Thomas Coville et le Sodebo Ultim 3 : L'Épopée Record du Tour du Monde à la Voile

L'univers de la course au large a été le théâtre d'un nouvel exploit retentissant, marquant l'histoire du Trophée Jules Verne. Le navigateur Thomas Coville et ses six membres d'équipage, à bord de l'impressionnant maxi-trimaran Sodebo Ultim 3, ont bouclé le dimanche 25 janvier au matin leur tour du monde à la voile, inscrivant un temps record et un exploit inoubliable sur les flots. Cette performance magistrale, annoncée par l'organisateur du Trophée Jules-Verne, s'est concrétisée en très précisément 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes. Il s'agit d'une consécration majeure pour le skipper de 57 ans, qui atteint son objectif à sa quatrième tentative en tant que skipper sur cette mythique épreuve.

Un Voyage Hors Normes : Le Parcours du Record

Le départ de cette aventure épique a été donné le 15 décembre, lorsque Thomas Coville et son équipage ont quitté le large d'Ouessant. Composée de marins aguerris, l'équipe incluait Benjamin Schwartz, Léonard Legrand, Frédéric Denis, Pierre Leboucher, Guillaume Pirouelle et Nicolas Troussel. Ensemble, ils ont parcouru une distance colossale de 28 315 milles, soit l'équivalent de 52 440 kilomètres, à une vitesse moyenne remarquable de 27,17 nœuds (environ 50 km/h). Dès les premiers instants de leur périple, le skipper rennais et ses équipiers ont affiché une avance prometteuse sur le précédent record.

Cette avance s'est manifestée par un début de tour du monde absolument canon, caractérisé par un premier record intermédiaire : la traversée entre Ouessant et le cap de Bonne-Espérance, réalisée en seulement 10 jours et 23 heures. Les "Sodeboyz", comme ils sont surnommés, ont également franchi l'équateur et pénétré l'hémisphère sud en un temps record de quatre jours et quatre heures seulement après leur départ. Nicolas Troussel, l'un des équipiers, a d'ailleurs souligné leur plaisir d'avoir établi ce record au passage de l'équateur. Les marins ont célébré Noël ensemble, au large des côtes sud-africaines, une période de l'année cruciale pour la navigation dans l'hémisphère sud, comme l'a expliqué Thomas Coville : "C'est vrai qu'on a pris du plaisir à avoir ce record au passage de l'équateur et j'espère que ce sera le cas. Je me suis aperçu que, après ces 15 tentatives de tour du monde, quasiment à chaque fois, il faut y aller en été austral. Et ce n'est pas parce qu'on ne veut pas passer Noël en famille, c'est parce que c'était le seul moment de l'année où on peut aller en hémisphère sud pour faire le tour du monde. Parce que c'est le seul moment où la nature nous laisse passer."

Après avoir longé les côtes brésiliennes et s'être rapprochés du Cap de Bonne-Espérance, les hommes de Thomas Coville ont repris les commandes de la course au Cap Horn, après avoir été momentanément dépassés à l'antiméridien. La navigation à grande vitesse du maxi-trimaran Sodebo Ultim 3, un géant des mers de 32 mètres de long et pesant 16 tonnes, lui a permis de voler sur l'eau à près de 100 km/heure par moments. Les marins avaient une date limite stricte pour battre le record : ils devaient couper la ligne avant 20h31 le dimanche. Ils ont largement rempli cet impératif en franchissant la ligne, située entre le phare de Créac'h sur l'île d'Ouessant et le phare de Lizard Point en Angleterre, à 7h46 (GMT+1), soit peu avant 8h, selon les annonces de son équipe.

Des Défis Extraordinaires : La Tempête Ingrid et le Stress du Sprint Final

Si le début du tour du monde fut "canon", le suspense a persisté jusqu'au bout. L'avance sur le précédent record a diminué à l'approche de l'arrivée, notamment en raison de conditions météorologiques extrêmes. Dans la dernière ligne droite, les sept hommes ont rencontré une tempête d'une violence rare, jamais observée par le bateau depuis sa mise à l'eau en 2019. Cette tempête, nommée Ingrid, est devenue un autre protagoniste de ce record fou, avec des creux de dix mètres et des coups de vent atteignant près de 100 km/h.

