.

La nuit s’est passée sans encombre, le ronronnement du voilier l'accompagnant sur une mer "glassy", qui, bien que facile sur un lac, se révélait moins évidente avec un petit roulis subtil. Après 18 heures de rame, à 4h du matin, la fatigue aurait pu frapper, mais il resta éveillé, se demandant si c'était le café mélangé au coca ou l'appréhension de tomber. Un passage de dauphins dans l'obscurité était à la fois agréable et légèrement déstabilisant. Finalement, une ondulation générée par un gros bateau eut raison de lui, provoquant le seul bain de la traversée, une remise en place salutaire. La visibilité se dégrada avec l'éclipse lunaire vers 5h30, puis les premières lueurs du jour firent disparaître les étoiles.

Le lever de soleil fut "l'un des plus beaux", un spectacle qui lui donna des ailes, surtout à l'aperçu d'une masse noire à l'horizon : l'île de Beauté. Les premières impressions de proximité se dissipèrent vite, révélant la véritable distance. Le soleil se levant, la température augmentait, et la surface de l'eau, miroitante, accentuait l'agressivité du soleil. Les douleurs s'intensifiaient, particulièrement aux cuisses et aux genoux, qui devenaient "grippés verrouillés comme de vieilles charnières rouillées". Malgré la douleur, il continuait d'avancer, croisant des poissons-lune et des nuées de vélelles. Finalement, à bout de forces, il signala au bateau, s'assit sur sa planche, "chiffon carpette". Stéphane, le capitaine, lui annonça qu'il restait 20 miles, une distance qui, pour un esprit épuisé, semblait encore immense. Une pause forcée pour se réhydrater fut nécessaire avant de relancer la machine "doucement". L'aperçu du phare de Calvi et une légère brise fraîche redonnèrent de l'énergie. Julien le rejoignit sur l'eau pour les derniers kilomètres. L'entrée dans la baie de Calvi fut un véritable "carnage" : le vent avait forci avec un effet venturi, créant un clapot latéral qui rendait la fin du parcours particulièrement ardue. Malgré la difficulté et une altercation avec Stéphane, le "vieux rêve" fut bouclé, ajoutant cette traversée solo en stand-up paddle à son palmarès d'aventures extrêmes.

Nicolas Parlier : Le Kite Foil et le Défi des 5 Heures

Le monde des sports de glisse continue d'innover avec la technologie du foil. Nicolas Parlier, multiple champion du monde de kite foil, âgé de 30 ans et originaire des Hautes-Alpes et du bassin d'Arcachon, prépare actuellement sa tentative de relier Saint-Tropez à Calvi en moins de 5 heures. Son objectif est d'effectuer une traversée de 187 kilomètres en solitaire au-dessus de la Méditerranée, porté par la seule force du vent, sans aucune assistance extérieure. Cette ambition illustre comment les athlètes de haut niveau cherchent constamment à repousser les limites de leur discipline, en exploitant les avancées technologiques pour des performances encore plus spectaculaires.

L'Engagement pour la Protection de la Méditerranée

Au-delà des prouesses sportives, ces traversées sont souvent imprégnées d'un profond engagement pour la protection de l'environnement marin. La Méditerranée, bien que sanctuaire de biodiversité comme le Pelagos, est aussi confrontée à des défis majeurs, notamment la pollution plastique.

Les frères Teulade, Ludovic et Jérémy, athlètes professionnels bien connus dans le monde du paddle, se sont engagés dans une traversée France-Corse en SUP dans des conditions extrêmes pour sensibiliser à la pollution plastique de la Mer Méditerranée. Ayant commencé le stand-up paddle sur la Côte Bleue et voyageant à travers le monde pour les compétitions, ils passent leur vie sur l’eau et sont témoins de l’augmentation du plastique en mer. Ils ramant très souvent en Méditerranée, ils ont pu s’apercevoir combien elle était polluée. Selon la WWF, celle-ci a une concentration en plastique quatre fois plus élevée que le continent de plastique dans l’océan Pacifique.

C'est cette réalité alarmante qui les a poussés à se lancer dans un challenge à la fois extrême, sportif et crucial à leurs yeux. Leur projet est d'effectuer une traversée en stand up paddle d’environ 200 km de la France vers la Corse, par un vent de Mistral de 100 km/h. Au milieu de cette mer déchaînée et d’une houle de 5 à 6 mètres, quand les bateaux de croisières resteraient au port, ils prendront le large sur leurs planches de 17 pieds pour affronter les éléments. Cette traversée en relais, prévue pour durer presque 20 heures dans des conditions extrêmes, est conçue comme le plus gros "downwind" de l’histoire du SUP. Leur espoir est de susciter l’intérêt des plus grands médias en France et dans le monde, et ainsi de sensibiliser le grand public à l’état critique de la mer Méditerranée. Pour amplifier leur impact, durant la traversée, pour chaque kilomètre parcouru, ils reverseront la somme de 5€ à l’association Water Family Du Flocon à la Vague, qui sensibilise les jeunes générations à la protection de l’eau. Ces initiatives montrent que le sport peut être un puissant vecteur de message et d'action pour des causes environnementales vitales.

La Technologie du Foil et l'Évolution des Sports de Glisse

L'émergence et le perfectionnement de la technologie du foil ont révolutionné le monde des sports nautiques, y compris celui du paddle. Depuis plus de 40 ans, des tentatives d'installer des foils sur les embarcations se succèdent, mais c'est depuis quelques années que cette technologie est devenue réellement efficace et accessible. Du "voileux de l'America's Cup" au "wing foileur" en passant par le kitesurfeur, le planchiste, le surfeur et le "SUPeur", les foils sont d’une efficacité redoutable, offrant une nouvelle dimension de vitesse et de sensations. À Marseille, la Française Lauriane Nolot a même remporté une belle médaille d'argent en kitefoil dans la rade sud, illustrant la performance de cette technologie en compétition.

L'exploit d'Erwan Jauffroy en SUP foil entre Toulon et Calvi est une démonstration parfaite de cette innovation. En utilisant l'énergie des vagues créées par le Mistral, il a pu parcourir une distance considérable à des vitesses impressionnantes, planant littéralement au-dessus de l'eau. Cette capacité à "voler" au-dessus de la surface réduit la friction et ouvre la voie à des traversées encore plus rapides et énergétiquement efficientes. Le SUP foil se positionne ainsi comme une discipline d'avenir, exigeant une maîtrise technique avancée et une compréhension profonde des éléments marins. Ces avancées technologiques contribuent à élargir les horizons des sports de glisse, offrant de nouvelles possibilités pour des défis toujours plus audacieux et des expériences uniques en mer.

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