Les Jeux Olympiques ont offert au monde une expérience inoubliable sur la vague mythique de Teahupo’o, un site qui a su révéler le surf dans toute sa splendeur et sa grandeur. C'était un rêve devenu réalité : une vague de Teahupo’o massive, dangereuse, impressionnante et magnifique a accueilli les épreuves masculines. Ces Jeux ont mis en lumière la beauté de l’océan, l’engagement des athlètes, un spectacle de haut-niveau avec des performances remarquables. La Polynésie française, seul territoire d’Outre-Mer à accueillir une épreuve des Jeux Olympiques, est devenue le théâtre d'une compétition intense et mémorable.
Teahupo’o : Le Cœur Battant des Épreuves Olympiques de Surf
Du 27 juillet au 4 août 2024, la Polynésie française a vibré au rythme des épreuves de surf des Jeux Olympiques 2024, organisées sur la vague tant fantasmée de Teahupo’o. Le spot tahitien, connu mondialement pour ses tubes profonds et puissants, a offert des conditions épiques pour le lancement des compétitions. Alors que les prévisions s’annonçaient ventées, les conditions à l’eau ont tenu une grande partie de la matinée à Teahupo’o, dévoilant des séries relevées notamment lors des 8e de finale masculins. Les vagues se sont montrées incroyables, tellement parfaites, avec une houle qui continuait à gonfler et atteignant 3m et plus, tubulaire, offrant à la belle polynésienne un cadre idyllique pour l'expression des surfeurs. Teahupo’o est pour beaucoup la plus belle vague du monde.
L'épreuve de surf, qui fait sa deuxième apparition aux Jeux Olympiques après Tokyo 2021, s'est déroulée à Teahupo’o du 27 juillet et jusqu'au 31 juillet 2024, avec des jours de réserve prévus jusqu'au 4 août, voire le 5, selon les conditions de mer. La compétition est idéalement conçue pour se tenir sur quatre jours, avec une priorité donnée aux quatre premiers jours de la période d’attente, soit les 27, 28, 29 et 30 juillet. Le surf, initialement un sport additionnel, prendra du galon en 2028 à Los Angeles en devenant sport officiel, et peut d'ores et déjà envisager son avenir jusqu'aux Jeux de 2032 à Brisbane, en Australie, non loin de la Gold Coast et de ses spots de classe mondiale.
Le processus qualificatif pour ces Jeux Olympiques a été un véritable parcours du combattant, long et compliqué, permettant à 24 hommes et 24 femmes de décrocher leur sésame olympique pour les tubes tahitiens de Teahupo’o, portant le nombre total de surfeurs à 48, contre 40 pionniers à Tokyo (20 hommes et 20 femmes). Cette édition à Teahupo’o marque également une augmentation de la diversité avec 21 nations représentées, contre 17 il y a trois ans sur le spot japonais de Tsurigasaki Beach, moins coté. La force dominante sur le circuit mondial masculin depuis une grosse décennie, le Brésil, bénéficie du contingent le plus fourni avec six athlètes, atteignant le maximum de qualifiés possible. Les États-Unis suivent avec cinq athlètes, tandis que la France, le Japon et l’Australie s’appuient sur quatre athlètes chacun. Trois nations se présentent avec trois athlètes : l’Afrique du Sud, le Pérou et l’Espagne. Enfin, la Nouvelle-Zélande, l’Allemagne et le Portugal comptent chacun deux athlètes.
Des Huitièmes de Finale Épiques : Les Performances Masculines
Les 8e de finale masculins ont offert des moments de surf intenses, avec des athlètes repoussant les limites sur les vagues de Teahupo’o.
