Le Vendée Globe représente l'apogée de la navigation sportive mondiale, une épreuve où l'humain et la machine fusionnent pour affronter les éléments les plus hostiles de la planète. Considéré comme l'Everest de la course au large, ce tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, exige une préparation physique et mentale hors norme. Les skippers engagés dans cette aventure ne se contentent pas de naviguer ; ils repoussent les frontières du possible à bord de monocoques de 60 pieds (18,28 m) capables d'atteindre des vitesses fulgurantes.
La diversité des destins : portraits de skippers
Chaque édition du Vendée Globe tisse une toile complexe de personnalités. Commençons par le doyen de cette course, Jean LE CAM, surnommé « Le Roi Jean ». Yannick BESTAVEN, le dernier champion en titre en 2020, se relance le défi pour sa 3e participation au Vendée Globe. Remarquable dans sa victoire de la dernière édition, il n’a pas été le premier à franchir la ligne d’arrivée cependant il a été déclaré vainqueur grâce à une compensation de 10 heures de 15 minutes pour sa participation au sauvetage de Kevin ESCOFFIER. Il a une formation d’ingénieur et il est co-concepteur de l’hydrogénérateur.
Parlons ensuite de Fabrice AMEDEO. Ancien journaliste pour le Figaro, il décide de se consacrer à sa passion pour la voile et devenir skipper professionnel pour sa deuxième participation. C’est une troisième participation pour le skipper Romain ATTANASIO originaire des Hautes-Alpes. En septembre dernier, alors que le départ de la course approche, il démâte en pleine nuit en tapant sur une vague, un cauchemar pour le skipper qui doit trouver pas moins de 500.000€ pour réparer son bateau et pouvoir espérer prendre le départ du Vendée Globe. De nouveau dans la course avec tout nouveau bateau à foils, Maxime SOREL décide de viser plus haut pour sa deuxième participation au Vendée Globe.
Parmi les plus beaux palmarès de la course au large, Jérémie BEYOU, impatient de reprendre sa revanche suite aux contraintes rencontrées lors de la dernière édition qui lui a valu un aller-retour aux Sables d’Olonne 9 jours après le départ officiel. Équipé d’un monocoque à la pointe de la technologie en partenariat avec Charal, son bateau fait partie des leaders des bateaux volants pouvant maintenir une vitesse moyenne très élevée. Amoureux des mers du globe, Arnaud BOISSIERES natif de Bordeaux avant de venir vivre aux Sables d’Olonne, est le seul skipper ayant terminé les quatre derniers tours du monde, ce qui fait de lui l’un des chouchous du public et des sablais. Arrivé sur le podium de la dernière édition, Louis BURTON a dû faire face au fil des années à de nombreux rebondissements comme des démâtages lors de la Transat Jacques Vabre en 2021 et la Route du Rhum en 2022.
Manuel COUSIN, le skipper de 55 ans, ayant son port d’attache aux Sables d’Olonne, a vu son vérin de quille se briser lors de la dernière édition. La femme la plus rapide de l’histoire du Vendée Globe c’est Clarisse CRÉMER, 87 jours c’est le record féminin. Arrivé sur le podium de la dernière édition, Charlie DALIN sent comme un goût d’inachevé, après la première place qui lui passe sous le nez lors du calcul de la bonification offrant la victoire à Yannick BESTAVEN. Déterminé à terminer en haut du podium du Vendée Globe, Charlie DALIN revient avec un tout nouveau bateau ultra-performant. Après 8 ans d’absence il est de retour, le skipper Paul MEILHAT revient pour sa deuxième édition après un beau palmarès durant les 10 dernières années. Pour sa 3e participation au Vendée Globe, Thomas RUYANT est décrit comme un skipper méthodique, technique et passionné.
