Le Test de Nage Forcée : Entre Méthodologie Scientifique, Controverses Éthiques et Quête d'Alternatives

Le Test de Nage Forcée (TNF), également connu sous le nom de Test de Porsolt ou Test de Désespoir Comportemental (FST, pour Forced Swimming Test, ou PST pour Porsolt Swim Test), est une méthode d'expérimentation animale qui suscite des débats intenses dans la communauté scientifique et au-delà. Cette pratique, qui consiste à plonger un rongeur dans un environnement aquatique dont il ne peut s'échapper, est employée dans l'espoir de mieux comprendre la dépression humaine et d'identifier de nouveaux traitements. Cependant, l'utilité scientifique du TNF est de plus en plus remise en question, notamment en raison de préoccupations éthiques liées à la souffrance animale et de doutes quant à sa pertinence pour modéliser la complexité des troubles neuropsychiatriques humains. Alors que le nombre global d’animaux utilisés dans les laboratoires suisses est à la baisse, les expériences les plus douloureuses et les plus contraignantes - celles classées au degré de contrainte 3 - atteignent leur niveau le plus élevé depuis 25 ans, et le Test de Nage Forcée en fait partie. Cette situation a conduit à des interpellations politiques et à des appels croissants à l'interdiction de ce test, ouvrant la voie à la recherche et au développement d'alternatives plus éthiques et potentiellement plus efficaces.

Qu'est-ce que le Test de Nage Forcée ? Définition et Objectifs Initiaux

Le Test de Nage Forcée consiste à plonger un rat ou une souris dans un cylindre rempli d’eau, sans issue. L’animal nage frénétiquement pour tenter de s’échapper, puis finit par s’immobiliser, épuisé, en gardant juste la tête hors de l’eau. Ce comportement est au cœur de l'interprétation du test. Les chercheur-euses observent alors son comportement afin d’évaluer un supposé « désespoir » ou « manque de motivation », dans l’espoir de mieux comprendre la dépression humaine. Depuis des dizaines d’années, les laboratoires simulent parfois la dépression chez des rongeurs à coups de chocs électriques ou d’autres méthodes avant de les plonger dans un bocal d’eau. Pendant plusieurs minutes, rats et souris se débattent en vain pour tenter de s’échapper, puis se laissent flotter sans savoir si et quand on viendra les en sortir.

Historiquement, Porsolt et al. en 1977 ont observés que des rats ou des souris, lorsqu’ils étaient forcés à la nage dans un espace restreint d’où ils ne pouvaient s’échapper, adoptaient rapidement une posture d’immobilité caractéristique. Ils ne faisaient plus aucune tentative d’échappement, hormis des mouvements nécessaires pour maintenir leur tête hors de l’eau. Le temps qui s’écoule entre l’introduction et l’immobilité a été corrélé à l’humeur de l’animal, c’est-à-dire à son niveau de dépression. L’immobilité des animaux étant interprétée comme un signe de désespoir et la nage comme un indicateur de résilience. Bien que l’accent soit mis principalement sur les comportements liés à la dépression, le FST peut également fournir des informations sur les comportements de type anxieux chez les rongeurs. Ce test de comportement est populaire pour le développement et le screening d'antidépresseurs et de drogues anxiolytiques afin d'identifier de nouveaux traitements et comprendre les mécanismes biologiques des traitements existants. La durée du test est généralement de 5 à 6 minutes, mais peut varier. Tous les animaux utilisés lors de ces tests sont ensuite euthanasiés à la fin des expériences.

Une Méthodologie et ses Instruments

Le principe de fonctionnement du Test de Nage Forcée repose sur l'observation précise des comportements de rongeurs dans un environnement aquatique contraint. Les rongeurs non-dépressifs (rats ou souris), même lorsqu'ils sont incapables de s'échapper de cylindres à moitié remplis d'eau, vont essayer de nager et de lutter pour s'échapper des béchers. Ce sont ces comportements de lutte et d'immobilité qui sont quantifiés. En mesurant le temps d’immobilité d’un rongeur placé dans un cylindre rempli d’eau, on peut tester l’effet des antidépresseurs ou effectuer un criblage génétique des modèles de dépression.