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La Maîtrise Locale de Kauli Vaast
Côté Français, le local de l’étape, Kauli Vaast, a ouvert le bal d'une manière spectaculaire. Face au numéro 2 mondial, Griffin Colapinto, qu’il avait battu au premier tour non éliminatoire samedi, Vaast a su montrer qu’il était bien chez lui, peu importe le classement de son adversaire. Patient, le Tahitien a choisi ses vagues avec une précision chirurgicale pour marquer les scores lui permettant de passer en quarts de finale. Sa série a été marquée par deux vagues décisives : un 7,33 points d’abord, lui permettant d’ouvrir son score sainement et de s’assurer la suite. Pour le reste de la série, le Tahitien s’est armé de patience et a laissé parler son expertise de la vague. Alors que Griffin Colapinto était installé en tête, Kauli Vaast a sauté sur une bombe à quatre minutes du coup de trompe final pour s’engager dans un barrel monstrueux dont il est ressorti les poings serrés, un tube qui lui a valu un score de 7,77 points. Ce geste de joie à la sortie de l'eau était une vraie libération. Il était tellement content de sortir de ce gros tube qu'il a même oublié de sortir plus tôt et a un peu ramassé. Il a attendu longtemps pour avoir cette vague, très longtemps même, mais il savait que pour dépasser Griffin Colapinto, il lui fallait une très belle vague. Il est resté patient, ne s'est pas alarmé, ayant beaucoup travaillé sur ces moments-là, où il faut rester assis à attendre qu’une vague arrive et visualiser comment les prendre. Il y avait même un petit goût de revanche après le premier tour de samedi. Comme il l'a souligné, on ne se fait plus de cadeau à ce niveau de compétition. Le fait de pouvoir être chez lui, à Tahiti, avec son petit frère dans le bateau et Jérémy Florès proche de lui dans l’eau, lui a apporté un supplément de bonheur et de motivation. Il a eu l'occasion de surfer des grosses vagues dans une série, des vagues parfaites qui viennent de l'ouest, tout ce qu'il aime, et il en a profité pleinement jusqu'à sa dernière vague.
La Puissance de Joan Duru
Dans la série suivante, pas de répit pour les supporters français qui ont suivi la mise à l’eau de Joan Duru dans une houle qui continuait à gonfler. Phénoménal, le Français a très vite annoncé la couleur en scorant une vague à 9,10 points, un tube long, duquel il est sorti après le souffle avec la technique qu’on lui connaît si bien. À ses talons, Alan Cleland ne lui a pas rendu la tâche facile, s’engageant lui aussi dans des vagues monstrueuses, rapides et puissantes. Quelques chutes du Mexicain ont pourtant réduit ses scores et fait tourner les priorités, maintenant tout de même le suspense à son paroxysme. Sur sa 5e et dernière vague, le Landais a mis le point final de ce heat, de nouveau dans un tube engagé, scoré 9,03 points par les juges, écartant ainsi la menace mexicaine. Joan Duru a exprimé sa satisfaction : « Les vagues étaient incroyables, tellement parfaites. Teahupo’o est la plus belle vague du monde, après la Gravière (rires). Ma série s’est bien passée. J’ai eu des gros scores mais je m’en fiche des scores, l’important est de passer les tours. J’avais une série très dure avec le Mexicain Alan Cleland. C’est un des meilleurs au monde ici. Il est très fort. Je ne l’ai pas pris à la légère. »
Le Duel Franco-Français en Quarts de Finale
L'une des particularités de cette compétition est la rencontre inattendue entre Kauli Vaast et Joan Duru en quarts de finale. Joan Duru a appris la nouvelle avec une pointe de regret : « Je viens d’apprendre que j’étais contre Kauli (Vaast) en quarts. C’est dommage mais on ne peut rien y faire. On aurait préféré se rencontrer en finale. On est devenus très proches ces dernières années. On va faire une belle série, on va bien représenter la France. Ça va n’être que du plaisir pour moi. Je vais vraiment profiter à fond. Kauli est un ami et le restera. » Questionné sur le fait que Kauli Vaast puisse être une menace, il a répondu : « Bien sûr, c’est tout simplement le meilleur surfeur ici. » Alors que Kauli Vaast et Joan Duru sont respectivement n°3 et n°4 mondiaux ISA, il est étonnant qu’ils se rencontrent si tôt dans la compétition, surtout quand on sait que le premier quart oppose Reo Inaba (n°46) à Alonso Correa (n°5). Si ce quart de finale (heat 2) est l’assurance d’avoir un surfeur français en demie-finale, c’est aussi la perte d’une chance de médaille puisque, comme chez les femmes, les deux Français ont le potentiel d’aller au bout de cette compétition. En demie-finale, le vainqueur de ce duel franco-français affrontera le Péruvien Alonso Correa ou le Japonais Reo Inaba pour une place en finale.
