Le commerce mondial, pilier de nos sociétés modernes, repose en grande partie sur le transport maritime. Environ 90% des échanges commerciaux transitent par la mer, impliquant une flotte colossale de quelque 80 000 navires marchands sillonnant les océans pour acheminer les biens et denrées de notre quotidien. Cependant, cette hégémonie a un coût environnemental significatif : le secteur est responsable d'environ 3% des émissions mondiales de CO2, engendrant des impacts dévastateurs tant sur notre santé que sur la biodiversité marine. Face à cette réalité préoccupante et aux crises écologiques contemporaines, l'appel à des solutions innovantes et bénéfiques pour tous se fait de plus en plus pressant. C'est dans ce contexte que des initiatives pionnières émergent, cherchant à réinventer les pratiques établies.
Parmi ces acteurs de changement, TOWT (TransOceanic Wind Transport), une jeune société spécialisée dans le transport commercial à la voile et basée à Douarnenez, s'est positionnée comme un projet concret, réalisé et efficace. Son ambition fondamentale est de redonner au voilier son rôle premier de vaisseau de fret, une fonction qui, si elle est aujourd'hui principalement associée à la plaisance, incarne un espoir tangible pour un transport maritime véritablement « décarboné », c'est-à-dire affranchi des énergies fossiles. Cette vision audacieuse est celle de Guillaume Le Grand, un jeune entrepreneur qui a fondé TOWT, animé par la conviction profonde que des alternatives durables sont non seulement possibles mais impératives.
Bien que certains esprits puissent qualifier cette démarche d'« utopique », y voyant une conception imaginaire et inatteignable, cette perspective sous-estime la capacité de la jeune génération à développer des solutions concrètes face aux problématiques environnementales de notre siècle. L'approche de TOWT n'est pas de s'égarer dans des idéaux irréalisables, mais de privilégier des idées simples qui ont le pouvoir de transformer le monde. L'entreprise ne se contente pas de proposer un service de transport : elle promeut également une démarche éthique englobant producteurs, distributeurs et clients, en favorisant une consommation responsable et consciente. Imaginez-vous un instant sur le port de Douarnenez, observant un deux-mâts majestueux fendre les brumes matinales. Votre café de Saint-Domingue, acheminé à bord du voilier Lun II, un vieux gréement remis en service, devient alors plus qu'une simple boisson. Le savourer, l'âme voyageuse et l'esprit tranquille, c'est participer à un projet où le passé et le présent se rejoignent pour offrir un double plaisir : celui de consommer des produits biologiques venus d'horizons lointains et celui de rêver à des voyages océaniques propulsés par la seule force du vent. C'est également cette même philosophie qui confère une saveur unique au rhum des Caraïbes ou à la bière des Cornouailles lorsqu'ils sont transportés sous le label, alors unique au monde, "Transport par voilier".
Genèse et Innovations d'un Modèle Ambitieux
L'aventure entrepreneuriale de TOWT, aussi ambitieuse que vertigineuse, prend ses racines dans la passion de Guillaume Le Grand pour la voile, transmise par son grand-père en Bretagne. Après des études de sciences politiques et un début de carrière comme analyste à Londres, loin des embruns bretons, cette passion le rattrape. À seulement 24 ans, avec ses économies de la City, il s'associe à des amis pour acquérir un voilier de 15 mètres. Leur pari initial est de taille : aller chercher trois tonnes de café équitable en République Dominicaine et les ramener en Angleterre. Un an plus tard, la mission est accomplie. Les paquets de café, fièrement certifiés « équitables et bas carbone », rencontrent un succès fulgurant sur les marchés londoniens.
Fort de cette première expérience réussie, Guillaume Le Grand se lance dans la grande aventure TOWT, guidé par deux convictions inébranlables. D'abord, il est persuadé que l'industrie du "shipping" ne parviendra pas à se décarboner sans des innovations technologiques matures, encore rares à l'époque. Ensuite, il milite pour une transparence accrue dans le transport maritime, estimant que le consommateur doit pouvoir retracer l'origine de son café, comprendre comment il a été acheminé, par qui, et dans quelles conditions. C'est à partir de ces principes que s'engage une véritable course à l'innovation pour décarboner le transport maritime.
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Initialement, TOWT affrète des voiliers existants pour transporter diverses marchandises, comme des bières biologiques depuis l'Angleterre vers la France. Vendues dans les Biocoop du Finistère, ces bières connaissent un succès rapide, stimulant la multiplication des traversées transatlantiques et la diversification des produits acheminés. Toutefois, pour Guillaume Le Grand, cette approche, bien que prometteuse, ne suffit pas. Une idée audacieuse germe : « Et si l'on passait à l'échelle en construisant des voiliers-cargos modernes ? »
Sans tarder, un appel d'offres est lancé en 2019 auprès d'une quinzaine de chantiers navals européens. C'est le constructeur français Piriou qui remporte le contrat. Le chantier démarre en 2020 en Roumanie pour la construction de deux voiliers-cargos baptisés Artemis et Anemos. L'ambition est colossale : ces deux navires marchands sont conçus pour utiliser la propulsion vélique à plus de 90%, offrant une capacité d'emport de 1100 tonnes de marchandises par voilier. C'est cette spécificité qui distingue TOWT de la plupart de ses concurrents, lesquels opèrent généralement selon un modèle hybride combinant vent et moteur thermique. En effet, des entreprises telles qu'Ayro, Airseas ou Beyond the Sea proposent d'équiper des navires de commerce existants de voiles de nouvelle génération, mais ces systèmes n'offrent qu'une économie de carburant de l'ordre de 15 à 30%. Ces chiffres paraissent modestes face aux plus de 90% de réduction d'émissions promis par TOWT.