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Damien SEGUIN, emblème du Vendée Globe, il est le premier skipper handisport (il est né sans main gauche) à avoir terminé un Vendée Globe. Champion paralympique multimédaillé, vainqueur du tour de France à la voile, il possède un palmarès ahurissant lui permettant de faire passer un message symbolique : le handicap n’est pas un obstacle. Dévoré par son échec de l’édition 2020 suite à un objet flottant lui contraignant d’abandonner au large du Cap de Bonne Espérance, Sébastien SIMON revient en force avec une seule idée en tête, terminer la course. Originaire des Sables d’Olonne, son sponsor vendéen Groupe Dubreuil l’a recontacté pour retenter sa chance en 2024. C’est à travers l’écriture que Isabelle JOSCHKE reprend goût de repartir pour l’aventure du VG2024 après avoir fini hors course en 2020. Un échec qu’elle prend à cœur puisqu’elle souhaite mettre fin à la course au large à la suite de nombreuses déceptions, une décision remise en question puisque son sponsor qui lui propose de retenter l’expérience. Avec une équipe handivalide depuis 2010, Éric BELLION se lance dans le Vendée Globe 2016 terminant en première position en tant que bizuth. La diversité du Vendée Globe apporte à la course une richesse des cultures et de détermination à travers le monde.
L'exemple de Damien Seguin : dépasser le handicap
Dimanche 8 novembre, le skipper Damien Seguin, né sans main gauche, prendra le départ du tour du monde à la voile. Une première pour un marin handisport, dans cette épreuve considérée comme l’Everest de la course au large. En 2005, les organisateurs avaient refusé l’inscription du skipper en situation de handicap. « Je n’ai rien lâché. Le Vendée Globe est le rêve de tout skipper qui pratique la course au large. C’est en effet l’épreuve la plus difficile et la plus compliquée de notre sport. En s’en donnant les moyens, il est possible de réaliser son rêve malgré la différence. » Apporter la preuve par l’exemple est la meilleure des réponses.
Interrogé sur ses adaptations, Seguin précise : « Il n’y a qu’un seul aménagement : la manivelle de winch est équipée d’un manchon. C’est tout. J’y tiens d’ailleurs. Je n’ai pas envie que les autres participants affirment que le bateau est “trafiqué” ou que j’ai un avantage sur eux. » Sur l’aspect technique, il ajoute : « J’arrive ainsi à me tenir à un hauban ou à soulever la voile avec mon bras gauche. C’est que la suspicion d’incapacité, voire d’incompétence, a longtemps accompagné le Briançonnais qui, pourtant, passe les mêmes formations que ses compères et ne bénéficie, bien évidemment, d’aucun passe-droit. »
Sa performance lors de l’édition précédente fut historique. Damien Seguin, premier skipper handisport à participer au Vendée Globe a franchi la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne le 28 janvier à 12 heures 18 minutes, 20 secondes. Le skipper de Groupe APICIL a parcouru les 24 365,74 milles du parcours théorique à la vitesse moyenne de 12,55 nœuds. Auteur d’une course exceptionnelle et d’un final haletant à la lutte pour la 6e place avec Giancarlo Pedote, le triple médaillé paralympique est le premier bateau à dérives à franchir la ligne aux Sables d’Olonne. Son premier Vendée Globe, Damien Seguin l’avait bouclé, on ose l’écrire, de main de maître ! Sixième sur la ligne, septième au classement final avec son vieil IMOCA à dérives, le champion paralympique né sans main gauche avait conquis le cœur du public, et marqué l’histoire de la course, remontant le chenal des Sables d’Olonne déguisé, symbole de son autodérision, en capitaine Crochet !
La réalité du terrain : une course de survie
Le Vendée Globe est avant tout un voyage au bout de la mer et aux tréfonds de soi-même. Il a consacré de très grands marins : Titouan Lamazou en 1990, Alain Gautier en 1993, Christophe Auguin en 1997, Vincent Riou en 2005, François Gabart en 2013, Armel Le Cléac’h en 2017, Yannick Bestaven en 2021 et Charlie Dalin en 2025, détenteur du nouveau record de l’épreuve en 64 jours. Un seul marin l’a gagné deux fois : Michel Desjoyeaux, en 2001 et 2009.