Autres Moments Forts des Huitièmes
Dans l’heure suivante, le Marocain Ramzi Boukhiam était à l’eau dans des conditions magiques pour le spot de Teahupo’o. Avec 3m et plus, des vagues tubulaires, la belle polynésienne a donné aux deux surfeurs du CT des occasions de s’exprimer et ces derniers ont su les saisir. Alors que la patience était de mise sur les heats précédents, celui-ci s’est révélé l’un des plus actifs. Bombe sur bombe, les surfeurs se sont répondus pour venir afficher d’excellents scores très rapidement. L’œil vissé sur les scores et les priorités, les spectateurs ont vécu toute l’intensité du heat, avec peut-être peu d’objectivité pour le public français, en force derrière Ramzi Boukhiam qui a des liens forts avec le Pays basque et les Landes. Par deux fois, ce dernier a amélioré son score, pour terminer avec une vague à 8,10 points et une autre à 9,70 points. Le Brésilien Gabriel Medina a affiché un total à 18,10 points (9,30 points et 8,80 points) et une assurance ferme, avec nombre de claims sur chacune de ses vagues. Il était demandé 8,40 points au Marocain pour prendre la tête. Ramzi Boukhiam a déclaré, un peu déçu mais résigné : « Merci tout le monde pour le soutien. Ça s’arrête là pour moi, j’ai fait de mon mieux. Je suis un peu triste mais c’est comme ça c’est la compet’. C’était une bonne série, c’était des conditions de rêve, c’était exactement ce que je voulais. Voilà, ça ne passe pas de justesse mais c’est la vie. »
Dans les autres séries, Alonso Correa a pris le meilleur sur Jordy Smith en début de journée, tout comme le Japonais Reo Inaba qui a vaincu le champion du monde en titre Filipe Toledo. Avec un homme en quarts et une femme en huitièmes, il semble que les stages intensifs de l’équipe japonaise ces dernières années aient payé. Les Français se sont donc chargés d’écarter le numéro 2 mondial Griffin Colapinto et la menace mexicaine Alan Cleland. Confortable, Gabriel Medina a pris la tête de sa série face à Kanoa Igarashi, grâce notamment à une vague scorée 9,90 points, le plus gros score de la compétition à ce jour. En fin de matinée et dans des conditions ayant tourné (plus lentes, plus en chantier et plus dangereuses), John John Florence a dû s’incliner derrière Jack Robinson qui a tiré le meilleur des rares opportunités présentes durant les 30 minutes de leur heat. Trois quarts de finale sur quatre se joueront sous le même drapeau chez les hommes, promettant des confrontations nationales passionnantes.
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Les Protagonistes et leurs Parcours : Des Stars aux Révélations
Ces Jeux Olympiques ont mis en lumière une pléiade de talents. On avait rêvé de ça : voir l'élite mondiale du surf s'affronter sur une telle vague. Parmi les participants, seize athlètes, hommes et femmes confondus, enchaînent Paris après Tokyo. Chez les hommes, huit surfeurs reviennent pour une nouvelle tentative olympique : Leonardo Fioravanti (Italie), Kanoa Igarashi (Japon), Billy Stairmand (Nouvelle-Zélande), Lucca Mesinas (Pérou), Rio Waida (Indonésie), Ramzi Boukhiam (Maroc), John John Florence (États-Unis), et Gabriel Medina (Brésil). Il est à noter que le champion olympique en titre, Italo Ferreira, ne figure pas parmi eux.
L'élite mondiale du surf, issue du circuit professionnel (CT) de la World Surf League, est fortement représentée aux JO de Paris 2024. Elle comprend 12 surfeurs (sur 22 après le « cut » de mi-saison) et sept surfeuses (sur 10 après le « cut »). Chez les hommes, on retrouve Ethan Ewing (Australie), Jack Robinson (Australie), Griffin Colapinto (États-Unis), John John Florence (États-Unis), Leonardo Fioravanti (Italie), Kanoa Igarashi (Japon), Jordy Smith (Afrique du Sud), Matthew McGillivray (Afrique du Sud), Gabriel Medina (Brésil), Ramzi Boukhiam (Maroc), Rio Waida (Indonésie) et Connor O’Leary (Japon). Des figures comme Filipe Toledo (Brésil), en pause cette année, et Joao Chianca (Brésil), dont la saison a été gâchée par des blessures à la tête consécutives à son accident de surf à Hawaii en décembre dernier, sont attendues de retour sur le CT en 2025.