Le choix d'une propulsion "presque" 100% vélique influence profondément le design des bateaux, caractérisés par des lignes très fines et une surface de voile bien plus importante que celle des autres navires du marché. Sur le plan technique, TOWT innove également en développant des mâts permettant de manœuvrer les voiles de manière semi-automatique. Un système de routage autonome est également mis au point, capable de définir la route maritime optimale à emprunter en fonction des vents et des conditions météorologiques en temps réel. Grâce à ces avancées, l'entreprise bretonne prend une avance considérable sur la concurrence. Artemis et Anemos devaient être mis à l'eau au printemps 2024, tandis que les voiliers-cargos d'acteurs similaires comme Windcoop ou Neoline étaient encore en phase de prototypage. Cette course à l'innovation permanente, où l'on est "toujours à deux doigts de mourir" selon Guillaume Le Grand, est le prix à payer pour être pionnier, mais l'entreprise s'est toujours relevée, portée par des valeurs fortes et une recherche constante de renouvellement.
Au-delà de la performance bas carbone, TOWT met un point d'honneur à la transparence et à l'intégrité de sa démarche. En choisissant TOWT, les chargeurs (clients) n'optent pas seulement pour un mode de transport écologique, ils adhèrent à une philosophie environnementale et sociale exigeante. La création du label ANEMOS, initié par TOWT, en est la preuve tangible, permettant aux consommateurs d'identifier aisément les produits transportés à la voile. Avec des premiers contrats signés avec des noms prestigieux tels que Pernod Ricard, Belco, Longueteau et les champagnes Drappier, un volume impressionnant de 140 millions d'euros de commandes avait déjà été sécurisé, laissant présager un avenir radieux pour la compagnie.
Anatomie d'une Entreprise Pionnière : Structure et Enregistrements Officiels
L'existence et l'activité de TOWT, comme toute structure commerciale en France, sont encadrées par des référentiels publics rigoureux, garantissant sa légitimité et sa traçabilité. Toutes les structures référencées sur le site officiel de TOWT sont ainsi inscrites à un ou plusieurs de ces registres publics, tels que la base Sirene, le RNE (Registre National des Entreprises) ou le RNA (Registre National des Associations, bien que moins pertinent pour une entité commerciale). L'Extrait RNE, délivré par l'INPI, constitue le justificatif d'immatriculation de l'entreprise et contient des informations essentielles, équivalentes à celles que l'on retrouverait dans un extrait KBIS ou D1, attestant de son identité légale.
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La structure TOWT a été inscrite auprès de l'Insee, dans la base Sirene, depuis le 23 juillet 2014. Cette inscription a été régulièrement mise à jour, la dernière révision datant du 6 décembre 2025, témoignant d'un suivi administratif constant de son activité et de ses données. Parallèlement, l'entreprise est immatriculée au Registre National des Entreprises (RNE) tenu par l'INPI, et ce depuis le 10 novembre 2020. L'avis de situation du RNE confirme cette immatriculation, qui a été mise à jour plus récemment, le 19 mai 2024.
L'extrait RNE de TOWT contient des informations clés pour son identification et son fonctionnement :
- Sa Dénomination Sociale.
- Son numéro SIREN, identifiant unique de l'entreprise.
- Le numéro SIRET de son siège social, qui localise précisément son établissement principal.
- Concernant la TVA intracommunautaire, il était noté "Pas de n° TVA valide", ce qui peut indiquer une situation particulière liée à son modèle d'affaires ou à des exemptions spécifiques à certaines étapes de son développement.
- Un numéro EORI (Economic Operator Registration and Identification), un identifiant unique communautaire indispensable pour toutes ses relations avec les autorités douanières, essentiel pour une entreprise impliquée dans le transport international.
L'activité principale de TOWT est classée selon la nomenclature NAF/APE. Il est important de noter que le code NAF 2025, issu de la nouvelle nomenclature d’activités de l’Insee, sera applicable à partir du 1er janvier 2027 et coexistera avec la NAF actuellement en vigueur jusqu'à la fin de 2026, reflétant une évolution dans la catégorisation des activités économiques en France.