Des avancées technologiques ont été développées pour standardiser et automatiser cette observation. Le Test de Nage Forcée FST DUAL SENSOR de Bioseb, par exemple, a été conçu à la fois pour les rats et les souris grâce au travail d'expertise du Dr. Denis DAVID. Un élément clé de ces systèmes modernes est l'algorithme TYC du nouveau Test de Nage Forcée FST DUAL SENSOR. Il s'agit d'un nouvel outil pour donner au chercheur le contrôle total dans l'évaluation du comportement du rongeur. Le chercheur est l'expert, et le TYC apprend à détecter trois états : Repos/Flottement, Nage et Escalade/Lutte. Le scorage peut être enseigné puis appliqué de manière cohérente sans variation ni décalage dans le temps. L'algorithme TYC est un outil d'optimisation : avec une seule acquisition évaluée manuellement par le chercheur, le logiciel apprend à utiliser les paramètres de scorage, et l'algorithme TYC ajuste ses réglages pour suivre les règles d'évaluation du chercheur expert. Le système permet de comparer facilement plusieurs approches, il sera très utile pour la formation d'étudiants, et fournit des résultats cohérents même sur plusieurs études.

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Une autre solution technique, le FST est entièrement automatisé grâce au suivi vidéo ANY-MAZE. Ce logiciel, combiné à une ou plusieurs caméras USB 3.0, détecte l’immobilité et affiche les résultats. Il fonctionne par analyse de l'immobilité, par changement d'état global des pixels à l'image. Les séparateurs métalliques peuvent être commandés en option avec des couvercles munis d’un crochet spécial conçu pour effectuer le test de suspension caudale (Tail Suspension Test) TST, un autre test classique pour les études sur la dépression.

Les dimensions des contenants sont standardisées, souvent en matière Perpex transparent avec vanne de vidange, pour assurer la reproductibilité des conditions d'expérimentation. Ces avancées visent à apporter une plus grande précision et une meilleure standardisation aux mesures comportementales, bien que les critiques concernant la validité fondamentale du test persistent.

Critiques Fondamentales et Remise en Question de la Validité Scientifique

Malgré son utilisation répandue, la validité scientifique du Test de Nage Forcée est profondément et depuis des décennies remise en question par de nombreux scientifiques. L’utilité de ce test est largement remise en cause par la littérature scientifique, qui craint qu’il nous détourne de solutions intéressantes contre la dépression.

Premièrement, les résultats du TNF varient fortement selon les protocoles et les caractéristiques des animaux, ce qui soulève des doutes quant à sa reproductibilité et sa fiabilité. Plus fondamentalement, ce test ne permet pas de mesurer la dépression humaine ni de prédire l’efficacité des antidépresseurs. La dépression humaine est une maladie multi-symptomatique qui ne peut pas être modélisée chez l’animal en s’appuyant sur un seul test comportemental. La dépression présente de nombreux symptômes chez l’humain, tels que les sentiments de culpabilité, d’inutilité et les pensées suicidaires, qui ne peuvent pas être évalués chez l’animal. Il est important de reconnaître que le TNF n’est pas un modèle de dépression et qu’il ne peut donc pas être utilisé pour étudier la ou les causes de cette maladie.

En soutien à ces critiques, Emily Trunnell, directrice de recherche pour la promotion et la diffusion des sciences au département des enquêtes en laboratoire chez PETA, a souligné que la découverte moderne d’antidépresseurs ne repose pas sur le TNF, et que ce test n’a jamais permis de prédire le succès clinique. Elle affirme qu'aucun antidépresseur n’a jamais été mis sur le marché grâce aux résultats obtenus par le TNF. De plus, elle observe que les médicaments neuropsychiatriques ont un taux d’échec astronomiquement élevé, qui a été largement attribué à de mauvais modèles animaux précliniques. Aucune agence réglementaire n’exige d’ailleurs ce test pour l’autorisation de nouveaux médicaments, ce qui renforce l'idée de son manque de pertinence clinique directe. Ces critiques mènent à la conclusion que même si le test de la nage forcée est critiqué à plus ou moins juste titre, il est vrai qu’il ne constitue pas en soi un modèle animal de dépression et que sa « construct » et « face validity » sont assez faibles.

