Noam Yaron, un nageur suisse, s'est lancé un défi audacieux : relier Calvi en Corse à Monaco à la nage. Cette traversée de 180 kilomètres, prévue pour durer cinq jours et cinq nuits, représente non seulement un exploit sportif potentiellement record, mais aussi une mission de sensibilisation à la pollution qui menace la mer Méditerranée.
Un Défi Sportif et Écologique
À partir du 11 août 2025, Noam Yaron s'élancera de Calvi pour parcourir les 180 kilomètres qui le séparent de Monaco, en utilisant uniquement la force de ses bras. Son objectif est double : pulvériser un record mondial et attirer l'attention sur le sanctuaire Pelagos, un espace marin d'une grande richesse écologique mais en péril. L'expédition nécessitera près d'un million d'euros de financement.
Préparation Intense et Innovation
Depuis deux ans, Noam Yaron s'est préparé intensivement pour ce défi hors norme. Son entraînement rigoureux a laissé des traces, comme il le confie avec humour : "J’ai nagé si longtemps que j’ai perdu des bouts de langue". Le sel de la Méditerranée a modifié son goût, ses lunettes ont marqué son visage, et sa combinaison a créé un bronzage particulier. Pour optimiser sa performance, il a même opté pour une épilation définitive du torse et du dos, réduisant ainsi les frottements et les risques d'infections.
Au-delà de la préparation physique, Noam a travaillé sur son mental, apprenant à gérer les hallucinations dues à l'épuisement et à expérimenter des techniques innovantes. Il s'entraîne à dormir en nageant grâce à l'hypnose ou en flottant sur le dos, guidé par une ligne lumineuse pour maintenir une partie de son cerveau éveillée. L'objectif est ambitieux : parcourir 180 kilomètres en cinq jours et nuits maximum, un exploit qui exige une endurance physique et psychologique exceptionnelle.
Deux catamarans Excess accompagneront Noam lors de sa traversée. L'Excess 14 assurera la logistique, tandis que l'Excess 11 accueillera une équipe scientifique chargée de réaliser des prélèvements d'ADN environnemental, d'étudier le plancton et d'observer la mégafaune marine. Cette combinaison d'exploit sportif et de recherche scientifique est une approche novatrice. Noam a également expliqué avoir utilisé une modélisation de polaire, similaire à celle utilisée en course au large, pour optimiser son trajet en fonction des courants du golfe de Gênes.
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L'échec de sa tentative en 2024, interrompue par des conditions météorologiques défavorables, a servi de leçon. Cette fois, l'équipe a mobilisé une expertise météorologique pointue, analysant cinq ans de données marines pour identifier une fenêtre estivale optimale.
Un Message pour la Méditerranée
Au-delà de l'exploit sportif, Noam Yaron souhaite sensibiliser le public à la situation critique de la mer Méditerranée. Il souligne que "c'est l'une des mers les plus polluées du monde", avec près de 600 tonnes de plastique qui y finissent chaque jour.
En nageant à travers le sanctuaire Pelagos, la plus grande aire marine protégée de Méditerranée, Noam veut mettre en lumière les enjeux de cette zone et inciter les gouvernements à investir davantage dans sa protection. Il plaide pour que 10% de la zone bénéficie d'une protection stricte d'ici 2030, conformément à l'objectif fixé par la Commission européenne.
Il a choisi de nager en période de pleine lune pour limiter la présence de plancton et de méduses sur son trajet. Il espère avoir une fenêtre de conditions idéales en début de semaine prochaine, c'est-à-dire peu de vent et peu de vagues sur plusieurs jours.
Un Engagement Environnemental
Le sanctuaire Pelagos, qui s'étend entre la France, Monaco et l'Italie, est un écosystème fragile abritant des espèces emblématiques comme les baleines, les dauphins et les tortues marines. Noam Yaron souligne que cette zone souffre d'une protection insuffisante et que sa traversée vise à mobiliser l'attention sur cette problématique.
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Noam Yaron propose également des solutions innovantes pour financer la préservation des aires marines protégées, comme la valorisation des ressources génétiques de ces zones pour des applications en cosmétique ou en biotechnologie. Selon lui, si une zone protégée peut générer de la valeur, cela devient un argument supplémentaire pour sa défense.
Soutien et Reconnaissance
L'initiative de Noam Yaron a reçu le soutien de personnalités comme le prince Albert II de Monaco, qui a salué l'impact du projet en affirmant qu'il "a réussi à reconnecter les gens avec la mer". Ces mots ont profondément marqué le nageur, qui voit dans son aventure une opportunité de "donner envie aux gens de monter dans le bateau", au sens propre comme figuré.
Les Défis de la Traversée
La traversée de Noam Yaron représente un défi immense, tant sur le plan physique que mental. Il devra affronter la fatigue, les conditions météorologiques changeantes, et les dangers potentiels de la mer, tels que les méduses et les requins.
Pour se préparer à ces difficultés, Noam a développé des techniques spécifiques, comme la capacité à dormir en nageant grâce à l'hypnose, et l'utilisation de boissons caféinées pour rester actif. Il sera également équipé d'un bracelet électromagnétique pour éloigner les requins si nécessaire.
Autres Tentatives et Réussites
Il est important de noter que d'autres nageurs ont déjà réalisé des traversées similaires, contribuant ainsi à sensibiliser le public à la protection des océans. Rémi Camus, par exemple, a réussi en 13 jours une traversée de 180 km à la nage entre Calvi et Monaco. Il avait prévu de réaliser cette traversée sans assistance, suivi par une équipe en voilier et surtout, accroché à une petite plateforme pour s'arrêter, comme un radeau, mais en totale autonomie, c'était impossible. Il a eu besoin de l'assistance de l'équipe pour le sortir des zones de houle et des courants très forts. Il a rencontré des baleines, des dauphins, des tortues, des raies, des méduses… Lors de son arrivée, il a vu des bouts de plastique partout en s'approchant de la côte. À la caméra, ça ne rend rien du tout, mais c'est incroyable. Il y en a partout, des petits bouts … Il voulait montrer ça. Il est parti pour sensibiliser le public. Si on veut continuer sur cette planète, il faut faire quelque chose pour que nos enfants en bénéficient.
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Michel Nox a relié à la nage le Var et Calvi, soit 236 km, en huit jours. Il a constaté la disparition des espèces et la pollution invisible, même dans les zones protégées. Il a également souligné que, malheureusement, quand il est arrivé en Corse, la pollution était la même. Si on ne met pas la tête dans l’eau on ne le remarque pas forcément. Ce qu’on ne voit pas ne nous inquiète pas. Après sa traversée de la Méditerranée entouré de sacs plastiques et des bidons abandonnés, Michel Nox garde un optimisme mesuré : "Il ne faut pas tomber dans l’excès alarmiste en disant ça y est, c’est foutu.