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La rudesse des éléments a mis l'équipage à rude épreuve. Thomas Coville a confié : "Ça fait deux jours qu'on est hyper stressés par les conditions météo, donc c'est un gros soulagement d'avoir le bateau qui passe la ligne à 40 nœuds (74 km/h)." L'intensité de ces dernières heures a été telle que le skipper a précisé dans une vidéo envoyée depuis le bord samedi : "Nous avons fait une sacrée rencontre. Les 36 dernières heures ont été les plus difficiles et les plus longues de cette tentative : nous avons abîmé plus de choses que pendant tout le tour du monde." Une déferlante a arraché un support permettant de monter et descendre le safran. Malgré cet incident majeur, l'équipage s'en est bien sorti, le safran restant opérationnel. Cette situation a ajouté "une tension et un stress supplémentaires à bord, la sensation d'être sur le fil du rasoir", a-t-il ajouté. Une deuxième dépression se formant au large de l'Irlande balayait encore la zone d'arrivée au petit matin, contraignant l'équipage à réaliser un ultime empannage à une trentaine de kilomètres des côtes avant de pouvoir lever les bras, symbolisant la fin d'une course éprouvante et la victoire.

Thomas Coville : Une Persévérance Récompensée

Cette performance représente une magnifique consécration pour Thomas Coville. Il s'agit de son dixième tour du monde à la voile, mais surtout de son premier Trophée Jules Verne remporté en tant que skipper. Il avait déjà participé à cette épreuve prestigieuse et l'avait remportée deux fois en tant que membre d'équipage : avec Sport-Elec d'Olivier De Kersauson en 1997 et avec Groupama 3 de Franck Cammas en 2010. Mais cette victoire, à la barre de son propre bateau et avec son propre équipage, revêt une saveur toute particulière, étant le fruit de son quatrième essai en tant que skipper.

Les tentatives précédentes avaient été jalonnées d'obstacles. En décembre 2020, par exemple, une avarie de safran tribord survenue au large de l'Australie avait contraint l'équipage à abandonner la tentative. Thomas Coville, infatigable et pugnace, avait persisté, toujours soutenu par son sponsor historique, Sodebo, qui lui fait confiance depuis 1999, une fidélité rare dans le monde du sport. C'est cette confiance qui a permis la construction du maxi-trimaran Sodebo Ultim 3.

Le Maxi-Trimaran Sodebo Ultim 3 : Symbole de Fiabilité

Le succès de Thomas Coville est indissociable de la qualité et de la fiabilité de son navire, le Sodebo Ultim 3. Lancé en 2019 après 110 000 heures de travail acharné, ce maxi-trimaran a été le fruit d'un investissement conséquent de la part de son sponsor, avec l'objectif clair de conquérir le Trophée Jules Verne. Après sa mise à l'eau, le Sodebo Ultim 3 a nécessité un certain temps pour trouver son rythme de croisière, se montrant initialement moins véloce que certains de ses principaux concurrents dans la classe Ultim. Cependant, au fil des courses et des tentatives de record autour du monde, le bateau est devenu une référence en matière de fiabilité, une qualité essentielle et primordiale pour espérer s'emparer du mythique Trophée Jules Verne. La conception, la construction et l'évolution constante de ce navire ont permis de créer une machine capable de supporter les contraintes extrêmes d'un tour du monde à grande vitesse, tout en offrant la sécurité nécessaire à son équipage.

Le Trophée Jules Verne : Une Légende Maritime

Le Trophée Jules Verne, créé en 1993 par les navigateurs emblématiques Titouan Lamazou et Florence Arthaud, incarne l'esprit d'aventure et de défi humain face aux océans. Inspiré par le célèbre roman de Jules Verne, "Le Tour du monde en 80 jours", et de son héros Phileas Fogg, l'objectif du trophée est simple et exigeant : réaliser le tour du monde à la voile en moins de 80 jours, sans aucune assistance extérieure. Le premier à avoir relevé ce défi et à détenir le trophée fut Bruno Peyron, à bord du catamaran Commodore Explorer, avec quatre coéquipiers, en 79 jours, 6 heures, 15 minutes et 56 secondes.

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Depuis sa création, le Trophée Jules Verne a été le théâtre de performances extraordinaires, poussant toujours plus loin les limites de la navigation. Il récompense non seulement la vitesse, mais aussi la stratégie météorologique, la résilience technique et la cohésion d'équipage, faisant de chaque tentative une véritable épopée. La barre des 80 jours, autrefois un objectif ambitieux, a été pulvérisée par des générations de marins, culminant avec les temps stratosphériques des maxi-trimarans modernes.

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