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Le Test de Nage Forcée en Pratique : Degré de Contrainte et Encadrement Réglementaire

Le Test de Nage Forcée est classé comme une expérience de degré de contrainte 3, ce qui représente le niveau le plus élevé de souffrance pour les animaux utilisés. Il s'agit d'une pratique jugée particulièrement cruelle. La souris peut vivre plusieurs minutes de panique avant d’être sortie de l’eau, un stress inutile selon ses détracteurs. Précisons encore que tous les animaux utilisés lors de ces tests sont ensuite euthanasiés à la fin des expériences. Aucun animal ne reste vivant après ces expériences, avec une injection de pentobarbital privilégiée pour l'euthanasie, le CO₂ n’étant pas utilisé.

L'utilisation d'animaux pour la recherche, notamment en France, est autorisée selon les conditions et modalités définies par la directive européenne 2013/63/UE sur la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques, qui est le cadre réglementaire le plus strict au monde pour la protection des animaux utilisés en recherche. Cette directive fait du principe des « trois R » (remplacement, réduction, raffinement) une exigence juridique, applicable dans tous les aspects du soin et de l'utilisation des animaux. Elle pose un cadre très strict sur la provenance des animaux, leur hébergement, les soins qui doivent leur être apportés et l'autorisation préalable des projets. Fondamentalement, l'utilisation d'animaux n'est autorisée que lorsque les méthodes alternatives ne permettent pas de répondre à la question scientifique du projet. Les ministères en charge de la recherche et de l'agriculture veillent à la bonne mise en œuvre de cette réglementation. Ils soutiennent également les acteurs ou initiatives permettant d'améliorer les conditions d'utilisation des animaux ou leur remplacement, comme le centre français des 3R.

En Suisse, un système rigoureux est également en place. Rémy Carlier, chargé de communication à la Faculté des sciences de la vie de l'EPFL, rappelle qu’une série d’étapes strictes est nécessaire pour pouvoir y recourir. Si des scientifiques estiment que le test de nage forcée est indispensable, il a été validé en amont par les autorités vétérinaires cantonales et les commissions sur l'expérimentation animale. Il existe donc tout un système qui permet de vérifier que, effectivement, ce test se justifie par rapport à la question de recherche. Chaque projet approuvé par le ministère fait l'objet d'une évaluation préalable par un comité d'éthique. La composition d'un comité est fixée réglementairement : il comprend obligatoirement un vétérinaire, un concepteur de projets, une personne réalisant des procédures avec des animaux, une personne compétente pour le soin des animaux et une personne non spécialisée, qui apporte un regard extérieur.

Cependant, il existe des incohérences dans la perception de la souffrance. Le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche en France, par exemple, a indiqué que les rongeurs, et plus particulièrement le rat, sont naturellement des animaux nageurs, et que ce test ne présente pas de risque pour leur vie. Cette affirmation est en contradiction directe avec le classement du test au degré de contrainte 3 et les descriptions de "panique" et d'"épuisement" rapportées par d'autres sources. Le principe des 3R exige que la recherche soit menée avec des méthodes appropriées et aussi peu contraignantes que possible pour les animaux. Cela signifie que le TNF doit être remplacé s’il existe une meilleure alternative.

Panorama de l'Utilisation en Suisse : Focus sur les Institutions de Recherche

Malgré les critiques et le degré de contrainte élevé, le Test de Nage Forcée est encore pratiqué dans certaines institutions suisses. Selon l’OSAV, 6 projets de recherche utilisaient ce test en 2023, impliquant environ 2’000 souris. Ce chiffre englobe les institutions de recherche publiques et privées. Le TNF est généralement réalisé en combinaison avec d’autres expériences, et en 2023, il faisait partie de ces 6 projets de recherche. Dans un projet, un degré de gravité maximal de 2 a été rapporté, et dans 5 autres, un degré 3. Le test est actuellement autorisé pour les souris et les rats, mais en 2023, seules des souris ont été utilisées. Le rapport porte sur l’ensemble de la combinaison de tests ; il se peut que le TNF n’ait pas été effectué dans certains cas, et les données ne permettent pas de déterminer où cela s’est produit. La durée du test est de 5 ou 6 minutes, et le nombre de répétitions dépend de l’objectif de la recherche. Dans les projets approuvés en 2023, trois projets ont nécessité une seule réalisation.