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45 000 kilomètres soit 24 300 milles : telle est la distance du parcours théorique des marins autour du monde. Une révolution effectuée avec un temps record de 64 jours et 19 heures lors de la précédente édition du Vendée Globe, en 2024-2025. Ce périple planétaire est avant tout un voyage climatique pour descendre l’Atlantique, traverser l’océan Indien et le Pacifique, puis remonter de nouveau l’Atlantique. Dans la réalité lors des neuf précédentes éditions du Vendée Globe, la plupart des concurrents ont parcouru parfois plus de 28 000 milles (soit quasiment 52 000 kilomètres).
Les solitaires doivent composer avec le vent, les vagues, la houle, les glaces. Ils doivent en permanence jouer avec les systèmes météo. Ils sont composés d’anticyclones, zones de hautes pressions plutôt stables et peu ventées et de dépressions, le plus souvent génératrices de vents forts. Cette confrontation des hautes et des basses pressions va déterminer la stratégie à adopter dans chaque zone du parcours du Vendée Globe. La trajectoire nord-sud pour descendre l’Atlantique et la traversée sud-nord pour le remonter sont perpendiculaires au mouvement général des perturbations alors que dans les mers du Sud, le franchissement de l’Indien et du Pacifique s’effectue dans le sens du déplacement des systèmes météo.
Les règles immuables de l’aventure
Le concept du Vendée Globe est simple et compréhensible par le plus grand nombre : boucler le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance. Ces trois paramètres essentiels constituent la signature inimitable de l’épreuve, son véritable ADN. Une femme ou un homme, le tour du monde, un bateau. Il s’agit d’une course en solitaire dans laquelle personne d’autre que le skipper ne peut se trouver à bord du bateau durant le tour du monde.
L’exception notable est évidemment le sauvetage d’un autre concurrent ! On se souvient évidemment du sauvetage de Kévin Escoffier par Jean Le Cam lors de l’édition précédente, mais c’est arrivé à plusieurs reprises dans l’histoire du Vendée Globe. La seule escale technique réellement envisageable pour un concurrent au Vendée Globe est… de revenir aux Sables d’Olonne, dans un délai maximal de 10 jours après le départ. C’est notamment ce qu’avait fait Michel Desjoyeaux en 2008 : il était alors reparti avec 40 heures de retard et il avait gagné la course au final ! Les solitaires ont le droit de s’arrêter - par exemple pour mouiller dans une crique - mais pas de mettre pied à terre au-delà de la limite de l’estran, c’est à dire ce qui les sépare du niveau de la plus grande marée haute. Yves Parlier avait utilisé cette possibilité lors d’une réparation devenue célèbre pendant l’édition 2000.
Lors du Vendée Globe, le marin est seul à bord. L’unique assistance tolérée est celle consécutive à un retour forcément très pénalisant aux Sables d’Olonne, après le départ. Cette exception mise à part, pendant tout le tour du monde, on ne doit compter que sur soi-même. Le routage météo est strictement prohibé. Les marins doivent donc imaginer eux-seuls leur navigation, réparer eux-mêmes les avaries qui ne manquent pas d’arriver… et se soigner seuls en cas de maladie ou de blessure. Dans ce dernier cas, ils ont juste droit à l’assistance à distance du médecin de la course. Côté assistance technique, c’est très simple : interdiction formelle d’accoster un autre bateau ou qu’une tierce personne monte à bord. Les marins ont l’autorisation de consulter l’architecte du bateau ou leur équipe technique pour s’informer du meilleur mode opératoire pour mener à bien une réparation, mais c’est bien à eux et eux seuls de mettre en œuvre celle-ci, avec les moyens du bord… tout en continuant si possible la course dans les meilleures conditions.
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