Les informations disponibles précisent également l'Adresse postale officielle de l'entreprise, ainsi que sa Forme juridique. Ces éléments sont fondamentaux pour comprendre son statut légal et son mode de gouvernance. L'effectif salarié est une variable statistique significative, calculée par l'Insee. Elle se base sur la tranche d'effectifs salariés (données arrêtées au 31 décembre de l'année n-2) et le caractère employeur des établissements (données déclaratives maintenues par l'URSSAF). Pour TOWT, l'effectif salarié était estimé entre 10 et 19 salariés en 2023, ce qui la positionne dans la catégorie des petites et moyennes entreprises (PME). La Catégorie d'entreprise, également une variable statistique de l'Insee, est calculée au niveau du groupe auquel l'unité légale appartient si celle-ci fait partie d'un ensemble plus vaste. Ces données administratives et statistiques offrent une image précise de l'empreinte institutionnelle de TOWT et de son évolution au sein du paysage économique français.
Les Tempêtes Économiques et la Chute d'un Leader
Malgré une vision novatrice, des réalisations techniques remarquables et un soutien initial enthousiaste, l'histoire de TOWT est aussi jalonnée d'épreuves, comme l'a si bien exprimé Guillaume Le Grand : « On a failli mourir 250 fois ». Ces mots témoignent des défis inhérents à toute entreprise pionnière, particulièrement dans un secteur aussi capitalistique et réglementé que le transport maritime. L'entreprise avait nourri un programme d'expansion ambitieux, comme en témoigne une levée de fonds record en 2021, où plus de 2000 investisseurs ont cru au projet, permettant de collecter 4,5 millions d'euros en à peine un mois sur la plateforme dédiée. Ce succès financier devait notamment contribuer au financement des deux premiers voiliers-cargos et, par la suite, à l'acquisition de six autres navires. L'objectif était clair : créer « la plus grande flotte de voiliers cargos au monde », avec des livraisons prévues pour 2025 pour les premiers et d'ici 2027 pour les suivants.
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Cependant, malgré ces indicateurs prometteurs, l’équilibre économique escompté n’a pas été atteint, et le modèle a dû faire face à un environnement commercial brutalement dégradé. Le 31 mars 2026, l’armateur français TransOceanic Wind Transport (TOWT) a été contraint de déposer son bilan devant le tribunal de commerce du Havre, initiant une séquence judiciaire décisive pour son avenir. Deux jours plus tard, la direction a publiquement confirmé l'ampleur des difficultés rencontrées, juste avant une audience fixée au 3 avril, date à laquelle la société a été placée en liquidation judiciaire. L'entreprise, qui exploitait alors deux voiliers-cargos entre Le Havre et le continent américain et employait 47 ou 48 salariés, s'est retrouvée confrontée à des obstacles majeurs.
Lors du dépôt de bilan, Guillaume Le Grand a attribué cette situation difficile à plusieurs facteurs convergents. Premièrement, les retards cumulés à la livraison des deux premiers navires de la compagnie, Artemis et Anemos, prévus initialement pour l'été 2024 et livrés avec environ 18 mois de retard, ont lourdement pesé sur la trésorerie et la capacité opérationnelle. Ces délais ont repoussé d'autant la montée en régime des opérations, cruciale pour atteindre le point d'équilibre financier. Deuxièmement, le durcissement de la politique douanière américaine, notamment l'augmentation des droits de douane décidée par Donald Trump, a fortement impacté les flux transatlantiques, réduisant la compétitivité et la rentabilité des routes principales de TOWT.
À ces pressions commerciales se sont ajoutées des contraintes industrielles et un cadre national défavorable. L’augmentation des charges pesant sur les marins en France est intervenue dans une phase critique pour l'entreprise, alourdissant les coûts d’exploitation au moment même où l'activité cherchait désespérément à atteindre sa viabilité économique. Guillaume Le Grand a d'ailleurs publiquement critiqué cette politique, arguant que l'État français avait « ajouté des charges sur les marins, au pire moment, en pleine traversée du désert, là où d’autres ont eu des exonérations ». Ce faisceau de contraintes a mis en évidence les limites actuelles du modèle de cargo à voile. Si les performances environnementales des navires de TOWT et leur fiabilité opérationnelle étaient reconnues, le modèle économique est resté dépendant de volumes de marchandises encore insuffisants et d'une clientèle pas toujours prête à intégrer un surcoût lié à la décarbonation.
Ce paradoxe est d'autant plus frappant que le contexte énergétique mondial aurait dû, en théorie, favoriser des solutions comme celle de TOWT. La hausse des prix du pétrole et la tension sur les taux de fret ont renforcé la compétitivité théorique des alternatives bas carbone. Pourtant, cela n'a pas suffi à compenser les difficultés structurelles et conjoncturelles. En toile de fond, l'entreprise poursuivait son programme d'expansion avec six nouveaux navires en construction au Vietnam pour des livraisons prévues d’ici à 2027. Avec un tel dispositif, Guillaume Le Grand estimait que l'entreprise aurait probablement doublé son chiffre d’affaires (qui s'élevait à cinq millions d'euros en 2025) et serait encore debout. Présent à l’audience, le fondateur s'est dit optimiste quant à la reprise rapide de l'activité de ses cargos à voile, malgré la disparition de sa société. « Je sais que les clients sont là, que la saison du café a commencé. Tout cela, hélas, se fera probablement sans moi », a-t-il déploré, soulignant l'ironie de voir sa société liquidée juste au moment où l’Assemblée nationale s’apprêtait à adopter une loi pour développer la propulsion vélique.