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Des informations plus spécifiques ont été obtenues auprès de plusieurs institutions universitaires suisses :

  • À l'Université de Lausanne (UNIL) : Fin 2024, Géraldine Falbriard, chargée des relations avec les médias, a indiqué que deux recherches en neurosciences psychiatriques, à la faculté de biologie et de médecine, ont reçu l’autorisation de recourir au test de la nage forcée. Ce test, selon la directive de 2018, est en degré 3. Ces deux recherches sont effectuées avec des souris. Les justifications précisées par les chercheurs indiquent que la dépression est une maladie multi-symptomatique et qu'il serait très difficile de parler d’effets antidépresseur en ne mesurant que l’anhédonie. Pour cette raison, dans la présente demande, ils proposent d’analyser également l’anxiété et les interactions sociales dans leur modèle de dépression induite par la corticostérone. Le désespoir comportemental est un symptôme clé de la dépression et doit être analysé. À ce jour, malgré la controverse qu’il suscite, le forced swim test reste le test référence pour l’évaluation de ce symptôme. Ils affirment qu'aucun autre test n’est aussi fiable que le test de la nage forcée pour évaluer le désespoir comportemental chez la souris. Les tests comportementaux pour évaluer l’état anxio-dépressif des souris ont été choisis pour limiter au maximum les contraintes des souris, mais l’usage du test de nage forcé n’a cependant pas pu être évité. Les chercheurs ont utilisé une large palette de tests comportementaux permettant de mesurer l’agressivité, la motivation sexuelle, l’anxiété, l’anhédonie et le comportement d’immobilité durant le test, ainsi que la réponse à un antidépresseur (fluoxétine).

  • À l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) : Fin 2024, Rémi Carlier, chargé de communication, a indiqué que le TNF était mené dans deux projets, ajoutant que l’un des projets avait fait l’objet d’une inspection des autorités vétérinaires cantonales en mai 2024. Les espèces utilisées à l’EPFL dans le cadre de ce test étaient alors des rats et des souris. Ces deux expériences concernaient “un maximum de 202 animaux sur trois ans”. Pour les rats, l’expérience durait deux jours, avec un test de 15 minutes le premier jour, et un test de 5 minutes le second. Pour les souris, l’expérience se fait en une seule fois, pendant 6 minutes. Les rats et les souris peuvent nager et naturellement flotter. Mais si, à un moment du test, l’animal donne l’impression de lutter pour rester à flot, il est sorti de l’eau. Il a également admis que “dans le passé, le TNF a été utilisé pour vérifier si un animal pouvait être considéré comme un « modèle de dépression »”. Toutefois, cette explication est aujourd’hui controversée et jugée simpliste.

  • À l'ETH Zurich : Fin 2024, Christoph Elhardt, responsable des relations avec les médias, a répondu que le test de natation selon Porsolt n’est pas utilisé à l’ETH Zurich pour la recherche sur la dépression. Cependant, un groupe de recherche utilisait un test de natation comme facteur de stress afin de mieux comprendre les causes et les mécanismes cognitifs du stress et d’identifier les possibilités de traitement. Les souris utilisées nageaient une seule fois pendant 6 minutes dans l’eau. Les animaux étaient ensuite euthanasiés, la méthode d’euthanasie dépendant des données à collecter. Depuis, dans les dernières demandes déposées et approuvées, les tests TNF ont été remplacés par un autre test avec un degré de sévérité plus bas et n’ont par conséquent plus lieu à l'ETH actuellement.

  • À l'Université de Zurich : Par le biais de son responsable de la communication, Kurt Bodenmüller, l'université a indiqué que le TNF n’était pas non plus utilisé pour la recherche sur la dépression, mais “pour la recherche ciblée sur le stress afin d’induire un état de stress chez les jeunes souris, déterminer l’impact sur leur cerveau et leur santé physique à l’âge adulte, et étudier les mécanismes moléculaires”. Une souris est testée pendant cinq minutes.