Parmi les champions du monde professionnels (WSL) en activité, trois manquent à l’appel de ces JO de Paris, dont le surfeur et la surfeuse les plus titrés de l’histoire. Kelly Slater, plus proche que jamais de la retraite après sa relégation du CT lors du « cut » de mi-saison en avril dernier, a échoué à se qualifier pour les Jeux 2024. Le onze fois champion du monde américain, âgé de 52 ans, n’était pas non plus parvenu à être de la partie en 2021. La seule chance pour le "King" de se qualifier aurait été la "place de l'universalité" offerte par la fédération internationale à un athlète par genre. Cependant, selon le site officiel de l'organisation, ces deux places sont utilisées pour "promouvoir le développement, offrir des opportunités aux petites nations et faire progresser le sport à l'échelle mondiale," rendant sa participation improbable.
En termes de jeunesse, hommes et femmes confondus, la plus jeune surfeuse qualifiée est la Chinoise Siqi Yang, âgée de seulement 15 ans, qui disputera les Jeux.
La Délégation Française : Ambitions et Réalisations
Le surf français se porte bien avant les Jeux Olympiques de Paris 2024. Kauli Vaast, chez les hommes, et Johanne Defay, chez les femmes, ont chacun décroché une médaille de bronze dimanche lors des championnats du monde à Arecibo. Quatrième au classement final, Joan Duru a de son côté décroché son billet pour les JO en se hissant jusqu'en finale du tableau principal, dans des conditions de mer agitées. « C'est énorme (…) Il y a trois ans, j'étais passé tout près (…) les Jeux ont lieu en France, il fallait vraiment que je me batte pour avoir ma place et donc j'ai vraiment tout donné », a réagi le surfeur de 34 ans. Avec les qualifications l’année dernière lors des championnats d’Europe des deux Français Kauli Vaast et Vahiné Fierro, ainsi que de Johanne Defay grâce à sa 6e place au classement général du circuit pro en 2023, le camp français comptera quatre représentants aux JO, formant une délégation tricolore solide.
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Gabriel Medina : Le Record et la Revanche
Gabriel Medina a offert une image emblématique de ces Jeux olympiques. Le cliché du photographe de l'Agence France-Presse (AFP) Jérôme Brouillet, le montrant "en survol au-dessus de l'eau" après avoir signé un nouveau record olympique avec la note de 9,9 sur la vague de Teahupo'o le 29 juillet à Tahiti, semble avoir arrêté le temps. « Tous les photographes attendent ce moment. Vous savez que Gabriel Medina, surtout à Teahupo'o, va se lancer et faire quelque chose (…) Le seul moment délicat est de savoir où il va donner un coup de pied, » a commenté le photographe. Comme arrêté dans le temps, Gabriel Medina célébrait sa vague lors du troisième tour de l'épreuve olympique de surf. Le triple champion du monde de surf n'a pas fait les choses à moitié pour rallier les quarts de finale et éliminer Kanoa Igarashi, le vice-champion olympique en titre. Cette victoire avait un goût de revanche, puisque le Japonais l'avait battu en demi-finales des Jeux de Tokyo 2021 pour 0,24 point (17,00 points à 16,76).
L'Organisation et l'Héritage des Jeux à Teahupo’o
L'organisation des épreuves olympiques de surf à Teahupo’o représente un défi logistique et un engagement fort de l'État. L’État s'est pleinement impliqué dans la réussite des Jeux, assurant la sécurité des entraînements et de la compétition, aussi bien sur terre qu'en mer. En outre, à l’occasion de l’accueil des épreuves olympiques de surf, l’État soutient le Pays à hauteur de 832 millions de F CFP, un investissement conséquent pour des projets financés qui laisseront un héritage durable pour la communauté locale.
L'accès au site de compétition de Teahupo’o a été réglementé pour garantir la fluidité et la sécurité de l'événement. Seules les personnes munies d’une accréditation « Paris 2024 », les résidents de Teahupo’o, munis d’un laisser-passer « piéton », et les spectateurs munis d’un billet ont pu accéder aux abords. Ces derniers ont eu la possibilité de se garer dans la zone industrielle de Faratea, une solution mise en place pour gérer l'afflux de visiteurs.