  • À l'Université de Fribourg (UniFR) : Des informations contradictoires ont été rapportées. Initialement, il a été indiqué que le test n'était pas utilisé. Cependant, un chercheur a ensuite transmis des informations montrant que ce test était pourtant encore utilisé par au moins un groupe de recherche en 2021, une étude indiquant que “les souris ont […] été soumises à un test de nage forcée (FST) pendant […] cinq jours […], au cours duquel leur temps d’immobilité a été évalué.” Après plusieurs relances, Marius Widmer a fourni des réponses supplémentaires : “Le Test de nage forcée est un test de comportement. Ces tests se différencient entre deux niveaux, « jusqu’à l’épuisement » ou « sans épuisement ». Depuis plus de 10 ans, aucun test « jusqu’à l’épuisement » n’a été mené à l’Université de Fribourg, mais uniquement « sans épuisement ».” Il a précisé que les souris ne se noient pas et ne sont pas tuées (ndlr : si elles ne sont pas tuées directement en fin d’expérience, elles le seront de toute façon plus tard). Les tests « sans épuisement » étaient dans le degré de gravité 1 (DG1) jusqu’en 2018, mais depuis la révision systématiquement dans le DG3. Un autre projet de l’UniFR courant jusqu’en 2027 pourrait laisser penser que le TNF sera encore utilisé dans de futures expériences, car même si aucune des nombreuses publications qu’il comporte ne se base directement sur des données issues du TNF, plusieurs y font référence.

Les statistiques d'application du Test de Nage Forcée dans les institutions de recherche du Canton de Vaud sont donc un point d'interrogation et font l'objet d'interpellations. Il est clair que la pratique est encore présente, mais avec des justifications et des encadrements variés.

Justifications des Chercheurs et Répliques des Opposants

La poursuite de l'utilisation du Test de Nage Forcée s'appuie sur plusieurs arguments avancés par certains chercheurs, qui sont systématiquement contredits par les défenseurs des animaux et une partie de la communauté scientifique.

Rémi Carlier de l'EPFL soutient qu'“il n’existe actuellement aucune méthode non animale permettant d’obtenir des résultats aussi pertinents que le TNF pour évaluer le manque de motivation chez l’animal, un état que l’on retrouve dans de nombreuses altérations de la santé physique et mentale”. Pour lui, ce test comportemental reste “un moyen de sonder si les animaux ont des réponses actives ou passives pour faire face à un défi”. Il rappelle qu’à l’EPFL “il est utilisé pour étudier le lien entre l’énergie cérébrale et le comportement motivé. L’une des questions abordées est de savoir si l’intervention nutritionnelle avec des activateurs mitochondriaux stimule le comportement motivé et l’adoption de stratégies d’adaptation actives lors de l’exposition à une tâche difficile nécessitant un effort. […] Le test révèle, chez les rongeurs, des différences importantes chez chaque individu dans les processus neurobiologiques liés aux déficits de motivation. Ce phénomène est observé chez les personnes souffrant de dépression et d’autres problèmes de santé mentale et physique.”

De même, les chercheurs de l'UNIL justifient l'usage du test en affirmant que “le désespoir comportemental est un symptôme clé de la dépression et doit être analysé. A ce jour, malgré la controverse qu’il suscite, le forced swim test reste le test référence pour l’évaluation de ce symptôme. A ce jour, aucun autre test n’est aussi fiable que le test de la nage forcée pour évaluer le désespoir comportemental chez la souris.”

En France, les académies scientifiques (académie des sciences, académie de médecine, académie vétérinaire et académie de pharmacie) ont été sollicitées par le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche et ont confirmé l'intérêt scientifique de ce test. Au Royaume-Uni, le comité scientifique sur l'utilisation des animaux a publié, en juin 2023, un rapport scientifique sur le même sujet dont les conclusions sont similaires à celles des académies françaises.

Cependant, ces justifications sont vigoureusement réfutées par les opposants au test. Emily Trunnell affirme qu'il est faux de dire qu’aucun autre test “n’est en mesure de remplacer le TNF”. Pour elle, “un test aussi peu prédictif et pénible pour les animaux peut et doit être immédiatement abandonné. Cela n’aurait aucune conséquence négative.” La conseillère nationale verte Léonore Porchet déplore que “ce test implique un degré de souffrance maximum pour des résultats qui, pour les humains, sont nuls. Et c'est tellement inintéressant de faire ces tests sur des rats pour étudier la dépression humaine”. Elle souligne que de nombreuses entreprises pharmaceutiques et hautes écoles y ont déjà renoncé. Les critiques soulignent que les maladies psychiques telles que les troubles affectifs doivent être mieux étudiées et des thérapies doivent être développées, mais pas au prix de souffrances animales injustifiées et avec des résultats de validité douteuse pour la santé humaine.

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